Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

La basilique Santi Maria e Donato à Murano

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À Murano, je rêvais de pénétrer dans la basilique Santi Maria e Donato pour admirer la grande mosaïque de la Vierge Orante et découvrir l’icône de la Vierge aux étoiles. Comme d’habitude, ça ne s’est pas tout à fait passé comme cela, car la mosaïque était cachée par des échafaudages. En revanche, l’émotion éprouvée là a dépassé mes espérances !

La basilique Santi Maria e Donato est située à Murano, une des îles de la lagune de Venise. Le jour où nous avons voulu la visiter, des obsèques y étaient célébrées… Nous ne connaissions bien sûr pas le défunt, un certain Paolo Bon « Polo », comme le signalaient les affichettes typiques des ruelles italiennes, annonçant des obsèques. Ce Paolo était un homme encore bien jeune (51 ans), probablement gondolier ou quelque chose de proche et très apprécié et populaire ici, au vu de la foule qui remplissait l’église, jusqu’au parvis. Malgré lui, il nous a offert un spectacle magnifique avec une sortie de l’église d’une grande noblesse, puis l’installation du cercueil sur une barque rouge par ses collègues rameurs (Gruppo remiero Murano) en tenue bleue et rouge, la levée des rames, puis un dernier départ sur le canal, sous les applaudissements de la foule : c’est peut-être étrange de le formuler ainsi, mais cette cérémonie dans, puis devant la basilique, a rendu l’édifice incroyablement vivant, vibrant, habité de toute éternité !

En attendant la fin des obsèques, j’ai admiré la magnifique abside extérieure qui donne sur le Rio san Donato, avec ses deux rangées d’arcades superposées où se mêlent avec harmonie la pierre blanche d’Istrie (1) et les murs de briques rouges tout en nuances. Des colonnes blanches, des arcades, des niches triangulaires finement ciselées, un jeu de géométries des briques, donnent à cette basilique un style particulier.

Sa fondation remonte au VIIe siècle et elle était à l’époque consacrée à Marie. Au XIIe siècle, elle est dédiée également à saint Donat lorsque l’édifice accueille la dépouille du saint en provenance de l’île grecque de Céphalonie. Ses reliques étaient accompagnées des restes du « dragon » dont il avait triomphé. Les ossements du monstre (des côtes de cétacé ?) sont paraît-il visibles derrière l’autel (en travaux ce jour-là).

L’église, un chef-d’œuvre de l’art vénéto-byzantin, recèle plusieurs trésors :

  • la mosaïque de la Vierge orante datant du XIIe siècle, celle que je rêvais de voir et que j’ai manquée ;
  • l’icône de la Vierge aux étoiles, ou Madonna delle Stelle. Son nom est lié aux nombreuses étoiles d’or qui parsèment son maphorion bleu. L’icône ressemble beaucoup à la mosaïque de l’abside et daterait du XIVe siècle ;
  • La chapelle à gauche du maître-autel abrite la Madonna delle Grazie, une icône que je ne connaissais pas, c’était donc une bonne surprise, d’autant plus que le jour de notre visite, sans le savoir, mon amie Blandine m’envoyait une carte postale… représentant cette icône !
  • la surprise finale était sous nos pieds : les pavements polychromes sublimes qui rappellent ceux de la basilique Saint-Marc de Venise… un article complet sur ce sujet est en préparation !

(1) Jean-Paul Kauffmann dans son merveilleux livre Venise à double tour (éditions Équateurs, 2019) décrit ainsi la pierre d’Istrie : elle est « la pierre précieuse de Venise. Son grain crayeux crépite de partout. À travers ce grain vibre l’énergie de la ville. Son histoire est inscrite dans cette pierre extraordinaire, elle passemente la moindre place et orne presque chaque église. Sans la pierre d’Istrie aussi dure que le marbre, Venise aurait sombré. Ses fondations reposent sur cette roche d’origine calcaire, de faible porosité, très compacte, particulièrement résistante à la filtration de l’eau. » (p. 59)

Et plus loin (p. 117) : « – La pierre d’Istrie, sachez-le, c’est l’inconscient de Venise. Le blanc… Cette pierre de couleur blanche travaille dans l’ombre.
Et la brique ? Elle est tout aussi importante que la pierre d’Istrie.
– Imaginez le Grand Canal rien qu’avec des palais en brique, ça serait moche. La lumière, la chromatique proviennent de la pierre d’Istrie qui recouvre la brique. »

Article du 6 mai 2022 mis à jour le 9 mai 2022

Nouvelle mise à jour le 25 mai 2022 car je n’ai pas résisté à peindre une Vierge aux étoiles. J’ai essayé d’imiter l’aspect usé du fond de l’icône de Murano, mais ai gardé ma technique habituelle de pose de l’or pour l’auréole.

Vierge aux étoiles, 12 x 18 cm, sur planche de bouleau travaillée en relief

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Une réflexion sur “La basilique Santi Maria e Donato à Murano

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