Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La couleur de mon âme : les réponses en orangé

Peut-être vous souvenez-vous du fameux questionnaire : « Quelle est la couleur de votre âme ? ». C’était en 2014 en lien avec une recherche sur la couleur bleue. J’ai soigneusement conservé toutes les réponses et retrouvé celles qui évoquaient l’orangé. Je me souviens, en approfondissant, que la couleur orange ne suscitait jamais d’indifférence tout comme les autres couleurs  « intermédiaires » telles que le violet ou le vert (et contrairement au bleu qui n’est pas loin de l’unanimité). Est-ce l’impression d’instabilité qu’elles suscitent ? Et qu’évoque spontanément la couleur orange ? Elle est, pour certains, ressentie comme joyeuse, stimulante et dynamisante, et pour d’autres, agressive et dérangeante.

Dans ce questionnaire, étonnamment, la couleur orange remportait 6,5% des suffrages, placée juste entre le rouge à 7% et le jaune à 6% : surprenante position !

Voici donc, telles quelles, quelques-unes des réponses :

  • Chantal (64 ans) : « orange, car l’orange est la couleur du feu qui réchauffe et qui éclaire dans le noir. »
  • Élodie (24 ans) : « orange, pour la gaieté de la couleur »
  • Bigna (64 ans) : « orange, orange et encore orange !! je ne sais pas pourquoi, mais une amie m’a dit il y a longtemps, « en suivant la couleur orange on est sûr de te trouver » ! »
  • Horia (46 ans) : « parce que c’est ma couleurs préférée, inspirante, qui réveille, qui sort de la monotonie (une voiture et un manteau orange, ça frappe le regard) ! »
  • Anne-Marie (59 ans) : « peut-être parce que, en sophrologie, quand on me demande de visualiser une vague d’apaisement je la vois en orange. »
  • Isabelle (53 ans) : « si tant est que j’ai une âme, elle est orange, orange qui tire sur le jaune, très lumineux et chatoyant ! Orange de cadmium (clair), pas d’explication juste la lumière et la jubilation que me provoque cette couleur ! »
  • Jeanne (47 ans) : «  parce que c’est lumineux ! »
  • Lisa (18 ans) : « c’est la première couleur qui me vient à l’esprit quand on me pose cette question ! »
  • Marie-Christine (55 ans) : « orange, c’est tout ! »
  • Nicolas (34 ans) : « Pourtant, ma couleur préférée est le bleu… Le orange, car pour moi c’est une couleur chaude… peut-être aussi un lien avec la couleur des flammes ? » (Précisons que Nicolas est pompier !) 
  • Thérèse (77 ans) : « orange doux, tirant sur un roux doré, lumineux sans éblouir. Je ne sais pas du tout si c’est la couleur de mon âme, c’est seulement une couleur que j’aime ! »
  • Vincent (45 ans) : « la couleur de mon âme pourrait être orange. Parce qu’elle se tourne vers la lumière mais qu’elle est aussi encore un peu en feu… »

(…)

L’âge de mes interlocuteurs était celui de l’année 2014. Je serais curieuse de savoir si l’orangé est resté la couleur de leur âme, tant d’années, d’évènements, d’ombres et de lumières après…

Certains me répondent maintenant, comme :
– Ashley (71 ans) : « C’est fascinant ! Cela me fait me demander quelle est la couleur de MON âme. Je pense que ça pourrait très bien être orange. Voici mes pensées immédiates : lumineuses, brûlantes, passionnées, ouvertes, chaleur, lever et coucher de soleil, le soleil, l’émergence de la vie dans le cosmos… »
– Franck (59 ans) : « J’ai toujours adoré la couleur orange. C’est paisible et méditatif. C’est pour moi la lumière de l’âme »

Article du 14 mars 2021


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La couleur de mon âme : les réponses en vert

Puisque l’année se termine, et avec elle le cycle sur la couleur vert, et également tout ce voyage de six années autour des couleurs, je suis obligée de terminer en évoquant ce fameux questionnaire dans lequel je demandais, au début de cette série « quelle est la couleur de votre âme ? ». Le bleu arrivait très largement en tête des réponses avec plus de 32 %. Le vert et le rouge se trouvaient à peu près à égalité autour de 7 ou 8 % des suffrages. Cela correspond aux statistiques selon lesquelles environ 6 % des Européens affirment que le vert est leur couleur préférée.

