Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Couleur de lumière

À Ravenne, au mausolée de l’impératrice Galla Placidia, la coupole est ornée de mosaïques aux couleurs du ciel tandis que les voûtes des fresques passent en Occident, du jaune ou de l’or au bleu. 

Église romane de Perse à Espalion : elle porte ces deux couleurs associées à la lumière : l’or et le bleu des cieux…

Les savants du Moyen Âge multiplient les expériences d’optique, s’interrogent sur l’arc-en-ciel et associent leurs recherches à leurs préoccupations théologiques ; ils ne parviennent à aucun consensus. 

Certains pensent que la couleur est divine, porte en son cœur la lumière et éloigne la nuit, le Malin et l’obscurité. Homme de science, l’abbé Suger encourage les artistes à jouer avec la couleur et les vibrations de la lumière. Il se réfère aux écrits de Denys l’Aréopagite, moine mystique syrien de la fin du Ve siècle et s’appuie sur la première épître de saint Jean : « Et voici le message que nous avons entendu de lui et que nous vous dévoilons : Dieu est lumière, et de ténèbres, il n’y a pas de trace en lui » (1 Jn 1, 5).

Vers 1140, l’abbé Suger fait reconstruire l’église abbatiale de Saint-Denis et encourage l’usage des couleurs, en particulier le bleu, afin de dissiper les ténèbres. On parle du bleu de Saint-Denis. On utilise alors pour les vitraux un produit très cher, le safre qui prendra plus tard le nom de bleu de cobalt. Suger évoque la « matière de saphirs » pour décrire les verres bleus des vitraux de son abbatiale. Le moine Théophile rédige à cette époque une sorte d’encyclopédie du savoir-faire artisanal et emploie la même expression, saphirum, pour désigner les fragments de verre bleu imitant la pierre précieuse. 

L’expérience de Saint-Denis convainc et inspire les artistes qui élèveront vers les cieux la cathédrale du Mans ou de Chartes d’où émergera le célèbre bleu de Chartres.

À l’opposé, d’autres hommes d’église comme saint Bernard de Clairvaux estiment que la couleur est matière, qu’elle distrait et éloigne les hommes de Dieu. L’architecture cistercienne, tout en sobriété et dépourvue de vitraux colorés, témoigne de cet état d’esprit. 

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 14 novembre 2011 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 6 mai 2021 et figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 12.


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Les impressionnistes et le bleu (émission du 29 avril)

TOUT EN NUANCES

Retrouvez l’émission chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère.

Nymphéas, Claude Monet

Nymphéas, Claude Monet

Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi des rêves de lumières bleues et des émotions de voyages. L’émission du 29 avril sera consacrée aux peintres impressionnistes et à leur passion pour la couleur bleue. Souvenons-nous de la célèbre phrase de Pierre-Auguste Renoir : « Un matin, l’un de nous manquant de noir, se servit de bleu : l’impressionnisme était né » !

Claude Monet, dans sa toile Lavancourt sous la neige, utilise un outremer verni avec de la laque rouge pour obtenir le violet que l’on retrouve sur le sol et le ciel. En revanche, il utilise du bleu de cobalt pour colorer les chaumières. Sa série sur les nymphéas est plus tardive. Monet cultive les nymphéas, nom savant des nénuphars blancs, dans le jardin d’eau (…) de sa propriété de Giverny. À partir des années 1910 et jusqu’à la mort du peintre en 1926, le jardin et son bassin, deviennent son unique source d’inspiration. Il dit :« J’ai repris encore des choses impossibles à faire : de l’eau avec des herbes qui ondulent dans le fond. En dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien. Mon plus beau chef-d’œuvre, c’est mon jardin ».
 Monet concentre le point de vue sur une petite zone de l’étang, perçue comme un morceau de nature, un gros plan sur lequel jouent les reflets du ciel et les transparences. La déclinaison des bleus y est une des plus larges que je connaisse !

