Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Sainte Julie de Corse

Sainte Julie, icône sur tilleul, 13 x 17 cm, 2023

Sainte Julie (Ghjulia en Corse) est une des patronnes de la Corse et aussi de Bergame, Livourne, Brescia…. 

La vie de sainte Julie fait partie de ces récits dans lesquels histoire, tradition et légende se confondent. On trouve des versions différentes de sa vie et de son martyre.

La première version se situe au IVe ou Ve siècle et Julie est originaire d’une famille noble de Carthage. Après la prise de la ville par les vandales, elle est vendue comme esclave à Eusèbe, un commerçant syrien. La jeune femme se dévoue avec zèle à son maître. Il l’embarque avec lui vers la Gaule. Lors d’une escale près de Nonza en Corse, il participe à une fête païenne au cours de laquelle on sacrifie un taureau. Julie refuse d’y participer et reste sur le bateau avec l’accord d’Eusèbe. Lorsque le gouverneur l’apprend, il est furieux : il enivre Eusèbe qui refuse de livrer Julie. Le gouverneur la fait enlever, exigeant qu’elle sacrifie aux dieux. Julie, refusant, est condamnée à mort. Elle est alors martyrisée et la légende raconte qu’une colombe, symbole d’innocence et de sainteté, s’échappe de sa bouche.

Des religieux de l’île de Gorgone (au large de Livourne) viennent chercher son corps et l’ensevelissent dans leur monastère. Plus tard ses reliques sont transportées à Brescia et son culte se répand alors dans le nord de l’Italie.

Dans l’autre version plus répandue en Corse et située un peu plus tôt dans le temps (tout début du IVe siècle), Julie nait à Nonza pendant le règne de Dioclétien. Dans ce récit aussi, elle refuse de sacrifier aux dieux et les romains la torturent. Ses seins sont jetés sur des rochers en contre-bas du village. Une (ou deux ?) fontaine jaillit alors. Comme dans la première version, une colombe s’échappe de sa bouche.

Une toile du sixième siècle dans l’église de Nonza représente Julie crucifiée, les seins coupés. C’est là que son culte est le plus ancien et fervent. La « Fontaine des mamelles » coule toujours et attire une foule de pèlerins venus de la Corse entière. Ses eaux miraculeuses sont réputées pour opérer des guérisons et protéger les mères contre le tarissement de leur lait. Certaines se rendaient en pèlerinage à Nonza pieds-nus pour s’attirer les faveurs de la sainte. Aujourd’hui encore, chaque année, Julie est fêtée à Nonza et dans toute la Corse par de belles cérémonies.

Elle est fêtée le 22 mai (calendrier catholique) ou le 16 juillet (calendrier orthodoxe)


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Mar Elian l’Ancien (Mar Elian al-Sheikh)

Mar Elian l’Ancien, icône sur tilleul, 18 x 32 cm, 2022. Les inscriptions sont en français, en syriaque et en arabe

Il se trouve dans le désert syrien, quelque part entre Damas, Homs et Palmyre, un monastère cher à mon cœur, celui de Mar Elian. Mais qui est donc le saint qui a donné son nom au lieu ?

Mar Elian al-Sheikh (مار اليان saint Julien l’Ancien) est un saint syriaque du IVe siècle. Sa vie est racontée par les poèmes de son plus célèbre disciple : Mar Ephrem (saint Ephrem le syrien) (1).

Le saint est originaire de Urfa (Edesse, sud de la Turquie). Homme d’une grande humilité et amoureux du silence, il mène avant tout une vie d’ermite. Il manifeste des dons particuliers et guérit (ou parfois même ressuscite) miraculeusement de nombreuses personnes. Une centaine de disciples l’entourent et un petit groupe l’accompagne chaque année dans son pèlerinage à Jérusalem. Au cours de l’un de ces voyages en Égypte, il construit une chapelle que l’on peut découvrir encore aujourd’hui au sommet du Mont Sinaï.

