Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


Poster un commentaire

Vert printemps

OLYMPUS DIGITAL CAMERAVoilà deux semaines écoulées sans notre chronique Tout en nuances du lundi. Et pourquoi ? Eh bien il y a eu un 1er mai, une journée qui occupe depuis plus longtemps qu’on ne l’imagine, une place spéciale : celle d’un temps de festivité où l’on défilait vêtu de vert – et non de rouge – portant couronne ou chapeau végétal – et non tract et bannière ! Une tradition médiévale consistait à aller chercher dans la forêt un arbre ou une belle branche et à la placer devant la maison de la femme aimée, suivant toute une symbolique et un langage lié à l’essence de l’arbre.

« Le dieu d’amour est coutumier
À ce jour fête tenir,
Pour les cœurs amoureux fêter
Qui désirent le servir.
Pour ce, fait les arbres couvrir
De fleurs et les champs vert gai,
Pour la fête la plus belle embellir
Le premier jour de mai. »

Chaque saison est marquée par une couleur. Si l’orangé ou le brun correspondent à l’automne, le blanc ou le gris à l’hiver, le jaune ou le rouge à l’été, le vert, depuis le Moyen Âge, est associé au printemps.

En ancien français, le mot reverdie est à la fois lié à la couleur verte et à tout ce qu’elle annonce de bonheur et de retour à la vie, après la petite mort de l’hiver. Plus largement, le mot désigne un poème qui célèbre d’une même voix le retour des beaux jours, l’allégresse qui l’accompagne et la naissance du sentiment amoureux. Du reste, de nombreuses enluminures illustrent les joies de la saison printanière, non par l’image des travaux agricoles, mais par la représentations de jeunes gens vêtus de festives tenues vertes : on dit joliment au Moyen Âge que la nature qui reverdit se met à avriler alors que les jeunes gens commencent à fleureter

Le christianisme a donné un sens aux fêtes païennes, de la fête du feu des anciens germains, au jour de Belenos chez les Celtes ou aux Floralia des Romains. Un bel exemple d’une ré-appropriation est celui de la fête des Rameaux marquant l’entrée du Christ à Jérusalem et célébrée une semaine avant Pâques : les rameaux de buis, de laurier, de palmier, d’olivier, de saule ou de bouleau, selon les régions, sont une réminiscence de cette histoire.

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 15 mai 2017


Poster un commentaire

Le vert dans l’enluminure

enluminure vertContrairement au bleu, le vert est bien présent dans les manuscrits enluminés du Moyen Âge, très souvent au voisinage de l’ocre rouge.

Les enlumineurs rechignent beaucoup moins que les teinturiers à effecteur des mélanges pour obtenir du vert, mais l’interdit biblique de l’hybridation plane, et à chaque fois que possible, les enlumineurs préfèrent les verts purs.

Les enlumineurs utilisent principalement des pigments naturels minéraux comme la terre verte ou la malachite en raison de leur stabilité mais aussi des pigments artificiels comme le vert de cuivre, couleurs vives mais toxiques. Cependant, la variété reste largement insuffisante, d’où l’utilisation de verts végétaux dont la nature regorge, mais à la stabilité indécise, la plupart des pigments de type « chlorophyllien » perdant leur intensité dès que la plante se fane ou meurt.

Citons deux couleurs désormais oubliées : le nerprun et la morelle.

Le nerprun est une plante médicinale, un purgatif qui se trouve dans les bois et sur certains coteaux calcaires. La plante permet de réaliser une préparation dont la nuance peut aller du jaune au vert ou au brun. Le procédé est toujours le même : il s’agit de broyer soigneusement le végétal puis de laisser sécher au soleil avant de mélanger avec un liant comme la gomme arabique. La nuance peut devenir assez vive et lumineuse en la transformant par un mélange avec l’alun et un processus de fermentation. Elle est appréciée des peintres italiens qui la nomment Stil de grain français avant qu’elle ne devienne Pasta Verde, vert de sève, puis vert de vessie. On en trouve diverses recettes dans des manuscrits de Bologne et de Padoue aux XVe et XVIe siècles et en particulier l’indication d’un mélange avec le safran afin d’obtenir une nuance plus dorée. Le vert de vessie, à la recette à peine améliorée, est employé jusqu’au XIXe siècle en particulier pour peindre les éventails et pour les lavis des plans d’architecte.

