Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le bleu de vivianite

pigment bleu vivianite

Je connais beaucoup d’iconographes (et de peintres) qui sont, comme moi, atteints d’une sorte d’addiction : le besoin irrépressible de collectionner les pigments ! Dès que je découvre l’existence d’une couleur dont je ne dispose pas, je cherche à me la procurer. Pourtant, je collectionne plus de 200 fioles de pigments et il me faudrait plusieurs vies pour les épuiser ! Cette fois, je cherchais à remplacer un pigment déniché lors de je ne sais plus quel voyage et dont j’avais épuisé la réserve, quand j’ai entendu parler de la vivianite.

La vivianite est un minéral décrit pour la première fois au début du XIXe siècle par un certain John Henry Vivian, propriétaire de mines de cuivre dans les Cornouailles : il a donné son nom, en toute modestie, à ces jolis cristaux bleus !

Ce minéral, classé dans la catégorie des « phosphates de fer d’origine secondaire », présente des nuances qui oscillent entre le gris, le bleu foncé et le bleu-vert. Il se forme par la modification de dépôts de minerai de fer proches de la surface, ou à partir de phosphates. Des cristaux de vivianite peuvent être observés dans des coquillages fossiles, comme les bivalves ou les gastropodes. Ses lames cristallines très fines sont presque transparentes. 

La vivianite n’est pas utilisée en joaillerie, car elle est trop fragile. Sous terre, elle est transparente et s’oxyde à l’air en prenant ses belles nuances.

Elle est utilisée en lithothérapie comme pierre de guérison : on dit que sa transparence favorise la force vitale et soutient le chakra du coeur.

On trouve ce minerai en Ukraine, Namibie, Cameron, Angleterre, Colorado ou Japon. Mon échantillon provient de Russie.  Je le trouve plus gris que bleu. Je l’ai ajouté à mon nuancier, mais ne peux encore rien dire sur ses qualités, à l’usage. Ce sera plus tard l’objet d’une suite à cet article. Pour l’instant, je le dédie à mon amie Viviane…

Article du 30 juin 2020


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Lire dans le bleu du ciel…

La couleur bleue du ciel résulte de la diffusion de la lumière solaire par l’atmosphère. Si celle-ci n’existait pas, la voûte céleste serait noire et les étoiles visibles en plein jour.

En juillet 2013, Malbaie, Charlevoix

La lumière du soleil contient toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Elle voyage sous forme d’ondes d’une longueur spécifique à chacune. 

La lumière se déplace en ligne droite jusqu’à ce qu’un obstacle la renvoie dans une autre direction. Ainsi, les rayons solaires entrent dans l’atmosphère et rencontrent les molécules d’air, les gouttes d’eau et la poussière… Les molécules d’air ont la dimension idéale pour diffuser le violet, l’indigo bleu ou le vert alors qu’elles limitent la propagation du rouge. Plus il y a de gouttes d’eau et de poussière, plus la diffusion favorise le vert et le jaune, donnant une nuance plus claire au bleu. 

Le mélange de ces tonalités farde le ciel d’infinies nuances bleues qui colorent nos songes et les palettes des peintres. 

Les tonalités de bleu varient aussi selon les saisons et les conditions météorologiques. Le bleu, plus intense dans les hautes pressions du printemps et de l’automne, s’affaiblit le reste de l’année. 

L’intensité de la couleur bleue s’accroît en fonction de l’altitude ; l’absence de poussière et de gouttes d’eau permet à la radiation bleue de se renforcer comme c’est le cas en haute montagne, procurant cette plénitude particulière.

Dans les plaines, le bleu foncé, lié à une bonne visibilité, indique un temps instable. Un bleu moyen, clair ou lumineux, laisse présager la persistance du beau temps. Un passage graduel du bleu au blanc ou gris, lié à de la brume, annonce un changement de temps. On pourrait apprendre à lire dans le bleu du ciel ! 

Cet article a été l’objet d’une émission sur RCF Isère le 30 avril 2012 ; il constitue le chapitre 35 du livre, Bleu intensément .

