Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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L’église Saint-Pourçain de Marigny

Église Saint-Pourçain de Marigny

Comme c’est souvent le cas, la rencontre avec l’église de Marigny a été le fruit du hasard. Nous passions par là après avoir longé les rives de l’Allier depuis Nevers, en route pour Souvigny ; nous avons fait halte, attirés par la beauté de l’édifice ; une personne du voisinage est venue activer l’éclairage pour dévoiler la beauté du chœur… et voilà, nous sommes restés sous le charme !

Un église primitive existait là très précocement et a été remplacée entre le Xe et le XIIIe siècle par celle-ci, placée sous la protection de saint-Pourçain. Vous connaissez le nom du célèbre vin, mais saint Pourçain est d’abord un ermite du VIe siècle. À l’origine esclave d’un maître coléreux et brutal, qui a cherché l’appui du Père abbé d’un monastère voisin situé sur les bords de l’Allier. 

L’église du XIe siècle dépendait du proche prieuré bénédictin de Souvigny. Elle a ensuite été remaniée au XVe puis au XIXe siècle.

L’aspect extérieur dégage une belle impression de sobriété, avec cependant de discrets et joyeux détails. Ainsi, les pierres aux nuances variées, mélange de grès gris de Bourbon, de grès rouge et de calcaire clair, donnent à la façade sa jolie couleur bigarrée. L’église s’ouvre par un portail original à tympan trilobé, avec des chapiteaux ornés de feuilles recourbées et de têtes et de griffons ainsi qu’un embrasement constitué de quatre colonnes en retrait.

Elle rappelle les églises rurales du Berry avec sa forme allongée et étroite, un chœur encore plus étroit se terminant par une abside arrondie. La nef, à l’origine, ne comportait pas de transepts (ils ont été rajoutés beaucoup plus tard).

J’ai bien aimé la fresque ou la mosaïque (ou un mélange des deux ? Difficile à voir) qui orne le chœur et qui représente les quatre évangélistes (tétramorphe) autour de l’Agneau mais n’ai trouvé aucun commentaire ni explication à son propos. Alors si vous en savez plus… cela m’intéresse !


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Le monastère de Cantauque

Cet été, un peu au hasard des routes, nous sommes arrivés, à une trentaine de kilomètres de Carcassonne, dans les Hautes-Corbières de l’Aude, au monastère orthodoxe de Cantauque. Fondé en 2002 par une petite communauté de moines français venus de Jérusalem en Terre Sainte, il est situé au milieu de nulle part, à l’écart du village, dans la grandeur et l’immensité de la nature, sur un vaste domaine agricole et forestier.

Au bout du chemin après quelques virages bien tortueux, il est temps de garer la voiture et de se diriger à pieds vers le bâtiment. Quelques chevaux paissent tranquillement dans les champs, les collines ondulent, la forêt n’est pas loin : tout est calme et tellement silencieux. Le monastère, d’une grande sobriété, est soigné et coloré à la fois. Chaque détail semble refléter la beauté divine : l’agencement des parterres de fleurs de toutes les couleurs, la clochette pour alerter de la présence du visiteur…

L’accueil est à la hauteur du lieu, à la fois sobre et chaleureux. Je crois que nous avons été accueillis par le père Jacob avant de continuer la visite avec le père Samuel. Nous sommes alors entrés alors dans le cloître, un ancien hangar totalement transformé après dix ans de travaux. Dans ce havre de paix, des fresques de la Création couvrent les murs et au centre, la fontaine de vie symbolise la Vie jaillissante de la Parole de Dieu. Les fresques, peintures murales et icônes ont été réalisées au fil du temps par la main de divers moines et artistes. J’ai pensé à mes élèves et à leur travail sur la Création et en particulier à Solange.

Le monastère dépend de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, actuellement présidée par le Métropolite Joseph.

La communauté des moines vit selon la règle traditionnelle du monachisme orthodoxe. Elle célèbre ses offices en français qu’elle chante selon la tradition byzantine. Dans ce but, elle a entrepris un travail d’adaptation de cette musique orthodoxe à la langue française. La musique liturgique associe les huit tons latins avec les mélodies d’origine slave.

