Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La malachite dans l’enluminure et la peinture

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Une pierre provenant de la mine de Cap Garonne au Pradet

La malachite occupe une place précoce dans tous les domaines qui touchent à l’enluminure. Dès l’Antiquité, les Égyptiens l’utilisent pour les décors des papyrus et la couleur fait partie de la palette de base des manuscrits enluminés de l’Inde antique.

Elle est employée dès le IXe siècle dans l’enluminure occidentale et la couleur aux subtils reflets de lumière est spécialement prisée par les miniaturistes irlandais.

À partir de la Renaissance et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, elle prend une large place dans la palette des peintres. Van Eyck par exemple, en fait usage dans son Portrait des Arnolfini en 1434. La couleur est stable à la lumière si elle est utilisée seule. En revanche, elle ne réagit pas toujours bien aux mélanges, et sa stabilité devient alors périlleuse.

Des essais de produire une malachite artificielle sont alors tentés, car la pierre naturelle est chère et peu compatible avec beaucoup d’autres couleurs. Mais les substituts à base de cuivre sont parfois si toxiques qu’on les utilisait autrefois… comme insecticide contre les sauterelles ! Les frères Gravenhorst de Brunswick mettent au point la malachite artificielle en 1764, commercialisée au tout début sous le nom de vert de Brunswick, ce qui provoque certaines confusions. On l’appelle aussi vert de montagne.

Plus près de nous, Auguste Renoir utilise le vert malachite en 1882 dans sa peinture, Les Chrysanthèmes.

Le pigment n’est pas très couvrant et assez granuleux. On dit que les artiste bouddhistes tibétains, très amateurs de couleurs vives, prenaient soin de peu broyer la pierre afin de ne pas affadir la teinte et d’en garder tous les reflets. Je l’utilise donc un peu comme sa compagne l’azurite : en glacis, pour passer un film léger qui rehausse magnifiquement des fonds sombres, accrochant la lumière grâce à ses irrégularités.

Pourquoi j’aime cette couleur ? C’est bien sûr impossible de le savoir. C’est peut-être à cause de la couleur des lichens, à cause d’une histoire marquante de mon enfance, quand j’imaginais les rennes d’Aslak le petit lapon1 chercher de leur museau le lichen dans la neige. Et puis j’ai tellement aimé ces taches lumineuses dans les forêts de Finlande ou de Norvège. Et voilà que je découvre que la malachite naturelle est exploitée dans des gisements un peu partout dans le monde et en particulier dans un univers qui m’est cher : la mine de Cap Garonne au Pradet !

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

  1. DARBOIS Dominique, Aslak le petit lapon, F. Nathan, 1964

Article du 7 novembre 2016