À la fin de sa vie (367 ?), sentant son heure arriver, il demande à ses disciples de mettre son corps dans un charriot tiré par des bœufs et de l’ensevelir là où les bêtes s’arrêteront, quand les vivres seront épuisés : cela se produit à l’emplacement actuel du monastère, à l’ouest de Qaryatayn.

Ses disciples déposent alors le saint dans un sarcophage de marbre. Il est vénéré pendant des siècles, objet de prière et de vénération, source de bénédiction et de guérison.

Le monastère, érigé près d’une source, connaît une longue histoire (2) et attire les pèlerins, chrétiens et musulmans. En l’an 2000, le monastère de Mar Elian est confié à la communauté de Deir Mar Moussa fondée par le jésuite italien : Père Paolo Dall’Oglio (3). Le père Jacques Mourad devient supérieur de Mar Elian. La spiritualité des deux monastères est inspirée de celle des Pères du Désert. Sur les trois piliers de leur règle (prière, hospitalité et travail), se greffe l’appel à un dialogue spirituel en vérité avec l’Islam.

Le Père Jacques est enlevé en 2015 mais réussit à s’échapper cinq mois plus tard, (lire Un moine en otage (4), puis le monastère est détruit et la tombe du saint profanée (lire cet article ici). Mais les reliques du saint ont été retrouvées et actuellement, le monastère est en reconstruction. En collaboration avec la direction des Antiquités syriennes, un archéologue spécialisé a restauré avec les débris trouvés, le tombeau du saint avec beaucoup de finesse.

Une fête émouvante a eu lieu le 9 septembre 2022 (jour de la fête du saint et date d’un pèlerinage traditionnel). Voir ici

Les reliques de Mar Elian sont arrivées devant la porte du monastère, portées par un chrétien et un musulman. Les évêques ont oint la porte d’entrée du monastère, ainsi que le nouvel autel, le tombeau restauré et les murs, avant une procession et une célébration eucharistique. Tout le monde était rassemblé, musulmans et chrétiens, pour vivre ensemble ce moment unique d’amitié et de fraternité. Enseignements et témoignages se sont succédé, encourageant au dialogue, à la reconstruction et au retour la culture des champs alentour. Quatre prêtres ont béni avec l’huile sacrée le peuple de Dieu réuni pour la circonstance, chrétiens et musulmans. Ensuite, quatre personnes d’horizons divers (chrétien et musulman, laïc et moine) ont porté ensemble le reliquaire de Mar Elian et mis dans le sarcophage qui a été fermé, tout en chantant un hymne très beau de saint Ephrem le Syrien, en syriaque et en arabe : « heureux le bon serviteur, quand le Seigneur viendra il le trouvera éveillé, travaillant dans le champ, du matin jusqu’au soir… ».

NB : Il existe deux Mar Elian à ne pas confondre : Saint Julien d’Émèse dit Mar Elian, « le jeune », médecin et martyre du IIIe siècle et Mar Elian de Quaryatein-Mar Elian al-Sheikh dit l’« Ancien », un ermite qui vécut à Edesse, mort en 367 et présenté dans cet article.

  1. Je crois que Theodoret de Cyr raconte aussi son histoire. Je dois encore chercher !
  2. J’espère pouvoir écrire un autre article à propos de l’histoire du monastère.
  3. Enlevé en 2013 par Daech, et disparu depuis.
  4. Jacques MOURAD et Amaury GUILLEM, Un moine en otage, Éditions de l’Emmanuel, 2018.


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Saints Pierre et Fevronia

Icône saints Pierre et Fevronia, 19 x 27 cm, sur planche de bouleau, 2022

L’histoire de Pierre et Fevronia est un mélange d’histoire de la sainteté et de contes russes anciens, tels que ceux qui ont marqué mon enfance, illustrés par Ivan Bilibine.

