Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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L’église Saint-Pourçain de Marigny

Église Saint-Pourçain de Marigny

Comme c’est souvent le cas, la rencontre avec l’église de Marigny a été le fruit du hasard. Nous passions par là après avoir longé les rives de l’Allier depuis Nevers, en route pour Souvigny ; nous avons fait halte, attirés par la beauté de l’édifice ; une personne du voisinage est venue activer l’éclairage pour dévoiler la beauté du chœur… et voilà, nous sommes restés sous le charme !

Un église primitive existait là très précocement et a été remplacée entre le Xe et le XIIIe siècle par celle-ci, placée sous la protection de saint-Pourçain. Vous connaissez le nom du célèbre vin, mais saint Pourçain est d’abord un ermite du VIe siècle. À l’origine esclave d’un maître coléreux et brutal, qui a cherché l’appui du Père abbé d’un monastère voisin situé sur les bords de l’Allier. 

L’église du XIe siècle dépendait du proche prieuré bénédictin de Souvigny. Elle a ensuite été remaniée au XVe puis au XIXe siècle.

L’aspect extérieur dégage une belle impression de sobriété, avec cependant de discrets et joyeux détails. Ainsi, les pierres aux nuances variées, mélange de grès gris de Bourbon, de grès rouge et de calcaire clair, donnent à la façade sa jolie couleur bigarrée. L’église s’ouvre par un portail original à tympan trilobé, avec des chapiteaux ornés de feuilles recourbées et de têtes et de griffons ainsi qu’un embrasement constitué de quatre colonnes en retrait.

Elle rappelle les églises rurales du Berry avec sa forme allongée et étroite, un chœur encore plus étroit se terminant par une abside arrondie. La nef, à l’origine, ne comportait pas de transepts (ils ont été rajoutés beaucoup plus tard).

J’ai bien aimé la fresque ou la mosaïque (ou un mélange des deux ? Difficile à voir) qui orne le chœur et qui représente les quatre évangélistes (tétramorphe) autour de l’Agneau mais n’ai trouvé aucun commentaire ni explication à son propos. Alors si vous en savez plus… cela m’intéresse !


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Le monastère de Cantauque

Cet été, un peu au hasard des routes, nous sommes arrivés, à une trentaine de kilomètres de Carcassonne, dans les Hautes-Corbières de l’Aude, au monastère orthodoxe de Cantauque. Fondé en 2002 par une petite communauté de moines français venus de Jérusalem en Terre Sainte, il est situé au milieu de nulle part, à l’écart du village, dans la grandeur et l’immensité de la nature, sur un vaste domaine agricole et forestier.

Au bout du chemin après quelques virages bien tortueux, il est temps de garer la voiture et de se diriger à pieds vers le bâtiment. Quelques chevaux paissent tranquillement dans les champs, les collines ondulent, la forêt n’est pas loin : tout est calme et tellement silencieux. Le monastère, d’une grande sobriété, est soigné et coloré à la fois. Chaque détail semble refléter la beauté divine : l’agencement des parterres de fleurs de toutes les couleurs, la clochette pour alerter de la présence du visiteur…

L’accueil est à la hauteur du lieu, à la fois sobre et chaleureux. Je crois que nous avons été accueillis par le père Jacob avant de continuer la visite avec le père Samuel. Nous sommes alors entrés alors dans le cloître, un ancien hangar totalement transformé après dix ans de travaux. Dans ce havre de paix, des fresques de la Création couvrent les murs et au centre, la fontaine de vie symbolise la Vie jaillissante de la Parole de Dieu. Les fresques, peintures murales et icônes ont été réalisées au fil du temps par la main de divers moines et artistes. J’ai pensé à mes élèves et à leur travail sur la Création et en particulier à Solange.

Le monastère dépend de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, actuellement présidée par le Métropolite Joseph.

La communauté des moines vit selon la règle traditionnelle du monachisme orthodoxe. Elle célèbre ses offices en français qu’elle chante selon la tradition byzantine. Dans ce but, elle a entrepris un travail d’adaptation de cette musique orthodoxe à la langue française. La musique liturgique associe les huit tons latins avec les mélodies d’origine slave.

Elle a aussi traduit et édité les Divines Liturgies de Saint Jean Chrysostome et de Saint Basile ainsi que les psaumes d’après la Septante. Elle édite depuis 2010 tous les trois ou quatre ans, l’Annuaire de l’église orthodoxe en France.