La morelle est une des rares espèces contenant du pigment dans ses feuilles. La recette de préparation semble extrêmement simple et la voici, citée dans le manuscrit d’Eraclius au XIIIe siècle : « moudre de la terre blanche avec solanum nigrum – la morelle – jusqu’à ce que le tout soit liquide. On obtient un vert pour peindre n’importe quoi » ! On comprend que le jus obtenu en broyant la feuille a besoin d’être fixé sur l’alun ou la craie. Plus tard, au XVe siècle, Jean le Bègue mentionnera la même recette, en y apportant cependant quelques améliorations : l’ajout de safran et de vert de gris ainsi que le mélange avec du « vin aigre ».

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 10 avril 2017


Poster un commentaire

Le vert émeraude

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJ’avoue avoir été déçue de découvrir que mes si beaux pigments nommés « émeraude » n’ont à peu près aucun lien avec la pierre du même nom. Le vert émeraude est seulement le nom d’une couleur inspiré par la tonalité de la pierre précieuse : l’émeraude. Le mot proviendrait du latin smaradgus, déformation d’un mot perse qui signifie « cœur de pierre ». On évoque déjà sa présence à Babylone, comme monnaie d’échange.

L’émeraude semble être une des rares pierres vertes à l’honneur dans la Bible : elle est mentionnée deux fois parmi les pierres précieuses qui ornent le pectoral du grand prêtre (Ex 28, 17-20) ainsi que dans la description de la Jérusalem céleste (Ap 21, 19-21).

On prête à la couleur de l’émeraude la capacité d’agir sur la sphère oculaire et en particulier sur la myopie. À Rome, on la réduit en poudre afin de préparer des baumes oculaires. L’empereur Néron, nous en avons parlé, aimait spécialement la pierre d’émeraude dont la contemplation lui reposait la vue – dit-on – surtout lors des combats de gladiateurs.

Pline l’Ancien, dans son Histoire naturelle, décrit ainsi la couleur de l’émeraude, insistant sur son pouvoir médical : « Il n’est point de couleur plus agréable à l’œil ; car, bien que la vue se fixe avidement sur le vert des herbes et du feuillage, ou goûte infiniment plus de plaisir à contempler des émeraudes, aucune nuance verte n’étant verte si on la compare à cette pierre. De plus, entre toutes les pierreries, c’est la seule qui repaisse l’œil sans le rassasier : et même, quand on s’est fatigué en regardant avec attention quelques objets, on se récrée la vue en la portant sur une émeraude : les lapidaires n’ont rien qui leur repose mieux les yeux, tant cette douce nuance verte calme la fatigue de l’organe (…) Ni le soleil, ni l’ombre, ni les lumières, rien ne les change. » Je ne sais pas si cette réputation de reposer la vue est attestée par la médecine – peut-être un auditeur nous le dira – mais les scribes et les enlumineurs du Moyen Âge contemplaient eux aussi la pierre d’une émeraude pour obtenir le même effet.

Pour les Mayas, l’émeraude est une sorte de soleil vert, signe de sang et de prodigalité.

Le terme vert émeraude, associé à une nuance de couleur, date du XVIIe siècle. Il désigne une nuance de couleur, une tonalité lumineuse, transparente, souvent peu couvrante. Ne soyons pas trop déçus, la dénomination est avant tout prestigieuse et le pigment appelé « vert émeraude » ne contient en réalité aucun élément provenant de la pierre véritable.

Revenons à Pline l’Ancien. Son Histoire naturelle est une œuvre en prose composée de 37 livres, véritable somme encyclopédique, compilation incroyable du savoir de son époque, dans tous les domaines scientifiques et techniques. Pline publie son œuvre autour de l’an 77, persuadé que la vie est courte et qu’il ne faut pas se lasser de s’instruire ! Et moi, je ne me lasse pas de ses descriptions détaillées et imagées, qui ont traversé le temps.

Pline classe les émeraudes en douze catégories qui dépendent de leur origine géographique : la Scythie, l’Égypte, Chypre, la Grèce et en particulier l’Attique, la Turquie, la Perse, l’Éthiopie ou la Sicile… Il commence par évoquer celles de Scythie, territoire s’étendant alors de la steppe au nord de la mer Noire jusqu’à la Volga – et du Caucase au Danube. Pour Pline, ce sont les meilleures de toutes, des émeraudes qu’il qualifie d’« irréprochables ».