Article du 26 juin 2020


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Saint Michel archistratège

J’avais déjà présenté l’archange Michel dans un article précédent ici

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Icône sur tilleul, 22 x 26 cm, avec du tapis-lazuli d’Afghanistan pour le ciel, feuille d’or et vert malachite.

Saint Michel est parfois décrit comme l’archistatège, c’est-à-dire le chef des armées célestes, l’ange de lumière qui garde le monde en s’opposant aux forces maléfiques.

 

Cette représentation s’inspire du récit de l’Apocalypse, dans un épisode (Ap, 12, 7-9) où Michel combat à la tête des milices célestes contre le dragon : « Il y eut alors un combat dans le ciel : Michaël et ses anges combattirent contre le dragon. Et le dragon lui aussi combattait avec ses anges, mais il n’eut pas le dessus : il ne se trouva plus de place pour eux dans le ciel. Il fut précipité le grand dragon, l’antique serpent, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier. »

Dans cette représentation, saint Michel est représenté à cheval, ailé, dans des tonalités de feu. Il porte une armure dorée et une cape rouge vif. Il tient dans la main gauche le Livre et la trompette du Jugement. Dans la main droite, il tient une lance qui se termine par une croix, et parfois aussi un encensoir. Un arc-en-ciel est posé entre ses deux mains, tantôt de toutes les couleurs, tantôt blanc, signe de l’alliance avec Dieu.

Sous les pattes de l’ardent cheval, bouillonnent les eaux sombres du mal.

Selon La Légende dorée de Jacques de Voragine, chaque fois que Dieu souhaite imposer un grand acte de résistance, il charge l’Archange saint Michel de le représenter. Il ajoute : « c’est lui qui, dans l’armée des anges, porte la bannière du Christ » .

On retiendra surtout la force de cette symbolique : la lutte victorieuse contre les forces destructrices, lutte qui exige une grande détermination et une « armure » pour se protéger. En termes psychologiques, on pourrait dire qu’il y a parfois besoin de se faire aider, confronté aux situations dévastatrices. Être victorieux revient à ne pas se laisser entraîner vers le bas, à résister à la noirceur et aux eaux tumultueuses de l’obscurité…

Une iconographie particulière de saint Michel le montre sauvant l’église de Chonae (l’ancienne Colosses, en Phrygie). Ce sera le sujet d’une autre icône, plus tard !

Article du 12 juin 2020


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Sainte Véronique

sainte Véronique

Sainte Véronique, icône sur tilleul, 18 x 24 cm, 2020

Sainte Véronique est une figure un peu à part : elle n’est pas une sainte « historique », elle ne figure pas dans les martyrologes, elle n’est pas non plus un personnage de légende et rien n’est dit à son propos dans les Évangiles : Véronique serait plutôt un personnage « type » lié à toute une série de traditions qui s’enchevêtrent, ce qui lui confère une portée symbolique très forte.

Le nom de Véronique est associé à Bérénice (« Βερενίκη » Berenikê) et signifie « qui porte la victoire ». Il a été latinisé en « Véronique ». L’étymologie populaire a ensuite associé le nom de Véronique à « vraie » (vera) et « image » (icona), ce qui est en fait une expression hybride, un peu grecque et un peu latine !

Une des versions les plus anciennes de sa vie apparaît dans une interpolation en latin ajoutée tardivement au texte de l’Évangile apocryphe de Nicodème (vers le Ve siècle).

L’histoire de Véronique est d’abord liée à la sixième station du chemin de Croix. Le Christ s’affaisse sous le poids de sa Croix ; une femme brave la foule hostile, s’approche et lui essuie le visage avec le voile qui couvrait sa tête. L’image du Christ reste imprimée sur le tissu et prend le nom de « Sainte Face » ou « suaire de Véronique » ou encore image acheiropoïete (« non faite de main d’homme »).

On raconte que Véronique aurait plié le linge en trois et trois empreintes identiques du visage du Christ seraient apparues. Ainsi s’ouvre la voie à de multiples traditions que je ne vais pas détailler : ce n’est pas un sujet de consensus et je ne le connais pas assez bien pour avoir une opinion.

On trouve un de ces récits dans La Légende dorée de Jacques de Voragine (chapitre 52, La Passion de notre Seigneur).