Nous avons été invités à suivre l’office et avons pu nous imprégner de toute cette beauté. Nous avons vénéré les icônes, pris notre place dans l’église comme on prend sa place dans le monde. Un enfant a commencé à psalmodier d’une voix légère : c’était un moment de paix hors du temps et « des soucis de ce monde ». (1)

(1) Extrait de l’Hymne des chérubins (Cherubikon χερουβικὸς ὕμνος)

Ci-dessous, la galerie présente une partie du cycle de la Création dans le cloitre, mais je reviendrai plus tard en détail sur ce thème :


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L’église romane de Larrau

La descente vers Larrau

Nous revenions d’Ochagavia dans la vallée de Salazar en Haute-Navarre et, toujours à la recherche de beaux paysages, nous avons entrepris de rentrer en France par le col de Larrau. Les paysages étaient en effet époustouflants, mais nous n’avions pas compris que le col était fermé : la route, côté français, était en effet extrêmement endommagée par les intempéries et nous avons eu un peu peur ! À la descente, nous avons fait une halte au village de Larrau suivie d’une belle promenade pour nous remettre de nos émotions. C’est là que nous sommes tombés sur une merveilleuse petite église romane et sa jolie Vierge polychrome datant du XVIe siècle.

Enfin, parler d’une église romane s’avère souvent un peu approximatif. Si la construction de l’église a commencé en 1193, les remaniements et transformations ont été nombreux. Mais finalement, lire sur un bâtiment les traces du temps, des souffrances et des joies peut être une richesse quand l’harmonie est préservée. Cela tient à peu de choses, mais vraiment, dans l’église de Larrau, nous nous sommes sentis bien ! 

Le nom « Larrau » rappelle que le site était à l’origine couvert de landes, un plateau en pente douce entouré de forêts et d’immenses pâturages, facilement habitable d’où l’on pouvait accéder à la Navarre et l’Aragon en franchissant les Pyrénées.

L’église était à l’origine la chapelle d’un hôpital dépendant de l’abbaye de Sauvelade, affiliée au XIIIe siècle à l’ordre cistercien.

L’église de Larrau

L’église connaît d’importantes transformations à la fin du XVe siècle ou au début du XVIe siècle. Le chœur est couvert par deux voûtes à liernes et tiercerons (1) dont les arcs se croisent, formant un beau motif décoratif. Ces voûtes sont caractéristiques du gothique tardif, probablement le travail d’artisans locaux puisqu’à Ochagavia justement, l’église possède le même style de voûtes. 

À la jonction des arcs, des éléments saillants sont ornés de décors (des clés) sculptés. La clé centrale porte un aigle qui pourrait évoquer saint Jean l’évangéliste. La clé centrale de l’autre voûte figure un personnage tenant un agneau : c’est Jean-Baptiste comme l’indique l’inscription située au-dessus de sa tête et c’est aussi le nom de l’église.

Elle subit des dégâts pendant les guerres de religions qui entraîneront des réparations importantes comme l’atteste une plaque sculptée d’une inscription en latin. Pendant la Révolution, elle sert de hangar à fourrage puis devient église paroissiale.

L’intérieur de l’église est encore remanié au milieu du XIXe siècle avec l’ajout d’une tribune destinée à augmenter sa capacité d’accueil. Le village a compté  jusqu’à 1 300 habitants (six fois plus qu’aujourd’hui) et l’église devait souvent s’avérer bien petite !

Elle est classée monument historique en 2003.

On dit de la plupart des églises de la région qu’elles sont placées sur le chemin du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle et des vitraux récents l’illustrent. Pour nous, la halte a juste été l’occasion d’un moment de paix comme seules certaines petites églises peuvent offrir.

(1) Une lierne est la nervure qui part de la clé de voute. Les liernes peuvent s’arrêter avant de toucher aux arcs ; dans ce cas, des tiercerons (souvent de la dimension d’un 1/3 de la lierne, d’où le nom) établissent la liaison. Ces éléments architecturaux sont caractéristiques de la période gothique.

Article du 7 août 2021


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L’église romane de Luzenac

Église romane de Luzenac

De toutes les églises croisées lors de notre périple pyrénéen, l’église romane Notre-Dame-de-Luzenac est une de celles qui nous a le plus marqués. Allez-savoir pourquoi ! D’un style composite datant en partie du premier âge roman, son charme nous a emportés. Pourtant, sa localisation n’est pas des plus séduisantes puisqu’elle est située juste au bord de la route, avec cependant un très ample parvis engazonné. De plus, lors de notre bref passage, elle était fermée, en restauration, et nous avons pu voir seulement l’extérieur, ou plutôt, nous nous sommes laissé porter un long moment par son atmosphère si particulière.