Voilà ce qu’il écrit à propos des émeraudes de Chypre : « Le mérite de celles-ci consiste dans une nuance claire qui n’a rien de faible, mais (…) quelque chose d’humide et de gras, et dans une transparence qui imite celle de la mer. De la sorte, elles sont à la fois diaphanes et luisantes, c’est-à-dire qu’elles réfléchissent la lumière et laissent pénétrer la vue. On raconte que dans l’île de Chypre, sur le tombeau d’un petit roi nommé Hernias, auprès des pêcheries, était un lion de marbre avec des yeux en émeraude. L’éclat qui en sortait pénétrait si avant dans la mer, que les thons épouvantés s’enfuyaient. Les pêcheurs s’étonnèrent longtemps de cette fuite nouvelle du poisson ; à la fin ils mirent au lion d’autres yeux. »

Pline incrimine « les prix si exorbitants » de certaines émeraudes et énumère également les défauts qu’on y peut rencontrer, celles qui sont ternes ou, selon ses mots, « déshonorées par des nuages ». Ainsi, il raconte que les émeraudes de Perse (je cite encore) « n’ont pas de transparence, mais une nuance uniforme et (en est) agréable ; elle satisfait la vue sans la laisser pénétrer, et ces émeraudes ressemblent aux yeux des chats et des panthères, qui brillent sans être transparents ».

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 20 février 2017


Poster un commentaire

Le céladon

img_2668

On compare la céladon à la couleur des feuilles de saule…

Le céladon désigne une teinte vert pâle avec des nuances de bleu et de gris. Cette couleur si spéciale doit son nom au berger Céladon, personnage d’un roman pastoral du début du XVIIe siècle.

Le céladon désigne également un type de céramique, une glaçure très particulière contenant une petite quantité d’oxyde de fer, propre à la Chine et à l’Extrême-Orient, particulièrement apprécié pour ses tonalités proches de la couleur du jade, la pierre sacrée.

La technique est inventée dès 1250 av. J.-C. Elle nécessite une cuisson à haute température – environ 1200° – afin d’obtenir une matière vitreuse. Des cendres incandescentes retombent, à la sortie du four, sur les pièces, en laissant apparaître un revêtement imperméable, translucide et brillant. Selon les époques, on utilise des cendres de bois sèches ou un mélange de cendres humides et d’argile saupoudré à travers un tamis ou étalé au pinceau. Ces techniques, explorées méthodiquement par d’ingénieux artisans, permettent l’obtention de teintes variées.

Les céladons sont généralement monochromes, mais peuvent être ornés de motifs finement mis en relief. La grue, oiseau symbole de longévité et de bonheur, décore les céladons coréens : ils se distinguent des chinois par des tonalités qui tendent davantage vers le bleu. On trouve aussi des motifs décoratifs floraux ou animaux, des nuages, des fleurs, ainsi que des arabesques.

Dès sa mise au point sont fabriqués des jarres et des urnes funéraires qui font penser aux bronzes rituels un peu vieillis.

Peu à peu, le revêtement se perfectionne et les potiers fabriquent des bols à thé comparés à des « nuages verts saisis dans un tourbillon de glace. » Leur production pénètre jusqu’à la cour impériale.

L’âge d’or du céladon s’étend du XIe au XIVe siècle, art soutenu par la dynastie des Song puis des Yuan. Les pièces fabriquées ne sont plus seulement des objets utilitaires ou sacrés, mais deviennent de véritables œuvres d’art, avec des couleurs allant jusqu’au vert pâle, argenté, presque transparent.

Il semble qu’avec les invasions mongoles, la technique devienne progressivement plus grossière, puis commence à tomber dans l’oubli… Il nous reste la nuance, une teinte douce et un peu mystérieuse, aux reflets à la fois soyeux et fades, la couleur des feuilles de saule et de pêchers…

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 17 octobre 2016


Poster un commentaire

Mars la verte

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJ’ai partagé avec quelques uns l’engouement pour la trilogie martienne publiée à partir de 1992 :  Mars la rouge, Mars la verte et Mars la bleue, par Kim Stanley Robinson. Ce roman fleuve de science-fiction raconte l’installation de Terriens sur Mars et les conflits liés aux projets divergents : faut-il tout faire pour transformer la splendide planète rouge en une planète vivable par l’homme – elle serait alors verte – ou encore en une planète qui pourrait devenir bleue si le niveau des eaux continuait à monter suite au réchauffement climatique qui affecte Mars, comme il affecte la terre ? Le récit, qui s’étend sur deux cents ans, est émaillé de descriptions riches en couleurs, de levers de soleil époustouflants, de dunes, de dômes et de cratères, d’éclats de lumière sous la neige ou le vent.

J’ai relevé un passage, dans le dernier tome : il met à l’honneur la couleur verte qui émerge peu à peu d’un paysage de sable, de terre et de rouille.

