Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La Vierge de Torcello

La Vierge Torcello à Santa Maria Assunta

La mosaïque de l’abside de la Cathédrale Santa Maria Assunta (1) située sur l’île de Torcello (Venise) représentant une Vierge à l’enfant, est une des représentations les plus typiques de la Vierge Hodighitria. Egon Sendler (2) écrit : « On peut dire que cette mosaïque est la plus belle représentation de l’Hodighitria parvenue jusqu’à nous, toute proche de l’image vénérée à Constantinople ».

La mosaïque d’origine date de la fin du XIIe siècle et a été souvent abîmée puis restaurée.

La Mère de Dieu est représentée debout, longiligne et majestueuse, sur un piédestal décoré, à l’intérieur d’une coupole recouverte d’un fond de tesselles d’or. Elle domine une procession des apôtres.

Marie apparaît jeune et paisible, complètement de face, tournée vers nous et revêtue de ses couleurs habituelles : une sorte de pourpre foncé pour le manteau et une tonalité tirant vers le bleu pour la robe. Sur son front et ses épaules, on distingue les étoiles qui évoquent sa virginité. De sa main droite elle désigne l’Enfant. Le Christ lève la tête vers sa mère et la regarde tout en faisant un geste de bénédiction avec sa main droite et tient le rouleau des Écritures dans l’autre main.

Icône sur tilleul, 2022, 13,5 x 38 cm

Dans la mosaïque d’origine, on l’a dit, Marie est seule dans l’abside et un large fond d’or l’entoure, car elle remplit tout de sa présence. Je cite encore Egon Sendler : « Elle est représentée toute seule dans cet espace, car la beauté intériorisée de cette figure n’est pas due au travail de l’artiste, mais à l’observation des règles de l’ancienne iconographie : la mosaïque montre l’image miraculeuse de l’Hodighitria, et pour cela elle doit se limiter à une seule figure ». Évidemment, pour passer de la mosaïque monumentale à l’icône, j’ai choisi cette planche qui insiste sur la verticalité de Marie (c’est un de mes sujets de réflexion favoris et j’y reviendrai). Cependant pour évoquer le modèle d’origine, j’ai essayé une technique que je n’avais encore jamais pratiquée : cirer le fond  de l’icône à l’or.

1. La cathédrale à l’architecture vénéto-byzantine est l’un des édifices religieux les plus anciens de la Vénétie (639)

1. SENDLER Egon, Les icônes byzantines de la Mère de Dieu, DDB, Paris, 1992 


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Josué, « Dieu sauve »

Josué, icône sur tilleul 13 x 17 cm, 2021

Josué apparaît dans le Livre de l’Exode et surtout dans le Livre de Josué. Il succède à Moïse dans la conduite du peuple hébreu vers la Terre promise. Il s’appelle d’abord Osée, puis Moïse le renomme Josué, marquant sa destinée puisque Josué s’écrit en hébreu יהושוע, Yehoshua et signifie « Dieu sauve ».

À l’époque du Nouveau Testament, ce nom se transformera en « Jésus » pour les juifs de langue grecque, ce qui rapprochera, pour les premières chrétiens, l’activité de Jésus sauveur, et celle de Josué conduisant son peuple vers la terre du repos.

Par ailleurs, Josué est implicitement mentionné dans le Coran ; il est à ce titre considéré comme un prophète sous le nom de يوشع بن نون Yūshaʿ ibn Nūn.

Josué est le fils de Noun, de la Tribu d’Éphraïm. Il naît en Égypte à l’époque de l’esclavage où il est témoin de la sortie d’Égypte. Il assiste Moïse et l’accompagne dans l’ascension du Mont Sinaï pour recevoir les dix commandements. Il fait également partie des douze explorateurs que Moïse envoie en éclaireurs vers la Terre promise. Lorsque Moïse comprend qu’il ne franchira pas le Jourdain, il transmet sa mission à Josué. Pour un groupe errant et presque sans armes, cela semble impossible. Mais Dieu soutient son peuple et Josué s’avère excellent commandant militaire et fin stratège. La première épreuve est la traversée du Jourdain. Josué fait avancer l’Arche d’alliance et… le fleuve interrompt miraculeusement son cours ! Josué érige alors un monument constitué de douze pierres sur la rive ouest, à Guilgal, qui devient la base depuis laquelle la conquête sera menée. Celle-ci commence avec la ville de Jéricho. Josué y envoie des espions. Puis, suivant les instructions divines, sept prêtres tournent autour de la ville pendant sept jours et sept nuits, en procession, au son du cor, portant l’Arche d’alliance. Au septième jour, le rempart s’effondre et la ville est conquise.

