Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Jonas, « remonter vivant »

Prophète Jonas, 30,5x34cm, 2014

Prophète Jonas, 30,5 x 34 cm, 2014

Jonas est un prophète commun à la tradition juive, chrétienne et musulmane (‫يونس‬ ‪Yûnus‬).

Il est le cinquième des douze petits prophètes de la Bible, le personnage principal du Livre de Jonas et un des prophètes du Coran.

Son nom, selon les origines et les traductions, peut signifier la colombe, l’homme à la baleine ou au gros poisson.

Dieu aurait envoyé Jonas à Ninive pour ramener la population de la ville dans le droit chemin. Mais Jonas n’en n’a aucune envie et s’enfuit par la mer en direction de Tarsis. Une terrible tempête secoue le bateau et les marins, déduisant par tirage au sort la responsabilité de Jonas, le jettent par dessus bord. Aussitôt, la mer se tint immobile, calmée de sa fureur (Jonas 1, 15) et Jonas est englouti par un gros poisson (envoyé par Dieu). Il y demeure trois jours et trois nuits et délivre une très belle supplique :

Dans l’angoisse qui m’étreint, j’implore le Seigneur :
il me répond ;
du ventre de la Mort, j’appelle au secours :
tu entends ma voix.

Tu m’as jeté dans le gouffre au cœur des océans
où le courant m’encercle
toutes tes vagues et tes lames
déferlent sur moi.

Si bien que je me dis : Je suis chassé de devant tes yeux
Mais pourtant je continue à regarder
vers ton Temple saint.

Les eaux m’enserrent jusqu’à m’asphyxier
tandis que les flots de l’abîme m’encerclent ;
les joncs sont entrelacés autour de me tête.
Je suis descendu jusqu’à la matrice des montagnes ;

A jamais les verrous du pays sans retour sont tirés sur moi.
Mais de la fosse tu me feras remonter vivant,
Oh ! Seigneur, mon Dieu ! (Jonas 2, 3-7)

La suite est aussi passionnante. Jonas, finalement, se rend à Ninive sur ordre du Seigneur et annonce la destruction prochaine de cette immense ville dans laquelle le désordre règne toujours. Mais la population, des grands jusqu’aux petits (Jonas 3, 5) décide de jeûner, de se reprendre, de changer de vie en somme. Alors, Dieu renonce à sa colère et cette fois-ci, pardonne. Jonas met du temps à accepter ce revirement, à accepter que la colère divine ne soit pas inéluctable… Un des thèmes du livre de Jonas est celui de la possibilité du pardon.

Voilà, j’aime bien cette histoire. J’ai eu envie de peindre cette icône en premier pour la juxtaposition des nuances de bleu : mélange de cobalt et céruléum pour le monstre marin ; lapis-lazuli et outremer pour la mer. Quant à la montagne, elle est de vert malachite.

J’ai aussi été très touchée par le long poème de Jonas. C’est ainsi que je ressens les choses : quand la tempête se déchaîne avec trop de violence, le besoin de descendre jusqu’au fond, de laisser son âme au repos, en sommeil, dans l’obscurité pour « remonter vivant »… Le ventre du monstre comme une sorte d’hibernation symbolique, avant le retour du printemps.

Et puis, ces jours-ci, comme toujours, j’écoute la radio ; je pense à Ninive et aux terribles drames qui s’y jouent, à l’effroyable tempête qui secoue depuis tellement longtemps ces pays qu’on aime.

Article du 12 juin 2014

Complément à l’article, le 7 mai 2018

Jonas 2

Jonas sur planche de bouleau en relief 20 x 24 cm ; 2018

Quatre ans plus tard, cette icône m’est de nouveau demandée mais la personne qui me la commande souhaite la présence du Christ. La tradition chrétienne a vu dans Jonas la préfiguration du Christ (Luc, 11, 29-32). Pierre Chrysologue, théologien romain du début du Vème siècle, approfondit le sujet (1) : « …les actions des saints ne doivent jamais être attribuées au hasard : il faut les regarder comme des signes… « 

(1) Thèmes et figures bibliques, Les Pères dans la foi, DDB