Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le rouge bordeaux

rouge bordeaux

Nous voilà aujourd’hui avec le rouge bordeaux en plein double sens, car quand on dit «bordeaux », on peut penser au vin, autrement dit au « rouge » ou à la couleur bordeaux… autrement dit… au rouge !

Avant de désigner un vin, le bordeaux couvre un champ de nuances encore plus étendu que celui des tonalités de vins et rassemble une grande partie des teintes rouge sombre. La couleur bordeaux court à travers les nuances de rouges, du rouge-orangé au rouge-pourpre. Plus claire, elle devient rose ; avec une pointe de jaune, elle vire au marron.

Le Répertoire des couleurs de la Société des amis des chrysanthèmes distingue quatre tons rouges différents de la couleur « vin de Bordeaux ».

Le terme bordeaux, au sens de couleur, n’est attesté que depuis 1884. Les premières occurrences décrivent les tonalités obtenues avec les colorants de synthèse inventés à cette époque ; il semble que Bordeaux ait été le nom commercial d’un colorant rouge violacé, breveté en 1878. La dénomination a été choisie en référence à la teinte des vins de la région.

La teinte lie de vin, attestée depuis le XIXe siècle, désigne un rouge-bordeaux plus sombre, tirant sur le violet, comme la partie du vin déposée au fond de la cuve. D’autres noms, comme le grenat, qui reprend le nom d’une pierre semi-précieuse, sont à peu près synonymes et désignent la même gamme de couleur.

Le passe-velours a aussi la même tonalité. C’est l’autre nom de l’amarante, fleur d’un pourpre rouge velouté, symbole de l’immortalité, qui produit aussi un colorant. Le terme de « velours » renvoie à l’aspect d’une couleur que l’on a envie de toucher, de caresser…

Ces colorants de synthèse recouvrent de jolies couleurs, peu couvrantes et peu solides à la lumière.

On associe à la même gamme la couleur de la « betterave rouge cuite, en tranches minces », et aussi la couleur bourgogne… Les qualificatifs sont sans fin, inépuisables, comme l’imagination, la richesse du monde végétal et minéral, les nuances, celles qui touchent les yeux comme celles qui chatouillent les papilles…

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 15 février 2016


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Le rouge cadmium

mes pigments rouge de cadmium n° 1, 2, 3 et 4 (Kremer)

Mes pigments rouge de cadmium n° 1, 2, 3 et 4 (Kremer)

Nous avons parlé du rouge de falun la semaine dernière, continuons avec les pigments. Le XIXe siècle est l’époque de l’élaboration d’un certain type de pigments synthétiques qui ont changé le cours de l’histoire de la peinture. La découverte de la gamme des cadmiums, du jaune citron au rouge bordeaux, date de 1816 ; la commercialisation commence en 1830 avec le jaune. Les brevets concernant les tonalités rouges sont plus tardifs et datent de la fin du XIXe, voire du début du XXe siècle.

Les jaunes et orangés sont des sulfures de cadmium, et, pour faire simple, les rouges sont des sulfoséléniures. Le remplacement du soufre par le sélénium provoque le déplacement de la couleur : plus le pourcentage de sélénium est élevé, et plus la couleur tend vers le rouge…

Au milieu des années 1920, afin de diminuer le coût des pigments cadmiums, certains producteurs américains ont l’idée de leur ajouter du sulfate de baryum. Ce procédé rend la couleur plus économique et en même temps plus couvrante et opacifiante.

Les pigments de cadmium font d’abord l’objet de spéculations avec leurs couleurs d’une grande vivacité, leur excellente tenue aux températures élevées, leur compatibilité avec les autres pigments et, pour le rouge, leur solidité à la lumière et aux intempéries. On dit que Monet en Van Gogh en sont de grands utilisateurs.

Cependant, cette gamme de couleurs comporte des défauts majeurs : certains mélanges ne sont pas stables, et surtout la couleur est toxique particulièrement lorsqu’elle est utilisée à l’échelle industrielle – par exemple pour la coloration des matières plastiques – ou encore pire lorsqu’elle brûle. Pas si facile d’être à la fois peintre et écolo avec le rouge !

Quant à la palette de l’artiste, on peut recommander de limiter l’usage du rouge de cadmium. La couleur reste précieuse à l’état pur pour réaliser des détails éclatants, des inscriptions ou des décors. Pour le reste, il vaut mieux opter pour les substituts, se méfier des mélanges hasardeux, bien refermer ses fioles de pigments après usage… et éviter de mettre son pinceau à la bouche pour en affiner la pointe !

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 23 novembre 2015


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La sanguine

sanguine

L’émission du 23 mars 2015 était consacrée à la sanguine, une variété terreuse d’hématite rouge, riche en oxydes de fer. Elle se décline dans des nuances allant du brun au pourpre, de l’orangé, à l’ocre.

On trouve des craies, des crayons, des pastels de couleur sanguine. Par extension, une œuvre exécutée à la sanguine porte le nom de… sanguine. Les traces de son utilisation remontent à la Renaissance et son apogée se situe au XVIIIe siècle, puis la technique connaît un net déclin.

Notre désormais familier Cennino Cennini, peintre du XIVsiècle, décrit ainsi la sanguine dans son Livre de l’art (p. 99: « Cette couleur est naturelle et c’est une pierre très solide et dure. (…) La pierre pure est d’un violet intense et a une veine comme celle du cinabre. (…) plus tu la broies, plus la couleur s’améliore et devient parfaite. Cette couleur est bonne sur mur, à fresque ; et elle donne un ton cardinal ou violet ou de laque. »

Parmi les peintres adeptes de la sanguine, citons Poussin, Watteau, Fragonard, David ou Ingres.

