Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le blanc de zinc

Mon village de Champ-sur-Drac blotti sous la neige ce matin

Comme c’est bon de continuer à travailler sur les pigments blancs tout en regardant par la fenêtre le paysage de neige… 

Au début de mon apprentissage de l’iconographie, j’utilisais beaucoup le blanc de zinc, d’un usage simple en raison de sa douceur et sa délicatesse. Pourtant, certaines variétés ne sont pas aisées à broyer et laissent de petits dépôts disgracieux sur l’icône. Au fil du temps, je l’ai éloigné de ma palette, car le blanc de zinc a tendance à se faire absorber par les couleurs situées dans les couches plus sombres le précédant. Tous mes élèves ont fait l’expérience décevante, après avoir terminé de lumineuses icônes… de les retrouver toutes fades quelques années plus tard ! Aussi, je l’utilise maintenant mélangé avec un peu de blanc de titane, plus opaque.

Le blanc de zinc est un oxyde de zinc, dont on retrouve la trace en tant que pigment depuis 1782. Il est produit à partir de 1830 en Grande-Bretagne (1840 en France). Il est rapidement considéré comme une alternative au blanc de plomb, associé aux risques de saturnisme (on peut lire ici un article qui présente le blanc de plomb avec ses multiples défauts). Cela l’a popularisé malgré son coût de fabrication trois à quatre fois plus élevé.

Je ne sais pas pourquoi il est proposé dans un catalogue de la maison Winsor et Newton en Angleterre dès 1840 sous le nom de Chinese white. Cette dénomination demeure et on peut trouver aujourd’hui ce pigment ou ses dérivés sous l’appellation Blanc de Chine ou blanc Thénard.

Pigment blanc de zinc

À l’époque, c’est vraiment le meilleur pigment blanc, stable et très peu toxique pour toutes les techniques à l’eau. En revanche, il s’adapte moins bien aux techniques à l’huile.

Le blanc de zinc est décrit comme manquant d’opacité, ce qui, de notre point de vue d’iconographe, s’avère une qualité et permet de doux dégradés. Il évite aux débutants d’aller trop vite et de couvrir les visages en fin de réalisation par ce qui peut vite s’apparenter à un masque !

Il a été utilisé dans la pharmacopée de l’Asie depuis très longtemps et entre dans la composition de certains cosmétiques, particulièrement dans celle des crèmes solaires. Antibactérien naturel et fongicide, il est désormais mis en cause et susceptible d’être cancérigène. En ce qui me concerne, les échantillons de pigment blanc de zinc que j’achète portent quelquefois la mention de danger, mais pas toujours.

Les variétés et les qualités de pigments d’oxyde de zinc sont très diverses, tout comme leur composition physique et chimique. Cela est lié en partie à la multiplicité des procédés de fabrication et oblige à en essayer beaucoup, avant d’arriver à trouver celui qui nous convient. On devine encore une fois combien la peinture de l’icône est une aventure toujours renouvelée !

Article du 5 décembre 2020