Située en Ariège, au bord du Lez, elle date du XIIe siècle. Il semble y avoir dans le secteur plusieurs églises de cette époque, marquées par le dépouillement de leur architecture romane, leur construction solide, digne d’une fortification : n’oublions pas que ces lieux de culte servaient autrefois d’abri à la population en cas d’attaque, surtout quand elles étaient rendues vulnérables par leur localisation en plaine.

Église romane de Luzenac, détail

Des agrandissements sont effectués au fur et à mesure que se développent et s’enrichissent les nombreuses confréries religieuses, établies dans la région dès la fin du Moyen Âge. Un premier agrandissement est réalisé au XVe siècle avec le déplacement du portail roman. Ensuite, au XVIIe, une nouvelle façade est créée avant un réaménagement intérieur et la construction de deux sacristies… Le style devient donc extrêmement composite avec une nouvelle façade de style baroque espagnol (boules en faîtage, fronton couronné de volutes…).

C’est peut-être l’originalité du clocher à douze facettes (dodécagonal) de style byzantin, avec des baies à double arcade géminées recouvert de lauzes, qui donne sa grande originalité et son caractère particulier à l’ensemble. Le portail aussi a une allure très naïve.

Sur la façade du XVIIe large, peu élevée, s’élèvent deux contreforts massifs et trois vitraux. Celui qui occupe la position centrale est placé dans un grand oculus sous lequel se trouve une niche, ayant dû contenir une statue de la Vierge.

Il paraît que l’intérieur est opulent et caractéristique de l’ornementation baroque avec abondance de stucs, de dorures, de plafonds peints… nous ne l’avons pas vu, mais cette église nous a touchés au cœur et il ne nous reste plus qu’à y retourner !

Église romane de Luzenac


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L’aventure minuscule

Les jours d’été filent. J’aime bien ce temps de pause et de maturation : prendre le temps de ne rien faire, redécouvrir le monde et passer du temps avec les uns et les autres. Comme toujours, je tente d’en garder le meilleur en souvenirs, photos et notes griffonées qui prennent le temps de se transformer en une réserve de force et de joie.

Pour moi, l’été a commencé par une journée très particulière de retrouvailles entre « âmes-soeurs ». Je vous parle aujourd’hui de Marilyne Thevenin, potière, avec qui j’avais réalisé une de mes premières expositions. Nos liens sont anciens et profonds, et j’en ai de nouveau compris quelques racines en lisant son merveilleux petit livre « Un bol. L’aventure Minuscule » (1). Je trouve dans sa façon de décrire son travail et sa recherche tant d’analogies avec mes réflexions sur mon travail d’iconographe que je ne résiste pas au plaisir de vous citer quelques extraits.

« Créer, c’est faire l’expérience dans sa chair, encore et encore, de l’incarnation » p. 27

Marilyne décrit son atelier : « Espace dédié aux livres et aux revues céramiques, essentiels pour nourrir l’œil et faire connaître les artistes-artisans de cet art appliqué, de ce savoir ancestral et renouvelé… comment les nommer ? Ces livres m’aident aussi à me rappeler que si je suis seule dans mon atelier, j’appartiens néanmoins à la grande famille des potiers de ce monde, d’hier et d’aujourd’hui. » p. 32

© Marilyne Thevenin

Mes élèves se reconnaîtront probablement dans ce passage : « Le doute, c’est un peu comme le vent, il y en a plusieurs sortes et d’intensité variable.
Le vent de l’est, du petit matin. Un peu timide et débutant, le doute de soi : « Vais-je y arriver ? »

Le vent du sud qui camoufle son orgueil :
« Non ce n’est pas assez bien ! ».

Le vent de l’ouest qui commence vraiment à douter :
« Attends ! J’ai passé tout ce temps pour faire ça ? »

Le vent du nord, la déferlante :
« Crois-tu vraiment qu’il n’y a pas plus utile, plus urgent à faire pour œuvrer dans ce monde ? » (…) Plus sournois « N’est-ce pas un refuge, cet atelier, pour ne pas affronter le réel, le vrai ? » coup fatal « Et que prétends-tu ajouter à la beauté inégalable de la nature ? »

Avec le temps, on finit par devenir fin météorologue. On sent venir le vent, sa direction, sa force. Parfois, on se croit obligé de riposter, de trouver des arguments. Aguerrie, j’en ai construit plusieurs. « Je suis moi aussi une part de la nature et la nature n’a d’autre moyen pour exister que de créer ». Je participe modestement à la beauté du monde. » « Le monde a surtout besoin de personnes en harmonie avec elles-mêmes et ce métier, me permet cela ».(…) 

