Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le céladon (émission du 17 octobre)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

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On compare la céladon à la couleur des feuilles de saule…

Le céladon désigne une teinte vert pâle avec des nuances de bleu et de gris. Cette couleur si spéciale doit son nom au berger Céladon, personnage d’un roman pastoral du début du XVIIe siècle.

Le céladon désigne également un type de céramique, une glaçure très particulière contenant une petite quantité d’oxyde de fer, propre à la Chine et à l’Extrême-Orient, particulièrement apprécié pour ses tonalités proches de la couleur du jade, la pierre sacrée.

La technique est inventée dès 1250 av. J.-C. Elle nécessite une cuisson à haute température – environ 1200° – afin d’obtenir une matière vitreuse. Des cendres incandescentes retombent, à la sortie du four, sur les pièces, en laissant apparaître un revêtement imperméable, translucide et brillant. Selon les époques, on utilise des cendres de bois sèches ou un mélange de cendres humides et d’argile saupoudré à travers un tamis ou étalé au pinceau. Ces techniques, explorées méthodiquement par d’ingénieux artisans, permettent l’obtention de teintes variées.

Les céladons sont généralement monochromes, mais peuvent être ornés de motifs finement mis en relief. La grue, oiseau symbole de longévité et de bonheur, décore les céladons coréens : ils se distinguent des chinois par des tonalités qui tendent davantage vers le bleu. On trouve aussi des motifs décoratifs floraux ou animaux, des nuages, des fleurs, ainsi que des arabesques.

Dès sa mise au point sont fabriqués des jarres et des urnes funéraires qui font penser aux bronzes rituels un peu vieillis.

Peu à peu, le revêtement se perfectionne et les potiers fabriquent des bols à thé comparés à des « nuages verts saisis dans un tourbillon de glace. » Leur production pénètre jusqu’à la cour impériale.

L’âge d’or du céladon s’étend du XIe au XIVe siècle, art soutenu par la dynastie des Song puis des Yuan. Les pièces fabriquées ne sont plus seulement des objets utilitaires ou sacrés, mais deviennent de véritables œuvres d’art, avec des couleurs allant jusqu’au vert pâle, argenté, presque transparent.

Il semble qu’avec les invasions mongoles, la technique devienne progressivement plus grossière, puis commence à tomber dans l’oubli… Il nous reste la nuance, une teinte douce et un peu mystérieuse, aux reflets à la fois soyeux et fades, la couleur des feuilles de saule et de pêchers…

Article du 17 octobre 2016

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Mars la verte (émission du 3 octobre)

OLYMPUS DIGITAL CAMERAAprès trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

J’ai partagé avec quelques uns l’engouement pour la trilogie martienne publiée à partir de 1992:  Mars la rouge, Mars la verte et Mars la bleue, par Kim Stanley Robinson. Ce roman fleuve de science-fiction raconte l’installation de Terriens sur Mars et les conflits liés aux projets divergents : faut-il tout faire pour transformer la splendide planète rouge en une planète vivable par l’homme – elle serait alors verte – ou encore en une planète qui pourrait devenir bleue si le niveau des eaux continuait à monter suite au réchauffement climatique qui affecte Mars, comme il affecte la terre ? Le récit, qui s’étend sur deux cents ans, est émaillé de descriptions riches en couleurs, de levers de soleil époustouflants, de dunes, de dômes et de cratères, d’éclats de lumière sous la neige ou le vent.

J’ai relevé un passage, dans le dernier tome : il met à l’honneur la couleur verte qui émerge peu à peu d’un paysage de sable, de terre et de rouille.

« Au milieu de toutes ces pierres, de tout ce sable, la vie végétale était très discrète. Au premier abord, du moins. Il fallait la chercher, bien regarder les couleurs, et surtout le vert, toutes les teintes de vert, dans ses nuances désertiques essentiellement : sauge, olive, kaki (…). Il fit plus attention. Une fois qu’on avait appris à remarquer les teintes pâles, vivantes, qui se fondaient si bien avec le milieu ferrique, elles commençaient à ressortir sur les tons rouille, bruns, terre de Sienne, ocre et noirs du paysage. C’était dans les creux et les fissures qu’on avait le plus de chances d’en repérer. Plus il scrutait le sol, plus il en voyait (…).

Le vert phosphorescent de certains lichens couvrait des parois rocheuses entières. Aux endroits où l’eau gouttait apparaissaient les verts émeraude, le velours sombre des mousses, pareilles à de la fourrure mouillée.

La palette multicolore de la gamme des lichens. Le vert foncé des aiguilles de pins. Les gerbes d’éclaboussures des pins de Hokkaido, les pins queue de renard, les genévriers d’Occident. Les couleurs de la vie. »

Article du 3 octobre 2016


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Les nuances du vert (émission du 26 septembre)

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Nuances de vert

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

Le monde latin sait parfaitement nommer le vert, contrairement au monde grec, sans qu’on soit capable d’en comprendre véritablement la raison. Le vocabulaire latin distingue des nuances subtiles en jouant sur les préfixes. Si viridis désigne la couleur verte, perviridis correspond à un vert intense, alors que subviridis désigne un vert léger. Toute une série de qualificatifs, nomment le vert qu’on appellerait « gazon », le vert clair, brillant, foncé, ou nuancé de bleu ou de gris. Bref, la capacité du vocabulaire à répertorier les nuances du vert en latin dépasse celle de certaines langues modernes.

La langue du Moyen Âge ajoute une précision avec le mot smaragdinus qui nomme une tonalité proche du vert émeraude.

Aujourd’hui, la gamme du vert est presque aussi large que celle du bleu. On différencie les dénominations liées à la composition chimique de celles qui précisent la nuance perçue par l’œil. Un même pigment naturel ou des minerais de même nature physico-chimique, peuvent donner des coloris très variés. Et puis chaque couleur n’apparaît pas seulement selon sa nuance, mais selon son aspect : un vert peut être brillant ou mat, acidulé ou naturel, transparent, couvrant, saturé, terne ou agressif.

Citons, pour le plaisir, quelques-unes des nuances de vert, comme un poème, comme une chanson :

Vert émeraude, vert sauge, vert d’eau ou vert olive
Vert mousse, vert sapin, vert menthe ou cendre verte
Vert-de-gris, vert Véronèse ou vert lichen
Vert pistache, vert pomme, vert tilleul ou terre verte
Vert turquoise, vert anis ou vert amande
Vert anglais, vert de jade ou de cobalt
Vert cadmium, vert de laque ou vert de chrome
Vert mousse ou vert de vessie…

Ah, j’oubliais le vert caca d’oie et le vert kaki, mais je préfère rêver au vert malachite, qui, j’en reparlerai, est mon préféré !

Article du 26 septembre 2016