Après un revers, Josué se rend maître de Aï, ce qui lui ouvre la route des montagnes de l’ouest. Devant la peur inspirée par ses victoires, les Gabaonites obtiennent par la ruse un traité de paix. Apprenant cette alliance, les rois amorites tentent de les punir. Les troupes de Josué et des Gabaonites mettent en déroute les armées amorites sur lesquelles Dieu fait tomber des grêlons. Afin de les anéantir totalement, Josué s’écrie :

« Soleil, arrête-toi sur Gabaon !
Lune, sur la vallée d’Ayyalôn ! 
… et le soleil s’arrêta, et la lune s’immobilisa » (Jos 10, 12-13)

Bien sûr, cette fois encore, il faut effectuer cette lecture de façon symbolique. D’un point de vue historique, la présentation de la conquête sous la conduite unique de Josué est une image. Le personnage central du livre de Josué est « la Terre promise ». Elle est le lieu de la fidélité de Dieu envers son peuple et du peuple envers son dieu. Elle n’est pas seulement un symbole mais « l’invitation vivante et pressante à l’homme de rencontrer le créé pour le sanctifier » (TOB, introduction au Livre de Josué.) 

À la fin de sa vie, Josué demande au peuple de rester fidèle à Dieu qui s’est tant de fois manifesté à eux. Il serait mort à l’âge de 110 ans.

La tradition attribue également à Josué la conversion de certaines populations du Maghreb. La légende rapporte que Sidna Youcha (Josué) est enterré dans une mosquée sur une plage qui porte son nom : la Plage Sidna Youchaa située non loin de Tlemcen (Algérie). Son mausolée a fait l’objet pendant très longtemps, de pèlerinages à l’occasion des fêtes juives.

Pour réaliser cette icône, et en fonction de la demande spécifique qui m’était faite, je n’ai pas voulu insister sur l’armement de Josué. Je lui ai cependant laissé un bouclier aux couleurs solaires évoquant l’épisode raconté ci-dessus. Je dois ajouter que j’ai laissé passer beaucoup de temps entre le moment de la commande et celui de la réalisation de l’icône, car je ne connaissais pas (à peine !) le personnage et ai rencontré quelques difficultés, au début, à dépasser l’image du chef de guerre impitoyable. Merci aux amis qui m’en ont donné une interprétation différente. « Lorsque le peuple entendit le son du cor, il poussa une grande clameur et le rempart s’écroula sur place » (Jos 6, 20) est-il écrit à propos de la prise de Jéricho. Laissons nous aussi résonner « le son du cor » pour que ses vibrations nous aident à dépasser les images et à voir les choses « autrement ».

Article du 26 novembre 2021


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Le miracle des roses

En consultant mon site ce matin pour quelques mises à jour, j’ai aperçu la photo d’accueil sur laquelle on distingue une icône de sainte Élisabeth de Hongrie ouvrant son manteau d’où s’échappe une brassée de roses. Je venais juste de terminer la lecture de Haute couture (1), un livre de Florence Delay consacré au peintre Zurbaran, au fil duquel j’ai découvert à quel point Le miracle des roses est une histoire récurrente dans la vie des saintes. Le scénario et toujours à peu près le même : une belle jeune fille, la plupart du temps fortunée et dévouée au Christ, décide de s’occuper des plus pauvres malgré l’avis d’un père, d’un mari ou de toute une famille. Un jour elle est surprise, des pains emplissant sa robe repliée. Lorsqu’on lui demande ce qu’elle transporte là, elle ouvre sa robe ou son tablier d’où jaillit une gerbe de roses aux couleurs allant du rouge au blanc, et à l’odeur bien sûr délicieuse !

Isabel d’Aragon par Zurbaran

Cette histoire est racontée à propos d’Élisabeth (ou Isabel d’Aragon) du Portugal (1271-1336), épouse du roi Denis : « Elle se montrait si bonne et secourable que l’entourage du roi l’accusa de dilapider le trésor royal ». Un jour son mari la surprend et elle affirme qu’elle transporte seulement des roses. Mais c’était en janvier et son mari, incrédule, lui demande d’ouvrir son manteau d’où jaillit bien sûr… un bouquet de roses. À partir de ce moment-là, convaincu par le miracle, il laisse Elisabeth accomplir ses actes charitables. À la mort de son mari, elle se retire dans un couvent de clarisses.

