Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


1 commentaire

Saint Constantin le Grand

Saint Constantin de Grand, icône sur tilleul 13 x 17 cm, 2021

La mère de Constantin, Hélène (devenue sainte Hélène) était une ancienne servante d’auberge ou une prostituée. Elle épouse Constance, et Constantin naît vers 272 à Nish (actuelle Serbie). Mais les circonstances propulsent le simple centurion au statut d’empereur sous le nom de Constance II.

Hélène, jugée trop peu présentable par le nouvel empereur, est alors répudiée. Humblement, elle se retire, mais son fils lui reste fidèle. Quand il est proclamé empereur en 306 sous le nom de Constantin, il rappelle sa mère et la comble d’honneurs. 

On ne sait pas lequel des deux devint chrétien le premier et convertit l’autre.

En 312, Constantin combat son principal rival pour le trône d’Occident : Maxence. Avant la bataille du pont Milvius près de Rome, Constantin est saisi par une vision : il voit la croix ou le labarum (1) du Christ avec ces mots : « Par ce signe tu vaincras ». Il fait alors mettre le symbole chrétien sur les vêtements, les armes et les étendards de ses soldats qui remportent la victoire (on ne sait pas trop la part de légende de cette histoire).

Le règne de Constantin marque un virage décisif dans l’histoire des chrétiens. Il fait cesser les persécutions et promulgue l’Édit de Milan en 313 qui donne à chacun la liberté religieuse. Il montre cependant sa préférence pour le christianisme, accordant à l’Église d’importants privilèges.

Il convoque le concile de Nicée en 325 et fait édifier de fastueuses basiliques à Rome comme en Terre sainte.

Son œuvre législative est aussi considérable : il impose le repos dominical et autorise l’affranchissement des esclaves et d’une façon générale, améliore leur sort ; il limite le recours aux supplices et autres traitements cruels. Peut-être en soutien à sa mère dont l’honneur avait été bafoué, il limite les cas de répudiation par opportunisme, renforce le poids du mariage et promulgue des lois contre la prostitution.

À la fin de sa vie, il fait bâtir à sa gloire, sur l’ancien site de Byzance, une nouvelle capitale impériale nommée Constantinople.

Il attend le dernier moment pour se faire baptiser sur son lit de mort en 337 et serait monté droit vers le Ciel.

Les Églises d’Orient fêtent généralement ensemble Constantin et sa mère, alors que l‘Église d’Occident les fête séparément. En Orient il a le titre d’« Égal aux apôtres ».

Il est fêté le 21 mai (ainsi que d’autres dates dans le calendrier oriental)

(1) Le labarum (en grec λάβαρον) est l’étendard militaire portant le chrisme adopté à partir de Constantin par les empereurs romains. Le chrisme est le symbole du christianisme primitif : il est composé par les initiales du Christ.

Article du 15 mai 2021


Poster un commentaire

Saint Alexandre de Jérusalem

Saint Alexandre de Jérusalem, icône sur planche de tilleul creusée (15 x 20 cm)

Eusèbe de Césarée donne de son histoire quelques éléments biographiques parfois un peu confus, ce qui fait qu’on ne connaît de sa vie que des bribes. Ce qui est certain, c’est qu’Alexandre fut une personnalité importante dans l’Orient de son époque et qu’il côtoya d’autres personnages historiques majeurs.

Il est probable qu’Alexandre soit né en Cappadoce. Je n’ai rien trouvé sur son enfance. Il est l’élève de saint Clément d’Alexandrie (qui l’influence beaucoup et forme sa pensée), puis devient évêque en Cappadoce. Quand Clément est dépossédé de sa chaire, Alexandre lui propose l’hospitalité mais Clément doit très vite le remplacer, car Alexandre, accusé de prosélytisme, est emprisonné durant plusieurs années.

À sa sortie de prison, Alexandre envisage un pèlerinage en Terre sainte… dont il ne reviendra pas.

Vers 212, il accepte de seconder Narcisse, l’évêque centenaire de Jérusalem malmené par ses opposants ; c’est le premier exemple connu d’une fonction de coadjuteur. Finalement, à la mort de Narcisse, Alexandre lui succède. Il rencontre bien des difficultés pour que les fidèles judéo-chrétiens acceptent les fidèles d’origine païenne.

