Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Sainte Justine d’Antioche

Icône de sainte Justine d’Antioche, sur planche de tilleul, 12 x 24 cm, 2020

Justine d’Antioche est associée à saint Cyprien et souvent représentée à ses côtés, en raison de leur histoire étroitement liée.

Ils sont aujourd’hui considérés comme relevant de la légende, et pourtant, leur histoire est attestée dès le IVe siècle. Le premier récit de leur conversion, appelé Confession de saint Cyprien, date des environs de 350. En 379, le jour de la fête de Cyprien et Justine, saint Grégoire de Nazianze prononça une homélie en leur honneur. Au siècle suivant, l’impératrice Eudoxie, épouse de Théodose II, leur consacra des poèmes en citant la Confession et en apportant des détails sur les circonstances de leur martyre.

Je ne m’inquiète pas de leur historicité : je suis toujours touchée par ces récits qui regroupent de nombreuses histoires réelles de l’époque. C’est une sorte de typologie et en cela, Justine représente la persévérance d’une jeune femme qui, tranquillement, fait passer son intuition et sa conviction en avant. N’oublions pas que ce prénom est dérivé du latin justus, signifiant « qui respecte le droit ». 

Voilà donc cette histoire, telle que la raconte La Légende dorée, avec ses évidentes enjolivures. 

Justine était la fille d’un prêtre païen d’Antioche. Tous les jours elle s’asseyait à sa fenêtre et écoutait le diacre Proclus proclamer l’Évangile. C’est ainsi qu’elle se convertit et sa mère en informa le père un soir au coucher. Pendant la nuit, le Christ leur apparut et leur dit : « Venez à moi, je vous donnerai le Royaume des cieux ! ». Très impressionnée, toute la famille se fit baptiser.

Cyprien était magicien et astrologue réputé, auteur d’un livre de sorcellerie. Lui et un certain Acladius, étaient amoureux de Justine. Cyprien essaya la magie pour la séduire et aussi pour la livrer à Acladius. Devant la difficulté de la tâche, Cyprien demanda l’assistance du diable. Justine, sentant le danger, se recommanda au Seigneur tout en puisant sa force dans le signe de croix. Ce signe épouvanta le diable qui s’enfuit et alla annoncer sa défaite à Cyprien. Celui-ci ne se découragea pas et tenta de nombreux stratagèmes, tous mis en échec par la foi de Justine (qui néanmoins connut des moments de doute, ce qui nous la rend proche !). Découragé, le diable fit tomber la fièvre sur Justine et répandit la peste dans la ville d’Antioche. Il fit déclarer par des possédés que toute la ville périrait si Justine ne consentait pas à prendre un époux. La foule, bien sûr, exerça toute la pression possible auprès de la famille de la jeune femme. Celle-ci résista pendant sept ans et pria, jusqu’à l’éradication de la peste. Le diable essaya même de prendre les traits de Justine pour la discréditer, tentant de séduire Cyprien. Finalement vaincu, le diable s’évanouit en fumée ! Cyprien, déçu et très triste fit une dernière tentative : apparaître à Justine sous forme d’un oiseau (Acladius fit de même). Mais à chaque fois qu’ils croisaient son regard, ils redevenaient humains, quelquefois en plein vol, au péril de leur vie !

Le diable avoua alors à Cyprien que le signe de croix et la foi de Justine lui ôtaient tout pouvoir. Cyprien, convaincu, alla alors voir l’évêque pour demander le baptême et depuis lors, sa vie fut guidée par une foi exemplaire, à tel point qu’à la mort de l’évêque, il fut lui-même ordonné. Il aida Justine à créer un monastère. On raconte que même Acladius se convertit…

Cyprien écrivait des lettres aux martyrs pour les encourager dans leur lutte jusqu’au moment où une vague de persécutions arriva. Refusant de renier leur foi, les deux amis furent martyrisés non sans que Cyprien réalise un dernier prodige !

Jacques de Voragine (l’auteur de La légende dorée) établit leur martyre au 6 octobre 280 mais on évoque plutôt l’an 304, parfois 314 (persécutions de Dèce ou de Dioclétien).

Fête le 26 septembre


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La Légende dorée

La Légende dorée (Legenda aurea) est un ouvrage rédigé en latin entre 1261 et 1266 par Jacques de Voragine.