Notons qu’Élisabeth du Portugal avait été prénommée ainsi en l’honneur de sa grand-tante Élisabeth de Hongrie (1207-1231)… à qui la même aventure était arrivée ! 

L’histoire se répète avec Rosalie de Palerme (1125-1160) et Rose de Viterbe (1235-1252), probablement avec d’autres encore.

Roseline de Villeneuve (1263-1329) quant à elle, était la fille du seigneur Giraud II en Provence. Sa mère avait entendu une voix lui prédire qu’elle aurait une enfant, une « rose sans épines dont le parfum embaumera toute la contrée ». Ainsi est-elle nommée Roseline et son père la surprend, selon le même scénario, alors qu’elle n’a que douze ans. Elle devient moniale et bienheureuse. Tous ces récits se situent entre le XIIe et le XIVe siècle.

Sainte Germaine de Pibrac par Ingres

J’ai encore trouvé la trace d’une histoire de pain qui se transforme en roses quelques siècles plus tard avec sainte Germaine de Pibrac (1579-1601). Le contexte est quand même bien différent puisque le décor est très pauvre. Germaine est la fille d’un modeste laboureur veuf et remarié à une méchante femme. Germaine a demandé à quitter la maison où elle est maltraitée, pour garder les moutons à l’écart et prier à sa guise. Un jour, sa marâtre l’accuse de voler du pain et la poursuit afin de la frapper et de la confondre. Elle rattrape Germaine et lui fait ouvrir son tablier, dans lequel, à la place du pain s’étale une brassée de roses. Son père, ébranlé, interdit à sa femme de frapper Germaine et lui propose de réintégrer la maison dans de meilleures conditions, ce qu’elle refuse. Là, ce n’est pas Zurbaran mais un beau tableau d’Ingres qui illustre la scène.

Notons que Zurbaran a peint parfois aussi des moines franciscains serrant dans les plis de sa robe, des pains qui deviendront des roses…

La neuvaine des roses de Thérèse de l’Enfant-Jésus s’inspire des mots prononcés par la sainte qui, prophétisant sa mort, annonce : « Vous verrez, après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses ». Souvent l’iconographie nous montre Sainte Thérèse les mains remplies de roses, symbolisant les grâces qu’elle dispense tout au long de sa vie et après sa mort.

On le voit, ces histoires se recoupent et je crois qu’en cherchant bien, j’aurais pu en trouver beaucoup d’autres. On y décèle des mécanismes récurrents et une symbolique merveilleuse. Notons que la rose, remarquable par sa beauté, ses nuances de couleurs, la douceur de ses pétales et son parfum est une des fleurs dont la symbolique est la plus utilisée en occident (un peu comme le lotus en orient). Dans ces épisodes de miracles, la rose est associée à la jeunesse, à la délicatesse, à la pureté de l’amour, à l’innocence et à la générosité…

  1. DELAY Florence, Haute couture, NRF Gallimard, Paris 2018
    Merci à ma chère Marie qui m’a fait découvrir ce livre

Deux de mes icônes qui illustrent « le miracle des roses » :


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L’histoire de l’icône de la Vierge de Vladimir

En parcourant mon site, je me suis rendu compte que j’évoquais souvent l’icône de la « Vierge de Vladimir », sans jamais avoir proposé d’article qui raconte son histoire. Et pourtant, c’est un des modèles d’icônes les plus connus et répandus. Il associe le type de la Vierge « Eléousa » (dite aussi Vierge de Tendresse) à celui de la Vierge « Hodighitria ». Cette icône atteint un des sommets de l’art iconographique réunissant à la fois une grande simplicité, une pureté, une intensité, un silence habité d’émotion et de retenue…

L’icône semble à elle seule reformuler par l’image le texte des Béatitudes :

« Heureux les doux, ils auront la terre en partage »
« Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés » (Mt 5, 4-5)

L’icône originale est conservée dans une église accolée à la galerie Trétiakov à Moscou. Même si elle est très abîmée, j’ai eu la chance de la contempler et elle m’a émue : tous les visiteurs témoignent de la forte impression qu’elle dégage.

