Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La Vierge de Torcello

La Vierge Torcello à Santa Maria Assunta

La mosaïque de l’abside de la Cathédrale Santa Maria Assunta (1) située sur l’île de Torcello (Venise) représentant une Vierge à l’enfant, est une des représentations les plus typiques de la Vierge Hodighitria. Egon Sendler (2) écrit : « On peut dire que cette mosaïque est la plus belle représentation de l’Hodighitria parvenue jusqu’à nous, toute proche de l’image vénérée à Constantinople ».

La mosaïque d’origine date de la fin du XIIe siècle et a été souvent abîmée puis restaurée.

La Mère de Dieu est représentée debout, longiligne et majestueuse, sur un piédestal décoré, à l’intérieur d’une coupole recouverte d’un fond de tesselles d’or. Elle domine une procession des apôtres.

Marie apparaît jeune et paisible, complètement de face, tournée vers nous et revêtue de ses couleurs habituelles : une sorte de pourpre foncé pour le manteau et une tonalité tirant vers le bleu pour la robe. Sur son front et ses épaules, on distingue les étoiles qui évoquent sa virginité. De sa main droite elle désigne l’Enfant. Le Christ lève la tête vers sa mère et la regarde tout en faisant un geste de bénédiction avec sa main droite et tient le rouleau des Écritures dans l’autre main.

Icône sur tilleul, 2022, 13,5 x 38 cm

Dans la mosaïque d’origine, on l’a dit, Marie est seule dans l’abside et un large fond d’or l’entoure, car elle remplit tout de sa présence. Je cite encore Egon Sendler : « Elle est représentée toute seule dans cet espace, car la beauté intériorisée de cette figure n’est pas due au travail de l’artiste, mais à l’observation des règles de l’ancienne iconographie : la mosaïque montre l’image miraculeuse de l’Hodighitria, et pour cela elle doit se limiter à une seule figure ». Évidemment, pour passer de la mosaïque monumentale à l’icône, j’ai choisi cette planche qui insiste sur la verticalité de Marie (c’est un de mes sujets de réflexion favoris et j’y reviendrai). Cependant pour évoquer le modèle d’origine, j’ai essayé une technique que je n’avais encore jamais pratiquée : cirer le fond  de l’icône à l’or.

1. La cathédrale à l’architecture vénéto-byzantine est l’un des édifices religieux les plus anciens de la Vénétie (639)

1. SENDLER Egon, Les icônes byzantines de la Mère de Dieu, DDB, Paris, 1992 


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La Vierge Hodighitria

Photo prise en 2012 dans une petite église de Carélie finlandaise située à la frontière russe.

L’icône de la Vierge Hodighitria, autrement dit « celle qui montre le chemin », occupe une place privilégiée à côté de l’icône de la Vierge Eleousa ou Vierge de tendresse.

L’icône semble illustrer le verset 14,6 de l’Évangile de Jean « je suis le chemin, et la vérité, et la vie » et Marie désigne par son geste Celui qui est lui-même le chemin (οδός), la voie. C’est donc Lui qui est le centre de la composition, le point central à la différence du modèle Vierge Eleousa où l’insistance est mise sur l’intercession de la Mère de Dieu et sur la relation entre les personnes.

Cette représentation est commune à l’Orient et à l’Occident et bien présente au Moyen Âge, mais son origine est clairement orientale, probablement syrienne.

Ce modèle de la Vierge à l’Enfant semble un des plus anciens : on en attribue l’origine à saint Luc, qui aurait reçu la bénédiction de la Mère de Dieu elle-même (article à suivre). Ce type de représentation s’épanouit dans le monde byzantin et sa vénération atteint des sommets à la période des Paléologues (1261-1453).

Les modèles d’origine sont souvent des compositions « en pied ». Il est possible que certains soient tirés de la scène de l’adoration des mages. Ensuite, seule une partie de la scène a été représentée sur les icônes, avec une composition en buste, convenant mieux à leur format rectangulaire.

Dans les modèles-type de l’Hodighitria (c’est le cas de la Vierge de Kazan), Marie est complètement de face (position frontale antique) et les regards de la Mère comme de l’Enfant sont tournés vers nous. La plupart du temps, on range dans cette catégories des modèles qui en dérivent, des variantes avec des positions de tête plus ou moins inclinées.

L’Enfant bénit de la main droite à l’origine avec deux doigts étendus, parfois trois (à partir de la fin du Moyen Âge). De l’autre, il porte le plus souvent un parchemin ou un petit rouleau de papier évoquant le texte des Écritures.

Dans tous les cas Marie nous regarde. Celle-ci, assez hiératique, dégage une impression de majesté sereine. Elle porte l’Enfant sur un de ses bras et de l’autre main, le désigne. Elle apparaît comme le guide de tous ceux qui cherchent « le chemin ».