Le prince Pierre vivait au début du XIIIe siècle à Mouron, à l’est de Moscou. Il fut atteint d’une lèpre incurable. Une autre version plus légendaire raconte qu’il aurait été mordu par le serpent qu’il combattait et que son sang l’aurait éclaboussé : son corps se serait alors couvert d’ulcères qu’aucune médecine n’arrivait à éradiquer. Un jour, il vit en songe une jeune paysanne du nom de Fevronia, capable de le guérir. Fevronia était une jeune fille très belle et sage, qui soignait par les plantes. On dit que même les animaux sauvages lui obéissaient. Le prince promit de l’épouser si elle le guérissait.

Fevronia le guérit en effet, mais le prince ne tint pas promesse. Il était amoureux, mais ébranlé à l’idée d’épouser une roturière. Il tomba de nouveau malade : Fevronia le guérit une seconde fois et, alors, il l’épousa.

Après la mort de son frère, le prince devait prendre le trône, mais les nobles s’y opposèrent en raison des origines de Fevronia. Celle-ci fut calomniée et ridiculisée, comme si elle ne savait pas tenir son rang. Le prince, par amour, décida de quitter Mourom et de vivre à l’écart, dans la pauvreté et la simplicité, avec son épouse.

Mais le trône restant vacant, les conflits, la violence et l’instabilité politique s’amplifièrent. Les nobles décidèrent de rappeler le prince et d’accepter Fevronia : celle-ci sut se faire apprécier de tous.

On ne sait pas s’ils eurent des enfants : les versions divergent sur ce point.

Âgé, Pierre décida de devenir moine sous le nom de David, et Fevronia moniale – sous celui d’Euphrosyne. Ils prièrent pour quitter ce monde le même jour et demandèrent à être enterrés dans le même tombeau, seulement séparés par une fine cloison. Ils décédèrent en effet le même jour, le 25 juin (ou 8 juillet) 1228.

Contrairement à leur volonté, on les enterra dans des monastères distincts puisqu’ils étaient moines. À la surprise générale, leurs reliques se retrouvèrent réunies dès le lendemain. Ils furent alors déplacés dans l’église de la Nativité de la Vierge à Mourom, puis transférés dans le couvent de la Sainte Trinité, où l’on peut encore les vénérer. Les moniales du couvent recensent depuis les années 1990 les miracles effectués suite aux prières invoquant ces saints et à la vénération de leurs reliques.

On les invoque en cas de stérilité, de difficulté dans les couples, ou bien pour espérer un mariage heureux… En Russie, leur fête prend un peu la place de notre Saint Valentin, avec une dimension plus spirituelle : depuis 2008, le 8 juillet est devenu un jour férié officiel, célébré dans tout le pays en tant que journée de la famille, de l’amour et de la fidélité.

Moi, je suis touchée par cette histoire et je suppose que si j’étais mise en terre loin de mon amoureux, d’une façon ou d’une autre, je le rejoindrais…


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Sainte Colombe

Sainte Colombe, icône sur tilleul 12 x 15 cm, 2022

Voilà encore un hasard des calendriers ! L’icône de sainte Colombe m’a été demandée il y déjà plusieurs mois, pour la naissance, puis le baptême d’une petite Colombe. Finalement, la commande a été retardée mais l’intention était tenace, et j’ai commencé à travailler sur ce modèle juste au moment où les grondements de guerre en Ukraine s’intensifiaient ! Alors représenter une colombe de la paix avait vraiment du sens. Pourtant, je dois l’avouer, je n’ai pas trouvé beaucoup de représentations de sainte Colombe portant une colombe à l’exception d’un vitrail à l’église de Chevilly-Larue (94) et de quelques représentations naïves ; je devais m’inspirer du vitrail de l’église de Saoû (26), mais les amis envoyés pour le photographier ont trouvé porte close. Les commanditaires de l’icône avaient opté pour une représentation de la sainte portant la colombe, et j’ai suivi cette voie. En revanche, j’ai découvert que, la plupart du temps, sainte Colombe n’est pas représentée avec une colombe mais avec un ours à ses pieds ! Pourquoi un ours ? La légende raconte que Colombe, ayant refusé de renier sa foi, aurait été emmenée dans l’arène de Sens avec trois de ses compagnons. Là, un soldat aurait tenté de la violer et un ours l’aurait protégée en attaquant son agresseur !