La sanguine trouve son utilisation naturelle dans la production de croquis, de modèles vivants et de scènes rustiques. Je pense à un tableau représentant une charrette que mon père avait acheté à la fin sa vie. Il aimait particulièrement l’ambiance rendue par cette scène monochrome, très simple, à la fois précise et entourée d’une légère brume, une sorte de poussière rouge…

Léonard de Vinci utilise la sanguine dans son auto-portrait et ses études anatomiques. Elle est idéale pour le rendu des modelés et des volumes.

La sanguine, sous forme de craie, s’étale facilement et a une utilisation similaire à celle du fusain ou du pastel : elle nécessite d’être fixée à la fin de l’exécution de l’œuvre.

Comme pour le pastel, le ton du papier est primordial pour l’exécution d’une sanguine. Ainsi, une technique picturale  de la Renaissance, la technique des trois crayons, consiste à représenter un modèle vivant à l’aide d’une craie sanguine, d’une pierre noire et d’une craie blanche sur un papier teinté. On retrouve l’association des trois couleurs, dans des tonalités très harmoniques. Leur combinaison permet de rendre toutes les nuances carnées du modèle vivant avec chaleur et réalisme.

Mais au fait, quand on dit sanguine, on ne pense pas forcément à un crayon d’artiste, on pense aussi à ces oranges à si belle tonalité rouge, à la saveur acidulée…

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 23 mars 2015


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Le minium

La fiole de minium

La fiole de minium

Le minium se classe parmi les pigments artificiels les plus anciens. Il est rouge-orangé et obtenu de diverses façons à partir de la céruse, c’est-à-dire du blanc de plomb. Un texte chinois indique que l’on fabriquait déjà au Ve siècle avant J.-C., un pigment rouge à base de métal, très prisé par les artistes.

Les auteurs de l’Antiquité, Pline l’Ancien et Vitruve, racontent la découverte fortuite de ce pigment, lors de l’incendie d’une villa du Pirée. On aurait trouvé dans les décombres un vase contenant de la céruse, base de maquillage très à la mode dans l’Antiquité : sous l’effet de la chaleur, le produit se serait transformé en une belle poudre rouge orangée.

Les confusions entre cinabre, minium et vermillon sont fréquentes, parfois volontaires : on peut retenir que la dénomination de minium se rapporte, surtout au Moyen Âge, à la calcination de la céruse. Pour cette raison, au cours du temps, le minium noircit, tout comme la céruse. Ainsi en témoignent les peintures murales du XIIe siècle de l’Abbaye de Saint-Savin : les rouge orangé sont devenus noirs.

Le pigment de minium est utilisé dans les fresques hindoues, les portraits du Fayoum, la peinture occidentale, l’enluminure et la fresque jusqu’au XVIIe siècle, puis il décline peu à peu, trop toxique. Il reprend de la notoriété au XIXe siècle, avec la mise en évidence de son pouvoir antirouille. Ainsi, la Tour Eiffel reçut une première couche de protection au minium de fer.

Il est aujourd’hui interdit en raison de sa grande toxicité, que ce soit lors de la fabrication, ou longtemps après son application.

Mais certains enlumineurs l’utilisent encore. Un de mes amis très chers, enlumineur, fabrique lui-même ses pigments en utilisant des recettes ancestrales. Il est souvent fier de me montrer le résultat et de m’offrir quelques échantillons. Malheureusement, au fil de mes lectures, je me suis rendue compte du danger et ai mis en sécurité une fiole qui contenait… du réalgar… quand j’ai compris qu’il s’agissait de sulfure d’arsenic… et après cette courte étude sur le minium, je crois que je vais faire de même avec une jolie fiole orangée que je gardais précieusement sur mon étagère à pigments !

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 15 décembre 2014


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Fait de terre rouge

photo Bruno Couchaud

photo Bruno Couchaud

Après trois années passées avec les pigments bleus, les rêves qui se posent à l’horizon, les vagues à l’âme et la nostalgie des peintres en bleu, il fallait parler de la couleur la plus opposée possible au bleu – d’un point de vue symbolique – c’est à dire le rouge.

Le rouge est présent au tout début de la Création : c’est la couleur de l’argile rouge à partir de laquelle l’homme est façonné. Dieu nomme sa création « Adam ». Et ce nom même signifie « terre rouge ». En hébreux dom désigne le sang et adama, la terre des hommes. Le latin Adamus peut se traduire par « fait de terre rouge ».

Les paléontologues nomment le premier continent : le continent des Vieux Grès Rouges.

Ainsi, le rouge est-il la couleur des origines de l’humanité, la couleur du feu, du sang, en un mot la couleur de la chaleur, qui signifie la vie. Voilà pourquoi le rouge imprègne la plupart de mythes de Création du monde.

On comprend la place de cette couleur dans la les cérémonies traditionnelles de chasse, de guerre, les rites de passage de la puberté avec les corps colorés de terre rouge. Ce sens apparaît dans des rites funéraires très anciens dans lesquels les morts étaient enduits d’ocre rouge avant d’être mis en terre ou bien l’ocre rouge était posé au-dessus ou au-dessous des ossements, afin – peut-être – de leur permettre de renaître, plus tard, dans le ventre de la terre mère.

Plus que toute autre couleur, le rouge symbolise le point de rencontre entre la vie et la mort, le point de transformation à la fois initiatique et funéraire, source de vie et puissance de mort. Le rouge serait un peu le sang coagulé de la terre, le départ et la fin de la vie, là où, dans les émissions passées, nous avions plutôt regardé le bleu comme « la couleur de l’âme ».

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 1er septembre 2014