Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Saint Michel archistratège

J’avais déjà présenté l’archange Michel dans un article précédent ici

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Icône sur tilleul, 22 x 26 cm, avec du tapis-lazuli d’Afghanistan pour le ciel, feuille d’or et vert malachite.

Saint Michel est parfois décrit comme l’archistatège, c’est-à-dire le chef des armées célestes, l’ange de lumière qui garde le monde en s’opposant aux forces maléfiques.

Cette représentation s’inspire du récit de l’Apocalypse, dans un épisode (Ap, 12, 7-9) où Michel combat à la tête des milices célestes contre le dragon : « Il y eut alors un combat dans le ciel : Michaël et ses anges combattirent contre le dragon. Et le dragon lui aussi combattait avec ses anges, mais il n’eut pas le dessus : il ne se trouva plus de place pour eux dans le ciel. Il fut précipité le grand dragon, l’antique serpent, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier. »

Dans cette représentation, saint Michel est représenté à cheval, ailé, dans des tonalités de feu. Il porte une armure dorée et une cape rouge vif. Il tient dans la main gauche le Livre et la trompette du Jugement. Dans la main droite, il tient une lance qui se termine par une croix, et parfois aussi un encensoir. Un arc-en-ciel est posé entre ses deux mains, tantôt de toutes les couleurs, tantôt blanc, signe de l’alliance avec Dieu.

Sous les pattes de l’ardent cheval, bouillonnent les eaux sombres du mal.

Selon La Légende dorée de Jacques de Voragine, chaque fois que Dieu souhaite imposer un grand acte de résistance, il charge l’Archange saint Michel de le représenter. Il ajoute : « c’est lui qui, dans l’armée des anges, porte la bannière du Christ » .

On retiendra surtout la force de cette symbolique : la lutte victorieuse contre les forces destructrices, lutte qui exige une grande détermination et une « armure » pour se protéger. En termes psychologiques, on pourrait dire qu’il y a parfois besoin de se faire aider, confronté aux situations dévastatrices. Être victorieux revient à ne pas se laisser entraîner vers le bas, à résister à la noirceur et aux eaux tumultueuses de l’obscurité…

Une iconographie particulière de saint Michel le montre sauvant l’église de Chonae (l’ancienne Colosses, en Phrygie). Ce sera le sujet d’une autre icône, plus tard !

Article du 12 juin 2020


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Sainte Véronique

sainte Véronique

Sainte Véronique, icône sur tilleul, 18 x 24 cm, 2020

Sainte Véronique est une figure un peu à part : elle n’est pas une sainte « historique », elle ne figure pas dans les martyrologes, elle n’est pas non plus un personnage de légende et rien n’est dit à son propos dans les Évangiles : Véronique serait plutôt un personnage « type » lié à toute une série de traditions qui s’enchevêtrent, ce qui lui confère une portée symbolique très forte.

Le nom de Véronique est associé à Bérénice (« Βερενίκη » Berenikê) et signifie « qui porte la victoire ». Il a été latinisé en « Véronique ». L’étymologie populaire a ensuite associé le nom de Véronique à « vraie » (vera) et « image » (icona), ce qui est en fait une expression hybride, un peu grecque et un peu latine !

Une des versions les plus anciennes de sa vie apparaît dans une interpolation en latin ajoutée tardivement au texte de l’Évangile apocryphe de Nicodème (vers le Ve siècle).

L’histoire de Véronique est d’abord liée à la sixième station du chemin de Croix. Le Christ s’affaisse sous le poids de sa Croix ; une femme brave la foule hostile, s’approche et lui essuie le visage avec le voile qui couvrait sa tête. L’image du Christ reste imprimée sur le tissu et prend le nom de « Sainte Face » ou « suaire de Véronique » ou encore image acheiropoïete (« non faite de main d’homme »).

On raconte que Véronique aurait plié le linge en trois et trois empreintes identiques du visage du Christ seraient apparues. Ainsi s’ouvre la voie à de multiples traditions que je ne vais pas détailler : ce n’est pas un sujet de consensus et je ne le connais pas assez bien pour avoir une opinion.

On trouve un de ces récits dans La Légende dorée de Jacques de Voragine (chapitre 52, La Passion de notre Seigneur).

