Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le nouveau pigment bleu YInMn

Pigments bleus…

Ces dernier temps, j’ai reçu de nombreux messages d’amis qui savent que je me suis particulièrement intéressée aux pigments bleus : un nouveau pigment bleu a récemment vu le jour, ce qui n’était pas arrivé depuis plus d’un siècle. Il s’agit d’un bleu très vif qu’on pourrait situer entre le bleu outremer et le bleu de cobalt. Il porte actuellement un nom peu poétique : le YInMn Blue, ce qui est simplement l’abréviation de ses principaux composants chimiques : yttrium (une terre très coûteuse), indium et manganèse. Après avoir subi les contrôles nécessaires, ce pigment est commercialisé depuis peu par exemple chez un de mes fournisseurs préférés : Kremer. Mais il est produit actuellement en petite quantité (en raison de la rareté des composants si j’ai bien compris), et son prix reste très élevé, environ 4 000 €/kg

La première découverte remonte à 2009 et, comme c’est arrivé si souvent dans l’histoire des couleurs (voir l’article sur le bleu de Prusse), elle est accidentelle, fruit d’un « splendide hasard » : Andrew Smith, étudiant de l’Oregon, travaillait au sein d’une équipe dirigée par Mas Subramanian. Il tentait de créer un matériau électronique à haut rendement en chauffant l’oxyde de manganèse à 1 200° lorsqu’il a remarqué qu’un composé bleu d’une étonnante tonalité avait émergé dans le four, assez proche par sa luminosité du fameux « bleu Klein ».

Les qualités de ce bleu ne résident pas seulement dans sa merveilleuse tonalité : il est aussi très stable à la lumière comme à la température et ne semble ni toxique pour l’humain, ni dangereux pour l’environnement (bien que nécessitant des matériaux rares, ce qui n’est quand même pas anodin !). Il semble que l’équipe à l’origine de ce pigment continue les recherches pour obtenir d’autres couleurs selon le même genre de procédé. Par ailleurs, le YInMn reflète particulièrement bien les rayons infrarouges, et pourrait dès lors être utilisé de manière autant pragmatique qu’esthétique pour protéger des bâtiments de la chaleur.

Il semble bien adapté à la peinture à la tempera et j’espère l’essayer bientôt ou avoir quelques retours de la part de ceux qui le feront.

C’est un peu consternant quand on voit la beauté, la brillance et la profondeur de cette couleur, de n’avoir pas trouvé mieux pour le nommer que quelques initiales abréviatives que je n’arrive même pas à prononcer ! La firme Crayola l’a utilisé pour un nouveau crayon de couleur baptisé, suite à un concours, «bluetiful». C’est déjà mieux ! J’espère qu’on lui trouvera un plus joli nom à l’avenir, pourquoi pas celui d’un peintre qui excellera avec cette couleur (on connaît le vert Veronèse, le bleu Klein, le brun Van Dick…).


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Saint Igor

Saint Igor, prince de Kiev, icône sur bouleau travaillée en relief, 12 x 16 cm, 2021

L’icône de saint Igor m’a été commandée par une amie d’enfance qui accorde beaucoup d’importance à la date du 5 juin. Et c’est précisément le jour de la fête de Saint Igor !

Ce prénom est la transcription slave d’un prénom germanique, Ingvar. Dans la mythologie nordique, Ing est le dieu de la paix et de la fertilité. Le prénom est d’abord porté presque exclusivement en Russie. Au XXe siècle, il devient aussi populaire en Occident avec la notoriété de plusieurs personnages nommés Igor, en particulier Stravinsky, et grâce à l’opéra de Borodine, Le Prince Igor (qui raconte une tout autre histoire).

Igor Olgovitch (Игорь II Ольгович), dit Igor II de Kiev, est un « prince de Kiev et Tchernigov » au destin tragique.

Il naît en 1096, fils du prince Oleg et frère de Vsevolod. Celui-ci désigne Igor comme son successeur à la place de l’un de ses fils et fait jurer fidélité aux habitants de Kiev. Igor succède ainsi à son frère à sa mort en 1146. Mais la famille des Olovitch est impopulaire et Igor est une personne faible et plutôt indécise, sûrement inadaptée au pouvoir. Les habitants de Kiev l’accusent alors facilement de toutes sortes de malhonnêtetés et d’intrigues. 

Le cousin d’Igor, Iziaslav II, malgré sa promesse d’allégeance, profite de la situation pour prendre le pouvoir. Igor aura à peine régné entre deux et six semaines selon les récits. Il tente de fuir avec un de ses frères, mais, victime d’une blessure à la jambe, il s’enlise dans les marais : il est finalement capturé puis jeté dans une fosse. Il est libéré après quelque temps, gravement malade et demande à devenir moine.

Abandonné de tous, Igor est tonsuré et enfermé dans le monastère Saint-Théodore de Kiev. Les habitants de la ville n’ont cependant pas assouvi leur haine contre lui et la famille des Olgovitch. Le 19 septembre 1147, ils envahissent le monastère, persuadés que Igor cherche à récupérer le pouvoir. Pourtant, celui-ci était tranquillement en train de prier devant l’icône de la mère de Dieu. Il est assassiné sauvagement et son corps exposé à la population. 