Son histoire est particulièrement complexe. La tradition attribue cette icône à saint Luc et on évoque parfois des modèles très anciens qui dateraient du Ve siècle. Le modèle actuel de la Vierge de Vladimir date, en réalité, du début du XIIe siècle mais seuls les visages et une main remontent réellement à cette époque. L’icône a ensuite été restaurée plusieurs fois et a connu des « rajouts » à des époques très diverses. L’icône aurait été peinte à Jérusalem et transférée à Constantinople vers 1131, pour continuer ensuite sa route vers Kiev. En 1155, on l’amena de Kiev à Vladimir, lieu d’où elle tire son nom. Elle se rattache au style byzantin de l’époque macédonienne, période qui coïncide avec les premières apparitions, certes discrètes, de sentimentalisme dans l’icône. Certains auteurs qualifient aussi ce style de « russo-byzantin », ce qui est assez pertinent, vu le mélange des influences qu’elle recèle. Célèbre par ses interventions miraculeuses, elle échappa à plusieurs incendies et ravages tatars. Vers 1395, elle fut transférée à Moscou. On la plaça dans l’iconostase de la cathédrale de la Dormition, au Kremlin, à gauche de la Porte Royale, où elle resta jusqu’en 1917. Actuellement, une copie peinte au XVe siècle par des peintres ayant travaillé avec Andreï Roublev, se trouve à ce même endroit.

Cette icône est fêtée le 21 mai, le 23 juin et le 26 août (fête la plus solennelle). De nombreux actes gouvernementaux importants furent accomplis devant cette icône au cours de l’histoire car elle symbolisait la protection de la Russie. Les grands princes et les chefs d’état étaient bénis en présence de cette icône lors de leur accession au trône. Les armées priaient devant elle avant de partir en campagne, et durant les périodes précédant certaines élections de patriarches, on priait face à elle. Aujourd’hui encore, la vénération et l’attachement à cette icône, sa place dans l’imaginaire collectif (pas seulement russe) demeurent incomparables.

Au cours des siècles, l’icône fut repeinte plusieurs fois, mais les deux visages, celui de la Mère et celui de l’Enfant ont été bien préservés. 

Un autre article suit ici, qui s’attarde plutôt sur les couleurs et le sens de sa composition. Ces articles s’inspirent du livre, Le regard de Marie dans l’icône, que j’avais écrit en 2007.

Article du 21 novembre 2021


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Le prieuré de Souvigny

J’avais dans la tête, pendant l’été, une commande en attente : une nouvelle icône de saint Mayeul. Je parle toujours de l’icône comme d’une rencontre : aller sur les traces des personnages fait partie de l’aventure. Aussi, longeant les rives de l’Allier pour redécouvrir la beauté de ses paysages, une halte à Souvigny s’est imposée.

Là, se trouvent côte à côte les tombeaux de saint Mayeul et de saint Odilon, abbés de Cluny, nés au Ciel successivement en 994 et 1049. Il semble que leurs dépouilles aient été bien malmenées au cours de l’histoire et surtout au sortir de la Révolution, mais ils sont là et emplissent l’atmosphère de leur présence !

Le prieuré s’est tantôt appelé prieuré Saint-Pierre-de-Souvigny et prieuré Saint-Mayeul. Vers l’an 915 ou 920, le sire de Bourbon Aimard, donne à l’abbaye de Cluny des biens qu’il possédait à Souvigny, ainsi qu’une église dédiée à Saint-Pierre. Un modeste monastère s’établit vers 960 et connaît rapidement un grand essor, Souvigny devenant l’une des cinq « filles aînées » de l’abbaye de Cluny. Saint Mayeul et saint Odilon y vécurent.

Aux Xe et XIe siècles l’esprit de Cluny gagne l’Occident chrétien et Souvigny devient un centre de pèlerinage très fréquenté : le roi Hugues Capet lui même s’y rend après la mort de Mayeul. Les pèlerinages se développent avec le culte de Saint-Jacques. Les rois et les évêques font construire ponts et hôpitaux qu’ils confient d’abord aux moines de Cluny puis aux divers hospitaliers. C’est pourquoi une statue de saint Jacques, en bois polychrome datant du XVIIe siècle et récemment restaurée, occupe une bonne place dans l’église et semble veiller sur les pèlerins qui empruntent le GR300 balisé par l’Association des Amis de Saint-Jacques-en-Bourbonnais !

Jusqu’au milieu du XIIe siècle, alors que sa puissance temporelle s’affirme, le prieuré est source d’un grand rayonnement spirituel. Cependant, il est probable qu’au début du XIIIe siècle, des frictions se manifestent entre les bourbons fondateurs et protecteurs du monastère, et les moines.