Né en 1230 à Varaggio, près de Gênes, d’où son nom de Jacobus de Varagine probablement transformé en Voragine suite à l’erreur d’un copiste. Jacques entre dans l’ordre dominicain en 1244. Prédicateur et écrivain, il est élu évêque de Gênes en 1292. Il meurt en 1298.

Dans son œuvre majeure, La Légende dorée, il raconte la vie de saints et de martyrs au fil de l’année liturgique ainsi que certains événements de la vie du Christ et de la Vierge (surtout ceux qui sont associés aux grandes fêtes religieuses).

Ces écrits dessinent une sorte de mythologie chrétienne édifiante, qui associe des croyances païennes à des textes de la littérature religieuse médiévale : les évangiles apocryphes de Jacques et de Nicomède, le Speculum historiale de Vincent de Beauvais, les œuvres de Grégoire de Tours, saint Augustin, saint Jérôme, Jean Cassien ou saint Jean Chrysostome. La Légende dorée se rattache donc plutôt à une tradition occidentale, mais influencée par les auteurs orientaux.

Les écrits de Jacques de Voragine et de Vincent de Beauvais ont largement inspiré les artistes des siècles suivants comme Giotto, Simone Martini, Fra Angelico, Jan Van Eyck, Piero de la Francesca. Les icônes, les enluminures et les bas-reliefs des cathédrales s’y réfèrent également. Unes des scènes très célèbre décrite dans La Légende dorée est la Rencontre de Anne et Joachim à la Porte Dorée, sujet d’un sublime tableau de Giotto et décliné dans de nombreuses icônes.

Initialement intitulée Legenda sanctorum alias Lombardica hystoria, ce qui signifie « Ce qui doit être lu des saints ou histoire de la Lombardie », cette œuvre est rapidement appelée Legenda aurea car son contenu, d’une grande valeur, est dit aussi précieux que l’or. On peut aussi interpréter l’ouvrage d’avantage comme un texte légendaire (et pas comme un texte historique) contenant sa part de vérité.

L’ouvrage connaît, dès sa création, un succès considérable. La Légende dorée fournit ainsi une collection de modèles de vie exemplaires, utiles pour émailler les prédications, des récits édifiants et hauts en couleur qui ont pour vocation d’exalter la foi. Le thème récurrent est le combat que mène Dieu contre les esprits du Mal et le courage des martyrs. On y découvre le récit de vies et de morts exemplaires, des paroles de feu et d’or et des miracles étonnants.

Le plus ancien manuscrit conservé date de 1282 et se trouve aujourd’hui à la Bayerische Staatsbibliothek de Munich.

Très rapidement, La Légende dorée devient une des œuvres les plus lues, les plus copiées, avec surtout aux XIVe et XVe siècles, des rajouts destinés à enjoliver encore le texte. On estime qu’il existe plus de 1 000 manuscrits, du plus simple au plus enluminé. L’invention de l’imprimerie accroît encore sa diffusion. La Légende dorée est le premier ouvrage imprimé en français, en 1476 à Lyon.

La popularité de La Légende dorée se mesure aussi par le nombre impressionnant de traductions dont elle a été l’objet. J’utilise une traduction du latin par Teodor de Wyzewa (1863-1917).

L’ouvrage est très pratique à consulter : il est divisé en 179 chapitres, organisés selon l’ordre du calendrier liturgique occidental. Il commence quatre semaines avant la Nativité (l’Avent). Le chapitre le plus long est consacré, comme il se doit, à saint Dominique.

Une table des matières, avec les noms des saints et des lieux cités classés par ordre alphabétique, permet de retrouver facilement le personnages ou les scènes racontées dans l’ouvrage. C’est ainsi que je m’en suis inspirée pour de nombreuses recherches et découvert La Légende dorée de la vie de sainte Cécile de Rome, saint Christophe, saint Cyriaque et de nombreux autres…


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Sainte Véronique

sainte Véronique

Sainte Véronique, icône sur tilleul, 18 x 24 cm, 2020

Sainte Véronique est une figure un peu à part : elle n’est pas une sainte « historique », elle ne figure pas dans les martyrologes, elle n’est pas non plus un personnage de légende et rien n’est dit à son propos dans les Évangiles : Véronique serait plutôt un personnage « type » lié à toute une série de traditions qui s’enchevêtrent, ce qui lui confère une portée symbolique très forte.

