Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La pose de l’or (émission du 22 octobre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

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Dans l’atelier d’Acantha dorure (le lien avec son site est sur ma page d’accueil à « liens amis »)

Nous avons vu la semaine dernière comment poser la sous-couche de bol d’Arménie avant l’application de la feuille d’or. L’étape suivante consiste à préparer un mélange tiédi à partir de colle de peau de lapin et d’alcool. Un jour où je travaillais avec des moines russes, j’ai découvert qu’ils réalisaient leur mixture pour la pose de l’or… à partir de vodka ! Denys de Fourna dans Le Guide de la Peinture (1), préconise quant à lui une technique… à base de raki. Écoutons-le, sans oublier qu’il appelle ampoli ce que nous nommons bol d’Arménie.

« Dessinez une images avec une pointe très fine ; nettoyez bien ensuite le tableau, et enlevez les taches s’il y en a, en grattant avec précaution. Mettez ensuite deux ou trois couches très minces d’ampoli sur l’image. Lorsque ces couches seront sèches, placez le tableau horizontalement devant vous. Prenez des feuilles d’or et adaptez-les sur le tableau, en fixant chaque feuille par ses extrémités avec un instrument en os, afin que le vent ne les emporte pas. Mettez ensuite du raki dans une petite cafetière, et versez cette liqueur sur les bords du tableau. Puis vous soulèverez le tableau afin de faire couler le raki et d’imprégner toute la surface. Ayez soin d’humecter promptement, afin que le plâtre ne se sèche pas. Redressez ensuite le tableau, raccommodez les petits défauts, laissez-le sécher, et enfin brunissez-le

Notons la précision concernant la légèreté de la feuille d’or. La pose de l’or est à réaliser toutes fenêtres fermées, et sans imaginer pouvoir répondre au téléphone ni même se lever au cours de l’opération. Dans l’extrait suivant, Denys de Fourna évoque les outils spécifiques : il s’agit d’une sorte de pinceau plat aussi appelé palette, qu’il suffit de graisser à peine ou de charger en électricité statique – en la passant sur les cheveux par exemple – afin d’attirer la feuille sans la saisir avec la moindre pince, ce qui la réduirait en miettes. On peut remplacer ce pinceau par une plume, mais c’est plus difficile à manipuler. On utilise aussi un coussin spécial, en principe en peau de chevreau ou de chamois et un couteau très particulier méticuleusement entretenu avec de l’alcool… à moins qu’il ne nous reste un peu de vodka ou de raki !

À la fin de l’extrait, Denys de Fourna indique qu’il convient de brunir l’or. Nous approfondirons cette question la semaine prochaine.

(1) p. 31

Article du 22 octobre 2018


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Le bol d’Arménie ou rouge ampoli (émission du 15 octobre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

OLYMPUS DIGITAL CAMERANous avons présenté les diverses techniques de pose de l’or dans l’émission précédente et expliqué comment se fabriquent ces feuilles d’or si fines que le moindre souffle les emporte.

Développons aujourd’hui les étapes de la pose de l’or libre, autrement dit la dorure à l’eau, appelée dorure à l’assiette ou bolus.

Cette opération commence par la pose d’une terre rouge que nous appelons « bol d’Arménie ». Je suppose que c’est la matière que Denys de Fourna appelle « rouge ampoli ». Il s’agit d’un type d’argile très fin, kaolinique, qui permet l’adhérence des feuilles d’or. Ce procédé est connu depuis l’Antiquité et donne à l’or des reflets intenses.

Dans Le Guide de la peinture (p. 30), Denys de Fourna décrit plusieurs techniques et voici la plus développée : « Prenez du bol. Ayez soin de choisir le meilleur : c’est celui qui n’est pas très rouge et qui présente à l’intérieur des veines blanches. Il faut, pour qu’il soit de bonne qualité, que ces veines ne soient pas dures comme de la pierre ou de la terre, car alors il est mauvais. Mêlez dix-huit drachmes de ce bol, deux drachmes d’ocre de Constantinople, une demi-drachme de lampezi, c’est-à-dire de plomb rouge, et une demi-drachme de suif. Brûlez ensuite une feuille de papier, et ajoutez-la avec une demi drachme de mercure. Apprenez comment il faut diviser le mercure : vous le mettez peu à peu dans une de vos mains avec de la salive, et, avec les doigts de l’autre main, vous l’écrasez et vous parvenez à le diviser. Ensuite, vous placerez toutes ces substances ensemble sur un marbre, et vous les broierez avec force. Puis passez de l’ampoli sur ce que vous voudrez ».

On comprend dans cette recette que l’argile est mélangée avec d’autres substances qu’on n’imaginerait plus utiliser aujourd’hui sans d’infinies précautions. Les artistes ont essayé par la suite d’autres associations, par exemple un mélange de sanguine et de mine de plomb, de l’huile d’olive ou de la graisse de mouton. Je ne sais pas ce qui compose mon « bol d’Arménie », mais j’adore l’odeur qui s’en dégage ! Pourvu que le mélange ne soit pas celui que préconise Denys de Fourna !

Le bolus s’applique en plusieurs couches fines. Il existe différentes couleurs et différents mélanges d’assiette à dorer : la rouge est la plus utilisée et donne un aspect chaleureux à l’or. On dit que la jaune a la faveur des peintres italiens et la noire, celle des anglais.

Article du 15 octobre 2018