L’église est peu à peu agrandie pour accueillir des fidèles de plus en plus nombreux. Elle comprend alors deux transepts, un chœur et un déambulatoire, trois tours. Les ducs de Bourbon y installent un temps leur nécropole ducale. L’édifice s’enrichit de chapelles puis des parties hautes sont reconstruites : la voûte sur croisées d’ogives et le chœur. L’ensemble est donc composite avec une structure romane mais une voûte gothique. La façade est aussi modifiée à l’époque gothique tout en conservant les deux clochers romans qui la surmontent.

Les vitraux du chœur datent de 1438. Une partie a été détruite par une explosion en 1918. La sacristie est fresquée au XVIIIe siècle.

Ces dernières années, Souvigny est proclamé grand sanctuaire roman d’Auvergne et le diocèse investit pour accueillir pèlerins et touristes. Le pèlerinage dédié aux saints abbés Mayeul et Odilon renaît en 2016 puis l’évêque y fonde un Centre diocésain d’Art Culture et Foi.

Le village offre aujourd’hui une belle harmonie avec des maisons anciennes, des enseignes aux façades, l’église, un musée et un jardin. Dans le musée se trouve notamment un pilier sculpté auquel fut donné le nom de Zodiaque de Souvigny ; ce pilier roman, retrouvé dans l’église, présente un calendrier avec les travaux du mois dans les champs. Le jardin rappelle les jardins médiévaux avec ses plantes médicinales et aromatiques variées. On y trouve aussi 220 espèces de rosiers et des pieds de vigne évoquant l’histoire viticole de la région (celle du Saint-Pourçain !).

D’ici peu, je vous présenterai ma dernière icône de saint Mayeul. Il faudrait aussi parler de ce beau personnage que fut saint Odilon et qui a justifié l’appellation de Sanctuaire de la paix en 2017. En effet, Odilon fut à la fois grand voyageur, homme de charité, artisan de paix dans les violences féodales de l’an mille, et promoteur de la Trêve de Dieu. Peut-être un jour, j’en peindrai l’icône !


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L’église Saint-Pourçain de Marigny

Église Saint-Pourçain de Marigny

Comme c’est souvent le cas, la rencontre avec l’église de Marigny a été le fruit du hasard. Nous passions par là après avoir longé les rives de l’Allier depuis Nevers, en route pour Souvigny ; nous avons fait halte, attirés par la beauté de l’édifice ; une personne du voisinage est venue activer l’éclairage pour dévoiler la beauté du chœur… et voilà, nous sommes restés sous le charme !

Un église primitive existait là très précocement et a été remplacée entre le Xe et le XIIIe siècle par celle-ci, placée sous la protection de saint-Pourçain. Vous connaissez le nom du célèbre vin, mais saint Pourçain est d’abord un ermite du VIe siècle. À l’origine esclave d’un maître coléreux et brutal, qui a cherché l’appui du Père abbé d’un monastère voisin situé sur les bords de l’Allier. 

L’église du XIe siècle dépendait du proche prieuré bénédictin de Souvigny. Elle a ensuite été remaniée au XVe puis au XIXe siècle.

L’aspect extérieur dégage une belle impression de sobriété, avec cependant de discrets et joyeux détails. Ainsi, les pierres aux nuances variées, mélange de grès gris de Bourbon, de grès rouge et de calcaire clair, donnent à la façade sa jolie couleur bigarrée. L’église s’ouvre par un portail original à tympan trilobé, avec des chapiteaux ornés de feuilles recourbées et de têtes et de griffons ainsi qu’un embrasement constitué de quatre colonnes en retrait.

Elle rappelle les églises rurales du Berry avec sa forme allongée et étroite, un chœur encore plus étroit se terminant par une abside arrondie. La nef, à l’origine, ne comportait pas de transepts (ils ont été rajoutés beaucoup plus tard).

J’ai bien aimé la fresque ou la mosaïque (ou un mélange des deux ? Difficile à voir) qui orne le chœur et qui représente les quatre évangélistes (tétramorphe) autour de l’Agneau mais n’ai trouvé aucun commentaire ni explication à son propos. Alors si vous en savez plus… cela m’intéresse !


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Le monastère de Cantauque

Cet été, un peu au hasard des routes, nous sommes arrivés, à une trentaine de kilomètres de Carcassonne, dans les Hautes-Corbières de l’Aude, au monastère orthodoxe de Cantauque. Fondé en 2002 par une petite communauté de moines français venus de Jérusalem en Terre Sainte, il est situé au milieu de nulle part, à l’écart du village, dans la grandeur et l’immensité de la nature, sur un vaste domaine agricole et forestier.