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Du côté d’Aguanish (Basse Côte-Nord du Saint-Laurent)

Dans le sondage, personne n’a évoqué la part sombre du vert, c’est-à-dire que les personnes qui pensaient au vert, y voyaient toujours une raison positive : la nature, la transparence, le printemps, la lumière, l’harmonie, l’eau qui coule, la vie, quoi ! La notion d’espérance revenait aussi souvent. Et aussi, la nuance était précisée. Quand on évoque le vert, il ne s’agit pas forcément de n’importe quel vert. Pour ma part, je suis incapable de dire si j’aime le vert : autant je suis séduite par les verts doux qui tendent vers le bleu, comme le vert amande, le vert malachite ou le vert de gris… autant la sévérité des verts sombres m’inquiète et me met mal à l’aise tout comme les sinistres (à mes yeux)  plantations de résineux !

Alors voilà, nous terminons ce voyage tout en nuances où l’on a vu à travers les couleurs combien la nuance est importante, comment une couleur peut véhiculer des émotions et leurs contraires. Tout est subtilité. Nous avons fait le pari, durant ces six années, de parler à la radio d’une chose qui se voit : la couleur. Michel Pastoureau, le grand spécialiste de la couleur affirme : « Avant d’être pigment, matière ou lumière, la couleur est une idée, un concept. De récentes études montrent d’ailleurs qu’un non-voyant de naissance, parvenu à l’âge adulte, a la même culture des couleurs qu’un voyant. C’est vertigineux. »

Quand même, après ce grand voyage dans les couleurs, puisse la subtilité de la nuance nous étonner, nous émerveiller, nous donner de la joie, faire résonner et vibrer nos âmes.

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 3 juillet 2017


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La couleur de mon âme : les réponses en rouge

Langhe, mai 2015

Langhe, mai 2015

Vous souvenez-vous du fameux questionnaire dans lequel je demandais « quelle est la couleur de votre âme ? » La réponse dominante était, comme je l’imaginais, le bleu. Le rouge arrivait en 4e position mais était la couleur plébiscitée par les plus jeunes. J’ai relu les réponses souvent courtes et percutantes. La couleur rouge y est mentionnée comme une évidence : « ben oui, rouge, c’est ma couleur préférée ! »

Parfois, certains ajoutent une précision de nuance comme  rouge vif  ou  un rouge de « feu » transparent comme une flamme à tendance un peu or. Cependant, l’imagination est moins poétique et fleurie que lors des réponses en bleu.

Vercheny, janvier 2015

Vercheny, janvier 2015

Bien évidemment, les images associées sont liées spontanément au feu, à la vie, au sang, à l’énergie. Ainsi, Églantine décrit le rouge comme une couleur « chaude, vivante, joyeuse, forte, c’est la passion, le sang de vie. Elle irradie. »

La connotation royale, impériale, fougueuse est soulignée. Ainsi, Élyane nous dit : « mon âme est rouge, tendant un peu plus sur le bleu que sur le jaune. Je vois bien que ça prétend un peu au pourpre impérial et ça m’embête un peu ! Mais qu’y puis-je si elle m’est donnée comme ça dans mon ressenti premier ? Et bien que je n’aurais aucune envie d’être empereur ! »

L’association de la couleur rouge avec la tonalité politique est étonnamment rare, sauf par la voix d’une jeune Marie : « le rouge est fougueux, une couleur toujours d’actualité qui représente une certaine conviction politique. »

