Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le bleu égyptien, premier bleu synthétique

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pigment bleu égyptien

Non seulement les Égyptiens maîtrisent l’usage de l’azurite, mais à la même époque, aux alentours de 2500 avant J.-C., ils parviennent à mettre au point le premier pigment synthétique de l’Histoire : un bleu qui restera gravé dans les mémoires sous le nom de bleu égyptien, couleur connue aussi sous l’appellation fritte de bleu égyptien.

En regard du bleu obtenu à partir de l’azurite, il s’avère moins coûteux, plus clair et offre une meilleure tenue à la lumière.

Le bleu égyptien est un silicate de calcium cuivre fabriqué à partir de verre coloré au cuivre et broyé en fine poudre. La recette se répand à travers le monde antique. Les Romains l’appellent bleu d’Alexandrie ou parfois cæruleum. Vitruve, architecte romain du Ier siècle avant J.-C. le mentionne dans son traité De architectura, écrit vers 15 avant J.-C. et dédié à l’empereur Auguste.

On imagine que cette couleur provient de l’artisanat antique de la poterie associé à la maîtrise de l’art du feu. Le composé bleu est obtenu après cuisson dans les fours de potiers, à partir de silice, de calcaire, de cuivre et d’autres éléments récoltés dans la région avant d’être mélangés en proportions variables. Aussi devait-il y avoir bien des surprises au moment d’en découvrir la tonalité, en fin de cuisson : un riche éventail de nuances allant du bleu-vert au bleu-brun. La composition chimique du bleu égyptien évolue au cours du temps. On ne peut s’empêcher de penser à ces magnifiques objets antiques d’un bleu tirant sur le vert. On ne sait pas trop pourquoi l’utilisation de ce pigment et sa technique de fabrication disparaissent dans le souvenir du passé, au cours du Moyen Âge.

Cet article a été l’objet d’une émission sur RCF Isère le 24 octobre 2011 ; il constitue le chapitre 9 du livre, Bleu intensément .

On peut lire aussi l’article ici en complément.

Article du 8 juillet 2019

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Le vert chez les Romains (émissions des 28 novembre et 5 décembre)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio. Nous consacrerons deux émissions à l’utilisation du vert chez les romains, d’abord à propos des objets du quotidien, et dans un deuxième temps à propos de la peinture murale.

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Un mélange fréquent dans le monde romain  : terre verte et bleu égyptien

Dans le monde romain, peu d’objets du quotidien sont verts, mis à part une superbe variété de vaisselle, de poterie et d’objets en verre, de toutes les nuances de vert qui glissent comme les couleurs de la mer, vers le gris ou le bleu. Les tonalités s’affinent au fil du temps dans des coloris et des transparences de plus en plus subtiles.

Quant aux vêtements, ils tardent à se parer de vert pour diverses raisons : d’une part, la couleur verte, tout comme la bleue, est associée, dans l’imaginaire du monde romain, à l’univers des barbares. La couleur est même considérée comme un peu excentrique, voire inconvenante. Par ailleurs, les techniques de mordançage – l’opération préalable à la teinture et nécessaire à la tenue des couleurs – ne sont pas tout à fait au point. Enfin, l’idée de mélanger le jaune avec le bleu pour obtenir du vert n’est pas si évidente, ni dans les mentalités ni dans les pratiques. Le jaune semble considéré comme une couleur très spéciale, utilisée à part.

Aussi, pendant tout un temps, on arrive à obtenir seulement des vêtements d’une couleur verdâtre, une sorte de vert kaki un peu décevant. Puis, progressivement, l’Orient devient « à la mode », les progrès techniques s’affirment, le mordançage est maîtrisé et la couleur verte prend sa place dans la garde robe de l’aristocratie, surtout pour les vêtements féminins. Mais comme un printemps toujours trop court, il faut avouer qu’ils se décolorent rapidement ! À l’époque romaine, le vert reste une couleur fugace, instable, insaisissable et versatile. Mais dans ce domaine comme dans tant d’autres, c’est le métissage, la rencontre avec d’autres peuples, ceux que l’on disait barbares, qui permet les progrès de la teinture végétale et donne, peu à peu à la couleur verte un statut à part entière et une reconnaissance.

On associe parfois la couleur verte, dans le monde romain, à la folie de Néron, le provocateur : on raconte qu’il aimait s’habiller de vert. On dit aussi qu’il adorait les poireaux bien verts… : était-ce là un conseil médical ou la réputation aphrodisiaque du légume ? Dans le décor des palais de l’empereur, la couleur verte tenait une bonne place, notamment dans les soieries qu’il affectionnait particulièrement. Lorsqu’il se rendait à l’hippodrome pour participer aux courses de chars, il revêtait la tenue de l’écurie verte et soutenait leur équipe. On dit qu’il aimait spécialement la vue de la pierre d’émeraude qui lui reposait le regard… mais ce sera le sujet d’une autre émission.