Après cet épisode, il est possible que Véronique ait épousé Zachée, le petit publicain de Jéricho (Lc 19). Ils partirent ensemble pour Rome où l’empereur Tibère désirait voir le visage du Christ. Ils lui présentèrent le linge puis se rendirent en France. Ils partirent chacun de leur côté annoncer l’Évangile et c’est ainsi qu’on trouve les reliques de Zachée à Rocamadour et celles de Véronique à Soulac (Gironde).

On rapproche aussi Véronique de la femme anonyme qui, dans les Évangiles, souffre d’hémorragies, avant d’être guérie miraculeusement en touchant le vêtement du Christ ; ou bien de Marthe de Béthanie, dont le deuxième nom pourrait être Bérénice.

L’iconographie représente Véronique tenant un tissu sur lequel s’est imprimé le visage du Christ.

Elle est la patronne des lingères, des laveuses et des photographes. Il est vrai que la posture de cette icône pourrait faire penser au moment où le photographe, au temps de la photo argentique, sortait le papier du révélateur, le tenant avec précaution, et attendait, comme un petit miracle, qu’apparaisse le visage sur le papier. Je vous dois une confidence : cette icône a été commandée par un photographe, cette analogie a déclenché chez lui la certitude que sainte Véronique était bien « sa » sainte !

Fête le 4 février

Article du 18 mai 2020


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Sainte Cécile de Rome

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Icône de sainte Cécile, 10 x 17 cm (les couleurs dominantes, fréquentes à l’époque romaine, sont le bleu égyptien, la terre verte et le vert malachite

Cécile est une des saintes romaines les plus connues des premiers siècles. On situe son existence à la fin du IIe siècle, mais le récit de sa vie est avant tout légendaire.

On sait très peu de choses de la véritable Cécile, si ce n’est qu’il s’agit d’une dame romaine qui aurait donné une maison et un terrain aux chrétiens de son époque, maison qui serait devenue une église. Le récit de sa vie se mélange avec celui de la Cécile légendaire, dont la vie est racontée dans La Légende dorée (1). On raconte que Cécile appartenait à une famille romaine chrétienne de la haute noblesse. Elle est fiancée par ses parents au jeune Valerius (Valérien) alors qu’elle avait fait vœu de virginité. Dans la chambre nuptiale, elle parvient à convertir « le doux jeune homme bien aimé ». Il accepte et reçoit le baptême des mains de saint Urbain.

Très peu de temps après, lors d’une vague de persécutions, ils sont martyrisés tous deux ainsi que Tiburce (frère de Valérien) aux alentours de l’an 220 (ou 200 ?). Quelques miracles, représentés dans l’iconographie, lui permettent d’échapper à la mort, le temps qu’elle distribue tous ses biens aux pauvres… Elle n’a que 23 ans.

Au IXe siècle, ses reliques sont transférées dans une église romaine proche du Tibre : Sainte-Cécile au Trastevere dans laquelle on trouve une belle statue de Stefano Maderno représentant Cécile, telle qu’elle aurait été trouvée après sa mort, ainsi qu’une mosaïque du IXe siècle.

On représente le mariage de Cécile, la conversion de Valérius avec l’apparition de l’ange, et le martyre de Cécile (dans la « chaudière »). La Légende dorée(1) raconte qu’après la conversion de Valérien, un ange leur aurait apporté à chacun des couronnes de fleurs et dit : «  Gardez ces couronnes avec un cœur pur (…) Jamais elles ne se faneront ni ne perdront leur parfum ».

À partir du XVe siècle, Cécile est de plus en plus souvent représentée avec un instrument de musique : harpe, orgue portatif, luth, violon… Il n’est pourtant pas signalé dans les récits de sa vie qu’elle jouait d’un instrument, mais la musique est mentionnée pendant la cérémonie de son mariage telle que la rapporte La Légende dorée (1). On trouve d’autres versions : bref, le rapport entre sainte Cécile et la musique est assez flou. Quoi qu’il en soit, elle est ainsi devenue la patronne des musiciens, des chanteurs et des fabricants d’instruments.

Quant à la cathédrale d’Albi, elle lui est dédiée depuis le XIVe siècle.

(1) DE VORAGINE Jacques, La Légende dorée, Chap. (22 novembre). Lire l’article ici

Article du 6 décembre 2016