Voilà ce qu’on sait de sainte Colombe (je n’ai trouvé aucune mention dans La Légende dorée) : elle naît en 257 près de Saragosse et quitte son pays, très jeune, à cause des persécutions. Avec quelques fidèles (dont les saints Béate, Sandrine et Augustin), elle part sans rien, et prend le chemin de la Gaule. Des maisons bienveillantes les accueillent, entre autres à Vienne, où elle reçoit le baptême.

Elle se rend ensuite dans la région de Sens où existe une forte communauté chrétienne à laquelle elle se joint. Colombe est décrite comme un modèle de pureté et de courage, défendant sa foi et décidée à conserver sa virginité, pour se consacrer entièrement au Christ.

Elle meurt martyre le 31 décembre 274 à Sens (lieu dit : Fontaine d’Azon).

Dès le VIIe siècle, un monastère est fondé sur son tombeau à Saint-Denis-lès-Sens, lieu présumé de son martyr. Elle fut très honorée au Moyen Âge (surtout à Paris) ; aux siècles suivants, son tombeau fut transporté à l’abbaye de Sens.

Aujourd’hui un pèlerinage a lieu tous les ans au mois de juillet dans l’église qui se trouve sur son tombeau.

La légende de sainte Colombe, martyre décapitée pour sa foi par le fils de l’empereur Aurélien, est décrite dans le roman de Mireille Calmel, La Fille des Templiers

Fête le 31 décembre

Article du 3 mars 2022


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Saint Igor

Saint Igor, prince de Kiev, icône sur bouleau travaillée en relief, 12 x 16 cm, 2021

L’icône de saint Igor m’a été commandée par une amie d’enfance née un 5 juin. Et c’est précisément le jour de la fête de Saint Igor !

Ce prénom est la transcription slave d’un prénom germanique, Ingvar. Dans la mythologie nordique, Ing est le dieu de la paix et de la fertilité. Le prénom est d’abord porté presque exclusivement en Russie. Au XXe siècle, il devient aussi populaire en Occident avec la notoriété de plusieurs personnages nommés Igor, en particulier Stravinsky, et grâce à l’opéra de Borodine, Le Prince Igor (qui raconte une tout autre histoire).

Igor Olgovitch (Игорь II Ольгович), dit Igor II de Kiev, est un « prince de Kiev et Tchernigov » au destin tragique.

Il naît en 1096, fils du prince Oleg et frère de Vsevolod. Celui-ci désigne Igor comme son successeur à la place de l’un de ses fils et fait jurer fidélité aux habitants de Kiev. Igor succède ainsi à son frère à sa mort en 1146. Mais la famille des Olovitch est impopulaire et Igor est une personne faible et plutôt indécise, sûrement inadaptée au pouvoir. Les habitants de Kiev l’accusent alors facilement de toutes sortes de malhonnêtetés et d’intrigues. 

Le cousin d’Igor, Iziaslav II, malgré sa promesse d’allégeance, profite de la situation pour prendre le pouvoir. Igor aura à peine régné entre deux et six semaines selon les récits. Il tente de fuir avec un de ses frères, mais, victime d’une blessure à la jambe, il se réfugie puis s’enlise dans les marais : il est finalement capturé puis jeté dans une fosse. Il est libéré après quelque temps, gravement malade et demande à devenir moine.

Abandonné de tous, Igor est tonsuré et enfermé dans le monastère Saint-Théodore de Kiev. Les habitants de la ville n’ont cependant pas assouvi leur haine contre lui et la famille des Olgovitch. Le 19 septembre 1147, ils envahissent le monastère, persuadés que Igor cherche à récupérer le pouvoir. Pourtant, celui-ci était tranquillement en train de prier devant l’icône de la Mère de Dieu (l’icône en question est présentée ici). Il est assassiné sauvagement et son corps exposé à la population. 