Pour Yvonnik (63 ans) : « Le rouge, la couleur du feu, de la chaleur, d’un certain bien-être. C’est une couleur chaude c’est certain ! C’est aussi la couleur noble, impériale qui remplace l’or sur les fonds des icônes. C’est encore la couleur du sang, de la vie. Nous l’aimons dans toutes ses nuances. »

Laffrey, janvier 2016

Laffrey, janvier 2016

Et voilà, on comprend en relisant ces réponses comment le rouge est une couleur aux connotations tout autant positives que négatives, une couleur de feu, de sang, de larmes et de joie, de bien-être et d’énergie autant que d’anxiété. Voilà toute ambiguïté du rouge, que nous avons déclinée ensemble pendant de longues semaines : l’association au sang est l’idée qui vient le plus vite à l’esprit à propos de la couleur rouge, ce sang qui est autant lié à la mort que signe et condition de la vie.

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 29 février 2016


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La couleur de mon âme : les réponses en bleu, suite

port de Toulon

Port de Toulon

J’ai terminé une série de trois années d’émissions sur le bleu (RCF Isère, 103.7) avec un questionnaire présenté dans des articles précédents (cliquer sur le n° pour accéder à l’article) : « quelle est la couleur de votre âme ? » 1 et 2

Écoutons une partie des réponses en bleu qui vibrent comme un poème :

