Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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L’azur d’Allemagne ou azurite (émission du 15 avril)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

Azurite - copieCennini consacre seulement deux chapitres à la couleur bleue, celle qui peu à peu devient la plus précieuse pour les peintres du Moyen Âge. Il commence par une brève description de l’azurite, puis  explique comment imiter cette couleur en mélangeant de l’ « indigo de Bagdad » avec du blanc de Saint-Jean ou du blanc de plomb. Sa description est confuse et génère la controverse. Pourtant, en feuilletant de nouveau Le Guide de la peinture, cette compilation qui pourrait remonter au XIIe siècle, j’ai trouvé une recommandation très ancienne qui propose d’ajouter de l’indigo à l’azurite pour obtenir une plus grande stabilité des fresques.

Revenons au pigment bleu azurite véritable. Les Égyptiens sont probablement les premiers à l’employer dans la peinture, vers 2500 avant J.-C. L’azurite doit son nom au mot persan azur qui désigne à la fois le minéral et la couleur bleue en général. Quel beau glissement de vocabulaire que de passer du premier pigment bleu de l’Histoire au ciel sans nuages !

Le bleu azurite appartient à la famille des carbonates de cuivre, tout comme le vert malachite. Les deux produits possèdent des natures chimiques voisines et se rencontrent dans les mêmes gisements, chacun offrant ses nuances dans une large palette allant d’un bleu intense à un bleu-vert très doux.

Les dénominations de ce pigment sont liées à l’emplacement des gisements à travers le monde et ainsi, Cennini parle d’Azur d’Allemagne, précisant qu’on en trouve également dans sa région, autour de Sienne. Il existe aussi des gisements en Égypte, dans le Sinaï ou à Chypre. L’appellation cendre, un carbonate de cuivre synthétique, lui est parfois associée.

Les impuretés, les méthodes de broyage ainsi que le liant utilisé, influent sur la couleur. L’huile donne au bleu azurite une tonalité verte alors que le mélange avec le jaune d’œuf, dans la technique de la tempera, produit un gris-vert. Son principal défaut est de foncer en vieillissant. Au Moyen Âge, l’azurite est employée dans l’enluminure.

Les peintres l’utilisent jusqu’au XVIIe siècle, principalement pour la peinture des ciels, explorant les nuances à l’infini, au gré des gisements et des liants. Peu à peu, ils la mélangent à d’autres tonalités : indigo, lapis-lazuli, en tenant compte à la fois des coloris… et des prix. Jusqu’au XIXe siècle, beaucoup de pigments vendus sous le terme de lapis-lazuli ou outremer véritable sont en réalité de l’azurite, plus facile à trouver et moins coûteuse.

Article du 15 avril 2019

Il reste quelques exemplaires du livre Bleu intensément, qui raconte l’histoire de la couleur bleue. Voir ici

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Le vert d’après Cennini (émission du 25 mars)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

OLYMPUS DIGITAL CAMERAAprès s’être attardé sur la couleur jaune, Cennino Cennini, dans son Livre de l’art,  nous parle de la couleur verte. Il consacre deux brefs chapitres aux verts naturels : la terre verte, puis une autre couleur qu’il nomme vert azur. Cennini les classe parmi les verts naturels, en apportant des nuances confuses et imprécises.

Les terres vertes, que nous avions longuement évoquées lors du cycle d’émissions sur le vert (lien avec l’article ici), sont un mélange de minéraux contenant une grande proportion d’argiles vertes. La terre verte est, au Moyen Âge, un des seuls verts vraiment stables. Aussi, malgré son manque de vivacité, elle joue un grand rôle sur la palette des peintres médiévaux, et sert de base à la plupart des carnations.

Cennini décrit ensuite une couleur qu’il nomme vert azur, mais il semble qu’il confonde en les associant l’azurite et la malachite. Il est probable qu’il désigne en réalité le vert malachite (lien avec l’article ici) qui, comme il le dit bien, n’a guère besoin de préparation, si ce n’est de broyer la pierre et de la laver. Cennini recommande « de la broyer d’une main légère, car si tu la broyais trop, elle deviendrait terne, couleur de cendres ». En effet, la luminosité de ce beau pigment s’estompe si les cristaux sont trop écrasés.

Cennini énumère ensuite les mélanges permettant d’obtenir du vert. Il explique comment le confectionner à partit d’orpiment et d’indigo, désignant la tonalité obtenue comme idéale pour la peinture des pavois et des lances !

Il propose ensuite d’associer ce qu’il appelle l’azur d’Allemagne, à savoir l’azurite avec le giallorino, correspondant au jaune de Naples que nous avons déjà étudié. Il conseille d’y adjoindre des prunes sauvages. Sur ce point comme sur beaucoup d’autres, les spécialistes ne sont pas d’accord et les explications de Cennini demeurent fantaisistes : parle-t-il de prunelles ou bien de baies de nerprun ? Cennini préconise de réaliser un verjus, nom donné au jus encore acide de raisin avant maturité, et d’en ajouter quelques gouttes sur le mélange… On suppose que l’enjeu est de l‘acidifier légèrement.

Cennini propose enfin un dernier mélange à base de bleu et d’orpiment avant d’aborder le vert de gris (lien avec l’article ici), qu’il présente comme « fabriqué par alchimie ».

Toutes ces préparations sont décrites de façon très approximative et semblent réalisées « au petit bonheur la chance », acidifiant par ici, mélangeant des couleurs peu compatibles par là. À les lire, on comprend bien la réputation d’instabilité du vert au Moyen Âge.

La plupart des émissions sur le vert sont disponibles en podcast, voir ici

Article du 25 mars 2019