Plusieurs miracles ont lieu près du corps d’Igor, ensuite reconnu comme saint « strastoterptsi ». Cette notion est très intéressante et particulièrement répandue dans l’hagiographie russe (on pense à saint Boris et saint Gleb). Les princes « strastoterptsi » (littéralement, « souffre-passion ») sont canonisés pour avoir accepté une mort violente et sans résistance pour le salut et la paix de leur peuple. Elles sont des victimes innocentes qui identifient la plupart du temps leur souffrance à celles du Christ. Dans tous les cas, il s’agit de personnages qui préfèrent donner leur vie plutôt que de voir leurs peuples se déchirer.

Fête le 5 juin

Article du 8 octobre 2021


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Saint Constantin le Grand

Saint Constantin de Grand, icône sur tilleul 13 x 17 cm, 2021

La mère de Constantin, Hélène (devenue sainte Hélène) était une ancienne servante d’auberge ou une prostituée. Elle épouse Constance, et Constantin naît vers 272 à Nish (actuelle Serbie). Mais les circonstances propulsent le simple centurion au statut d’empereur sous le nom de Constance II.

Hélène, jugée trop peu présentable par le nouvel empereur, est alors répudiée. Humblement, elle se retire, mais son fils lui reste fidèle. Quand il est proclamé empereur en 306 sous le nom de Constantin, il rappelle sa mère et la comble d’honneurs. 

On ne sait pas lequel des deux devint chrétien le premier et convertit l’autre.

En 312, Constantin combat son principal rival pour le trône d’Occident : Maxence. Avant la bataille du pont Milvius près de Rome, Constantin est saisi par une vision : il voit la croix ou le labarum (1) du Christ avec ces mots : « Par ce signe tu vaincras ». Il fait alors mettre le symbole chrétien sur les vêtements, les armes et les étendards de ses soldats qui remportent la victoire (on ne sait pas trop la part de légende de cette histoire).

Le règne de Constantin marque un virage décisif dans l’histoire des chrétiens. Il fait cesser les persécutions et promulgue l’Édit de Milan en 313 qui donne à chacun la liberté religieuse. Il montre cependant sa préférence pour le christianisme, accordant à l’Église d’importants privilèges.

Il convoque le concile de Nicée en 325 et fait édifier de fastueuses basiliques à Rome comme en Terre sainte.

Son œuvre législative est aussi considérable : il impose le repos dominical et autorise l’affranchissement des esclaves et d’une façon générale, améliore leur sort ; il limite le recours aux supplices et autres traitements cruels. Peut-être en soutien à sa mère dont l’honneur avait été bafoué, il limite les cas de répudiation par opportunisme, renforce le poids du mariage et promulgue des lois contre la prostitution.

À la fin de sa vie, il fait bâtir à sa gloire, sur l’ancien site de Byzance, une nouvelle capitale impériale nommée Constantinople.

Il attend le dernier moment pour se faire baptiser sur son lit de mort en 337 et serait monté droit vers le Ciel.

Les Églises d’Orient fêtent généralement ensemble Constantin et sa mère, alors que l‘Église d’Occident les fête séparément. En Orient il a le titre d’« Égal aux apôtres ».

Il est fêté le 21 mai (ainsi que d’autres dates dans le calendrier oriental)

(1) Le labarum (en grec λάβαρον) est l’étendard militaire portant le chrisme adopté à partir de Constantin par les empereurs romains. Le chrisme est le symbole du christianisme primitif : il est composé par les initiales du Christ.

Article du 15 mai 2021


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Saint Alexandre de Jérusalem

Saint Alexandre de Jérusalem, icône sur planche de tilleul creusée (15 x 20 cm)

Eusèbe de Césarée donne de son histoire quelques éléments biographiques parfois un peu confus, ce qui fait qu’on ne connaît de sa vie que des bribes. Ce qui est certain, c’est qu’Alexandre fut une personnalité importante dans l’Orient de son époque et qu’il côtoya d’autres personnages historiques majeurs.