Alix (53 ans) : « la couleur de mon âme reflète son état, influencé par le temps qu’il fait. Mon âme est de la couleur du ciel, donc bleue ce matin. Avec quelques touches de gris. »
Anatole (14 ans) : « mon âme est bleue, parce que c’est la couleur qu’on donne aux esprits. »
Catherine (63 ans) : « elle a la couleur du ciel et de la mer mais elle est changeante comme la mer ! »
Élisabeth (19 ans) : « mon âme est bleue, parce que c’est la couleur de l’eau, du ciel et de l’air, celui-ci peut-être violent ou super doux. »
Fabien (27 ans) :« mon âme a la couleur de la profondeur, du vide, de la réflexion, du céleste. Contrairement aux autres couleurs, elle ne m’évoque pas d’état solide… »
Lucile (25 ans) : « mon âme est d’un bleu profond, comme un saphir,  comme le ciel, la nuit ! »
Malo (15 ans) : « elle est de la même couleur que mes yeux (gris bleu), un coté un peu noir et bleu hypnotique. »
Marie-Claude (64 ans) : « bleu turquoise, la couleur qui me réjouit l’âme, m’attire et me fait chaud au cœur. »
Samuel (17 ans) : « mon âme est bleue parce que j’aime le bleu, et que j’ai les yeux bleus. »
Sarah (30 ans) : « Blue note. Comme l’amour comme la nuit comme la mélancolie comme la passion douce comme un tableau de Delacroix.
Sylvie (57 ans) turquoise, allez…c’est l’inspiration du moment. »
Titouan (17 ans) : « mon âme est bleue car c’est la couleur de la mer. »
Valérie (55 ans) : « elle est comme le ciel et la mer. c’est venu tout seul, j’ai même pas réfléchi ! »
Yvon (54 ans) : « bleu tendre, il me semble que ce n’est pas pour rien que le ciel garde en lui cette couleur… »
Nicolas (15 ans) : « la couleur de l’espace et de la liberté. »
Philippe (73 ans) : « bleu-gris à cause des reflets de la Loire. »
Marilyne (40 ans) :« Bon ben, bleue ! C’est ce qui est venu naturellement car on imagine l’âme paisible, un peu flottante, évanescente comme une brume au dessus d’un lac avec la lumière qui filtre à travers. Du coup, avec un peu de jaune peut-être ! »
Martine : « mon âme est bleu turquoise, clair et lumineux, car c’est la couleur de l’aura. »
Maud (29 ans) : « … j’imagine mon âme bleue. Peut-être parce que c’est la couleur de mes yeux. »
Rose (30 ans) : «  parfois bleu azur, parfois bleu orage, mais surtout bleu honnête et sincère ! »
Caroline (52 ans) : « j’imagine mon âme de la couleur du ciel, donc chaque jour un peu différente. Elle erre vers le Très-Haut et ceux que j’aime déjà partis et veille sur ceux que j’aime ici-bas. »
Anne (58 ans) : « elle bleue comme le ciel. »
Annie (77 ans) : « bleu clair, doux… parce que le ciel est bleu ! »
Agnès (50 ans) : « parce que c’est la couleur du ciel. »
Béatrice (52 ans) : « sans trop réfléchir c’est la couleur bleue qui me vient à l’esprit …Bleu comme l’aérien, le presque transparent, l’insaisissable…comme une aura de fumée bleutée ;mais je ne sais pas trop ce qu’est une, âme, mon âme encore moins ; c’est donc une réponse fumeuse ! »
Blandine ( ?) : «  instinctivement je dirai « bleue »; mais je ne sais pas trop pourquoi. »
Chantal (60 ans) : « bleu avec de l’or. »
Claire (45 ans) : « couleur de la mer et du ciel, 2 espaces infinis… et qui de plus a toujours été ma couleur préférée. »
Cléophée (18 ans) : « la couleur dont je me sens le plus proche et avec laquelle je me sens la plus à l’aise. »
Danielle (69 ans) : « bleue azur.  Le ciel, les voyages, l’avenir, l’éternité. »
Diane (11 ans) : « parce que j’ai été baptisée, comme la pureté. »
Dominique (56 ans) : « Bleu-vert ou bleu des mers du sud, bleu profond ou bleu azur, bleu acier les jours de colère, bleu gris les jours de tristesse, bleu, bleu bleu… mais bleu variable. »
Edith (63 ans) : « très spontanément je dirais que mon âme est dans très joli bleu assez clair. »
France (48 ans) : « car c’est ma couleur préférée. »
François 41 ans) : « mon âme est bleue comme le ciel. »
François (69 ans) : « elle est bleu France. »
François (80 ans) : « Bien que peu familier de « mon âme » (pour mon vieux maître Thomas d’Aquin, ce n’est que « la forme du corps »…). Si c’est trop  tard, on n’y verra que du bleu ! »
Geneviève (69 ans) : « Peut-être les bleus à l’âme. »
Gilles (58 ans) : « indigo. »
Hanna (13 ans) : « bleu clair, cette couleur me fait penser à la liberté ! »
Jocelyne (70 ans ?) : « Mon âme était bleue le jour où je pensais te répondre, comme le ciel et mon humeur du moment. »
Michèle (50 ans) : « la couleur du ciel, de la mer (dans le meilleur des cas) sentiment de liberté, d’infini et de paix. »
Michèle (61 ans) : « indigo. »
Marilou (72 ans) : « la couleur du ciel, parce que je pense à l’infini, à Dieu ! »
Matthieu (47 ans) : « comme la mer, le ciel. »
Noé (18 ans) : « un bleu clair, car c’est la couleur dans laquelle je me reconnais le plus ! »
Pascal (62 ans) : « Mon âme est bleue, du moins aujourd’hui; il lui arrive de changer de couleur. J’aime bien l’idée qu’elle soit entre le rose et le orange, quelquefois. »
Rémi (62 ans) : « grise bleutée et argentée. »
Simone-Sarah : « j’ai toujours eu la sensation bien peu explicable que c’était une sorte de bleu qui se rapprocherait du ciel. »
Muriel (36 ans), Marie-Christine (50 ans), Chantal (52 ans), Marc (44 ans), Armelle (45 ans) et Naoura (39 ans) voient aussi leur âme bleue, sauf la nuance bleu-clair pour Jean (55 ?) Anne-Violaine (32 ans) et Pauline (14 ans), bleu-turquoise pour Anne-Sophie (43 ans). Ils ne peuvent rien préciser, c’est bleu, c’est tout !