Vers 215, Origène (qui avait lui aussi été élève de Clément) est banni d’Alexandrie et Alexandre l’accueille, le reçoit dans son diocèse, l’ordonne prêtre et lui procure un asile paisible à Césarée où le grand penseur peut se consacrer à son immense oeuvre. Origène écrivait de son bienfaiteur : « Jamais je n’ai rencontré un évêque aussi doux et d’une telle bonté. »

Quant à Alexandre, son œuvre majeure est la réalisation de la grande bibliothèque de Jérusalem. Il réunit et conserve dans cette première grande bibliothèque chrétienne les ouvrages de valeur de l’époque pour contribuer à l’édification intellectuelle et spirituelle de sa communauté. Il est probable qu’Origène ait contribué à son enrichissement. Eusèbe y a travaillé au début du IVe siècle et grâce à elle, a pu rassembler la documentation qui permettra de réaliser son Histoire ecclésiatique.

Vers 250 (ou 251 ?) durant la persécution de Dèce, Alexandre retourne en prison à Césarée de Palestine où il meurt, « couronné d’une vigoureuse vieillesse et d’une vénérable chevelure blanche ».

Il est martyrisé et la légende embellit l’histoire : elle raconte qu’il a été jeté aux bêtes, mais que les fauves se sont allongés sur le sable de l’arène, certains venant lui lécher les pieds. Furieux, ses persécuteurs le ramenèrent en prison pour le faire périr.

Il est fêté le 18 mars en Occident et les 16 mai et 12 décembre en Orient.

Je retiens de ce personnage la grande bonté, le sens de l’accueil et la fidélité en amitié : son attachement à Origène durera tout le long de sa vie.

Article du 12 mai 2021


2 Commentaires

Bienheureuse Isabelle de France

Icône sur planche de tilleul 12 x 16 cm, 2021

Isabelle, née en mars 1225 , est la sœur cadette de Saint Louis (Louis IX). Comme son frère, elle reçoit une éducation chrétienne rigoureuse.

Dès son plus jeune âge, Isabelle est attirée par la vie chrétienne. On raconte qu’un matin, le valet de chambre avait roulé sa couche quand il entendit une petite voix s’élever : la petite Isabelle s’était laissé rouler dans le matelas tellement elle était absorbée par sa prière !

Sa mère, Blanche de Castille, et le pape Innocent IV ont l’un et l’autre des projets de mariage pour elle, en vue d’alliances politiques. Mais Isabelle refuse et leur explique qu’elle souhaite garder sa virginité. Le Pape comprend son choix, et lui accorde l’autorisation de se mettre sous la tutelle spirituelle de religieux franciscains.

Un an plus tard, elle entreprend la construction du monastère de Longchamp également appelé Abbaye royale de Longchamp (1) sur un terrain situé entre la rive droite de la Seine et la forêt de Rouvray (actuel Bois de Boulogne). Le roi Louis IX, très attaché à sa sœur, lui cède ce terrain et l’autorise à consacrer la somme qu’elle aurait pu avoir. comme dot, pour édifier le bâtiment.

La construction est achevée en 1259 et le monastère accueille les clarisses du monastère de Reims l’année suivante. En s’inspirant de la Règle écrite par Sainte Claire et conseillée par saint Bonaventure, Isabelle compose une nouvelle Règle, moins sévère, approuvée par le pape. Celui-ci prêche plusieurs fois à Longchamp et rédige un traité de vie spirituelle dédié à Isabelle : de Perfectione vitae ad sorores (La vie parfaite, pour les sœurs). Le monastère fut consacré à l’Humilité de la Bienheureuse Vierge Marie.

À partir de 1260, Isabelle s’installe dans une petite maison dans l’enclos du monastère pour partager le quotidien et la prière des sœurs, mais elle n’entre jamais officiellement dans les ordres.

En 1263, elle obtient du pape Urbain IV un remaniement de la Règle. Cette dernière rédaction est adoptée par plusieurs monastères de France et d’Italie et on appelle les clarisses urbanistes celles qui suivent cette Règle (2).

Isabelle meurt le 23 février 1270 ; elle est enterrée dans l’église du monastère.

Après la mort de saint Louis (à Tunis, la même année), Charles Ier d’Anjou, leur frère, demande à Agnès d’Harcourt, dame de compagnie d’Isabelle d’écrire sa vie, en vue de sa canonisation. Elle publie ce récit vers 1280 mais Isabelle, elle, ne deviendra « bienheureuse » qu’en 1521.

Elle est fêtée le 22 février en Occident

  1. L’abbaye est détruite lors de la Révolution française et le site est aujourd’hui occupé par l’hippodrome de Longchamp et son château.
  2. Les clarisses urbanistes suivent la Règle de sainte Claire avec quelques allègements


1 commentaire

Saint Clément de Rome

Icône sur planche de tilleul creusée, Saint Clément de Rome, 13 x 17 cm, 2021

Clément de Rome est pape de Rome, de l’an 92 à l’an 99, succédant à Pierre, Lin et Clet ; il est le premier Père apostolique (1).