Le nom de Véronique est associé à Bérénice (« Βερενίκη » Berenikê) et signifie « qui porte la victoire ». Il a été latinisé en « Véronique ». L’étymologie populaire a ensuite associé le nom de Véronique à « vraie » (vera) et « image » (icona), ce qui est en fait une expression hybride, un peu grecque et un peu latine !

Une des versions les plus anciennes de sa vie apparaît dans une interpolation en latin ajoutée tardivement au texte de l’Évangile apocryphe de Nicodème (vers le Ve siècle).

L’histoire de Véronique est d’abord liée à la sixième station du chemin de Croix. Le Christ s’affaisse sous le poids de sa Croix ; une femme brave la foule hostile, s’approche et lui essuie le visage avec le voile qui couvrait sa tête. L’image du Christ reste imprimée sur le tissu et prend le nom de « Sainte Face » ou « suaire de Véronique » ou encore image acheiropoïete (« non faite de main d’homme »).

On raconte que Véronique aurait plié le linge en trois et trois empreintes identiques du visage du Christ seraient apparues. Ainsi s’ouvre la voie à de multiples traditions que je ne vais pas détailler : ce n’est pas un sujet de consensus et je ne le connais pas assez bien pour avoir une opinion.

On trouve un de ces récits dans La Légende dorée de Jacques de Voragine (chapitre 52, La Passion de notre Seigneur).

Après cet épisode, il est possible que Véronique ait épousé Zachée, le petit publicain de Jéricho (Lc 19). Ils partirent ensemble pour Rome où l’empereur Tibère désirait voir le visage du Christ. Ils lui présentèrent le linge puis se rendirent en France. Ils partirent chacun de leur côté annoncer l’Évangile et c’est ainsi qu’on trouve les reliques de Zachée à Rocamadour et celles de Véronique à Soulac (Gironde).

On rapproche aussi Véronique de la femme anonyme qui, dans les Évangiles, souffre d’hémorragies, avant d’être guérie miraculeusement en touchant le vêtement du Christ ; ou bien de Marthe de Béthanie, dont le deuxième nom pourrait être Bérénice.

L’iconographie représente Véronique tenant un tissu sur lequel s’est imprimé le visage du Christ.

Elle est la patronne des lingères, des laveuses et des photographes. Il est vrai que la posture de cette icône pourrait faire penser au moment où le photographe, au temps de la photo argentique, sortait le papier du révélateur, le tenant avec précaution, et attendait, comme un petit miracle, qu’apparaisse le visage sur le papier. Je vous dois une confidence : cette icône a été commandée par un photographe, cette analogie a déclenché chez lui la certitude que sainte Véronique était bien « sa » sainte !

Fête le 4 février

Article du 18 mai 2020


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Sainte Émérentienne (Émérance), « sœur de lait » de sainte Agnès

Emérentienne

Icône sur bois de bouleau, 11,5 x 24 cm, 2020

Je ne me serais jamais penchée sur ce personnage sans une commande destinée à une petite fille. J’aime beaucoup partir à la rencontre d’un être qui m’est absolument inconnu, avec l’impression de redonner souffle dans l’espace de mes coups de pinceaux, à une personne, à son histoire, ses émotions, son amour ; le fil de soie.

Selon la légende, Émérentienne (ou Émérance) était la fille de la nourrice de sainte Agnès et se sentait très proche de sa « sœur de lait ». Convertie au christianisme par son exemple, elle assista au martyre d’Agnès, et après sa mort, allait chaque jour se recueillir sur sa tombe. C’est ainsi qu’elle fut reconnue comme chrétienne, puis lapidée en l’an 304 près du tombeau de sa chère Agnès.

La vénération pour Émérentienne est importante dans le Maine-et-Loire, mais dépasse bien sûr ces frontières. Je sais qu’une église lui est dédiée à Pellouailles-les-Vignes, un des berceaux de ma famille !

Elle est inhumée aux côtés de sainte Agnès dans la Basilique Sainte-Agnès hors les murs à Rome.