Vous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en allant sur la page parcours/émission de radio, puis en écouter certaines en podcast sur le site de RCF Isère.

Article du 16 juin 2014


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Picasso, la couleur de mon âme

Picasso, femme à la corneille

Picasso, Femme à la corneille

Depuis une semaine, j’ai diffusé largement un questionnaire : « quelle est la couleur de votre âme » ? On peut encore me répondre, avec une couleur, une ligne de commentaire, son prénom et son âge. En avril, je publierai sur ce site une partie des réponses, souvent très poétiques, très pertinentes… L’émission sur Picasso a été le déclencheur de cette réflexion, et je vous en livre une bonne partie.

L’Autoportrait en bleu, tableau peint lors d’un séjour à Paris en hiver 1901 alors que Picasso n’a que 20 ans, donne de lui-même une image beaucoup plus âgée. La représentation est figée et frontale ; le visage est très blanc, creusé, amaigri par les rigueurs de l’hiver parisien. La barbe hirsute est un peu rousse, seule touche de couleur dans la toile ; il porte un grand manteau au col relevé qui l’engonce et accentue l’impression de tristesse, de misère et de solitude. Son regard, perdu au loin, traduit une immense mélancolie.

Il faut dire qu’à l’époque, les tableaux de Picasso ne se vendent guère et il vit dans un grand dénuement : son père lui envoie des toiles et des tubes de peinture, et par souci d’économie, il réalise plusieurs peintures sur le même tableau ou doit brûler quelques-uns de ses dessins pour se réchauffer. Et pourtant, ces œuvres emblématiques de l’artiste figurent parmi les plus connues et les plus aimées. Dans son autoportrait, Picasso ne cherche pas la ressemblance, mais à traduire « la couleur de son âme ». Et son âme, à cette époque, est vraiment sombre, bosselée et cabossée. Qui peut vraiment expliquer « la couleur de son âme » ? Et encore, la réponse est attachée à des moments de vie, puisque cette période bleue sera suivie, après une incursion dans le monde des comédiens et des acrobates, par une période rose qui s’échelonnera de 1904 à 1906.

Écoutons encore son ami Pierre Daix parler de la fin de cette période : « Le bleu, parfois émaillé de la tache rouge d’une fleur devient, […], début 1904, un moyen précis, lumineux, plus du tout tragique, de saisir les aspects fugaces et plaisants de la vie. La crise est passée. Picasso a fait le tour de la douleur du monde. Il a vingt-deux ans. »

Plus tard, bien loin de cette « période », Picasso portera même un autre regard sur le bleu, qui demeure pour lui un fondement, une nécessité. Il écrit dans un de ses poèmes de 1930 : « Vous êtes ce qui existe de meilleur au monde. C’est la couleur de toutes les couleurs… le plus bleu de tous les bleus. »

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 17 mars 2014 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 29 octobre 2020 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 105.

Article du 17 mars 2014


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La période bleue de Picasso

Picasso, Le gourmandComment parler des nuances de bleu sans évoquer Pablo Picasso et sa fameuse période bleue ! Un petit tour d’horizon de cette Œuvre permet d’oublier définitivement la connotation de mièvrerie ou de légèreté que l’on attribue parfois faussement à la couleur bleue !

La période bleue s’étend de 1901 à 1904 et tient son nom de la teinte dominante des tableaux de cette époque. Pierre Daix parle de son ami qui « voit tout en bleu, comme s’il interposait un film entre son regard et le monde ».