Saint Irénée, au siècle suivant, raconte que Clément avait vu de ses propres yeux les Apôtres, s’était entretenu avec eux et que leur prédication résonnait encore à ses oreilles. Eusèbe de Césarée, dans sa Chronique au début du IVe siècle et saint Jérôme, un siècle après, parlent également de Clément.

D’autres récits fleurissent mais semblent très enjolivés, tout comme La Légende dorée qui présente de façon détaillée la vie de saint Clément : il y est question de naufrages, de pirates, de miracles incroyables et édifiants, d’une histoire familiale faite de disparitions, d’exils et de retrouvailles… Même Jacques de Voragine met en garde le lecteur expliquant que certaines parties du récit « ne doivent pas être crues à la lettre » !

Il semble cependant que Clément ait été exilé en Crimée. Durant cette période, il fut contraint de travailler dans une mine. Là, il aurait fait jaillir de l’eau d’une source miraculeuse. Sa prédication était tellement enthousiasmante qu’elle fut suivie de nombreuses conversions : il fallut construire des églises en nombre.

Ses représentations sont associées à une ancre : est-ce pour illustrer la solidité de sa foi, ou bien fut-il jeté d’un navire avec une ancre au cou comme la peinture le représente fréquemment ? Il est possible qu’il soit mort en martyr de cette façon, mais les témoignages divergent.

Il est l’auteur d’une importante lettre apostolique adressée à la fin du premier siècle par l’église de Rome à celle de Corinthe. Cette lettre, qui respire la bonté, a été authentifiée avec certitude : elle est une des sources de sa renommée. On dit qu’elle atteignit son but qui était de réconcilier les fidèles de Corinthe avec leurs pasteurs. C’est le premier document attestant l’intervention de l’Église de Rome dans les affaires d’une autre Église.

Il est fêté le 23 novembre dans la plupart des églises chrétiennes.

Il est invoqué contre les maladies des enfants. Il est un des saints patrons des enfants, des marins et des tailleurs de pierre. 

  1. On appelle Père apostolique, les personnes et les écrits de la période qui a suivi immédiatement celle des apôtres. Leur contribution s’ajoute aux textes bibliques pour constituer les fondements du christianisme (alors que les textes apocryphes n’entrent pas dans cette catégorie).

Article du 17 mars 2021


5 Commentaires

Saint Louis, roi de France

Icône sur planche de tilleul creusée, 15 x 20 cm, 2021

Louis IX naît à Poissy, près de Paris en 1214. Il accède au trône à l’âge de douze ans, sous la régence de sa mère, Blanche de Castille. Il règne pendant quarante-quatre ans.

Sa vie est connue grâce aux Chroniques écrites par Jean de Joinville, un de ses proches amis, et biographe.

Beaucoup d’entre nous ont gardé dans leur imaginaire l’image d’un souverain rendant la justice à l’ombre du vieux chêne de son château de Vincennes. Saint Louis incarne le sens de la justice, la piété et la charité : « Si je dépense beaucoup d’argent quelquefois, j’aime mieux le faire en aumônes faites pour l’amour de Dieu que pour frivolités et choses mondaines. Dieu m’a tout donné ce que j’ai. Ce que je dépense ainsi est bien dépensé. »

On dit qu’il était très bel homme. À vingt ans, il épouse Marguerite de Provence, un mariage heureux, tendre et fidèle qui leur donne onze enfants !

Il assure la paix intérieure du royaume en régnant avec fermeté, sagesse et le désir de rendre la même justice pour tous. Il est un législateur énergique, toujours soucieux de son peuple et en particulier des plus pauvres.

Il dirige deux croisades. Il part la première fois en 1248 (avec son épouse enceinte !). Il est fait prisonnier en Égypte avec toute son armée et doit payer une substantielle rançon pour rentrer en France. À son retour, il entreprend de grandes réformes, en particulier l’interdiction du duel judiciaire.

Très pieux, il prie beaucoup et fonde hôpitaux et monastères. Il donne à sa sœur, la bienheureuse Isabelle, le terrain de Longchamp pour y fonder une abbaye de religieuses de Sainte-Claire.

Pour abriter sa collection de reliques et en particulier la couronne d’épines (1), il crée la Sainte-Chapelle à Paris, conçue comme une châsse de lumière et de vitraux.

Il favorise une période de développement culturel, intellectuel et théologique. Saint Louis aime échanger avec saint Bonaventure ou saint Thomas d’Aquin. Avec Robert de Sorbon, il fonde la Sorbonne (1257). Il suit avec attention l’achèvement de la cathédrale Notre-Dame et surtout les grandes rosaces (1255) et les porches. 

