Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Une visite de mon atelier (2)

OLYMPUS DIGITAL CAMERAContinuons la visite de mon atelier (1). Vous pouvez remarquer  sur la photo trois modèles correspondant à l’icône sur laquelle je suis en train de travailler (au premier plan, à peine ébauchée).

Comment cela se passe-t-il, en pratique, lors d’une commande d’icône ? 

L. et B., un jeune couple sont venus me rendre visite un soir d’hiver dans mon atelier, souhaitant une petite icône pour la placer dans leur coin prière, mais sans idée précise de modèle. Nous avons regardé ensemble des livres et toute une documentation afin de mieux cerner leurs goûts et leurs attentes. Ils m’ont dit en toute simplicité ce qui leur plaisait ou non, dans les icônes accrochées dans l’atelier. J’ai cherché à les guider, au mieux.

Sarah Legendre

L’icône « de la main » de Sarah

Leur choix s’est arrêté sur un modèle de Christ en Gloire (la construction et la symbolique du modèle sont décrits ici) sur fond rouge. Il me semblait que cette icône avait été réalisée dans l’atelier de mon ami Père Antoine, mais sans certitude. Je lui ai posé la question et nous avons été tous deux très touchés de savoir que l’icône avait été peinte par la main de notre amie Sarah, aujourd’hui « née au ciel ». Il se souvenait qu’elle s’était elle-même inspirée d’un modèle de Père Zenon. J’ai comparé à d’autres modèles de Christ en Gloire et on distingue sur la photo un troisième modèle, sur lequel je m’appuierai aussi, tiré de l’œuvre de Léonide Ouspensky. 

 

On pourrait qualifier l’icône « de » Sarah, de style romano- byzantin, ce qui convient parfaitement au jeune couple dont il est question. Une des caractéristiques de ce style est

Berzé

La fresque de Berzé-la-ville

le bras de la main qui bénit ouvert (le bras droit, à gauche sur la photo) comme sur cette fresque de Berzé-la-Ville (contrairement aux modèles de Novgorod ou de Roublev par exemple où ce bras es replié et la main apparaît au milieu de la poitrine du Christ).

Bref, l’apprivoisement, la découverte, la compréhension du modèle constituent déjà tout un voyage dans le temps et dans l’espace.

Le fait de s’appuyer sur un modèle est une des caractéristiques de la peinture de l’icône (2). Voyez comme de l’icône « de » Sarah, à celle « de » Père Zénon, à la fresque de Berzé-la-Ville et à l’icône à naître pour ce jeune couple, se crée tout un cheminement. C’est comme si nous entrions dans une grande chaîne humaine de beauté, de création, de couleur et d’énergie. C’est comme si nous nous transmettions non seulement nos modèles et toute leur signification symbolique et spirituelle, mais y déposions aussi nos joies et nos peines, nos doutes, nos prières, nos pensées, la couleur de l’instant. 

Il y aura dans cette icône à naître un peu de la Loire qui coule à Saint-Florent (là où habitait Sarah), son inoubliable rire, un peu de la couleur des vignes à l’automne autour de Berzé-la-Ville, la lumière des yeux du jeune couple, un peu de l’inquiétude et de la créativité de cette période de confinement, la méditation et la prière de théologiens et d’artistes, la douceur du printemps : toute la vie.

(1) Cet article s’insère dans une petite série intitulée « une visite de mon atelier » :
– 1. La lumière
(2) On peut relire l’article « la chaîne d’or »

Article du 31 mars 2020


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Les corbeaux d’Élie racontés par Solange

Je crois que nous avions photographié cette icône au monastère de Mar Giorgios en Syrie en mai 2006. Si quelqu'un peut me le confirmer...

Je crois que nous avions photographié cette icône au monastère de Mar Giorgios en Syrie en mai 2006. Si quelqu’un peut me le confirmer…

Premier livre des Rois, 17, 3-6
« Va-t’en d’ici, dirige toi-vers l’Orient et cache-toi dans le ravin de Kerith qui est à l’est du Jourdain. Ainsi, tu pourras boire au torrent, et j’ai ordonné aux corbeaux de te ravitailler là-bas. »

Et voilà l’article envoyé par Solange le 5 janvier 2016.
Solange SL est une élève de l’atelier Ocres et Lumières depuis ses tous débuts… et comme beaucoup d’autres, elle est devenue avant tout une amie. D’une certaine façon, elle répond à une question que nous nous posons souvent : comment choisir le modèle de notre prochaine icône.

« Ils sont là, perchés sur le vieux cerisier aux branches couvertes de lichen blanchâtre. Ils m’observent, me suivent en passant sur la pelouse dès que je vais dans la cuisine. Ont-ils un message à me transmettre ? Que me veulent ces gros oiseaux noirs ?

Ils semblent énormes, recherchant quelques graines ou insectes dans le pré un peu sauvage. Bien que nous soyons en janvier,

Corneille, par Eliane Rossillon

Corneille, par Eliane Rossillon

l’herbe est très haute car il a fait exceptionnellement doux cet hiver et surtout, Nono, le robot-tondeuse, qui tond la pelouse du printemps jusqu’à l’automne, est, comme les marmottes et les ours, en pleine hibernation. Mais ne vous y trompez pas, les corbeaux, tout en picorant, me surveillent d’un œil perçant que je vois briller.

Qu’attendent-ils de moi ces corbeaux descendus des Monts du Jura tous proches à moins qu’ils ne viennent de la fable de la Fontaine que vous connaissez sans doute, Le Corbeau et le Renard ?

 » Maître Corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage…  » Non, ce n’est pas possible, ils semblent trop malins pour se laisser berner par un Renard. Et s’ils venaient pour m’aider à dessiner l’icône d’Élie devant sa grotte ?

Vite, je recherche dans la Bible et je trouve dans le livre des Rois que Dieu dit à Élie de se cacher près d’un torrent, qu’il lui enverra des corbeaux pour lui apporter du pain et de la viande. Je me demande si je n’ai pas trouvé la bonne solution.

Les corbeaux dans le jardin, se tournent d’un côté puis de l’autre comme le modèle qui prend la pose. Il ne me reste plus qu’à me mettre au travail. Il y a peut-être d’autres hypothèses. Qu’en pensez-vous ? Envoyez-moi vos suggestions, j’attends vos idées. »

Article du 14 janvier 2016