Elle a aussi traduit et édité les Divines Liturgies de Saint Jean Chrysostome et de Saint Basile ainsi que les psaumes d’après la Septante. Elle édite depuis 2010 tous les trois ou quatre ans, l’Annuaire de l’église orthodoxe en France.

Nous avons été invités à suivre l’office et avons pu nous imprégner de toute cette beauté. Nous avons vénéré les icônes, pris notre place dans l’église comme on prend sa place dans le monde. Un enfant a commencé à psalmodier d’une voix légère : c’était un moment de paix hors du temps et « des soucis de ce monde ». (1)

(1) Extrait de l’Hymne des chérubins (Cherubikon χερουβικὸς ὕμνος)

Ci-dessous, la galerie présente une partie du cycle de la Création dans le cloitre, mais je reviendrai plus tard en détail sur ce thème :


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L’église romane de Larrau

La descente vers Larrau

Nous revenions d’Ochagavia dans la vallée de Salazar en Haute-Navarre et, toujours à la recherche de beaux paysages, nous avons entrepris de rentrer en France par le col de Larrau. Les paysages étaient en effet époustouflants, mais nous n’avions pas compris que le col était fermé : la route, côté français, était en effet extrêmement endommagée par les intempéries et nous avons eu un peu peur ! À la descente, nous avons fait une halte au village de Larrau suivie d’une belle promenade pour nous remettre de nos émotions. C’est là que nous sommes tombés sur une merveilleuse petite église romane et sa jolie Vierge polychrome datant du XVIe siècle.

Enfin, parler d’une église romane s’avère souvent un peu approximatif. Si la construction de l’église a commencé en 1193, les remaniements et transformations ont été nombreux. Mais finalement, lire sur un bâtiment les traces du temps, des souffrances et des joies peut être une richesse quand l’harmonie est préservée. Cela tient à peu de choses, mais vraiment, dans l’église de Larrau, nous nous sommes sentis bien ! 

Le nom « Larrau » rappelle que le site était à l’origine couvert de landes, un plateau en pente douce entouré de forêts et d’immenses pâturages, facilement habitable d’où l’on pouvait accéder à la Navarre et l’Aragon en franchissant les Pyrénées.

L’église était à l’origine la chapelle d’un hôpital dépendant de l’abbaye de Sauvelade, affiliée au XIIIe siècle à l’ordre cistercien.

L’église de Larrau

L’église connaît d’importantes transformations à la fin du XVe siècle ou au début du XVIe siècle. Le chœur est couvert par deux voûtes à liernes et tiercerons (1) dont les arcs se croisent, formant un beau motif décoratif. Ces voûtes sont caractéristiques du gothique tardif, probablement le travail d’artisans locaux puisqu’à Ochagavia justement, l’église possède le même style de voûtes. 

À la jonction des arcs, des éléments saillants sont ornés de décors (des clés) sculptés. La clé centrale porte un aigle qui pourrait évoquer saint Jean l’évangéliste. La clé centrale de l’autre voûte figure un personnage tenant un agneau : c’est Jean-Baptiste comme l’indique l’inscription située au-dessus de sa tête et c’est aussi le nom de l’église.

Elle subit des dégâts pendant les guerres de religions qui entraîneront des réparations importantes comme l’atteste une plaque sculptée d’une inscription en latin. Pendant la Révolution, elle sert de hangar à fourrage puis devient église paroissiale.

L’intérieur de l’église est encore remanié au milieu du XIXe siècle avec l’ajout d’une tribune destinée à augmenter sa capacité d’accueil. Le village a compté  jusqu’à 1 300 habitants (six fois plus qu’aujourd’hui) et l’église devait souvent s’avérer bien petite !

Elle est classée monument historique en 2003.

On dit de la plupart des églises de la région qu’elles sont placées sur le chemin du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle et des vitraux récents l’illustrent. Pour nous, la halte a juste été l’occasion d’un moment de paix comme seules certaines petites églises peuvent offrir.

(1) Une lierne est la nervure qui part de la clé de voute. Les liernes peuvent s’arrêter avant de toucher aux arcs ; dans ce cas, des tiercerons (souvent de la dimension d’un 1/3 de la lierne, d’où le nom) établissent la liaison. Ces éléments architecturaux sont caractéristiques de la période gothique.

Article du 7 août 2021