Son grand souci est de pacifier, de réconcilier et d’éteindre les conflits, en particulier entre la France et l’Angleterre (1258). Mais il rêve aussi de retourner en Terre Sainte pour convertir le sultan d’Égypte, mais cette fois, il ne dépasse pas Tunis, où il meurt de dysenterie en 1270.

Il est canonisé en 1297. Sa fête est fixée au 25 août, jour de sa mort.

Il est représenté en habits royaux avec des fleurs de lys. Il tient un sceptre, quelquefois un globe, ou la couronne d’épines, ou encore une maquette de la Sainte-Chapelle. Il porte parfois une armure qui évoque la croisade.

Il est considéré comme protecteur des charpentiers, des coiffeurs (on raconte qu’il avait demandé à chacun de ses ministres de donner une mèche de leurs cheveux pour confectionner une perruque pour sa mère Blanche de Castille) et de nombreuses autres professions. On l’invoque contre la cécité et la surdité.

(1) Merci à Michel pour ce complément : « La relique est arrivée en 1239 à Paris, et les croisés ne sont arrivés que dix ans plus tard en terre sainte. La translation des reliques de Notre-Dame à la Sainte-Chapelle a eu lieu deux mois avant le départ pour la croisade. »

Article du 3 mars 2021


2 Commentaires

Sainte Marine de Bithynie, élever l’enfant

Sainte Marine, icône sur tilleul 15 x 20 cm, 2021

L’histoire de sainte Marine est très touchante. On l’appelle Marine de Bithynie ou Marine-la-déguisée.

Cette fois encore, il est difficile de distinguer la légende de la réalité historique et on trouve de nombreuses variantes à cette belle histoire, située tantôt en Turquie tantôt au Liban. Comme d’habitude, j’ai choisi de m’appuyer sur la version de la Légende dorée (les passages en italique sont des extraits, p. 299 et 300).

Le récit se déroule au milieu du VIIIe siècle. Le père de la jeune Marine, alors âgée de 8 ans, devient veuf et décide d’entrer au monastère. Ne voulant pas se séparer de sa fille unique, il la déguise en garçon et elle devient « Frère Marin ». La vie de prière et de piété leur convient parfaitement à tous les deux.

Quand le père meurt, « Marin » a 27 ans, et son père lui avait fait promettre de ne jamais révéler la vérité. Jeune et courageux, il s’acquitte de travaux difficiles qui l’amènent parfois loin du monastère. Il passe alors la nuit chez un hôtelier du voisinage.

Un jour, la fille de l’hôtelier se retrouve enceinte et accuse Marin de l’avoir abusée. Celui-ci, tout en douceur et en délicatesse, ne nie pas, pour ne pas compromettre la jeune fille. Il est donc chassé du monastère, mais n’a nul autre endroit où se réfugier. Il vit alors pendant trois ans sous un escalier à la porte du monastère, se nourrissant « de miettes de pain ».

Une fois l’enfant sevré, l’hôtelier le ramène au monastère pour s’en débarrasser : Marin l’élève alors avec amour et tendresse, comme s’il était son propre enfant (certaines versions racontent que Marine, miraculeusement, put l’allaiter). L’enfant grandit et devient vif et enjoué.

Tout le monde admire la patience et la douceur de Marin qui vit toujours avec l’enfant sous l’escalier. Certains commencent à douter qu’avec un tel caractère, il ait pu violer la jeune femme. Mais Marin reste silencieux. Finalement « les frères touchés de son humilité et de sa patience le reprirent au monastère, où ils lui confièrent des besognes trop viles pour eux ». Marin s’en acquitte joyeusement, avec une constante gentillesse.

Mais après quelques années de cette vie difficile, il tombe malade et succombe le 18 juin 750.

Le Père Abbé décide de ne pas l’enterrer dans le cimetière du monastère mais à l’extérieur et charge un moine de choisir pour son frère un bel emplacement au pied d’un arbre tandis qu’un autre est chargé de la toilette du mort. Évidemment, celui-ci se rend compte que « frère » Marin est une femme !

Tout le monde au monastère, et surtout le Père Abbé culpabilisé par son manque de perspicacité et sa dureté, réalise que ce frère si doux a agi par délicatesse et humilité. Le petit garçon, alors élevé au monastère, demandait : « Alors il n’est pas mon père ? » Et on lui répondait : « Il est mieux que cela. Il est ta mère, ta mère adoptive. »

Quant à la fille de l’aubergiste, elle fut envahie de tristesse et confessa que l’enfant était né de sa rencontre avec un soldat de passage. Elle décida d’imiter l’attitude humble et discrète de Marin envers elle, et s’occupa de sa tombe. Là, elle ressentit grande paix et pardon.