Au bout du chemin après quelques virages bien tortueux, il est temps de garer la voiture et de se diriger à pieds vers le bâtiment. Quelques chevaux paissent tranquillement dans les champs, les collines ondulent, la forêt n’est pas loin : tout est calme et tellement silencieux. Le monastère, d’une grande sobriété, est soigné et coloré à la fois. Chaque détail semble refléter la beauté divine : l’agencement des parterres de fleurs de toutes les couleurs, la clochette pour alerter de la présence du visiteur…

L’accueil est à la hauteur du lieu, à la fois sobre et chaleureux. Je crois que nous avons été accueillis par le père Jacob avant de continuer la visite avec le père Samuel. Nous sommes alors entrés alors dans le cloître, un ancien hangar totalement transformé après dix ans de travaux. Dans ce havre de paix, des fresques de la Création couvrent les murs et au centre, la fontaine de vie symbolise la Vie jaillissante de la Parole de Dieu. Les fresques, peintures murales et icônes ont été réalisées au fil du temps par la main de divers moines et artistes. J’ai pensé à mes élèves et à leur travail sur la Création et en particulier à Solange.

Le monastère dépend de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, actuellement présidée par le Métropolite Joseph.

La communauté des moines vit selon la règle traditionnelle du monachisme orthodoxe. Elle célèbre ses offices en français qu’elle chante selon la tradition byzantine. Dans ce but, elle a entrepris un travail d’adaptation de cette musique orthodoxe à la langue française. La musique liturgique associe les huit tons latins avec les mélodies d’origine slave.

Elle a aussi traduit et édité les Divines Liturgies de Saint Jean Chrysostome et de Saint Basile ainsi que les psaumes d’après la Septante. Elle édite depuis 2010 tous les trois ou quatre ans, l’Annuaire de l’église orthodoxe en France.

Nous avons été invités à suivre l’office et avons pu nous imprégner de toute cette beauté. Nous avons vénéré les icônes, pris notre place dans l’église comme on prend sa place dans le monde. Un enfant a commencé à psalmodier d’une voix légère : c’était un moment de paix hors du temps et « des soucis de ce monde ». (1)

(1) Extrait de l’Hymne des chérubins (Cherubikon χερουβικὸς ὕμνος)

Ci-dessous, la galerie présente une partie du cycle de la Création dans le cloitre, mais je reviendrai plus tard en détail sur ce thème :


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L’église romane de Larrau

La descente vers Larrau

Nous revenions d’Ochagavia dans la vallée de Salazar en Haute-Navarre et, toujours à la recherche de beaux paysages, nous avons entrepris de rentrer en France par le col de Larrau. Les paysages étaient en effet époustouflants, mais nous n’avions pas compris que le col était fermé : la route, côté français, était en effet extrêmement endommagée par les intempéries et nous avons eu un peu peur ! À la descente, nous avons fait une halte au village de Larrau suivie d’une belle promenade pour nous remettre de nos émotions. C’est là que nous sommes tombés sur une merveilleuse petite église romane et sa jolie Vierge polychrome datant du XVIe siècle.

Enfin, parler d’une église romane s’avère souvent un peu approximatif. Si la construction de l’église a commencé en 1193, les remaniements et transformations ont été nombreux. Mais finalement, lire sur un bâtiment les traces du temps, des souffrances et des joies peut être une richesse quand l’harmonie est préservée. Cela tient à peu de choses, mais vraiment, dans l’église de Larrau, nous nous sommes sentis bien ! 

Le nom « Larrau » rappelle que le site était à l’origine couvert de landes, un plateau en pente douce entouré de forêts et d’immenses pâturages, facilement habitable d’où l’on pouvait accéder à la Navarre et l’Aragon en franchissant les Pyrénées.

L’église était à l’origine la chapelle d’un hôpital dépendant de l’abbaye de Sauvelade, affiliée au XIIIe siècle à l’ordre cistercien.

L’église de Larrau

L’église connaît d’importantes transformations à la fin du XVe siècle ou au début du XVIe siècle. Le chœur est couvert par deux voûtes à liernes et tiercerons (1) dont les arcs se croisent, formant un beau motif décoratif. Ces voûtes sont caractéristiques du gothique tardif, probablement le travail d’artisans locaux puisqu’à Ochagavia justement, l’église possède le même style de voûtes. 