Après cet épisode, il est possible que Véronique ait épousé Zachée, le petit publicain de Jéricho (Lc 19). Ils partirent ensemble pour Rome où l’empereur Tibère désirait voir le visage du Christ. Ils lui présentèrent le linge puis se rendirent en France. Ils partirent chacun de leur côté annoncer l’Évangile et c’est ainsi qu’on trouve les reliques de Zachée à Rocamadour et celles de Véronique à Soulac (Gironde).

On rapproche aussi Véronique de la femme anonyme qui, dans les Évangiles, souffre d’hémorragies, avant d’être guérie miraculeusement en touchant le vêtement du Christ ; ou bien de Marthe de Béthanie, dont le deuxième nom pourrait être Bérénice.

L’iconographie représente Véronique tenant un tissu sur lequel s’est imprimé le visage du Christ.

Elle est la patronne des lingères, des laveuses et des photographes. Il est vrai que la posture de cette icône pourrait faire penser au moment où le photographe, au temps de la photo argentique, sortait le papier du révélateur, le tenant avec précaution, et attendait, comme un petit miracle, qu’apparaisse le visage sur le papier. Je vous dois une confidence : cette icône a été commandée par un photographe, cette analogie a déclenché chez lui la certitude que sainte Véronique était bien « sa » sainte !

Fête le 4 février

Article du 18 mai 2020


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Saint Mamert, « transcender la peur en espoir »…

Mamert

Saint Mamert, icône sur bouleau, 13 x 16 cm, 11 mai 2020

Je vais vous raconter encore un de ces clins d’œil étonnants que nous font les icônes, ou plus largement l’Invisible, pourvu qu’on y prête attention.

Mon amie Marie-Noëlle, iconographe et mosaïste, est en ce moment portée par un splendide projet : celui de réaliser une grande icône de la « Protection de la Mère de Dieu » pour son atelier. 

Pour donner plus de force à cette réalisation, elle a eu l’idée d’entourer cette grande icône de saints, locaux pour la plupart (mais pas forcément), et de demander à chaque élève ou iconographe ayant un lien ou un autre avec son atelier, de réaliser une de ces petites icônes.

J’ai proposé à mes élèves de participer à ce projet et sept d’entre eux ont répondu à l’appel. Moi aussi, j’ai accepté, au nom de notre amitié et toute l’histoire qui nous lie. Une petite cérémonie (avec une sorte de tirage au sort) a été organisée, au cours de laquelle nous aimons à dire… qu’un saint nous a choisi. C’était au tout début du confinement, et Marie-Noëlle m’annonçait que « saint Mamert » venait à moi ! 

Je ne connaissais pas ce personnage et, comme d’habitude, ai commencé par chercher des renseignements sur cet évêque de Vienne, de la fin du Ve siècle. On n’a pas beaucoup de détails sur sa vie : il serait né à Lyon, devenu prêtre puis évêque de Vienne, laissant le souvenir d’un bon pasteur, soucieux des besoins de ses ouailles, même les plus élémentaires.

Toute sa vie dans l’Église s’est déroulée durant les invasions des barbares et il a vécu, dans notre région, toute une série de catastrophes naturelles (tremblements de terre, inondations et sécheresses, etc.). Bref, les calamités s’accumulaient, en même temps les difficultés et les souffrances de ses contemporains. C’est ainsi que saint Mamert institua la prière des « Rogations » (du latin rogare : prier, demander). Il imagina de conduire, trois jours de suite, à date déterminée, des processions dans les champs pour demander au Ciel la cessation des calamités. Il mit alors en place un rituel assez précis, incluant une période de jeûne.

Il serait mort vers 477. 

Noter qu’il existe en Bretagne un saint Mémor qui semble être le même avec des chapelles dédiées.

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que saint Mamert, avec saint Pancrasse et saint Servais, est le premier des trois « Saints de glace »… et qu’il est fêté le 11 mai, jour annoncé du « déconfinement » ! 

Ainsi donc, à cette date symbolique choisie depuis longtemps, s’associe un saint, qu’on invoque… pour éloigner les catastrophes ! Après cette découverte, je n’ai pas résisté et n’ai pas attendu plus longtemps pour peindre une première icône de saint Mamert.