Marine est alors inhumée avec honneur, dans l’église du Monastère. On vient de toutes parts se recueillir sur sa tombe sur laquelle s’opèrent un grand nombre de miracles. On trouve encore les ruines d’un monastère arménien appelé Saint-Marin. Il fut un lieu de pèlerinage pour les femmes sans enfants : une tombe, non loin, est identifiée comme étant celle de la sainte.

Cette histoire se transmet dans toute la chrétienté et sainte Marine fut très populaire durant le Moyen Âge. Ses reliques sont transportées de Constantinople à Venise, puis de Venise à Paris, où on érige en son honneur une église où, autrefois, pouvaient se marier les femmes qui n’étaient plus vierges.

Une autre légende raconte l’arrivée de Marine aux Cieux. Au début, le diable l’accuse de sa vie de mensonge mais son ange gardien la défend, et le Christ intervient, accompagné des saintes martyres, Agnès, Cécile, Anastasie… Elles lui dirent : « Tu entres aujourd’hui dans le cortège des vierges et des martyres. Tu deviens en ce jour Reine et épouse du Roi. On se souviendra pour l’éternité de ce que tu as vécu. Tu porteras une couronne qui brillera de loin et illuminera le monde entier. On en fera un exemple du mépris des valeurs (…) comme l’honneur et la justice. Et cela à cause d’autres valeurs qui plaisent à Dieu comme l’humilité et l’amour. Tu seras chargée d’accueillir les enfants dont on ne veut pas sur terre, puisque, pendant deux ans, tu as élevé avec amour un enfant qui n’était pas à toi sous ton escalier. Tu seras aussi chargée des mères qui refusent leur enfant, puisque tu as préféré vivre le martyre plutôt que d’accuser une pauvre pécheresse. (…) ».

Elle est fêtée le 18 juin.


6 Commentaires

Saint Mamas, prendre soin de toute fragilité

Saint Mamas, icône sur bouleau, 11, 5 x 13, 5 cm, 2020

En terminant cette icône, j’ai pensé que la représentation de saint Mamas (on trouve diverses orthographes dont Mammès) est une sorte d’allégorie des voeux que j’aimerais envoyer pour l’année 2021.

Les récits de la vie de saint Mamas sont parfois contradictoires et pas forcément très historiques. Quelle qu’en soit la véracité, le message symbolique de la représentation du jeune saint, chevauchant un lion et tenant au creux de ses bras un agneau, est riche de sens.

Saint Mamas naquit vers 260 en Asie mineure (nord de l’actuelle Turquie). Ses parents étaient chrétiens et furent emprisonnés à cause de leur foi. Mamas vit le jour dans leur cachot. À leur mort, le petit orphelin fut adopté par une pieuse femme cappadocienne appelée Ammiane. En balbutiant, l’enfant appelait sa mère adoptive et on le surnomma « Mamas ».

Les versions de l’histoire divergent ensuite beaucoup.

La première raconte qu’il refusa de payer des impôts aux autorités sous prétexte qu’il habitait une grotte « non imposable ». Il fut appelé par le gouverneur pour s’expliquer. Sur son chemin, il aurait rencontré le fameux lion et soustrait l’agneau à ses griffes. Les soldats furent terrifiés mais le jeune homme aurait alors calmement chevauché le fauve tout en portant l’agneau blotti dans ses bras. Il poursuivit sa route avec, à sa suite, des soldats sidérés. Un tel prodige valut à saint Mamas, à son arrivée en ville, d’être exempté de l’impôt !

Une autre version raconte qu’il vivait dans la montagne, moitié ermite et moitié berger, entouré de biches, de chèvres et de moutons. Il parlait aux bêtes sauvages et les domestiquait. Le gouverneur de Cappadoce envoya les soldats l’arrêter, car il il témoignait trop de sa foi. Mamas leur offrit des fromages de chèvre et de brebis et les bêtes sauvages le protégèrent. On l’accusa alors d’être magicien et à plusieurs reprises il fut torturé, en vain ! On lui envoya même les lions, qui bien entendu le protégèrent au lieu de le dévorer. Il mourut finalement dans une grotte, après un dernier supplice infligé par le gouverneur en personne.

Dans tous les scénarios, il meurt martyr à l’âge de 15 ou 16 ans en l’an 275. La véritable histoire est sûrement un mélange des diverses versions. Quoi qu’il en soit, saint Mamas représente l’humanité protégeant au creux de ses bras et de sa tendresse tout ce qui est faible, fragile, vulnérable, tout en contenant ce qui est violent, destructeur et tumultueux.