Mieux vaut poursuivre la route et attendre que ça passe. Ou aller prendre l’air, le vrai.(…) Comme toute traversée d’une aventure, on en ressort grandi, un peu transformé. (…) J’ai physiquement la sensation d’une structuration intérieure qui s’opère (…) : quelque chose qui devient plus solide, qui aide à tenir debout. Et puis au fil du temps, on finit par comprendre que le chemin est plus essentiel que la destination, qui, de toute façon, s’éloigne toujours à mesure qu’on s’en approche. On finit par savoir apprécier les fleurs sur le bord de la route (…) » p. 42 et 43

« Marcher devient un but en soi, trouver le bon rythme, la bonne respiration. Se mettre au diapason avec soi-même dans la gestuelle du quotidien comme dans celle de l’atelier. Voilà le véritable enjeu. » p.45

Autel domestique, ©Marilyne Thevenin

Terminons avec ce passage qui ressemble à ce que j’écris si souvent en remplaçant simplement le mot « bol » par « icône » et le mot « chien » par « chat » !

« Minuscule participation au monde que de passer une grande partie de son temps à créer des bols (…) Et pourtant, je ne peux me résoudre à faire quelque chose de plus important, hormis peut-être m’occuper du potager (…), passer du temps avec mes proches, transmettre et partager cette rencontre de la matière et de sa propre créativité, prendre du temps pour contempler, explorer le monde de la nature et mon monde intérieur, prendre soin du quotidien, caresser mon chien, faire un bouquet de saison, allumer une bougie… » p. 49

(1) Vous pouvez mieux découvrir le travail de Marilyne sur le site www.terre-a-terre.org Le mieux est bien sûr de prendre RdVpour découvrir son lieu, la rencontrer ainsi que Vincent, son compagnon. Également sur Instagram @marilyne.thevenin. On peut aussi commander le livre d’où sont tirés ces extraits en s’adressant à marilynethevenin@gmail.com 

Article du 29 juillet 2021


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Saint Constantin le Grand

Saint Constantin de Grand, icône sur tilleul 13 x 17 cm, 2021

La mère de Constantin, Hélène (devenue sainte Hélène) était une ancienne servante d’auberge ou une prostituée. Elle épouse Constance, et Constantin naît vers 272 à Nish (actuelle Serbie). Mais les circonstances propulsent le simple centurion au statut d’empereur sous le nom de Constance II.

Hélène, jugée trop peu présentable par le nouvel empereur, est alors répudiée. Humblement, elle se retire, mais son fils lui reste fidèle. Quand il est proclamé empereur en 306 sous le nom de Constantin, il rappelle sa mère et la comble d’honneurs. 

On ne sait pas lequel des deux devint chrétien le premier et convertit l’autre.

En 312, Constantin combat son principal rival pour le trône d’Occident : Maxence. Avant la bataille du pont Milvius près de Rome, Constantin est saisi par une vision : il voit la croix ou le labarum (1) du Christ avec ces mots : « Par ce signe tu vaincras ». Il fait alors mettre le symbole chrétien sur les vêtements, les armes et les étendards de ses soldats qui remportent la victoire (on ne sait pas trop la part de légende de cette histoire).

Le règne de Constantin marque un virage décisif dans l’histoire des chrétiens. Il fait cesser les persécutions et promulgue l’Édit de Milan en 313 qui donne à chacun la liberté religieuse. Il montre cependant sa préférence pour le christianisme, accordant à l’Église d’importants privilèges.

Il convoque le concile de Nicée en 325 et fait édifier de fastueuses basiliques à Rome comme en Terre sainte.

Son œuvre législative est aussi considérable : il impose le repos dominical et autorise l’affranchissement des esclaves et d’une façon générale, améliore leur sort ; il limite le recours aux supplices et autres traitements cruels. Peut-être en soutien à sa mère dont l’honneur avait été bafoué, il limite les cas de répudiation par opportunisme, renforce le poids du mariage et promulgue des lois contre la prostitution.

À la fin de sa vie, il fait bâtir à sa gloire, sur l’ancien site de Byzance, une nouvelle capitale impériale nommée Constantinople.

Il attend le dernier moment pour se faire baptiser sur son lit de mort en 337 et serait monté droit vers le Ciel.

Les Églises d’Orient fêtent généralement ensemble Constantin et sa mère, alors que l‘Église d’Occident les fête séparément. En Orient il a le titre d’« Égal aux apôtres ».