Il est probable qu’Alexandre soit né en Cappadoce. Je n’ai rien trouvé sur son enfance. Il est l’élève de saint Clément d’Alexandrie (qui l’influence beaucoup et forme sa pensée), puis devient évêque en Cappadoce. Quand Clément est dépossédé de sa chaire, Alexandre lui propose l’hospitalité mais Clément doit très vite le remplacer, car Alexandre, accusé de prosélytisme, est emprisonné durant plusieurs années.

À sa sortie de prison, Alexandre envisage un pèlerinage en Terre sainte… dont il ne reviendra pas.

Vers 212, il accepte de seconder Narcisse, l’évêque centenaire de Jérusalem malmené par ses opposants ; c’est le premier exemple connu d’une fonction de coadjuteur. Finalement, à la mort de Narcisse, Alexandre lui succède. Il rencontre bien des difficultés pour que les fidèles judéo-chrétiens acceptent les fidèles d’origine païenne.

Vers 215, Origène (qui avait lui aussi été élève de Clément) est banni d’Alexandrie et Alexandre l’accueille, le reçoit dans son diocèse, l’ordonne prêtre et lui procure un asile paisible à Césarée où le grand penseur peut se consacrer à son immense oeuvre. Origène écrivait de son bienfaiteur : « Jamais je n’ai rencontré un évêque aussi doux et d’une telle bonté. »

Quant à Alexandre, son œuvre majeure est la réalisation de la grande bibliothèque de Jérusalem. Il réunit et conserve dans cette première grande bibliothèque chrétienne les ouvrages de valeur de l’époque pour contribuer à l’édification intellectuelle et spirituelle de sa communauté. Il est probable qu’Origène ait contribué à son enrichissement. Eusèbe y a travaillé au début du IVe siècle et grâce à elle, a pu rassembler la documentation qui permettra de réaliser son Histoire ecclésiatique.

Vers 250 (ou 251 ?) durant la persécution de Dèce, Alexandre retourne en prison à Césarée de Palestine où il meurt, « couronné d’une vigoureuse vieillesse et d’une vénérable chevelure blanche ».

Il est martyrisé et la légende embellit l’histoire : elle raconte qu’il a été jeté aux bêtes, mais que les fauves se sont allongés sur le sable de l’arène, certains venant lui lécher les pieds. Furieux, ses persécuteurs le ramenèrent en prison pour le faire périr.

Il est fêté le 18 mars en Occident et les 16 mai et 12 décembre en Orient.

Je retiens de ce personnage la grande bonté, le sens de l’accueil et la fidélité en amitié : son attachement à Origène durera tout le long de sa vie.

Article du 12 mai 2021


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Bienheureuse Isabelle de France

Icône sur planche de tilleul 12 x 16 cm, 2021

Isabelle, née en mars 1225 , est la sœur cadette de Saint Louis (Louis IX). Comme son frère, elle reçoit une éducation chrétienne rigoureuse.

Dès son plus jeune âge, Isabelle est attirée par la vie chrétienne. On raconte qu’un matin, le valet de chambre avait roulé sa couche quand il entendit une petite voix s’élever : la petite Isabelle s’était laissé rouler dans le matelas tellement elle était absorbée par sa prière !

Sa mère, Blanche de Castille, et le pape Innocent IV ont l’un et l’autre des projets de mariage pour elle, en vue d’alliances politiques. Mais Isabelle refuse et leur explique qu’elle souhaite garder sa virginité. Le Pape comprend son choix, et lui accorde l’autorisation de se mettre sous la tutelle spirituelle de religieux franciscains.

Un an plus tard, elle entreprend la construction du monastère de Longchamp également appelé Abbaye royale de Longchamp (1) sur un terrain situé entre la rive droite de la Seine et la forêt de Rouvray (actuel Bois de Boulogne). Le roi Louis IX, très attaché à sa sœur, lui cède ce terrain et l’autorise à consacrer la somme qu’elle aurait pu avoir. comme dot, pour édifier le bâtiment.