On peut lire dans cette représentation une symbolique universelle. En ces temps où la Création est tellement malmenée, il appartient à tous de lutter pour protéger toute vie, « tout ce qui tremble et palpite » (1), ces espèces qui disparaissent, la beauté d’un lac ou d’une forêt, la faiblesse d’un enfant. La tradition chrétienne orientale insiste depuis les origines sur la sacralité du monde et l’interdépendance de l’humanité avec toute vie. La jeunesse actuelle nous montre le chemin, comme le fit saint Mamas en son temps.

On peut lire aussi cette représentation de façon plus psychologique : à chacun d’apprivoiser ses démons, sa violence ou ses forces sauvages pour faire jaillir aux creux de ses bras, au creux de sa vie, douceur, tendresse et délicatesse.

On raconte que les reliques de saint Mamas sont arrivées en France au VIIIe siècle et conservées à Langres.

À Chypre, une quinzaine d’églises lui sont consacrées.

« Avec le bâton pastoral que Dieu t’a donné, ô grand saint martyr,
conduis-nous, nous ton peuple maintenant,
dans de verts et vivifiants pâturages.
Avec la puissance divine 
écrase rapidement les bêtes sauvages invisibles
et place-les sous les pieds de ceux qui te louent avec dévotion,
car dans les dangers nous t’avons tous, toi, Ô Mamas,
notre fervent appui et notre protecteu
r. » (Tropaire)

Sa fête est le 17 août, il est surtout honoré en Orient et spécialement à Chypre dont il est le saint patron. Il est aussi patron des bergers, des orphelins, des enfants allaités et des victimes de la torture. On l’invoque également pour soigner les fractures.

(1) dans C’est beau la vie de Jean Ferrat

Article du 29 décembre 2020


Poster un commentaire

Sainte Justine d’Antioche

Icône de sainte Justine d’Antioche, sur planche de tilleul, 12 x 24 cm, 2020

Justine d’Antioche est associée à saint Cyprien et souvent représentée à ses côtés, en raison de leur histoire étroitement liée.

Ils sont aujourd’hui considérés comme relevant de la légende, et pourtant, leur histoire est attestée dès le IVe siècle. Le premier récit de leur conversion, appelé Confession de saint Cyprien, date des environs de 350. En 379, le jour de la fête de Cyprien et Justine, saint Grégoire de Nazianze prononça une homélie en leur honneur. Au siècle suivant, l’impératrice Eudoxie, épouse de Théodose II, leur consacra des poèmes en citant la Confession et en apportant des détails sur les circonstances de leur martyre.

Je ne m’inquiète pas de leur historicité : je suis toujours touchée par ces récits qui regroupent de nombreuses histoires réelles de l’époque. C’est une sorte de typologie et en cela, Justine représente la persévérance d’une jeune femme qui, tranquillement, fait passer son intuition et sa conviction en avant. N’oublions pas que ce prénom est dérivé du latin justus, signifiant « qui respecte le droit ». 

Voilà donc cette histoire, telle que la raconte La Légende dorée, avec ses évidentes enjolivures. 

Justine était la fille d’un prêtre païen d’Antioche. Tous les jours elle s’asseyait à sa fenêtre et écoutait le diacre Proclus proclamer l’Évangile. C’est ainsi qu’elle se convertit et sa mère en informa le père un soir au coucher. Pendant la nuit, le Christ leur apparut et leur dit : « Venez à moi, je vous donnerai le Royaume des cieux ! ». Très impressionnée, toute la famille se fit baptiser.

Cyprien était magicien et astrologue réputé, auteur d’un livre de sorcellerie. Lui et un certain Acladius, étaient amoureux de Justine. Cyprien essaya la magie pour la séduire et aussi pour la livrer à Acladius. Devant la difficulté de la tâche, Cyprien demanda l’assistance du diable. Justine, sentant le danger, se recommanda au Seigneur tout en puisant sa force dans le signe de croix. Ce signe épouvanta le diable qui s’enfuit et alla annoncer sa défaite à Cyprien. Celui-ci ne se découragea pas et tenta de nombreux stratagèmes, tous mis en échec par la foi de Justine (qui néanmoins connut des moments de doute, ce qui nous la rend proche !). Découragé, le diable fit tomber la fièvre sur Justine et répandit la peste dans la ville d’Antioche. Il fit déclarer par des possédés que toute la ville périrait si Justine ne consentait pas à prendre un époux. La foule, bien sûr, exerça toute la pression possible auprès de la famille de la jeune femme. Celle-ci résista pendant sept ans et pria, jusqu’à l’éradication de la peste. Le diable essaya même de prendre les traits de Justine pour la discréditer, tentant de séduire Cyprien. Finalement vaincu, le diable s’évanouit en fumée ! Cyprien, déçu et très triste fit une dernière tentative : apparaître à Justine sous forme d’un oiseau (Acladius fit de même). Mais à chaque fois qu’ils croisaient son regard, ils redevenaient humains, quelquefois en plein vol, au péril de leur vie !