Les amis, invoquons donc saint Mamert, c’est vraiment le moment ! Voilà encore une fois un personnage presque oublié qui revient partager nos espoirs et nos craintes.

Finalement, ce serait une sorte de « rogation » d’aujourd’hui, de nous associer à saint Mamert, pour convaincre nos contemporains que « le temps est venu (1) (…) ensemble, de poser les  pierres d’un nouveau monde, de transcender la peur en espoir, d’applaudir la vie, d’honorer la beauté du monde, de se rappeler que la vie ne tient qu’à un fil, de nous réconcilier avec la nature, d’apprendre à vivre plus simplement (…) et de nous réapproprier le bonheur. »

(1) extrait des 100 propositions de Nicolas Hulot « Le temps est venu »

Article du 11 mai 2020, début du « déconfinement »


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Saint Christian de Pologne

Christian

Icône sur tilleul, 13 x 17 cm, 2020

Le prénom Christian est dérivé du latin Christianus qui signifie « chrétien » ou « disciple du Christ » ou encore « sacré » (en grec).

Christian fait partie du groupe appelé « les cinq frères », avec Benoît, Jean, Isaac et Matthieu. Ils vécurent en Pologne du temps du duc Boleslas 1er-le-Vaillant, qui joua un rôle décisif dans la christianisation du pays.

Boleslas fit venir d’abord en Pologne Benoît et Jean, deux moines camaldules italiens (c’est un ordre monastique bénédictin).  Jean était borgne et souffreteux. On leur bâtit un petit oratoire dans la forêt de Kazimierz, et des Polonais, Matthieu et Isaac, vinrent se joindre à eux. Ils laissaient pousser leurs barbes pour ne pas trop se différencier des habitants des lieux. Il s’administraient mutuellement des flagellations selon l’usage des premiers camaldules. Suite à une intrigue, les serviteurs décidèrent de s’emparer des richesses du monastère. La nuit du 10 au 11 novembre 1003, alors que les moines disaient l’office de la vigile de Saint-Martin, les serviteurs les massacrèrent (une autre version raconte qu’ils ont été égorgés dans leur lit par des bandits qui les croyaient en possession d’un trésor). 

Toujours est-il que Christian, le cuisinier polonais qui couchait un peu plus loin, fut réveillé par le vacarme. Il prit un bâton et tenta de chasser les agresseurs. Mais il fut abattu à son tour (on dit qu’il a été pendu sur la place de l’oratoire).

Le lendemain, les paysans du coin enterrèrent les cadavres. On déposa les corps des quatre camaldules dans l’église et celui de Christian dans le cloître, considérant son martyre moins volontaire, puisqu’il avait essayé de se défendre avec un bâton. Mais ensuite, son cas fut assimilé à celui de ses compagnons et il devint, comme eux, un des saints patrons de la Pologne.

Les assassins furent condamnés à mort mais Boleslas commua leur peine. Ils auraient dû mourir d’inanition après avoir été enchaînés aux tombeaux de leurs victimes. Mais les saints montrèrent qu’ils avaient pardonné à leurs meurtriers, car les chaînes se rompirent miraculeusement. Il furent alors simplement condamnés à servir dans l’ermitage reconstruit.

C’était en l’an 1003 et saint Christian est fêté le 12 novembre (calendrier occidental). Il est le saint patron des parturientes (je ne sais pas du tout pourquoi !).

Article du 18 avril 2020


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Une visite de mon atelier (5)

OLYMPUS DIGITAL CAMERA« Ma palette fraîchement arrangée et brillante du contraste des couleurs suffit pour allumer mon enthousiasme » écrivait Delacroix (on peut relire l’article sur Les palettes de Delacroix). Pour moi, je crois que c’est pareil. La vue des couleurs, celles des pigments comme celles des fleurs du jardin, suffit à me remplir le cœur de joie. Je connais chacun de mes pigments, leur origine, leur texture, leur façon de bien se mélanger ou non avec d’autres

Mais que sont exactement ces pigments ? Un pigment est tout simplement une substance colorée et colorante, naturelle ou artificielle. Depuis l’Antiquité, les pigments broyés sont utilisés en peinture, mélangés avec un liant à l’œuf, de la gomme arabique ou de la cire. Le  procédé le plus utilisé pour la peinture de l’icône est la tempera (détails ici ou là)