À la jonction des arcs, des éléments saillants sont ornés de décors (des clés) sculptés. La clé centrale porte un aigle qui pourrait évoquer saint Jean l’évangéliste. La clé centrale de l’autre voûte figure un personnage tenant un agneau : c’est Jean-Baptiste comme l’indique l’inscription située au-dessus de sa tête et c’est aussi le nom de l’église.

Elle subit des dégâts pendant les guerres de religions qui entraîneront des réparations importantes comme l’atteste une plaque sculptée d’une inscription en latin. Pendant la Révolution, elle sert de hangar à fourrage puis devient église paroissiale.

L’intérieur de l’église est encore remanié au milieu du XIXe siècle avec l’ajout d’une tribune destinée à augmenter sa capacité d’accueil. Le village a compté  jusqu’à 1 300 habitants (six fois plus qu’aujourd’hui) et l’église devait souvent s’avérer bien petite !

Elle est classée monument historique en 2003.

On dit de la plupart des églises de la région qu’elles sont placées sur le chemin du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle et des vitraux récents l’illustrent. Pour nous, la halte a juste été l’occasion d’un moment de paix comme seules certaines petites églises peuvent offrir.

(1) Une lierne est la nervure qui part de la clé de voute. Les liernes peuvent s’arrêter avant de toucher aux arcs ; dans ce cas, des tiercerons (souvent de la dimension d’un 1/3 de la lierne, d’où le nom) établissent la liaison. Ces éléments architecturaux sont caractéristiques de la période gothique.

Article du 7 août 2021


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L’église romane de Luzenac

Église romane de Luzenac

De toutes les églises croisées lors de notre périple pyrénéen, l’église romane Notre-Dame-de-Luzenac est une de celles qui nous a le plus marqués. Allez-savoir pourquoi ! D’un style composite datant en partie du premier âge roman, son charme nous a emportés. Pourtant, sa localisation n’est pas des plus séduisantes puisqu’elle est située juste au bord de la route, avec cependant un très ample parvis engazonné. De plus, lors de notre bref passage, elle était fermée, en restauration, et nous avons pu voir seulement l’extérieur, ou plutôt, nous nous sommes laissé porter un long moment par son atmosphère si particulière.

Située en Ariège, au bord du Lez, elle date du XIIe siècle. Il semble y avoir dans le secteur plusieurs églises de cette époque, marquées par le dépouillement de leur architecture romane, leur construction solide, digne d’une fortification : n’oublions pas que ces lieux de culte servaient autrefois d’abri à la population en cas d’attaque, surtout quand elles étaient rendues vulnérables par leur localisation en plaine.

Église romane de Luzenac, détail

Des agrandissements sont effectués au fur et à mesure que se développent et s’enrichissent les nombreuses confréries religieuses, établies dans la région dès la fin du Moyen Âge. Un premier agrandissement est réalisé au XVe siècle avec le déplacement du portail roman. Ensuite, au XVIIe, une nouvelle façade est créée avant un réaménagement intérieur et la construction de deux sacristies… Le style devient donc extrêmement composite avec une nouvelle façade de style baroque espagnol (boules en faîtage, fronton couronné de volutes…).

C’est peut-être l’originalité du clocher à douze facettes (dodécagonal) de style byzantin, avec des baies à double arcade géminées recouvert de lauzes, qui donne sa grande originalité et son caractère particulier à l’ensemble. Le portail aussi a une allure très naïve.

Sur la façade du XVIIe large, peu élevée, s’élèvent deux contreforts massifs et trois vitraux. Celui qui occupe la position centrale est placé dans un grand oculus sous lequel se trouve une niche, ayant dû contenir une statue de la Vierge.

Il paraît que l’intérieur est opulent et caractéristique de l’ornementation baroque avec abondance de stucs, de dorures, de plafonds peints… nous ne l’avons pas vu, mais cette église nous a touchés au cœur et il ne nous reste plus qu’à y retourner !

Église romane de Luzenac


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L’aventure minuscule

Les jours d’été filent. J’aime bien ce temps de pause et de maturation : prendre le temps de ne rien faire, redécouvrir le monde et passer du temps avec les uns et les autres. Comme toujours, je tente d’en garder le meilleur en souvenirs, photos et notes griffonées qui prennent le temps de se transformer en une réserve de force et de joie.