Le diable avoua alors à Cyprien que le signe de croix et la foi de Justine lui ôtaient tout pouvoir. Cyprien, convaincu, alla alors voir l’évêque pour demander le baptême et depuis lors, sa vie fut guidée par une foi exemplaire, à tel point qu’à la mort de l’évêque, il fut lui-même ordonné. Il aida Justine à créer un monastère. On raconte que même Acladius se convertit…

Cyprien écrivait des lettres aux martyrs pour les encourager dans leur lutte jusqu’au moment où une vague de persécutions arriva. Refusant de renier leur foi, les deux amis furent martyrisés non sans que Cyprien réalise un dernier prodige !

Jacques de Voragine (l’auteur de La légende dorée) établit leur martyre au 6 octobre 280 mais on évoque plutôt l’an 304, parfois 314 (persécutions de Dèce ou de Dioclétien).

Fête le 26 septembre


1 commentaire

Saint Jérôme et le lion

Saint Jérôme est avec saint Augustin, saint Ambroise et saint Grégoire le Grand un des quatre grands docteurs de l’église latine.

Icône sur tilleul, 19,5 x 22,5 cm, 2020

Il naît probablement en Dalmatie vers l’an 340 et part étudier à Rome auprès de Donat, le grammairien.

Il reçoit le baptême puis voyage beaucoup (Grèce, Gaule…) et passe trois années dans le désert de Syrie où il mène une vie solitaire et méditante. Après tout un périple et après avoir appris le grec et l’hébreux, il retourne à Rome vers 382. Il devient secrétaire du pape Damase, grâce à sa grande érudition. À sa demande, il commence la traduction de la Bible en latin et restera dans les mémoires surtout pour cette œuvre considérable (La Vulgate). 

Il est connu pour son mauvais caractère mais aussi pour son influence auprès de personnes assoiffées de culture : beaucoup de femmes pour lesquelles il fonde d’ailleurs un petit monastère quand il retourne en Orient.

Plusieurs épisodes plus ou moins légendaires émaillent sa vie. Ainsi en est-il de sa rencontre avec le lion. Plusieurs récits existent, avec des variantes et j’ai retenu celle de la La Légende dorée (voir ici, p. 555) qui a donné lieu à une iconographie foisonnante !

« Un soir, pendant que Jérôme était assis avec ses frères pour écouter la lecture sainte, voici qu’un lion entra en boitant dans le monastère. Aussitôt tous les frères s’enfuirent : seul Jérôme alla au-devant de lui comme au-devant d’un hôte, et, le lion lui ayant montré sa patte blessée, il appela des frères et leur ordonna de laver sa plaie et d’en prendre soin. Ainsi fut fait ; et le lion, guéri, habita parmi les frères comme un animal domestique. Sur quoi Jérôme, comprenant que ce lion leur avait été envoyé plus encore pour leur utilité que pour la guérison de sa patte, prit conseil avec ses frères et ordonna au lion de conduire au pâturage et de garder un âne qu’ils avaient, et qui leur servait à porter du bois. Et ainsi fut fait. Le lion se comportait en berger parfait, toujours prêt à protéger l’âne, et ne manquant jamais de le ramener au monastère à l’heure des repas. Mais un jour, comme le lion s’était endormi, des marchands avec des chameaux, qui passaient par là, virent un âne seul et s’empressèrent de le voler. Quand le lion, éveillé, s’aperçut de l’absence de son compagnon, il le chercha partout en rugissant ; puis, n’ayant pu le retrouver, il revint tristement à la porte du monastère, mais, par honte, n’osa pas entrer. Or les frères, voyant qu’il arrivait en retard et sans l’âne, supposèrent que, forcé par la faim, il l’avait mangé. Ils refusèrent donc de lui donner sa ration, et lui dirent : « Va chercher le reste de l’âne, et fais-en ton dîner ! » Cependant comme ils hésitaient à croire qu’il se fût rendu coupable d’un tel acte, ils allèrent au pâturage en quête de quelque indice ; mais, n’ayant rien trouvé, il revinrent raconter la chose à Jérôme. Alors, de l’avis de celui-ci, il confièrent au lion le travail de l’âne, et l’employèrent à porter leur bois : tâche dont la bête s’acquittait avec une patience exemplaire. Mais un jour, sa tâche achevée, le voilà qui se met à courir par les champs, et voilà qu’il aperçoit de loin des marchands, avec des chameaux et un âne s’avançant à leur tête pour les guider, suivant l’usage du pays. Aussitôt le lion, se jetant sur la caravane avec un rugissement terrible, força les marchands à prendre la fuite. Après quoi, frappant le sol de sa queue, ils obligea les chameaux à l’accompagner jusqu’au monastère, ou Jérôme, dès qu’il le vit, dit à ses frères : « Lavez les pieds à nos hôtes, servez-leur à manger, et puis attendons la volonté de Dieu ! » Et voici que le lion se mit à courir joyeusement d’un frère à l’autre, se prosternant devant chacun deux comme s’il leur demandait pardon de quelques fautes. Et Jérôme, prévoyant l’avenir, dit à ses frères : « Préparez-vous à accueillir encore d’autres hôtes ! » Et en effet, au même instant, on vint lui annoncer que des étrangers étaient là, qui voulaient voir l’abbé. Et tout de suite les marchands, se jetant à ses pieds, lui demandèrent pardon de leur vol ; et lui, les relevant avec bonté, leur dit de reprendre ce qui leur appartenait, mais de respecter désormais le bien d’autrui. (…) »