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ocres

Les pigments d’origine naturelle me rappellent des voyages réels ou imaginaires. Ils sont de différentes natures. Dans la peinture de l’icône, on utilise principalement des terres argileuses comme l’ocre rouge et l’ocre jaune. Ce sont les deux stars de nos palettes, les deux couleurs qu’on utilise le plus, les « basiques » pourrait-on dire. Mais cela ne suffit pas d’en citer deux, car en réalité il existe une infinité de nuances d’ocre rouge ou d’ocre jaune, selon leur lieu d’origine. On peut aussi citer toutes les terres vertes, terres d’ombre, terres d’ici et de partout, terres des bords d’un volcan, des bords chantants d’un ruisseau ou d’une plage exotique…

 

J’aime aussi utiliser les pigments minéraux qu’il faut rebroyer finement, comme le lapis lazuli, le turquoise ou la malachite (mon préféré). Ils sont généralement très coûteux car issus de pierres précieuses ou semi-précieuses et parfois toxiques comme le cinabre. Ils laissent souvent de petits grains, captant et reflétant la lumière : ils donnent une sorte de vibration, une musicalité à l’icône.

Nous avons aussi recours à des pigments d’origine animale (noir d’os, pourpre ou cochenille… ) ou végétale (indigo, pastel, noir de vigne… ). Mais à l’exception du noir, ils sont mal adaptés à la peinture de l’icône car manquant de stabilité (ils sont mieux adaptés à l’enluminure).

Bien sûr, on ne trouve pas forcément tout et, pour certaines couleurs, on recourt à des pigments de synthèse (vermillon, outremer… ). Certains procédés de fabrication sont connus depuis l’Antiquité (bleu égyptien… ). Quelques-uns sont toxiques, ou produisent des réactions chimiques : il convient de les utiliser avec parcimonie et prudence (les cadmiums par exemple).

J’ai travaillé particulièrement sur les pigments bleus et cela a donné lieu à trois années d’émissions puis à la publication de l’ouvrage Bleu, intensément. Vous pouvez retrouver sur ce site de nombreux articles à ce sujet. Encore une fois, c’est ma passion et je suis intarissable sur le sujet !

Terminons avec ces mots écrits en 2005 dans Un moineau dans la poche (p. 101)OLYMPUS DIGITAL CAMERA

« Les pigments, venus des quatre coins du monde, sont broyés finement. Les étiquettes sur les bocaux, l’infinie nuance des couleurs de terre sont autant de voyages et chaque couleur joue sa partition : terre de sienne naturelle, vert brentonico, rouge de Venise et rouge ercolano, cinabre de Chine, lapis-lazuli, limonite de Chypre, ocre jaune ou ocre rouge du Roussillon, oxyde rouge de Madras… Parfois, le voyage est long et imprévu : j’ai reçu en cadeau de petites bouteilles de pigment dénichées dans une arrière-boutique tenue par un vieux pope, à Athènes. J’ai été émue par les cheminements qui avaient conduit à cette improbable trouvaille, au fil des recommandations, d’une boutique à l’autre, à travers les ruelles d’un quartier populaire. Très fière, j’ai montré un jour ma trouvaille à un ami grec, qui a déchiffré une petite mention sur l’étiquette : les pigments étaient fabriqués par une grosse entreprise allemande ! J’achète maintenant la plupart de mes pigments dans le Roussillon où nous avons la chance d’avoir de magnifiques carrières. Nous nous y sommes promenés aussi, longtemps, dans une lumière accrue par les dénivelés et l’ocre de la terre. Les enfants ont joué à escalader en riant les versants abrupts et à dévaler dans la poussière. Ils se croyaient au Colorado (c’est d’ailleurs le surnom du lieu !). Leurs vêtements ont gardé longtemps la trace de ces couleurs. Les pigments mélangés au creux de ma main, ou dans le petit godet de céramique résonnent parfois de leurs rires. » p. 101

Article du 13 avril 2020

 


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Une visite de mon atelier (4)

Continuons la visite avec ma collection de crayons et de pinceaux. J’ai déjà rédigé plusieurs articles sur le sujet : un article sur la fabrication des crayons autrefois à retrouver ici et un autre sur la fabrication des pinceaux  ici.