Il est fêté le 21 mai (ainsi que d’autres dates dans le calendrier oriental)

(1) Le labarum (en grec λάβαρον) est l’étendard militaire portant le chrisme adopté à partir de Constantin par les empereurs romains. Le chrisme est le symbole du christianisme primitif : il est composé par les initiales du Christ.

Article du 15 mai 2021


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Couleur de lumière

À Ravenne, au mausolée de l’impératrice Galla Placidia, la coupole est ornée de mosaïques aux couleurs du ciel tandis que les voûtes des fresques passent en Occident, du jaune ou de l’or au bleu. 

Église romane de Perse à Espalion : elle porte ces deux couleurs associées à la lumière : l’or et le bleu des cieux…

Les savants du Moyen Âge multiplient les expériences d’optique, s’interrogent sur l’arc-en-ciel et associent leurs recherches à leurs préoccupations théologiques ; ils ne parviennent à aucun consensus. 

Certains pensent que la couleur est divine, porte en son cœur la lumière et éloigne la nuit, le Malin et l’obscurité. Homme de science, l’abbé Suger encourage les artistes à jouer avec la couleur et les vibrations de la lumière. Il se réfère aux écrits de Denys l’Aréopagite, moine mystique syrien de la fin du Ve siècle et s’appuie sur la première épître de saint Jean : « Et voici le message que nous avons entendu de lui et que nous vous dévoilons : Dieu est lumière, et de ténèbres, il n’y a pas de trace en lui » (1 Jn 1, 5).

Vers 1140, l’abbé Suger fait reconstruire l’église abbatiale de Saint-Denis et encourage l’usage des couleurs, en particulier le bleu, afin de dissiper les ténèbres. On parle du bleu de Saint-Denis. On utilise alors pour les vitraux un produit très cher, le safre qui prendra plus tard le nom de bleu de cobalt. Suger évoque la « matière de saphirs » pour décrire les verres bleus des vitraux de son abbatiale. Le moine Théophile rédige à cette époque une sorte d’encyclopédie du savoir-faire artisanal et emploie la même expression, saphirum, pour désigner les fragments de verre bleu imitant la pierre précieuse. 

L’expérience de Saint-Denis convainc et inspire les artistes qui élèveront vers les cieux la cathédrale du Mans ou de Chartes d’où émergera le célèbre bleu de Chartres.

À l’opposé, d’autres hommes d’église comme saint Bernard de Clairvaux estiment que la couleur est matière, qu’elle distrait et éloigne les hommes de Dieu. L’architecture cistercienne, tout en sobriété et dépourvue de vitraux colorés, témoigne de cet état d’esprit. 

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 14 novembre 2011 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 6 mai 2021 et figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 12.


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Les scribes du contour

C’est assez rare que je publie un article que je n’ai pas écrit. Mais j’ai été passionnée par ces réflexions de Nylda Aktouf, peintre et guide au Musée des Beaux-Arts de Montréal à propos du travail des artistes de l’Antiquité égyptienne. On les appelle… les scribes du contour.

J’y ai découvert la passionnante notion d’aspectivité qui rejoint beaucoup de nos réflexions d’iconographes tout comme les considérations sur les couleurs.

Cet article en résume un autre plus complet, publié dans la Revue Contact du Musée des Beaux-Arts de Montréal. Je laisse donc la parole à Nylda :

« Dans l’Égypte ancienne, les dessinateurs et les peintres étaient appelés scribes des contours, leur art se définissant avant tout par les lignes simples qui entourent des formes et des surfaces recouvertes de couleurs riches et chatoyantes.

Les Égyptiens aimaient la couleur. Tout était sujet à polychromie, murs, statues, étoffes, mobilier de bois, papyrus, bas-reliefs en pierre, objets en faïence, ornements de momies.

Cependant, l’activité du peintre égyptien de l’Antiquité ressemblait davantage « à celle du cartographe qu’à celle du peintre « , dit Ernst Gombrich. Il s’agissait non pas de faire de l’esthétisme, mais de placer un ensemble d’objets dans un espace pictural de façon plutôt énumérative et d’offrir à l’observateur une sorte de chronique de la vie de l’époque (travail, chasse, pêche, etc.). En outre, art et religion étaient indissociables, aussi les multiples dieux du panthéon égyptien ont-ils une place primordiale.