La construction est achevée en 1259 et le monastère accueille les clarisses du monastère de Reims l’année suivante. En s’inspirant de la Règle écrite par Sainte Claire et conseillée par saint Bonaventure, Isabelle compose une nouvelle Règle, moins sévère, approuvée par le pape. Celui-ci prêche plusieurs fois à Longchamp et rédige un traité de vie spirituelle dédié à Isabelle : de Perfectione vitae ad sorores (La vie parfaite, pour les sœurs). Le monastère fut consacré à l’Humilité de la Bienheureuse Vierge Marie.

À partir de 1260, Isabelle s’installe dans une petite maison dans l’enclos du monastère pour partager le quotidien et la prière des sœurs, mais elle n’entre jamais officiellement dans les ordres.

En 1263, elle obtient du pape Urbain IV un remaniement de la Règle. Cette dernière rédaction est adoptée par plusieurs monastères de France et d’Italie et on appelle les clarisses urbanistes celles qui suivent cette Règle (2).

Isabelle meurt le 23 février 1270 ; elle est enterrée dans l’église du monastère.

Après la mort de saint Louis (à Tunis, la même année), Charles Ier d’Anjou, leur frère, demande à Agnès d’Harcourt, dame de compagnie d’Isabelle d’écrire sa vie, en vue de sa canonisation. Elle publie ce récit vers 1280 mais Isabelle, elle, ne deviendra « bienheureuse » qu’en 1521.

Elle est fêtée le 22 février en Occident

  1. L’abbaye est détruite lors de la Révolution française et le site est aujourd’hui occupé par l’hippodrome de Longchamp et son château.
  2. Les clarisses urbanistes suivent la Règle de sainte Claire avec quelques allègements


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Saint Clément de Rome

Icône sur planche de tilleul creusée, Saint Clément de Rome, 13 x 17 cm, 2021

Clément de Rome est pape de Rome, de l’an 92 à l’an 99, succédant à Pierre, Lin et Clet ; il est le premier Père apostolique (1).

Saint Irénée, au siècle suivant, raconte que Clément avait vu de ses propres yeux les Apôtres, s’était entretenu avec eux et que leur prédication résonnait encore à ses oreilles. Eusèbe de Césarée, dans sa Chronique au début du IVe siècle et saint Jérôme, un siècle après, parlent également de Clément.

D’autres récits fleurissent mais semblent très enjolivés, tout comme La Légende dorée qui présente de façon détaillée la vie de saint Clément : il y est question de naufrages, de pirates, de miracles incroyables et édifiants, d’une histoire familiale faite de disparitions, d’exils et de retrouvailles… Même Jacques de Voragine met en garde le lecteur expliquant que certaines parties du récit « ne doivent pas être crues à la lettre » !

Il semble cependant que Clément ait été exilé en Crimée. Durant cette période, il fut contraint de travailler dans une mine. Là, il aurait fait jaillir de l’eau d’une source miraculeuse. Sa prédication était tellement enthousiasmante qu’elle fut suivie de nombreuses conversions : il fallut construire des églises en nombre.

Ses représentations sont associées à une ancre : est-ce pour illustrer la solidité de sa foi, ou bien fut-il jeté d’un navire avec une ancre au cou comme la peinture le représente fréquemment ? Il est possible qu’il soit mort en martyr de cette façon, mais les témoignages divergent.

Il est l’auteur d’une importante lettre apostolique adressée à la fin du premier siècle par l’église de Rome à celle de Corinthe. Cette lettre, qui respire la bonté, a été authentifiée avec certitude : elle est une des sources de sa renommée. On dit qu’elle atteignit son but qui était de réconcilier les fidèles de Corinthe avec leurs pasteurs. C’est le premier document attestant l’intervention de l’Église de Rome dans les affaires d’une autre Église. On y trouve cette belle phrase : « tournons de nouveau notre course vers le but qui nous a été proposé dès le commencement, vers la paix. »

Il est fêté le 23 novembre dans la plupart des églises chrétiennes.

Il est invoqué contre les maladies des enfants. Il est un des saints patrons des enfants, des marins et des tailleurs de pierre. 