Saint Jérôme est un patron des érudits, théologiens, intellectuels…

Il est fêté le 30 septembre.

Article du 18 novembre 2020
On peut lire aussi l’article sur Saint Jérôme par Georges De La Tour ici


Poster un commentaire

Saint Irénée, « se tenir debout »

saint Irénée, icône sur planche de tilleul creusée, 13,5 x 25 cm, 2020

J’ai été vraiment heureuse de travailler sur cette icône qui accompagnera un petit garçon né à la fin du printemps. Il porte le joli prénom d’« Irénée », ce qui signifie « pacifique, porteur de paix ». Il faut dire que saint Irénée a écrit cette phrase fondamentale : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » (on trouve aussi « l’homme debout »). Pour moi, cette phrase résume l’essentiel de la dynamique du christianisme. Elle est « la » question à se poser dans tout choix de vie : « cette situation me rend-elle plus vivant(e), et ainsi fidèle à ma dimension de Lumière ? ». La posture de la verticalité est à la base de la construction de la plupart des icônes : se tourner vers la lumière, se tenir debout (1), retrouver notre verticalité (relire l’article sur l’icône de l’Anastasis pour mieux comprendre). 

Qui est ce personnage ? Irénée est né à Smyrne (Turquie) autour de l’an 130. Sa culture est grecque, tout comme sa langue maternelle. Il donne dans ses œuvres des informations qui permettent de connaître quelques bribes de sa vie.

Il est un successeur assez direct des apôtres puisqu’il suit l’enseignement de Polycarpe de Smyrne, lui même disciple de saint Jean. Ainsi, Irénée écrit : « Son enseignement, ce n’est pas sur le papier que je l’ai gardé, mais dans mon cœur, vu que ce que nous apprenons dans l’enfance devient partie de nous-mêmes (…) Je pourrais encore décrire mon vieux maître ; je le vois toujours entrer, s’assoir, sortir ; je me rappelle ses sermons, sur tout ce qu’il disait avoir appris de Jean et de ceux qui, comme lui, avaient connu le Seigneur ».

Irénée arrive en Gaule vers 175. D’abord simple pasteur, il succède à Pothin victime de la persécution de Marc-Aurèle en 177. Il devient ainsi le deuxième évêque de Lyon. Fort de l’enseignement de son maître, il écrit pour défendre la foi des premiers apôtres. Il manie la philosophie, réfléchit sur la vérité et consacre une grand énergie à maintenir la paix des églises.

Il s’adresse en particulier aux gnostiques qui ont une interprétation très ésotérique de la foi. Saint Irénée étudie très minutieusement leur doctrine, enquête, interroge, lit. Armé par cette connaissance profonde et avec beaucoup de respect, il rédige un important traité : « Contre les hérésies » (Adversus hæreses).

En même temps, il intervient auprès de l’évêque de Rome pour l’empêcher d’exclure de la communion de l’Église les communautés qui fêtent Pâques à une autre date que celle choisie par l’Église romaine.

Irénée est décrit comme un homme de bonté et de tolérance. L’intelligence, le respect et le sens de la Tradition apostolique resplendissent dans ses œuvres.

Il meurt à Lyon vers l’an 202 ; certaines sources disent qu’il est mort martyr, mais on n’en est pas très sûr.

Il est un des Pères de l’Église, fêté le 28 juin dans l’Église catholique et le 23 août chez les orthodoxes.

(1) et là, je pense irrésistiblement aux mots d’une chanson de Fred Pellerin qui serait fort étonné de se voir côtoyer saint Irénée : « J’apprends à me tenir debout ».

Article du 8 septembre 2020