Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le miracle des roses

Poster un commentaire

En consultant mon site ce matin pour quelques mises à jour, j’ai aperçu la photo d’accueil sur laquelle on distingue une icône de sainte Élisabeth de Hongrie ouvrant son manteau d’où s’échappe une brassée de roses. Je venais juste de terminer la lecture de Haute couture (1), un livre de Florence Delay consacré au peintre Zurbaran, au fil duquel j’ai découvert à quel point Le miracle des roses est une histoire récurrente dans la vie des saintes. Le scénario et toujours à peu près le même : une belle jeune fille, la plupart du temps fortunée et dévouée au Christ, décide de s’occuper des plus pauvres malgré l’avis d’un père, d’un mari ou de toute une famille. Un jour elle est surprise, des pains emplissant sa robe repliée. Lorsqu’on lui demande ce qu’elle transporte là, elle ouvre sa robe ou son tablier d’où jaillit une gerbe de roses aux couleurs allant du rouge au blanc, et à l’odeur bien sûr délicieuse !

Isabel d’Aragon par Zurbaran

Cette histoire est racontée à propos d’Élisabeth (ou Isabel d’Aragon) du Portugal (1271-1336), épouse du roi Denis : « Elle se montrait si bonne et secourable que l’entourage du roi l’accusa de dilapider le trésor royal ». Un jour son mari la surprend et elle affirme qu’elle transporte seulement des roses. Mais c’était en janvier et son mari, incrédule, lui demande d’ouvrir son manteau d’où jaillit bien sûr… un bouquet de roses. À partir de ce moment-là, convaincu par le miracle, il laisse Elisabeth accomplir ses actes charitables. À la mort de son mari, elle se retire dans un couvent de clarisses.

Notons qu’Élisabeth du Portugal avait été prénommée ainsi en l’honneur de sa grand-tante Élisabeth de Hongrie (1207-1231)… à qui la même aventure était arrivée ! 

L’histoire se répète avec Rosalie de Palerme (1125-1160) et Rose de Viterbe (1235-1252), probablement avec d’autres encore.

Roseline de Villeneuve (1263-1329) quant à elle, était la fille du seigneur Giraud II en Provence. Sa mère avait entendu une voix lui prédire qu’elle aurait une enfant, une « rose sans épines dont le parfum embaumera toute la contrée ». Ainsi est-elle nommée Roseline et son père la surprend, selon le même scénario, alors qu’elle n’a que douze ans. Elle devient moniale et bienheureuse. Tous ces récits se situent entre le XIIe et le XIVe siècle.

Sainte Germaine de Pibrac par Ingres

J’ai encore trouvé la trace d’une histoire de pain qui se transforme en roses quelques siècles plus tard avec sainte Germaine de Pibrac (1579-1601). Le contexte est quand même bien différent puisque le décor est très pauvre. Germaine est la fille d’un modeste laboureur veuf et remarié à une méchante femme. Germaine a demandé à quitter la maison où elle est maltraitée, pour garder les moutons à l’écart et prier à sa guise. Un jour, sa marâtre l’accuse de voler du pain et la poursuit afin de la frapper et de la confondre. Elle rattrape Germaine et lui fait ouvrir son tablier, dans lequel, à la place du pain s’étale une brassée de roses. Son père, ébranlé, interdit à sa femme de frapper Germaine et lui propose de réintégrer la maison dans de meilleures conditions, ce qu’elle refuse. Là, ce n’est pas Zurbaran mais un beau tableau d’Ingres qui illustre la scène.

Notons que Zurbaran a peint parfois aussi des moines franciscains serrant dans les plis de sa robe, des pains qui deviendront des roses…

La neuvaine des roses de Thérèse de l’Enfant-Jésus s’inspire des mots prononcés par la sainte qui, prophétisant sa mort, annonce : « Vous verrez, après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses ». Souvent l’iconographie nous montre Sainte Thérèse les mains remplies de roses, symbolisant les grâces qu’elle dispense tout au long de sa vie et après sa mort.

On le voit, ces histoires se recoupent et je crois qu’en cherchant bien, j’aurais pu en trouver beaucoup d’autres. On y décèle des mécanismes récurrents et une symbolique merveilleuse. Notons que la rose, remarquable par sa beauté, ses nuances de couleurs, la douceur de ses pétales et son parfum est une des fleurs dont la symbolique est la plus utilisée en occident (un peu comme le lotus en orient). Dans ces épisodes de miracles, la rose est associée à la jeunesse, à la délicatesse, à la pureté de l’amour, à l’innocence et à la générosité…

  1. DELAY Florence, Haute couture, NRF Gallimard, Paris 2018
    Merci à ma chère Marie qui m’a fait découvrir ce livre

Deux de mes icônes qui illustrent « le miracle des roses » :

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s