Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La fabrication du bleu outremer

 

En haut à gauche : outremer verdâtre intense K45030
Au milieu : outremer clair K45080
À droite : vert outremer K45700
En bas à gauche : outremer verdâtre clair K45040
À droite : outremer extra sombre K45000

Le procédé mis au point par Jean-Baptiste Guimet permet non seulement d’obtenir du bleu outremer naturel, mais aussi une gamme très étendue d’autres bleus, et même des roses, des violets ou des verts. Émile Guimet, le fils de l’inventeur, écrit dans une lettre datée de 1831 :

« Pour expliquer la formation de ces couleurs, il faut bien définir ce qui constitue un outremer. Nous appelons outremer un produit obtenu par la combinaison du soufre, de la soude, de la silice et de l’alumine. Il est caractérisé par son insolubilité dans l’eau et sa décomposition par les acides étendus. Cette décomposition est toujours accompagnée d’un dépôt de soufre et se manifeste par la décoloration du produit et le dégagement d’un acide de soufre. Les outremers […] n’ont de différence entre eux qu’une plus ou moins grande quantité d’oxygène… »

On comprend dès lors que la dénomination bleu outremer recouvre de nombreuses couleurs, éloignées seulement d’une infime nuance. On songe aussi à cette petite odeur de soufre qui se développe parfois sur nos palettes, lorsque l’on étend ou mélange du bleu outremer.

La fabrication de l’outremer artificiel suppose trois opérations successives : la préparation des mélanges, puis la cuisson et enfin le traitement de la matière obtenue.

Le premier mélange mentionné dans le cahier d’expériences de Jean-Baptiste Guimet donne les quantités suivantes : 37 parts de kaolin, 22 de carbonate de soude, 18 de soufre, 15 de sulfate de cuivre et 8 de charbon de bois. Ces proportions se précisent et s’affinent tout au long de l’amélioration du procédé de fabrication.

Deux modes de cuisson sont employés : les fours à moufles ou les creusets. Pour la couleur destinée aux peintres, Guimet place son mélange dans des creusets qui s’emboîtent parfaitement les uns sur les autres, dans un four. La température est portée à presque 800° Celsius. Lors de sa fusion, le soufre produit des flammes qui peuvent atteindre 15 cm, et cela pendant une dizaine d’heures. Puis les flammes s’amenuisent et le bleu commence à se former. Les fours sont ensuite fermés hermétiquement et on laisse les creusets refroidir pendant une semaine.

Enfin, il s’agit de dissocier la partie colorante, insoluble, d’une autre partie soluble, inutilisable. On procède à un ou plusieurs lavages, puis le pigment est passé dans des étuves pour le séchage avant d’être conditionné sous forme de boules, cubes, pâte, poudre, ou encore pastilles.

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 26 novembre 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 2 août 2019 et figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 55.

Article du 26 novembre 2012


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Qui est donc Jean-Baptiste Guimet ?

Trésor bleu outremer de l’Atelier Montfollet

Jean-Baptiste Guimet naît à Voiron en 1795…

Son père, architecte et ingénieur des Ponts et Chaussées, est l’auteur de plusieurs grands projets dans le sud de la France, comme le pont de la Joliette à Marseille ou encore les premiers plans pour la réalisation d’un canal reliant le Rhône à la mer.

Passionné de chimie, Jean-Baptiste est admis en 1813 à l’École polytechnique puis devient « inspecteur des poudres » à Toulouse.

En 1826, il épouse Rosalie Bidault dite Zélie. Celle-ci est peintre, fille du peintre Jean-Pierre Bidault et nièce d’un autre peintre. Le décor est planté. Son intérêt et son amour pour les couleurs poussent Zélie à encourager son époux, lancé avec passion dans la
recherche du fameux bleu.

En 1826, Jean-Baptiste Guimet parvient à trouver un pigment de synthèse capable d’imiter l’outremer véritable.