Les représentations ne sont jamais réalistes. Il s’agit d’images idéales obéissant à un certain nombre de codes stricts soumis au règne du Maât (ordre pour l’éternité), d’assurer la survie du défunt dans l’au-delà et de permettre la recréation de l’univers. Examinons quelques-uns de ces codes :

La frontalité et la symétrie

Cette règle impose de couper tout personnage en deux moitiés symétriques. Il convient de ne pas perturber la Maât, l’harmonie universelle ! 

L’aspectivité 

La représentation égyptienne nie toute perspective. Pour les Égyptiens anciens, l’image doit être « bavarde » et montrer de manière significative tout le contenu d’un objet, d’un individu ou d’un paysage.

Ainsi sur les stèles funéraires toutes les offrandes sont-elles montrées. La stèle de Nefertiabet présente véritablement une liste de ce qui pourrait servir à la princesse : du pain, des cruches de bière, du linge… 

La perspective rabattue

Ce principe s’applique également aux lieux. Ainsi, pour représenter un lac entouré d’arbres, le peintre égyptien dessinera une étendue d’eau vue de haut autour de laquelle seront représentés des arbres comme s’ils avaient été rabattus au sol. Cette spécificité de l’iconographie égyptienne est appelée perspective rabattue. 

La grille de proportion 

La représentation humaine fixe les proportions au moyen d’une grille de proportion (carroyage) basée sur la coudée égyptienne et qui consiste à quadriller la surface à peindre de façon à délimiter nettement la place de chaque élément de la composition. Ces proportions reflétaient l’importance sociale, religieuse et politique des individus. La hauteur des personnages dépendait par exemple de leur rôle dans la société : ainsi, Le pharaon est toujours représenté comme le plus grand des hommes. 

C’est au Moyen Empire que la grille de proportions fait vraiment son apparition. La figure s’inscrivant dans une grille de 18 carrés de haut, on constate que les articulations principales du corps se placent toujours aux mêmes endroits, déterminant un canon propre à cette époque.

C’est au Nouvel Empire que la représentation de la figure humaine va connaître une tendance à l’affinement de la silhouette avec un allongement extrême des membres, à l’intérieur du cadre rigide des 18 carrés.

Le faux profil

Dans la représentation des personnages, la tête est figurée de profil, les yeux sont dessinés de face pour imposer le regard ; les épaules et le torse également, pour ne pas atrophier le personnage. Puis les jambes sont de nouveau de profil, comme les pieds. Le corps est ainsi présenté sous ses différents angles, sans pour autant apparaître difforme. Les Égyptiens avaient quasiment découvert la vision en trois dimensions et réussi à trouver un équilibre. 

La durée et le temps

Le temps qui passe est assez difficile à exprimer. Les Égyptiens ont trouvé avant l’heure le secret du dessin « animé » en juxtaposant par exemple les mouvements ou en montrant le personnage à différents moments de sa vie. 

La technique

Le peintre a essentiellement pour fonction de préparer ses couleurs, ses pinceaux et tout le matériel accessoire. Les pigments colorés sont délayés avec de l’eau et un adhésif, soit avec de l’albumine, avec de la gomme d’acacia, soit avec de la gélatine issue des os, peaux, graisses et cartilages d’un animal.

La palette était sommaire, mais à celle-ci s’ajoutaient deux composés synthétiques, les pigments bleu et vert, produits dans un four, à partir d’un mélange de cuivre, de sable, de calcaire et de cendres : vers 850 degrés, le bleu se forme, puis il se décompose lorsque le four devient encore plus chaud pour fournir le vert. 

Les pinceaux sont avant tout des calames, roseaux ou joncs, auxquels étaient ajoutés en cas de nécessité du crin de cheval, des cheveux humains ou encore des fibres végétales. 

Dans le cas de la représentation murale, la peinture est un long procédé qui commence par la disposition d’une couche de stuc sur la paroi. La surface est divisée entre l’espace destiné aux inscriptions hiéroglyphiques et celui réservé aux illustrations. Cette dernière est recouverte d’un quadrillage à l’aide de cordes imbibées d’encre rouge. Les objets et les personnages sont délimités par un scribe-dessinateur, limite dans laquelle va pouvoir jouer ensuite le peintre.

La symbolique des couleurs

Les couleurs avaient une signification précise, indépendante de leur valeur esthétique. 

La dualité

Les couleurs étaient souvent associées par paires pour exprimer une dualité. Dans la notion de dualité égyptienne on trouve des nombreuses complémentarités ou oppositions entre les couleurs, telles que celle entre le rouge et le blanc, expression de complétude et de perfection (comme dans la double couronne d’Égypte portée par les pharaons, union de la couronne blanche et de la couronne rouge). La couronne rouge de Basse-Égypte symbolise le côté positif de l’agressivité et de l’autorité détenue par le pouvoir royal, utilement canalisé vers l’ennemi. Elle est complétée par la Couronne blanche de la Haute-Égypte qui lui apporte l’illumination de l’astre solaire et l’aide à gouverner sur les deux terres.