Plusieurs miracles ont lieu près du corps d’Igor, ensuite reconnu comme saint « strastoterptsi ». Cette notion est très intéressante et particulièrement répandue dans l’hagiographie russe (on pense à saint Boris et saint Gleb). Les princes « strastoterptsi » (littéralement, « souffre-passion ») sont canonisés pour avoir accepté une mort violente et sans résistance pour le salut et la paix de leur peuple. Elles sont des victimes innocentes qui identifient la plupart du temps leur souffrance à celles du Christ. Dans tous les cas, il s’agit de personnages qui préfèrent donner leur vie plutôt que de voir leurs peuples se déchirer.

Fête le 5 juin

Article du 8 octobre 2021


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Le prieuré de Souvigny

J’avais dans la tête, pendant l’été, une commande en attente : une nouvelle icône de saint Mayeul. Je parle toujours de l’icône comme d’une rencontre : aller sur les traces des personnages fait partie de l’aventure. Aussi, longeant les rives de l’Allier pour redécouvrir la beauté de ses paysages, une halte à Souvigny s’est imposée.

Là, se trouvent côte à côte les tombeaux de saint Mayeul et de saint Odilon, abbés de Cluny, nés au Ciel successivement en 994 et 1049. Il semble que leurs dépouilles aient été bien malmenées au cours de l’histoire et surtout au sortir de la Révolution, mais ils sont là et emplissent l’atmosphère de leur présence !

Le prieuré s’est tantôt appelé prieuré Saint-Pierre-de-Souvigny et prieuré Saint-Mayeul. Vers l’an 915 ou 920, le sire de Bourbon Aimard, donne à l’abbaye de Cluny des biens qu’il possédait à Souvigny, ainsi qu’une église dédiée à Saint-Pierre. Un modeste monastère s’établit vers 960 et connaît rapidement un grand essor, Souvigny devenant l’une des cinq « filles aînées » de l’abbaye de Cluny. Saint Mayeul et saint Odilon y vécurent.

Aux Xe et XIe siècles l’esprit de Cluny gagne l’Occident chrétien et Souvigny devient un centre de pèlerinage très fréquenté : le roi Hugues Capet lui même s’y rend après la mort de Mayeul. Les pèlerinages se développent avec le culte de Saint-Jacques. Les rois et les évêques font construire ponts et hôpitaux qu’ils confient d’abord aux moines de Cluny puis aux divers hospitaliers. C’est pourquoi une statue de saint Jacques, en bois polychrome datant du XVIIe siècle et récemment restaurée, occupe une bonne place dans l’église et semble veiller sur les pèlerins qui empruntent le GR300 balisé par l’Association des Amis de Saint-Jacques-en-Bourbonnais !

Jusqu’au milieu du XIIe siècle, alors que sa puissance temporelle s’affirme, le prieuré est source d’un grand rayonnement spirituel. Cependant, il est probable qu’au début du XIIIe siècle, des frictions se manifestent entre les bourbons fondateurs et protecteurs du monastère, et les moines.

L’église est peu à peu agrandie pour accueillir des fidèles de plus en plus nombreux. Elle comprend alors deux transepts, un chœur et un déambulatoire, trois tours. Les ducs de Bourbon y installent un temps leur nécropole ducale. L’édifice s’enrichit de chapelles puis des parties hautes sont reconstruites : la voûte sur croisées d’ogives et le chœur. L’ensemble est donc composite avec une structure romane mais une voûte gothique. La façade est aussi modifiée à l’époque gothique tout en conservant les deux clochers romans qui la surmontent.

Les vitraux du chœur datent de 1438. Une partie a été détruite par une explosion en 1918. La sacristie est fresquée au XVIIIe siècle.

Ces dernières années, Souvigny est proclamé grand sanctuaire roman d’Auvergne et le diocèse investit pour accueillir pèlerins et touristes. Le pèlerinage dédié aux saints abbés Mayeul et Odilon renaît en 2016 puis l’évêque y fonde un Centre diocésain d’Art Culture et Foi.

Le village offre aujourd’hui une belle harmonie avec des maisons anciennes, des enseignes aux façades, l’église, un musée et un jardin. Dans le musée se trouve notamment un pilier sculpté auquel fut donné le nom de Zodiaque de Souvigny ; ce pilier roman, retrouvé dans l’église, présente un calendrier avec les travaux du mois dans les champs. Le jardin rappelle les jardins médiévaux avec ses plantes médicinales et aromatiques variées. On y trouve aussi 220 espèces de rosiers et des pieds de vigne évoquant l’histoire viticole de la région (celle du Saint-Pourçain !).

D’ici peu, je vous présenterai ma dernière icône de saint Mayeul. Il faudrait aussi parler de ce beau personnage que fut saint Odilon et qui a justifié l’appellation de Sanctuaire de la paix en 2017. En effet, Odilon fut à la fois grand voyageur, homme de charité, artisan de paix dans les violences féodales de l’an mille, et promoteur de la Trêve de Dieu. Peut-être un jour, j’en peindrai l’icône !