Émérentienne est invoquée pour guérir les maux de ventre. On raconte que le roi Louis XI, alors qu’il chassait en forêt, fut pris de coliques. Il l’invoqua, et en remerciement de sa prompte guérison, fit construire une chapelle à La Pouëze (Maine-et-Loire).

Émérentienne est représentée portant les cailloux de sa lapidation dans son tablier.

Voici quelques dictons populaires d’origine angevine.
« Sainte Émérance qui guérit le mal de la panse » ;
« Pour Sainte Émérance l’hiver danse » ;
« Pour la Sainte Émérance, les jours se rallongent d’une aune de ganse ».

On trouve ce texte dans la Légende dorée de Jacques de Voragine (XIIIe siècle) au chapitre concernant sainte Agnès : « Sainte Agnès avait une sœur de lait nommée Émérentienne, vierge pleine de sainteté, et qui se préparait à recevoir le baptême. Or, cette jeune fille se tint debout devant la sépulture d’Agnès, et se mit à invectiver les païens qui l’avaient tuée (…) Le corps d’Émérentienne fut enseveli auprès de celui de sainte Agnès. Et, huit jours après, comme les parents de celle-ci veillaient autour du tombeau, ils virent un chœur de vierges en robes d’or. »

Fête le 23 janvier

Article du 7 mars 2020


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Saint Cyriaque, se libérer d’une emprise

Cyriaque

Saint Cyriaque, icône sur bois de bouleau, 12 x 16,5 cm, 2018

La vie de saint Cyriaque est racontée dans La Légende dorée de Jacques de Voragine (1) et c’est à partir de ce texte que je vais vous la raconter.

Cyriaque, diacre à l’orée du IVe siècle est persécuté à Rome en l’an 304, avec vingt-quatre de ses compagnons.

Il est invoqué pour la guérison des personnes « possédées », plus largement des personnes sous influence, qui ont besoin de se libérer d’une emprise.

Jacques de Voragine raconte que Cyriaque est ordonné diacre par le pape Marcel (2). Arrêté avec ses compagnons, il est employé avec d’autres ouvriers chrétiens par l’empereur Maximilien à transporter de la terre afin de construire des thermes et un luxueux palais. Chaque jour, Cyriaque et un de ses compagnons portent secours à un vieillard qui transporte de lourdes charges. Le préfet fait convoquer Cyriaque qui est emmené par l’officier Apronie. Pendant la route, une voix « jaillit du ciel avec une grande lumière » et dit : « Venez, enfants bénis de mon père ». L’officier se convertit aussitôt. Le préfet l’interroge afin de savoir s’il est devenu chrétien. Apronie répond « Hélas, que de jours j’ai perdus ! ». On lui fait alors trancher la tête !

Arthémie, la fille de Dioclétien, s’avère possédée par un démon qui répète à qui veut l’entendre : « Je ne sortirai point d’ici, à moins qu’on ne fasse venir le diacre Cyriaque ! ». On va donc le chercher, mais le démon demande un récipient pour sortir du corps de la jeune fille. Cyriaque propose alors son propre corps. Le démon rétorque que ce récipient-là est « scellé et clos de toutes parts » et ajoute que s’il sort du corps d’Arthémie, il fera venir ensuite Cyriaque en Baylonie ! Bref, Cyriaque réussit sa mission et Arthémie se fait baptiser. Pour le remercier, Dioclétien et son épouse Serena l’invitent à demeurer chez eux.

Les réputations se répandent vite et bientôt, un messager du roi de Perse se présente car la fille de son roi est elle aussi possédée. Cyriaque s’embarque avec l’accord de Dioclétien pour la Babylonie accompagné de deux compagnons. À son arrivée, le démon par la voix de la jeune fille se renseigne sur l’état de fatigue de Cyriaque. Celui-ci répond : « Je ne suis point fatigué, ayant partout, pour me soutenir, le secours de Dieu ». Le démon lui partage sa fierté d’être parvenu à ses fins et d’avoir attiré Cyriaque jusqu’en Babylonie. Celui-ci ordonne : « Par ordre de Jésus, sors d’ici ! ». Et le démon sort, impressionné par ce « nom terrible ». Cyriaque baptise alors la jeune fille ainsi que ses parents et d’autres personnes. Il refuse tous les présents et vit perdant quarante-cinq jours de pain et d’eau avant de repartir pour Rome.

