Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Les étoiles de Marie

étoile Marie

Les étoiles qui brillent dans la nuit, le repère des marins, celle qui guide les bergers… Quel beau symbole représente l’étoile. Dans les icônes, elles désignent Marie qui en porte trois : une sur le bonnet (maphorion) et une sur chaque épaule. Selon la posture, on en remarque une seule, ou deux. Cette caractéristique unique permet de distinguer Marie d’autres femmes dans les scènes avec plusieurs personnages.

Les étoiles sont le symbole du luminaire, une source discrète de lumière. Posées sur une voûte, elles renvoient à la voûte céleste (bien sûr, je pense à la voûte du Mausolée de Galla Placidia à Ravenne). Elles percent l’obscurité et sont comme des phares projetées sur la nuit. Pour l’Ancien Testament et le judaïsme, les étoiles obéissent aux volontés divines et parfois les annoncent. La Genèse, les Psaumes et l’Apocalypse s’y réfèrent. Ainsi, la femme de l’apocalypse au chapitre 12 est couronnée d’étoiles.

C’est aussi un symbole très ancien attribué à Marie et représentant sa virginité avant, pendant, et après la naissance.

L’idée est que Marie ayant été déclarée « Mère de Dieu » au concile d’Ephèse (431), la naissance de l’Enfant-Dieu répond à quelque chose d’incompréhensible. Je ne vais pas, bien sûr, argumenter… sauf que, j’aime bien cette approche très spéciale du christianisme, celle de l’antinomie qui proclame qu’on peut être à la fois, « Vierge et mère ». Comment ? Nul ne le sait, mais cela repose de ne pas toujours opposer !

Etoile Marie

Alors quelle est cette histoire d’étoiles ? Déjà saint Ignace d’Antioche, saint Justin au IIe siècle, puis saint Irénée au début du IIIe siècle mettent l’accent sur la conception virginale (ante partum) de l’Enfant-Dieu.

Le proto évangile de Jacques (probablement IIe siècle) est le premier document à affirmer la virginité in partu. Parfois mise en cause (Tertullien et aussi saint Jérôme), saint Ambroise de Milan lui donne un fondement théologique affirmant que cette naissance « divino-humaine » tout en étant terrestre, dépasse les lois de la naissance terrestre.

Aux IVe et Ve siècles, la virginité post partum est défendue par Origène, saint Jérôme ou saint Ambroise de Milan… Les polémiques s’orientent sur les « frères de Jésus ». Sont-ils, par exemple, comme le soutient saint Épiphane de Chypre, les enfants du premier mariage de Joseph ?

Etoile Marie

Ne rentrons pas dans les détails. Après le dogme de la maternité divine, celui de la « virginité perpétuelle » de Marie est affirmé pour la première fois par les actes du Ve concile œcuménique (Constantinople II en 553) incluant le terme d’Aeiparthenos (la « toujours Vierge») utilisé par la Liturgie.

Regardons tout simplement ces étoiles posées sur Marie comme un signe de reconnaissance, une petite lumière qui scintille, un guide dans l’obscurité, un mystère qui traverse le temps.

Article du 13 octobre 2015