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Pour faire son dessin à partir du modèle choisi, nous travaillons tout simplement au crayon, en faisant très peu d’ombres. Tout l’enjeu du dessin réside dans la recherche de lignes les plus pures possibles qui délimitent des zones. Celle-ci seront plus tard recouvertes de couleurs sombres, avant de les éclairer progressivement, dans la quête de la lumière qui caractérise le cheminement de l’icône. Le choix des crayons est tout à fait classique : le « HB », moyen, nous accompagne pour l’essentiel du travail ; les différentes catégories de « H » permettent les traits bien secs ; les « B », plus gras, interviennent dans un second temps, rendant la ligne vivante par le jeu des pleins et déliés : c’est un autre sujet !

Un des défis de notre travail consiste à utiliser le moins possible la gomme : imaginons ne pas effacer une erreur, mais s’y appuyer pour évoluer et progresser… Cela impose de proposer, avant d’affirmer (ou de réfléchir avant de parler ?) : un trait léger au début, juste des contours effleurés, et peu à peu, advient la ligne, sobre et précise.

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Le petit matériel est disposé sur un présentoir offert par ma fille Élodie et réalisé par Morgane, jeune femme aux mains d’or. Quant à la tasse à droite, elle me vient d’Isa. J’aime bien réunir aussi sur ma table des objets beaux et signifiants.

Arrive la délicate question des pinceaux. Oui, nous évoluons, tout comme notre travail ! Au tout début de ma découverte de l’icône, je ne m’étais même pas demandé ce qu’il pouvait en être de la souffrance d’un joli petit écureuil dont les poils de queue sont utilisés pour réaliser mes plus beaux pinceaux. J’avoue qu’aujourd’hui, cela me perturbe. Pour l’instant, je n’ai pas trouvé d’autre solution que de les soigner avec beaucoup d’attention pour prolonger leur vie le plus longtemps possible et ne pas avoir à les changer trop souvent. Et pourtant, ils s’usent si vite !

Nous utilisons trois sortes de pinceaux. Le pinceau en martre, très nerveux, nous sert à dessiner les lignes et permet de magnifiques « pleins et déliés ».  Le petit gris, plus doux, permet de couvrir les surfaces. Quant aux pinceaux synthétiques, ils viennent à notre secours pour poser les vernis, les laques, enlever les surplus ou corriger les erreurs.

Article du 7 avril 2020


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Une visite de mon atelier (3)

Continuons la visite de mon atelier en examinant chacun des objets posés sur mon bureau. J’ai consacré le dernier article au choix des modèles. Une fois le modèle sélectionné et bien compris, admiré, chacun refait un dessin en respectant certaines règles de construction et de symbolique immuables. Ainsi, le modèle suit sa route et prend son empreinte personnelle, s’habillant d’imperceptibles penchants (1). Quand le dessin nous semble satisfaisant, nous le décalquons afin de disposer d’un support stable, en vue des opérations successives qui suivront. Cette pratique, contrairement à ce qu’on peut imaginer, est très ancienne.

On peut relire ces articles sur le calque ici et  (les méthodes ancestrales pour fabriquer le calque).

On passera ensuite à l’arrière du calque un pigment ocre rouge selon d’autres méthodes ancestrales, la sinopia ou le poncif,  décrits ici.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJe profite de cette courte visite d’aujourd’hui pour vous présenter quelques petits objets indispensables, qui restent toujours à portée de main.

– un « pont », c’est-à-dire un support en bois qui permet de peindre au-dessus de nos surfaces longues à sécher, surtout quand on travaille comme on le fait dans mon atelier à « la goutte », donc à plat. Celui-ci a été réalisé par Claude, un ancien élève de l’atelier d’icônes passionné par la marqueterie. On peut tout à fait en fabriquer de rudimentaires qui font très bien l’affaire.

– le poinçon qui sert à repasser les contours établis sur le calque ou à graver les contours des surfaces qui recevront l’or.

– un petit couteau pour racler tous les débordements (or, surépaisseur de pigment…) , réalisé spécialement par Jean-Marc « de Tahiti ».