Si la fixation des teintures végétales dans le vêtement reste une difficulté, il n’en est pas de même dans la peinture murale. Les Romains parviennent, à partir d’une très petite palette de pigments verts, à une excellente maîtrise, comme en attestent de nombreux sites : Vaison-la-Romaine, Pompéi ou Lyon…

Les pigments verts semblent avoir mieux traversé le temps que les bleus. Il s’agit de pigments minéraux comme la terre verte, le vert malachite ou la chrysocolle : ils proviennent d’Italie, d’Arménie, de Macédoine ou de Chypre. Les prix des pigments de malachite et de chrysocolle sont élevés, de 12 à 28 sesterces la livre, ce qui explique, comme d’habitude, l’obstination à fabriquer des pigments artificiels, comme le vert de cuivre. Des auteurs comme Vitruve, Pline l’Ancien ou Dioscoride décrivent l’utilisation de l’acétate de cuivre, préparé selon des « recettes » variées.

Les peintres, contrairement aux teinturiers, n’hésitent pas à mélanger ou à superposer les couleurs, obtenant des tonalités très subtiles. Pline cite par exemple une chrysocolle artificielle réalisée à partir d’un mélange de bleu égyptien et d’un pigment blanc teinté à la gaude, une plante qui colore en jaune. On trouve aussi trace, dans la Gaulle gallo-romaine, de peintures murales réalisées à partir d’un mélange de bleu égyptien et de terre verte. Tous les auteurs attestent ce que les recherches actuelles confirment : la prédominance très large, en peinture, de l’utilisation de terre verte dont le coût ne dépasse pas un sesterce la livre ! Vitruve affirme que la meilleure provient de Smyrne, mais les géologues actuels contredisent cette hypothèse : il n’existe aucun gisement à Smyrne ou dans les environs. Peut-être y vivait un habile revendeur qui se fournissait à Chypre !

Il se trouve qu’à l’époque impériale, la mode est aux peintures de paysages en trompe-l’œil et la végétation y tient une belle place. Les décors des grandes villas romaines se teintent de vert, cherchent à imiter la nature, à reproduire des jardins et des vergers luxuriants peuplés d’oiseaux aux couleurs variées. Quant aux mosaïques, qu’elles soient murales ou de pavement, elles se parent de la même couleur. La pratique se perpétue dans la période suivante comme en témoignent les mosaïques du VIe siècle de Ravenne aux superbes nuances de vert.

Ces recherches sur les couleurs me mettent en appétit, comme peut le faire la lecture d’une recette ou d’un guide de voyage. Elles me donnent des idées : revoir la mosaïque de L’Hospitalité d’Abraham de la basilique Saint-Vital à Ravenne et tester sans tarder le mélange de terre verte et de bleu égyptien pratiqué dans la Gaule antique !

Article du 28 novembre 2016

 


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Le vert chez les Égyptiens (émission du 10 octobre)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

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Une partie de la palette de l’Égypte ancienne : bleu égyptien, vert malachite et ocre jaune

Il semble que les peintres de la Préhistoire aient peu utilisé le vert, alors que les terres vertes étaient à leur disposition. Peut-être parce que la faible lumière des grottes rendait ces couleurs trop ternes. Quant à l’Assyrie et Babylone, le climat humide n’a pas permis de conserver les tissus et on ignore si la teinture en vert y était pratiquée. On sait davantage de choses sur le vert chez les Égyptiens.

Le dieu Osiris, dieu funéraire, est aussi celui de la terre et de la végétation. Toujours ce thème du cycle : passer de la vie à la vie, malgré la mort, passer du vert de la décomposition à celui de la re-création… Le dieu Ptah, parfois associé à Osiris et vénéré dans la région de Memphis, est représenté avec un visage vert, couleur bienfaisante de la fertilité. Quant à la mer, il n’est pas rare de la nommer : « la Très verte » !

Dans la peinture égyptienne, le vert tient toujours une bonne place. Il renvoie à la fécondité, la croissance, la régénération, la victoire sur la maladie et les esprits mauvais. Cette couleur bienfaisante éloigne les forces du Mal et les animaux verts, tels les crocodiles, sont considérés comme sacrés. Associés aux rituels funéraires, le vert est censé protéger également les défunts dans l’au-delà.

Le hiéroglyphe qui représente le mot « vert » prend en général la forme d’un papyrus à la symbolique toujours positive. Pour peindre sur les papyrus ou les fresques, les Égyptiens utilisent le vert malachite et la chrysocolle, dont nous reparlerons bientôt. Ils savent aussi mélanger le bleu égyptien1 et l’ocre jaune…

Les artisans fabriquent le vert artificiel à partir de limaille de cuivre mélangée à du sable et de la potasse. En les chauffant à très haute température, ils obtiennent de splendides tons bleu-vert présents sur le mobilier funéraire décoratif : des statuettes, des figurines, des perles. La glaçure renforce l’aspect précieux.