Le cycle débute avec un événement dramatique, le suicide de l’ami espagnol de Picasso, Carlos Casagemas. Le premier tableau de cette période s’intitule évidemment La Mort de Casagemas. Suivent Autoportrait en bleu, puis d’autres œuvres aux noms évocateurs : La Tragédie, Le Repas de l’aveugle, Le Vieux guitariste... tout un programme et une impression angoissante, voire désespérante, des tableaux marqués par la mélancolie, la mort, la vieillesse et la misère. J’ai même trouvé certains de ces tableaux servant d’emblème pour des blogs ou des associations de personnes dépressives !

Picasso lui-même confie à Pierre Daix : « C’est en pensant à Casagemas, que je me suis mis à peindre en bleu ».

Il croit alors que la douleur et la misère fondent la vie et stimulent la méditation et la création. Alors, il peint des pauvres, des mendiants et des aveugles, des personnages étirés et faméliques inspirés par l’Espagne et les tableaux du Greco.

De nombreux auteurs et critiques d’art ont écrit sur le parallèle entre la mélancolie qui émane de la peinture de Picasso à cette époque, et un état d’âme qui serait « culturel », hispanique.

L’interprétation psychologique me semble plus crédible, mais comment savoir ? Ce bleu dégradé dans tous les bleu-gris, bleu-vert par Picasso qui explore un monde, serait-il surtout « la couleur de son âme » à cette époque précise de sa vie ?

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 10 mars 2014 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 29 octobre 2020 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 104.

Article du 29 octobre 2020

Article du 17 mars 2014


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Le « cassé-bleu »

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J’ai parlé la semaine dernière de la correspondance entre Nicolas de Staël et René Char à propos de la notion de « cassé-bleu ». En voici quelques extraits datant de 1952.

« Cher Nicolas, je sais maintenant où tu te trouves! Auprès de la lumière, auprès du cassé-bleu.
Vis et à bientôt, Fraternellement ». 
René

« Le cassé-bleu c’est absolument merveilleux, au bout d’un moment la mer est rouge, le ciel jaune et les sables violets et puis cela revient à la carte postale de bazar, mais ce bazar-là et cette carte, je veux bien m’en imprégner jusqu’au jour de ma mort. Sans blague, c’est unique René, il y a tout là. Après on est différent ». 
Nicolas

Puis quelques années plus tard, René Char répond à une correspondante qui l’interroge sur cette notion de « cassé-bleu ».

« Chère Madame, (…) Ce cassé-bleu fut un sujet de débat intérieur sans fond mais d’une richesse espérante. Ce cassé-bleu nous ressemble à tous.

C’est vous qui parlez d’autre dimension mais vous ne croyez pas si bien dire. Nicolas de Staël a su parcourir un monde de couleurs qu’il ne voyait certainement pas vraiment : il les sentait. Quand nous en parlions cette dimension nous apparaissait comme une caresse au delà des yeux. Le cassé-bleu était là, distinct, au milieu de la mer rouge, du ciel jaune ou encore vert et des tables violettes. Après cette considération, «on est comme différent» disait Nicolas.

Madame, pour approcher le cassé-bleu, celui par exemple du ciel infini, prenez une toile de Nicolas de Staël, comme « les barques dans le port » ou « les mouettes » (…) Mettez outrageusement l’œuvre à l’envers, tête en bas, posez-la, reculez-vous et asseyez-vous confortablement bien en face. Et regardez.

Le cassé-bleu, c’est lorsqu’inéluctablement votre esprit s’approche de la toile et vous donne envie de vous asseoir sur le cadre au bord du ciel à l’envers, les pieds dans le vide, qu’en quête de suspension vous vous jetez du bord du cadre dans un besoin de désaltération et que cette situation vous procure un bien-être infini. Le cassé-bleu c’est l’infini.

Quand on voit ainsi le cassé-bleu, on ne cherche plus à le démystifier. Mais il y a mille manières de le rencontrer. À chacun la sienne, à chacun sa palpable (…) »

René Char.

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 10 février 2014 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici.  L’article figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 101.

Article du 10 février 2014