Pour retrouver les fréquences de RCF Isère

Article du 29 avril 2013


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Le bleu de cobalt

cobalt.jpegLe bleu de cobalt est un pigment issu du minerai de cobalt : il succède au bleu de smalt. Chronologiquement, il est le premier pigment d’une gamme obtenue par calcination à haute température d’oxydes métalliques.

Le nom bleu de cobalt vient de l’allemand kobold. Les Kobolds seraient des génies facétieux et maléfiques du folklore germanique, accusés de transformer les minerais précieux, afin de les rendre inutilisables.

Depuis longtemps, le bleu de cobalt est connu des artisans du bois, des charpentiers et des mineurs, comme colorant de surface, permettant de marquer le bois ou la pierre.

À l’aube du XIXe siècle, les peintres sont toujours en quête d’un bleu chimique, à la fois stable et peu coûteux. Louis Jacques Thénard, sur commande du ministre de l’Intérieur de l’époque, met au point un nouveau bleu destiné à la coloration de la porcelaine pour la Manufacture de Sèvres : on parle alors du bleu de Thénard ou du bleu de Sèvres. Le bleu de cobalt, mélange d’oxyde de cobalt et d’alumine, voit le jour. Au fil du temps, sa composition chimique se diversifie avec des adjonctions de zinc, chrome, aluminium et la gamme des nuances s’étend du bleu-violet au bleu- vert.

Le bleu de cobalt offre un bel aspect à la lumière du jour. Il résiste très bien à la chaleur, aux intempéries, aux mélanges, mais peut évoluer sous l’influence des vernis. Il s’adapte à de nombreuses techniques : huile, fresque ou tempera.

Cette nouvelle couleur occupe une place importante dans la palette des peintres, particulièrement pour la réalisation de paysages et d’ambiances. Vincent Van Gogh écrit à son frère Théo : « Le bleu de cobalt est une couleur divine et il n’y a rien de plus beau pour installer une atmosphère. » Mais sa tonalité est assez éloignée de celle du lapis-lazuli, son pouvoir colorant et opacifiant se révèle faible et son prix assez élevé ; alors, la place reste libre pour l’inventivité et la mise au point d’autres bleus, de beaucoup d’autres bleus.

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 5 novembre 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 9 août 2019 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 52.

Article du 5 novembre 2012


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Nuances de bleu

Nuances de bleu

Nuances de bleu sur des vagues : bleu outremer, lapis-lazuli et bleu cobalt

Isaac Newton découvre que la couleur peut se mesurer. Dès la fin du XVIIe siècle, on voit fleurir les cercles chromatiques, puis les nuanciers, les ouvrages sur la colorimétrie, les schémas et les échelles chromatiques, les numérotations, les références, les codifications…

Quelque chose de la lumière est dompté, étalonné. Quelque chose change : la couleur n’est plus seulement une impression, une notion intuitive liée à la perception. Elle perd un peu de son mystère mais la porte s’ouvre sur une déclinaison sans fin de nuances de couleurs et de bleus, un poème, une chanson aux noms de fleurs, de pierres et de mers :

Bleu saphir, outremer ou indigo,
Bleu de guède, pastel, turquin, bleuet ou barbeau,
Bleu Majorelle, cyan, bleu charron, bleu persan ou bleu nuit,
Bleu ciel ou bleu d’azur, cæruleum ou lapis-lazuli,
Bleu lavande ou bleu canard, pastel ou pervenche,
Bleu pétrole ou bleu des mers du Sud, bleu d’ardoise,
Bleu céleste, bleu acier, aigue-marine ou bleu turquoise,
Bleu de cobalt, bleu de manganèse ou bleu de Prusse
.

J’oublie bien sûr les mélanges – bleu-gris ou bleu-vert, bleu- violet – et toutes les subtilités : la valeur, la saturation, le terne, le lumineux, l’intensité et la transparence, le doux, le vif, l’acidulé, le clair ou le sombre…

Comment tout nommer, codifier, étalonner, répertorier ? Plutôt se promener dans la nuance, vagabonder, rêver et peindre, contempler et chanter, encore et encore…

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 1er octobre 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 4 août 2019 et figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 47.

Article du 1er octobre 2012