Quant aux teinturiers, ils obtiennent des étoffes vertes en superposant la teinture jaune du safran avec une teinture au pastel. Les peuples barbares utilisent aussi ce genre de technique et portent parfois des vêtements verts, ce qui est impensable dans l’antiquité gréco-romaine qui proscrit ou ignore ces mélanges.

  1. Pour en savoir plus sur le bleu égyptien, voir Bleu, intensément, chapitre 9.

Article du 10 octobre 2016


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David de Thessalonique et l’amandier

David de Thessalonique dans son amandier, icône 12x26cm, 2016, bleu égyptien sur le fond et vert malachite pour le sol et l'amandier.

David de Thessalonique dans son amandier, icône 12 x 26 cm, 2016, bleu égyptien sur le fond et vert malachite pour le sol et l’amandier

L’histoire de David de Thessalonique est racontée par Jean Moschos dans Le Pré spirituel. Elle ne mentionne pas le séjour dans l’amandier, détail probablement légendaire qui m’a retenue, tandis que je photographiais les oiseaux du jardin : l’ermite qui se prenait pour un oiseau… Voilà ce qu’on raconte à son propos :

David, originaire de Mésopotamie entre jeune au monastère des Saints Martyrs Théodore et Mercurius des Koukoullates1, à Thessalonique où il vit dans l’ascèse et la prière. Fasciné par la vie des saints stylites, il décide de suivre leur exemple.

Il monte alors dans l’amandier à gauche de l’église, résolu à mener la vie de dendrite2, exposé aux rigueurs du climat, à l’inconfort, battu par les vents, brûlé par le soleil, trempé par la pluie ou exposé à la neige et au froid. Dépourvu de la stabilité des stylites sur leur colonne, il se tient sur sa branche, tel un oiseau qui élève vers Dieu, jour et nuit, les douces mélodies de ses prières et de ses louanges.

Ses disciples le supplient de descendre pour les guider dans la vie monastique. David répond qu’il ne descendra qu’au bout de trois ans, après avoir reçu un signe de Dieu. Ce délai écoulé, un Ange lui apparaît et lui annonce qu’il est temps de se retirer en cellule, avant de se voir confier une autre mission. David prévient ses disciples qui lui préparent un minuscule réduit et le font descendre de l’arbre, en présence de l’Archevêque de Thessalonique. On célèbre la Divine Liturgie, puis le Saint entre dans sa cabane au milieu de chants. Il y vit en ermite plus de soixante ans, priant continuellement.

Des soldats gardent les remparts de la ville ; une nuit, ils voient une flamme jaillir de la cabane et s’inquiètent. Au matin, l’ermite est sain et sauf et la cabane intacte. Le phénomène se renouvelle souvent et cela devient une curiosité de venir la nuit regarder du haut des remparts les flammes jaillir de la cabane sans la consumer. C’est le signe des faveurs accordées par Dieu : la flamme du buisson ardent a envahi le cœur du vieillard, déborde à l’extérieur et David reçoit le pouvoir de chasser les démons. II accomplit des miracles, rend la vue aux aveugles et guérit les maladies en invoquant le Nom du Christ : la ville le considère comme son Ange Gardien.

L’ermite, devenu célèbre malgré lui, est arraché à sa retraite pour être envoyé comme ambassadeur de la ville auprès de l’empereur Justinien. Prétextant son grand âge, il refuse d’abord, mais se souvient du message de l’Ange et accepte en prédisant qu’il rendra l’âme au retour. Quand David sort de sa cellule, les habitants se prosternent devant son allure imposante : sa chevelure et sa barbe descendent jusqu’aux pieds et son visage, semblable à celui d’Abraham, rayonne de gloire.

Il accomplit sa mission avec succès.

Quand le navire qui le ramène de Byzance parvient à proximité du phare de Thessalonique, d’où l’on aperçoit son monastère, David annonce à ses disciples que son heure est venue. Il leur donne le baiser de paix, adresse à Dieu une ultime prière et rend son dernier souffle.

Malgré un vent violent, le navire s’arrête net : un parfum d’encens se répand et des voix célestes se font entendre. Le Métropolite et tous les habitants accueillent le saint sur le rivage et, conformément à ses dernières volontés, l’ensevelissent dans son monastère.

L’histoire se termine en 540. Longtemps, ses reliques opèrent des miracles.

Fête le 26 juin.

 

  1. « Moines à capuchon ». Ce monastère était situé un peu, en dehors de la ville, près des remparts. Il est connu aujourd’hui sous le nom de Hosios David est en fait l’ancien monastère de Latomos.
  2. Le dendrite est un ermite qui vit dans les arbres.

Article du 4 avril 2016