– la spatule qui sert à bien écraser les pigments qui sont livrés en poudre, puis mélangés à la préparation à base de jaune d’œuf.

– des petites coupelles en verre réalisées par mon amie Isabelle Baeckeroot 

Cet article s’insère dans une petite série intitulée « une visite de mon atelier » :
– 1. la lumière
– 2. le choix du modèle

(1) j’ai toujours été troublée de constater, lorsque j’animais des stages de débutants, de voir qu’en s’inspirant du même modèle, les mêmes consignes, les mêmes corrections… chacun donnait à son travail, bien involontairement, un caractère personnel (le secret de nos âmes).

Article du 3 avril 2020


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Une visite de mon atelier (2)

OLYMPUS DIGITAL CAMERAContinuons la visite de mon atelier (1). Vous pouvez remarquer  sur la photo trois modèles correspondant à l’icône sur laquelle je suis en train de travailler (au premier plan, à peine ébauchée).

Comment cela se passe-t-il, en pratique, lors d’une commande d’icône ? 

L. et B., un jeune couple sont venus me rendre visite un soir d’hiver dans mon atelier, souhaitant une petite icône pour la placer dans leur coin prière, mais sans idée précise de modèle. Nous avons regardé ensemble des livres et toute une documentation afin de mieux cerner leurs goûts et leurs attentes. Ils m’ont dit en toute simplicité ce qui leur plaisait ou non, dans les icônes accrochées dans l’atelier. J’ai cherché à les guider, au mieux.

Sarah Legendre

L’icône « de la main » de Sarah

Leur choix s’est arrêté sur un modèle de Christ en Gloire (la construction et la symbolique du modèle sont décrits ici) sur fond rouge. Il me semblait que cette icône avait été réalisée dans l’atelier de mon ami Père Antoine, mais sans certitude. Je lui ai posé la question et nous avons été tous deux très touchés de savoir que l’icône avait été peinte par la main de notre amie Sarah, aujourd’hui « née au ciel ». Il se souvenait qu’elle s’était elle-même inspirée d’un modèle de Père Zenon. J’ai comparé à d’autres modèles de Christ en Gloire et on distingue sur la photo un troisième modèle, sur lequel je m’appuierai aussi, tiré de l’œuvre de Léonide Ouspensky. 

 

On pourrait qualifier l’icône « de » Sarah, de style romano- byzantin, ce qui convient parfaitement au jeune couple dont il est question. Une des caractéristiques de ce style est

Berzé

La fresque de Berzé-la-ville

le bras de la main qui bénit ouvert (le bras droit, à gauche sur la photo) comme sur cette fresque de Berzé-la-Ville (contrairement aux modèles de Novgorod ou de Roublev par exemple où ce bras es replié et la main apparaît au milieu de la poitrine du Christ).

Bref, l’apprivoisement, la découverte, la compréhension du modèle constituent déjà tout un voyage dans le temps et dans l’espace.

Le fait de s’appuyer sur un modèle est une des caractéristiques de la peinture de l’icône (2). Voyez comme de l’icône « de » Sarah, à celle « de » Père Zénon, à la fresque de Berzé-la-Ville et à l’icône à naître pour ce jeune couple, se crée tout un cheminement. C’est comme si nous entrions dans une grande chaîne humaine de beauté, de création, de couleur et d’énergie. C’est comme si nous nous transmettions non seulement nos modèles et toute leur signification symbolique et spirituelle, mais y déposions aussi nos joies et nos peines, nos doutes, nos prières, nos pensées, la couleur de l’instant. 

Il y aura dans cette icône à naître un peu de la Loire qui coule à Saint-Florent (là où habitait Sarah), son inoubliable rire, un peu de la couleur des vignes à l’automne autour de Berzé-la-Ville, la lumière des yeux du jeune couple, un peu de l’inquiétude et de la créativité de cette période de confinement, la méditation et la prière de théologiens et d’artistes, la douceur du printemps : toute la vie.

(1) Cet article s’insère dans une petite série intitulée « une visite de mon atelier » :
– 1. La lumière
(2) On peut relire l’article « la chaîne d’or »

Article du 31 mars 2020