  1. On appelle Père apostolique, les personnes et les écrits de la période qui a suivi immédiatement celle des apôtres. Leur contribution s’ajoute aux textes bibliques pour constituer les fondements du christianisme (alors que les textes apocryphes n’entrent pas dans cette catégorie).
Clément de Rome, 16,5 x 22 cm, 2022

Article du 17 mars 2021 mis à. jour le 20 septembre 2022


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Saint Louis, roi de France

Icône sur planche de tilleul creusée, 15 x 20 cm, 2021

Louis IX naît à Poissy, près de Paris en 1214. Il accède au trône à l’âge de douze ans, sous la régence de sa mère, Blanche de Castille. Il règne pendant quarante-quatre ans.

Sa vie est connue grâce aux Chroniques écrites par Jean de Joinville, un de ses proches amis, et biographe.

Beaucoup d’entre nous ont gardé dans leur imaginaire l’image d’un souverain rendant la justice à l’ombre du vieux chêne de son château de Vincennes. Saint Louis incarne le sens de la justice, la piété et la charité : « Si je dépense beaucoup d’argent quelquefois, j’aime mieux le faire en aumônes faites pour l’amour de Dieu que pour frivolités et choses mondaines. Dieu m’a tout donné ce que j’ai. Ce que je dépense ainsi est bien dépensé. »

On dit qu’il était très bel homme. À vingt ans, il épouse Marguerite de Provence, un mariage heureux, tendre et fidèle qui leur donne onze enfants !

Il assure la paix intérieure du royaume en régnant avec fermeté, sagesse et le désir de rendre la même justice pour tous. Il est un législateur énergique, toujours soucieux de son peuple et en particulier des plus pauvres.

Il dirige deux croisades. Il part la première fois en 1248 (avec son épouse enceinte !). Il est fait prisonnier en Égypte avec toute son armée et doit payer une substantielle rançon pour rentrer en France. À son retour, il entreprend de grandes réformes, en particulier l’interdiction du duel judiciaire.

Très pieux, il prie beaucoup et fonde hôpitaux et monastères. Il donne à sa sœur, la bienheureuse Isabelle, le terrain de Longchamp pour y fonder une abbaye de religieuses de Sainte-Claire.

Pour abriter sa collection de reliques et en particulier la couronne d’épines (1), il crée la Sainte-Chapelle à Paris, conçue comme une châsse de lumière et de vitraux.

Il favorise une période de développement culturel, intellectuel et théologique. Saint Louis aime échanger avec saint Bonaventure ou saint Thomas d’Aquin. Avec Robert de Sorbon, il fonde la Sorbonne (1257). Il suit avec attention l’achèvement de la cathédrale Notre-Dame et surtout les grandes rosaces (1255) et les porches. 

Son grand souci est de pacifier, de réconcilier et d’éteindre les conflits, en particulier entre la France et l’Angleterre (1258). Mais il rêve aussi de retourner en Terre Sainte pour convertir le sultan d’Égypte, mais cette fois, il ne dépasse pas Tunis, où il meurt de dysenterie en 1270.

Il est canonisé en 1297. Sa fête est fixée au 25 août, jour de sa mort.

Il est représenté en habits royaux avec des fleurs de lys. Il tient un sceptre, quelquefois un globe, ou la couronne d’épines, ou encore une maquette de la Sainte-Chapelle. Il porte parfois une armure qui évoque la croisade.

Il est considéré comme protecteur des charpentiers, des coiffeurs (on raconte qu’il avait demandé à chacun de ses ministres de donner une mèche de leurs cheveux pour confectionner une perruque pour sa mère Blanche de Castille) et de nombreuses autres professions. On l’invoque contre la cécité et la surdité.

(1) Merci à Michel pour ce complément : « La relique est arrivée en 1239 à Paris, et les croisés ne sont arrivés que dix ans plus tard en terre sainte. La translation des reliques de Notre-Dame à la Sainte-Chapelle a eu lieu deux mois avant le départ pour la croisade. »

Article du 3 mars 2021