Deux mois plus tard, Dioclétien meurt et son successeur Maximien, furieux de la conversion de sa belle-soeur Arthémie, fait arrêter Cyriaque, puis le traîne devant son char, nu et enchaîné. Il lui fait infliger d’horribles supplices (le feu ?) ainsi qu’à ses compagnons. Le bourreau, en récompense, reçoit la maison de Cyriaque. Par dérision, il se baigne là même où autrefois Cyriaque baptisait. Mais le bourreau en meurt brutalement ainsi que ses dix-neuf invités. Cela impressionne beaucoup, et accrédite la force de Cyriaque et de sa foi.

Fête le 8 août

(1) DE VORAGINE Jacques, La Légende dorée, Points sagesse, le Seuil, éd. 1998, p. 417 (l’auteur, dominicain,  vit au XIIIe siècle, lire ici une présentation de La Légende dorée.
(2) Cela me surprend car Marcel (présenté ici) aurait été pape en 308, alors que Cyriaque était déjà défunt.

Article du 21 février 2018


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Saint Christophe, traverser les flots

Saint Christophe, 17,5x31cm, février 2016

Saint Christophe, 17,5 x 31 cm, février 2016

Son nom signifie : « qui porte le Christ ».

Christophe de Lycie est un de ces saints légendaires né de la fusion entre la mythologie païenne et la légende chrétienne, entre la tradition populaire et La Légende dorée de Jacques de Voragine. On peut même lier le personnage au dieu égyptien Anubis, passeur des âmes après la mort ainsi qu’à la mythologie gréco-romaine avec Charon, passeur des âmes défuntes sur le Styx. Aussi saint Christophe est-il le patron des mourants et des automobilistes, des pèlerins et plus largement des voyageurs, de tous ceux qui doivent réaliser une « traversée ». On ne sait rien de l’histoire de ce saint, ce qui ne l’empêche pas d’être célèbre et vénéré. Il aurait été martyr sous Dèce, au IIIe siècle.

Les légendes entourant son histoire sont nombreuses et incroyables. L’une d’elles relie son histoire à un personnage cynocéphale (à tête de chien), qui, baptisé, prit le nom de Christophe et retrouva un visage humain.

Un autre récit raconte qu’il s’appelait à l’origine « Réprouvé » et hésitait entre rendre ses services au roi ou au diable. Il rencontre un jour un ermite qui lui explique la foi chrétienne et lui déclare : « Tu iras te poster à tel fleuve tumultueux et tu aideras les gens à le traverser ». Il s’acquitte de sa tâche, quand un jour, un enfant lui demande de l’aide et il le charge sur ses épaules. L’enfant devient de plus en plus lourd et le saint doit s’aider d’un bâton. Quand il arrive sur l’autre rive, l’enfant lui dit alors : « Je suis le Christ, ton roi ; tu as porté sur tes épaules celui qui a crée le monde. Pour preuve, enfonce ton bâton dans le sol : demain il aura fleuri et portera des fruits ». Désormais appelé Christophe, il part en Lycie et obtient de nombreuses conversions avant de terminer sa vie en martyr.

Les représentations de saint Christophe ont évolué à travers le temps. Les plus répandues datent du XIVe siècle avec des variantes cynocéphales et pittoresques. Christophe, immense, est vêtu d’un long vêtement serré à la taille et porte un petit enfant sur ses épaules, le Christ, lui-même alourdi par le poids du monde… Son attribut principal est le bâton feuillu.

Puisque le saint est légendaire, arrêtons-nous sur ce qu’il représente. Un adulte aide un enfant à traverser les flots ; chaque enfant porté ainsi est divin. On peut y voir son propre enfant que l’on aide à traverser les rivages agités de la vie ou peut-être l’image d’un des ces enfants sauvés par un adulte, un humanitaire ou un simple pêcheur sur les côtes de Grèce, d’Italie ou de Turquie, là où vivait le saint…

Fête le 25 juillet (cath) ou le 9 mai (orth), patron de Vilnius (Lituanie).

Article du 25 février 2016