Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La forme du nimbe

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Pietro Lorenzetti, début 14° siècle, pinacothèque de Sienne
Adam et Eve, Fâlnâmeh, Iran, v. 1550

La forme du nimbe, on l’a vu la semaine dernière (voir cet article), répond à une symbolique très précise qui induit la forme circulaire et la présence d’or ou de couleurs de lumière. Mais au fil du temps, des représentations un peu fantaisistes voient le jour. Nous nous éloignons un peu, pour aujourd’hui, du Moyen Âge, pour tracer un bref panorama de l’évolution de cet attribut à travers le temps.

Les divinités de l’Antiquité portent plutôt un nimbe sous forme de rayons. Dans les arts islamiques, l’équivalent du nimbe est figuré par une sorte de flamme qui entoure les visages. La symbolique est magnifique : la lumière et le feu irradient les saints et les anges…  Mais on rencontre aussi (Iran) des nimbes circulaires, qui semblent diffuser la lumière alentour.

En occident, à la Renaissance, ce cercle devient un ovale ou prend la forme d’une assiette perchée au dessus de la tête, s’incline, semble dessiné en perspective, est parfois réduit à un simple filet ou à un discret rayonnement. Piero della Franscesca, au XVe siècle, lui donne la forme d’une ellipse, Raphaël le transforme en un simple filet doré… et Léonard de Vinci… s’en débarrasse ! Il est vrai qu’à la période où se généralise l’engouement pour les effets de perspectives, et les scènes de groupe comportant des personnages de dos, cet attribut devient difficile à gérer pour les peintres !

Plus tardivement encore, des nimbes triangulaires ou étoilées voient le jour, en référence à des représentations occidentales de la Trinité ou de Dieu le Père : elles ne sont pas considérées comme acceptables dans l’iconographie traditionnelle.

Il arrive de trouver des nimbes carrés : attribut utilisé pour représenter des personnages élevés en dignité et encore vivants (papes, empereurs, rois), suivant la règle édictée par Jean Diacre, dans la Vie du pape Grégoire-le-Grand. Le carré, par ses quatre angles, exprime les vertus cardinales, fondement d’une vie aspirant à la perfection. C’est aussi le monde terrestre dans une aspiration d’élévation spirituelle. J’avais entendu ce conseil donné à une personne qui souhaitait représenter, à la façon d’une icône, un personnage mythologique,- je ne sais plus s’il s’agissait du roi Arthur ou de la légende de Tristan…

La Mère de Dieu porte souvent un nimbe richement rehaussé de pierreries, de perles ou de divers décors floraux ou géométriques. Il arrive qu’il soit étoilé, en référence au début du chapitre 12 de l’Apocalypse :  » Un grand signe apparut dans le ciel : une femme vêtue du soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles « .

Une lumière diffuse entoure la tête des « bienheureux » ou d’autres personnages rayonnants bien que non canonisés.

Un nimbe se distingue de tous les autres dans l’iconographie chrétienne : il s’agit de celui du Christ sur lequel nous nous attarderons la semaine prochaine (article ici).

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Carnets de peinture et diffusée de septembre 2017 à juin 2019 sur RCF Isère. Dans l’esprit du carnet de voyage, l’émission nous faisait entrer dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel » (peinture de l’icône, fresque, enluminure, calligraphie, mosaïque, taille de pierre, orfèvrerie, vitrail…).  On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 24 septembre 2018 mis à jour le 18 mars 2022


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Le nimbe (ou l’auréole)

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Giovanni di Paolo, 15° siècle, Pinacothèque de Sienne,

Le nimbe, parfois appelé halo, est un disque de lumière que les artistes placent autour de la tête des personnages sacrés. Cette tradition remonte à l’Antiquité grecque et latine, mais aussi au monde de l’Extrême-Orient. Pour les chrétiens, il représente la lumière divine qui accompagne et caractérise les saints. Il suggère également l’irradiation qui émane de leur personne et l’éclat de leur gloire. Dans l’art de l’Antiquité, son usage est plus large et s’étend aux souverains et aux héros : ainsi Hérode, dans une mosaïque de Sainte Marie-Majeure datant du Ve siècle, est représenté avec un nimbe. Les dieux de l’Antiquité, les représentations du vent ou des saisons, peuvent être nimbés.

En principe, l’auréole – mot qui signifie « couronne d’or » – désigne l’irradiation du corps entier, mais dans la pratique, on emploie les deux termes indifféremment, comme des synonymes. Reconnaissons que le terme nimbe est le plus approprié. Déjà présent chez les Égyptiens, les Grecs et les Romains, il s’impose dès le IVe siècle dans l’art chrétien et apparaît dans la littérature au VIe siècle, puisqu’Isidore de Séville l’utilise comme désignant « la lumière qui est peinte autour de la tête des anges ». Les auteurs du Moyen Âge appellent parfois le nimbe, couronne ou diadème.

La plupart du temps, il se présente comme un cercle lumineux.

La couleur idéale pour le nimbe est l’or, qui renvoie l’idée d’une lumière précieuse, irradiante et brillante. On peut aussi recouvrir cette surface d’une autre couleur de lumière : un jaune, un ocre jaune, ou un orangé, plutôt transparents. Au Moyen Âge, il est souvent arrivé que les artistes préfèrent les couleurs liturgiques : le blanc de l’innocence et de pureté ; le bleu céleste, le rouge, emblème du martyre ou le vert, symbole d’espérance…

Denys de Fourna, dans son Guide de la peinture, tout comme Cennino Cennini dans Le Livre de l’art, recommandent de commencer par mettre en évidence l’emplacement du nimbe en donnant un relief à l’enduit, à l’endroit où celui-ci sera doré par la suite.

Dans l’iconographie traditionnelle, le nimbe est un cercle parfait, centré, pour un visage de face, dans le petit triangle situé en haut du nez. Le cercle représente l’infini, sans début ni fin dans tous les arts sacrés traditionnels. Divin, il vient à la rencontre du carré – ou rectangle – qui représente le monde terrestre, notre humanité. La construction de l’icône s’appuie sur ce dialogue. 

La forme du nimbe a évolué au cours du temps et des sensibilités théologiques : ce sera le sujet de l’émission de la semaine prochaine ici

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Carnets de peinture et diffusée de septembre 2017 à juin 2019 sur RCF Isère. Dans l’esprit du carnet de voyage, l’émission nous faisait entrer dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel » (peinture de l’icône, fresque, enluminure, calligraphie, mosaïque, taille de pierre, orfèvrerie, vitrail…).  On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 17 septembre 2018 mis à jour le 17 mars 2022