Pour moi, l’été a commencé par une journée très particulière de retrouvailles entre « âmes-soeurs ». Je vous parle aujourd’hui de Marilyne Thevenin, potière, avec qui j’avais réalisé une de mes premières expositions. Nos liens sont anciens et profonds, et j’en ai de nouveau compris quelques racines en lisant son merveilleux petit livre « Un bol. L’aventure Minuscule » (1). Je trouve dans sa façon de décrire son travail et sa recherche tant d’analogies avec mes réflexions sur mon travail d’iconographe que je ne résiste pas au plaisir de vous citer quelques extraits.

« Créer, c’est faire l’expérience dans sa chair, encore et encore, de l’incarnation » p. 27

Marilyne décrit son atelier : « Espace dédié aux livres et aux revues céramiques, essentiels pour nourrir l’œil et faire connaître les artistes-artisans de cet art appliqué, de ce savoir ancestral et renouvelé… comment les nommer ? Ces livres m’aident aussi à me rappeler que si je suis seule dans mon atelier, j’appartiens néanmoins à la grande famille des potiers de ce monde, d’hier et d’aujourd’hui. » p. 32

© Marilyne Thevenin

Mes élèves se reconnaîtront probablement dans ce passage : « Le doute, c’est un peu comme le vent, il y en a plusieurs sortes et d’intensité variable.
Le vent de l’est, du petit matin. Un peu timide et débutant, le doute de soi : « Vais-je y arriver ? »

Le vent du sud qui camoufle son orgueil :
« Non ce n’est pas assez bien ! ».

Le vent de l’ouest qui commence vraiment à douter :
« Attends ! J’ai passé tout ce temps pour faire ça ? »

Le vent du nord, la déferlante :
« Crois-tu vraiment qu’il n’y a pas plus utile, plus urgent à faire pour œuvrer dans ce monde ? » (…) Plus sournois « N’est-ce pas un refuge, cet atelier, pour ne pas affronter le réel, le vrai ? » coup fatal « Et que prétends-tu ajouter à la beauté inégalable de la nature ? »

Avec le temps, on finit par devenir fin météorologue. On sent venir le vent, sa direction, sa force. Parfois, on se croit obligé de riposter, de trouver des arguments. Aguerrie, j’en ai construit plusieurs. « Je suis moi aussi une part de la nature et la nature n’a d’autre moyen pour exister que de créer ». Je participe modestement à la beauté du monde. » « Le monde a surtout besoin de personnes en harmonie avec elles-mêmes et ce métier, me permet cela ».(…) 

Mieux vaut poursuivre la route et attendre que ça passe. Ou aller prendre l’air, le vrai.(…) Comme toute traversée d’une aventure, on en ressort grandi, un peu transformé. (…) J’ai physiquement la sensation d’une structuration intérieure qui s’opère (…) : quelque chose qui devient plus solide, qui aide à tenir debout. Et puis au fil du temps, on finit par comprendre que le chemin est plus essentiel que la destination, qui, de toute façon, s’éloigne toujours à mesure qu’on s’en approche. On finit par savoir apprécier les fleurs sur le bord de la route (…) » p. 42 et 43

« Marcher devient un but en soi, trouver le bon rythme, la bonne respiration. Se mettre au diapason avec soi-même dans la gestuelle du quotidien comme dans celle de l’atelier. Voilà le véritable enjeu. » p.45

Autel domestique, ©Marilyne Thevenin

Terminons avec ce passage qui ressemble à ce que j’écris si souvent en remplaçant simplement le mot « bol » par « icône » et le mot « chien » par « chat » !

« Minuscule participation au monde que de passer une grande partie de son temps à créer des bols (…) Et pourtant, je ne peux me résoudre à faire quelque chose de plus important, hormis peut-être m’occuper du potager (…), passer du temps avec mes proches, transmettre et partager cette rencontre de la matière et de sa propre créativité, prendre du temps pour contempler, explorer le monde de la nature et mon monde intérieur, prendre soin du quotidien, caresser mon chien, faire un bouquet de saison, allumer une bougie… » p. 49

(1) Vous pouvez mieux découvrir le travail de Marilyne sur le site www.terre-a-terre.org Le mieux est bien sûr de prendre RdVpour découvrir son lieu, la rencontrer ainsi que Vincent, son compagnon. Également sur Instagram @marilyne.thevenin. On peut aussi commander le livre d’où sont tirés ces extraits en s’adressant à marilynethevenin@gmail.com 

Article du 29 juillet 2021