Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La terre d’ombre

La terre d’ombre est un pigment à peine différent de la terre de Sienne à un détail près : il comporte des quantités beaucoup plus importantes d’oxyde de manganèse. On pourrait même dire, tout simplement, que ce pigment est un ocre particulièrement chargé en oxyde de manganèse : en général 12 à 15 % et parfois jusqu’à 20 %. Plus la teneur en manganèse est élevée, plus la couleur est foncée. Dans ce cas comme dans beaucoup d’autres, la dénomination terre d’ombre ne peut pas être attribuée juste en vertu de sa tonalité : c’est la composition chimique qui est déterminante.

L’oxyde de manganèse contenu dans la terre d’ombre lui donne, en peinture à l’huile, des propriétés siccatives.

Certaines terres d’ombre, les oxydes de manganèse hydratés ou psilomélanes, sont responsables de la tendance signalée par J-F-L Mérimée (1) et virent au noir. En effet ces composés réagissent avec l’acidité qui se manifeste lors du séchage de la peinture.

L’origine de la dénomination est un petit peu controversée : on ne sait pas si elle évoque la tonalité sombre, ou bien si son usage préférentiel consiste à souligner les ombres dans la peinture, ou bien si ce pigment a reçu son nom en raison de sa terre d’origine : l’Ombrie. Signalons que l’Ombrie propose de belles terres d’ombre mais la source la plus riche de ce pigment est assurément l’île de Chypre d’où il est importé depuis le XIXe siècle dans une gamme de variétés étonnantes (2). D’autres gisement se trouvent dans d’autres régions d’Italie, en Angleterre ou en Allemagne, mais ceux de Chypre restent les plus réputés.

Comme c’est souvent le cas avec cette gamme de composés, on trouve également ce pigment sous forme « calcinée », ce qui donne généralement une nuance plus rougeâtre. L’opération a pour effet de détruire toutes les impuretés organiques et de provoquer une certaine déshydratation des oxyde minéraux. 

Alors, même si en principe on ne fait pas d’ombre dans les icônes (mais au contraire des lumières), un glacis de terre d’ombre est souvent bienvenu…

(1) Jean-François-Léonor Mérimée (1757-1836) était peintre et chimiste. Je m’appuie souvent pour mes recherches sur le livre Des liants et des couleurs par Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot (Éd. EREC ) qui est un commentaire éclairé et mis à jour de l’ouvrage de J-F-L Mérimée, De la peinture à l’huile (1830).

(2) J’ai réalisé un nuancier de mes terres d’ombre et en ai répertorié plus d’une vingtaine, dont la moitié provient de Chypre.


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La terre de Sienne

Le pigment « terre de Sienne » fait partie de la palette de base de l’iconographe comme du fresquiste. Il s’agit d’une argile contenant de l’oxyde de fer (comme l’ocre jaune). La différence principale avec les ocres est liée à la proportion d’argile présente, mais la frontière entre les deux n’est jamais bien nette. La terre de Sienne est surtout plus transparente que l’ocre avec des tonalités qui se révèlent plus intenses, raisons pour lesquelles le pigment occupe une place de choix dans la palette des peintres.

La terre de Sienne véritable. provient à l’origine de Toscane et en particulier des alentours de Sienne, cette si belle région de collines vallonnées, célèbre pour l’extraction et la production du pigment et l’épanouissement de la peinture à la Renaissance.

On trouve cependant le même type de pigment en Sardaigne, en Sicile, à Chypre, en Angleterre, au Mexique, en Pennsylvanie et dans les chaînes de montagnes de Virginie, dans le sud de la Chine, dans les Ardennes, les montagnes du Luberon, celles de Hartz en Allemagne et dans la partie européenne de la Russie…

Les terres de Sienne ont été utilisées comme pigment depuis la Préhistoire dans la peinture de certaines grottes ornées, mais la dénomination terra di Siena est apparue dans les traités de peinture seulement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Elle est appréciée par les peintres pour sa transparence (meilleure que celle de la plupart des autres terres) et sa stabilité. Elle fut employée par des peintres comme Rembrandt, Corot, David, Géricault ou Ingres… Son principal défaut se manifeste dans la peinture à l’huile car le pigment est très absorbant et nécessite une grand quantité de liant, ce qui limite son pouvoir couvrant et sa siccativité.

Ces terres se composent essentiellement d’hydroxyde d’oxyde de fer (le principal élément qui détermine la couleur) et d’argile mais contiennent aussi de petites quantités d’oxyde de manganèse (autour de 1%) mêlées à de la goethite et à de l’hématite. Si l’oxyde de manganèse est très présent, la tonalité est plus sombre (s’il y en a vraiment beaucoup, on parle alors de terre d’ombre).

On distinguer deux sortes de terre de Sienne :

  • Naturelle
  • Brulée (terre naturelle calcinée), contenant 45 à 70 % d’oxyde de fer rouge et beaucoup plus d’oxyde de manganèse que la terre de Sienne naturelle. Elle tend davantage vers le rouge ou le brun : elle est très chaude, un peu opaque et sa teinte varie selon le degré de calcination.

La terre de Sienne peut être aussi utilisée comme patine pour altérer une couleur et lui donner un aspect vieilli. Le pigment n’est pas toxique, mais, comme tout pigment, il faut le manipuler avec soin afin de ne pas inhaler la poussière. La couleur naturelle est aujourd’hui souvent remplacée par des oxydes de fer synthétiques, efficaces mais moins subtils.

Et voilà avec la terre de Sienne tout un univers de tonalités qui se déclinent subtilement, et cette fois encore, nous invitent au voyage…

  1. La goethite, une variété d’oxyhydrixyde de fer, est connue depuis la Préhistoire. Elle a été utilisée comme pigment dans les peintures de la grotte de Lascaux.