Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La Création de la lumière

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Icône sur tilleul 25 x 30 cm, 2019

Voici une icône inspirée par une mosaïque de la cathédrale de Monreale, en Sicile. Je l’ai arpentée en 2005, complètement grippée, tenant à peine debout, et cependant, absolument émerveillée.

La cathédrale Santa Maria Nuova se situe tout près de Palerme. Elle a été construite à la fin du XIIe siècle, commanditée par Guillaume II le Bon. Elle est typique de l’art dit « normand arabo-byzantin », qui allie les trois cultures alors très présentes en Sicile.

En entrant, on se sent minuscule, abasourdi par tant de profusion et de beauté, un intérieur entièrement recouvert de marbres colorés, d’ors et de mosaïques byzantines (presque 8 000 m2). Celles-ci datent du XIIe et XIIIe siècles et ont été réalisées par des artistes vénitiens et siciliens.

J’aime beaucoup le cycle de la Création qui couvre le mur sud de la Nef centrale (registre supérieur) et déploie une incroyable richesse de sens.

Création Monreale

Un détail de la mosaïque de Monreale

Voici celle qui représente la venue de la lumière accompagnée pas les anges. Le Créateur est représenté comme le sera le Christ, mais sans l’auréole cruciforme. Il prononce ces paroles : 

« Et Dieu dit : « Que la lumière soit ! »  Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne. » Gn 1, 3-4 

L’action créatrice est l’effet d’une parole et Dieu tient dans la main gauche un rouleau signifiant ces paroles créatrices (le projet créateur).

Il est assis sur le globe qui représente l’Univers, le Tout, le mystère divin et parle avec la solennité que confère le geste du bras droit étendu, et des doigts de la main droite disposés dans la signification byzantine de l’acte de parole. 

Ainsi, Dieu crée l’éclat de la lumière et la nouvelle énergie lumineuse fait apparaître un groupe d’esprits célestes, des anges anthropomorphes. Ils sont au nombre de sept, selon la vision de l’Apocalypse (Ap 8, 2) : « Et je vis les sept anges qui se tiennent devant Dieu ». Ce nombre est conforme aux nombreuses traditions qui dénombrent sept archanges (Livre de Tobie, tradition éthiopienne…)

Les anges sont en position orante, respectueux et dynamiques. Des rayons semblables à un feu émanent d’eux, symbolisant la lumière qui apparaît en même temps qu’eux. Leur origine est ainsi à jamais reliée à la lumière et précède l’humanité.

La force du moment, ou celle du souffle divin créateur, procure un grand dynamisme et soulève les manteaux et les tuniques des personnages qui semblent planer, légers, tout en joie ! 

Au pied des personnages, on reconnaît les ténèbres primordiales au dessus des eaux.

J’aime beaucoup l’idée que la lumière n’est pas seulement représentée par la clarté : elle est aussi vivante, puis qu’elle arrive avec ces êtres à figure humaine qui sont en mouvement, annoncent, accompagnent, protègent. Et ils annoncent quoi ? Eh bien la vie. Et la scène trouve son écho en Jean 8, 12 :

« Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie ».

À noter : le texte en latin, qui figure au dessus de la mosaïque de Monreale, ne correspond pas exactement à la scène mais plutôt au 4e jour de la création. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai lu quelque part que ce pourrait être une erreur due à des restaurations tardives.


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L’hospitalité d’Abraham

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La mosaïque de Monreale

Chaque fois que le temps me le permet, entre deux commandes, je feuillette mes livres de reproductions d’icônes jusqu’à rencontrer le modèle qui s’impose. Cette fois, c’est une icône inspirée d’une mosaïque de la cathédrale de Monreale (Sicile), datant du XIIe siècle et que j’ai eu la chance de contempler en 2005.

Abraham accueille trois étrangers, se jette à leurs pieds et leur offre l’hospitalité. Il ne sait pas qui ils sont et pourtant, à eux trois, ils sont Dieu. Le texte inscrit sur cette mosaïque indique : « Abraham reçut les trois anges et, bien qu’il en vît trois, il en adora un seul ». Il s’agit bien sûr d’une vision prophétique du mystère de la Trinité, une Théophanie, c’est-à-dire une manifestation divine.

J’ai alors pensé à la chanson d’Allain Leprest : C’est peut-être…

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L’Hospitalité d’Abraham, icône de 2016 sur bouleau (24 x 27 cm)

J’ai remplacé le texte d’origine de la mosaïque par un extrait du texte biblique tiré de Gn 18, 4-5. Voilà l’extrait en entier : « Qu’on apporte un peu d’eau pour vous laver les pieds, et reposez-vous sous cet arbre. Je vais apporter un morceau de pain pour vous réconforter avant que vous alliez plus loin ».

J’ai un peu exagéré ce que j’ai observé dans la mosaïque d’origine en rendant l’arbre « joyeux » de donner son ombre et son réconfort aux trois étrangers. Quant au sol, il m’évoque les déserts, les plaines et les mers qu’ils ont traversés avant d’en arriver là. Ça ne vous évoque rien, cette histoire ?

Article du 1er décembre 2016