Il n’est pas seulement inventeur, mais aussi industriel malin et entrepreneur tenace. Ainsi, il ne dépose pas son brevet dès sa découverte et tient secret son procédé de fabrication pour en garder l’exclusivité et prendre de l’avance sur la concurrence.

En 1831, il crée son usine à Fleurieu-sur-Saône, au nord de Lyon. Le succès de son entreprise est immédiat et dès 1834, il démissionne de son poste d’inspecteur des poudres. Il reste plusieurs années en position de monopole et la fabrique prend de l’expansion. En 1847, il fait construire des nouveaux bâtiments, un entrepôt et un magasin d’emballage. La fabrique Guimet possède sa propre imprimerie et fait appel aux artistes et à l’imaginaire de l’époque pour lancer ce qu’on appellerait aujourd’hui « une solide campagne publicitaire ».

En 1855, il crée et finance la Compagnie des produits chimiques d’Alais et de la Camargue, connue aujourd’hui sous le nom de Péchiney, dont il est le premier président jusqu’à sa mort, en 1871. Dans les années 1870, l’entreprise emploie 150 ouvriers et produit 1 000 tonnes de bleu outremer par an. La production se diversifie : après l’azurage et l’imprimerie, le bleu est utilisé pour la préparation de peintures, de papiers peints, d’encres d’imprimerie, la teinture des cuirs, les revêtements de sols, ciments, caoutchoucs, matières plastiques et même les savons et toutes sortes de cachets et onguents.

Ainsi, l’histoire du bleu outremer réunit l’histoire d’une couleur, d’une passion, et celle d’une réussite à la fois scientifique, industrielle et commerciale ! 

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 19 novembre 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 13 août 2019 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 54.

Article du 19 novembre 2012


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La découverte du bleu outremer

Outremer

Bleu outremer et lumières

Au début du XIXe siècle, après bien des recherches, des rêves de peintres, de voyageurs et de commerçants, le bleu le plus recherché demeure le lapis-lazuli. Mais la couleur venue d’au-delà des mers reste trop coûteuse. L’enjeu est donc de découvrir un substitut qui conserverait ses qualités et c’est là l’aventure du bleu outremer…

L’histoire de cette couleur commence, une fois de plus, un peu fortuitement. 

En 1814, le directeur de la Manufacture des glaces de Saint-Gobain remarque la formation d’une matière bleutée, très vive, sur les parois d’un four à soude. Analysée, la composition se révèle très proche de celle du lapis-lazuli. Un rapport présenté à l’Académie des Sciences évoque la possibilité de fabriquer un bleu outremer artificiel.

Une dizaine d’années plus tard, la Société d’encouragement pour l’industrie nationale propose aux chimistes et inventeurs un prix de 6 000 francs, pour la découverte d’un procédé économique qui reproduirait les qualités du lapis-lazuli. La compétition prend une dimension européenne puisque l’Angleterre et l’Allemagne se lancent aussi dans l’aventure. Le résultat tarde un peu et l’année suivante, la Société est obligée de remettre son prix en jeu. Jean-Baptiste Guimet, un ingénieur passionné, se lance dans la recherche. Ses carnets d’expériences montrent que, dès juillet 1826, il obtient des résultats très encourageants en fabriquant pour la première fois un homologue synthétique du précieux lapis-lazuli. L’ année suivante, il commercialise sa production dans un dépôt parisien situé près de la rue Saint-Martin. L’outremer synthétique est alors vendu 400 francs la livre, soit environ dix fois moins cher que le lapis-lazuli. C’est mieux, mais encore beaucoup trop cher et Jean-Baptiste s’acharne à simplifier son procédé afin d’en réduire le coût de fabrication.

En 1828, sûr de son fait, il se présente au concours de la Société d’encouragement. Il y obtient le prix tant convoité malgré la rude concurrence des chercheurs étrangers. 

Au début, surtout utilisé pour l’azurage du papier et du linge – notamment dans les lessives et boules à raviver le blanc – le bleu Guimet devient pour tous le nouveau bleu outremer par excellence ! 

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 12 novembre 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 10 août 2019 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 53.

Article du 12 novembre 2012