L’argent et l’or formaient une dualité d’opposés tout comme le soleil et la lune. 

Les représentations chromatiques

Le noir était la couleur du limon, porteur de fertilité et de renouveau. Ces caractères étaient aussi liés à l’obscurité de l’au-delà, au royaume de la mort, qui devait lui donner la vie éternelle. 

La couleur noire pouvait être obtenue à partir de la galène (pour le maquillage) ou de charbon de bois (pour la peinture). 

Le bleu, souvent opposé au rouge qui symbolisait la colère, la mort, le bleu incarnait l’infini. Le bleu est le symbole de l’air et du ciel.

C’est également la couleur du dieu Amon, le Roi des Dieux, qui était, entre autres, un dieu de l’atmosphère. Le bleu sombre du lapis-lazuli est le symbole de la voûte céleste la nuit, et des abysses.

Le vert incarnait l’abondance, la renaissance et le bien-être. Osiris qui était le dieu de la végétation par excellence était appelé le Grand-Vert tout comme les milieux aquatiques du Nil étaient appelés la Grande verte. Faire des choses vertes signifie vivre de façon positive, bien agir. L’histoire bégaie ! Le vert pouvait être obtenu à partir de la malachite, symbole de joie tout comme la précieuse turquoise venant du Sinaï. La couleur verte de la chair d’Osiris s’explique ainsi par le symbolisme du vert, couleur de la résurrection.

Les dieux étaient censés avoir des os en argent, une chair en or, des cheveux en lapis lazuli, des yeux en cornaline. C’est ce que l’on retrouve sur le masque de Toutankhamon.  

Le blanc, symbole de toute puissance terrestre, de pureté et de sainteté, était associé aux cérémonies rituelles et aux objets sacrés. Le blanc pouvait être obtenu à partir de la cérusite naturelle ou du sulfate de calcium.

Le jaune, symbole de l’or, du soleil à son zénith et de l’immortalité, c’est la couleur des dieux, dont le corps est en or jaune (ou en or blanc). Le jaune pouvait être obtenu à partir d’oxyde de fer. 

Le rouge est ambivalent : chaud, dynamique, vital comme le sang mais dangereux comme le feu ou le soleil trop ardent, comme celui du désert. Le rouge est une couleur aussi inquiétante que celui qui la porte habituellement : ainsi Seth, le destructeur, le fratricide. Le rouge, comme le jaune, pouvait être obtenu à partir d’oxyde de fer.

Conclusion

Quid des scribes du contour ? Sont-ils des artistes ou des artisans ? Ce sont des techniciens formés de père en fils et développant leur pratique à l’intérieur d’un cadre canonique laissant peu de place à la liberté ou à l’improvisation. Le concept d’art pour l’art est totalement absent de l’esprit égyptien. D’ailleurs, rarement une œuvre n’a été identifiée comme étant celle d’une main reconnue.

Peut-être est-ce là le but du contour. Entourer, encercler permet de délimiter un espace et de le définir avec précision pour ne pas laisser le choix de l’interprétation et laisser ainsi le cerveau donner libre cours à l’imagination ou à la créativité. »


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Bienheureuse Isabelle de France

Icône sur planche de tilleul 12 x 16 cm, 2021

Isabelle, née en mars 1225 , est la sœur cadette de Saint Louis (Louis IX). Comme son frère, elle reçoit une éducation chrétienne rigoureuse.

Dès son plus jeune âge, Isabelle est attirée par la vie chrétienne. On raconte qu’un matin, le valet de chambre avait roulé sa couche quand il entendit une petite voix s’élever : la petite Isabelle s’était laissé rouler dans le matelas tellement elle était absorbée par sa prière !

Sa mère, Blanche de Castille, et le pape Innocent IV ont l’un et l’autre des projets de mariage pour elle, en vue d’alliances politiques. Mais Isabelle refuse et leur explique qu’elle souhaite garder sa virginité. Le Pape comprend son choix, et lui accorde l’autorisation de se mettre sous la tutelle spirituelle de religieux franciscains.

Un an plus tard, elle entreprend la construction du monastère de Longchamp également appelé Abbaye royale de Longchamp (1) sur un terrain situé entre la rive droite de la Seine et la forêt de Rouvray (actuel Bois de Boulogne). Le roi Louis IX, très attaché à sa sœur, lui cède ce terrain et l’autorise à consacrer la somme qu’elle aurait pu avoir. comme dot, pour édifier le bâtiment.

La construction est achevée en 1259 et le monastère accueille les clarisses du monastère de Reims l’année suivante. En s’inspirant de la Règle écrite par Sainte Claire et conseillée par saint Bonaventure, Isabelle compose une nouvelle Règle, moins sévère, approuvée par le pape. Celui-ci prêche plusieurs fois à Longchamp et rédige un traité de vie spirituelle dédié à Isabelle : de Perfectione vitae ad sorores (La vie parfaite, pour les sœurs). Le monastère fut consacré à l’Humilité de la Bienheureuse Vierge Marie.

À partir de 1260, Isabelle s’installe dans une petite maison dans l’enclos du monastère pour partager le quotidien et la prière des sœurs, mais elle n’entre jamais officiellement dans les ordres.

En 1263, elle obtient du pape Urbain IV un remaniement de la Règle. Cette dernière rédaction est adoptée par plusieurs monastères de France et d’Italie et on appelle les clarisses urbanistes celles qui suivent cette Règle (2).

Isabelle meurt le 23 février 1270 ; elle est enterrée dans l’église du monastère.

Après la mort de saint Louis (à Tunis, la même année), Charles Ier d’Anjou, leur frère, demande à Agnès d’Harcourt, dame de compagnie d’Isabelle d’écrire sa vie, en vue de sa canonisation. Elle publie ce récit vers 1280 mais Isabelle, elle, ne deviendra « bienheureuse » qu’en 1521.

Elle est fêtée le 22 février en Occident

  1. L’abbaye est détruite lors de la Révolution française et le site est aujourd’hui occupé par l’hippodrome de Longchamp et son château.
  2. Les clarisses urbanistes suivent la Règle de sainte Claire avec quelques allègements


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Saint Clément de Rome

Icône sur planche de tilleul creusée, Saint Clément de Rome, 13 x 17 cm, 2021

Clément de Rome est pape de Rome, de l’an 92 à l’an 99, succédant à Pierre, Lin et Clet ; il est le premier Père apostolique (1).

Saint Irénée, au siècle suivant, raconte que Clément avait vu de ses propres yeux les Apôtres, s’était entretenu avec eux et que leur prédication résonnait encore à ses oreilles. Eusèbe de Césarée, dans sa Chronique au début du IVe siècle et saint Jérôme, un siècle après, parlent également de Clément.

D’autres récits fleurissent mais semblent très enjolivés, tout comme La Légende dorée qui présente de façon détaillée la vie de saint Clément : il y est question de naufrages, de pirates, de miracles incroyables et édifiants, d’une histoire familiale faite de disparitions, d’exils et de retrouvailles… Même Jacques de Voragine met en garde le lecteur expliquant que certaines parties du récit « ne doivent pas être crues à la lettre » !

Il semble cependant que Clément ait été exilé en Crimée. Durant cette période, il fut contraint de travailler dans une mine. Là, il aurait fait jaillir de l’eau d’une source miraculeuse. Sa prédication était tellement enthousiasmante qu’elle fut suivie de nombreuses conversions : il fallut construire des églises en nombre.

Ses représentations sont associées à une ancre : est-ce pour illustrer la solidité de sa foi, ou bien fut-il jeté d’un navire avec une ancre au cou comme la peinture le représente fréquemment ? Il est possible qu’il soit mort en martyr de cette façon, mais les témoignages divergent.

Il est l’auteur d’une importante lettre apostolique adressée à la fin du premier siècle par l’église de Rome à celle de Corinthe. Cette lettre, qui respire la bonté, a été authentifiée avec certitude : elle est une des sources de sa renommée. On dit qu’elle atteignit son but qui était de réconcilier les fidèles de Corinthe avec leurs pasteurs. C’est le premier document attestant l’intervention de l’Église de Rome dans les affaires d’une autre Église.

Il est fêté le 23 novembre dans la plupart des églises chrétiennes.

Il est invoqué contre les maladies des enfants. Il est un des saints patrons des enfants, des marins et des tailleurs de pierre. 

  1. On appelle Père apostolique, les personnes et les écrits de la période qui a suivi immédiatement celle des apôtres. Leur contribution s’ajoute aux textes bibliques pour constituer les fondements du christianisme (alors que les textes apocryphes n’entrent pas dans cette catégorie).

Article du 17 mars 2021