« Au milieu de toutes ces pierres, de tout ce sable, la vie végétale était très discrète. Au premier abord, du moins. Il fallait la chercher, bien regarder les couleurs, et surtout le vert, toutes les teintes de vert, dans ses nuances désertiques essentiellement : sauge, olive, kaki (…). Il fit plus attention. Une fois qu’on avait appris à remarquer les teintes pâles, vivantes, qui se fondaient si bien avec le milieu ferrique, elles commençaient à ressortir sur les tons rouille, bruns, terre de Sienne, ocre et noirs du paysage. C’était dans les creux et les fissures qu’on avait le plus de chances d’en repérer. Plus il scrutait le sol, plus il en voyait (…).

Le vert phosphorescent de certains lichens couvrait des parois rocheuses entières. Aux endroits où l’eau gouttait apparaissaient les verts émeraude, le velours sombre des mousses, pareilles à de la fourrure mouillée.

La palette multicolore de la gamme des lichens. Le vert foncé des aiguilles de pins. Les gerbes d’éclaboussures des pins de Hokkaido, les pins queue de renard, les genévriers d’Occident. Les couleurs de la vie. »

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 3 octobre 2016


1 commentaire

Les nuances du vert

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Nuances de vert

Le monde latin sait parfaitement nommer le vert, contrairement au monde grec, sans qu’on soit capable d’en comprendre véritablement la raison. Le vocabulaire latin distingue des nuances subtiles en jouant sur les préfixes. Si viridis désigne la couleur verte, perviridis correspond à un vert intense, alors que subviridis désigne un vert léger. Toute une série de qualificatifs, nomment le vert qu’on appellerait « gazon », le vert clair, brillant, foncé, ou nuancé de bleu ou de gris. Bref, la capacité du vocabulaire à répertorier les nuances du vert en latin dépasse celle de certaines langues modernes.

La langue du Moyen Âge ajoute une précision avec le mot smaragdinus qui nomme une tonalité proche du vert émeraude.

Aujourd’hui, la gamme du vert est presque aussi large que celle du bleu. On différencie les dénominations liées à la composition chimique de celles qui précisent la nuance perçue par l’œil. Un même pigment naturel ou des minerais de même nature physico-chimique, peuvent donner des coloris très variés. Et puis chaque couleur n’apparaît pas seulement selon sa nuance, mais selon son aspect : un vert peut être brillant ou mat, acidulé ou naturel, transparent, couvrant, saturé, terne ou agressif.

Citons, pour le plaisir, quelques-unes des nuances de vert, comme un poème, comme une chanson :

Vert émeraude, vert sauge, vert d’eau ou vert olive
Vert mousse, vert sapin, vert menthe ou cendre verte
Vert-de-gris, vert Véronèse ou vert lichen
Vert pistache, vert pomme, vert tilleul ou terre verte
Vert turquoise, vert anis ou vert amande
Vert anglais, vert de jade ou de cobalt
Vert cadmium, vert de laque ou vert de chrome
Vert mousse ou vert de vessie…

Ah, j’oubliais le vert caca d’oie et le vert kaki, mais je préfère rêver au vert malachite, qui, j’en reparlerai, est mon préféré !

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 26 septembre 2016


2 Commentaires

Les mots du vert

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

On l’a vu, en raison même de l’étymologie, la couleur verte est presque toujours associée à la nature. Le langage courant reprend cette analogie. On parle d’« espaces verts », de « tourisme vert », d’« or vert » et de « poumon vert ». On part en « classe verte » quand on est enfant ; plus tard, on va de temps en temps «  se mettre au vert » quand le ressourcement s’impose.

On dit d’une personne qu’elle a « la main verte » ou « les pouces verts » parce que les plantes « reverdissent » par ses bons soins. Tous les mots liés à l’écologie recourent à la couleur verte : du parti des « Verts » à Greenpeace en passant par le parti « die grünen » en Allemagne.

La couleur verte, par extension, symbolise depuis l’Antiquité égyptienne, tout ce qui a un lien avec la santé : les croix qui annoncent les pharmacies clignotent en vert ; c’est aussi la couleur choisie pour la carte vitale.

Le vert est  la couleur de l’autorisation, du « laisser passer » : le feu vert indique que l’on peut traverser, comme la carte verte de la voiture atteste de la validité de l’assurance. Quant à la carte verte américaine, sésame de l’immigration dans ce pays, elle donne à son titulaire le statut de résident permanent, la clé de la liberté, permettant de travailler pour l’employeur de son choix. Un numéro vert est un numéro de téléphone gratuit. On parle du « billet vert » à propos du dollar ou des « hommes en habits verts » quand il s’agit des académiciens.

Mais attention, selon les langues, le symbole du vert peut changer. On dit d’un novice qu’il est un « bleu », mais le mot est traduit par « vert » en anglais.

Le mot vert peut aussi apparaître en livrant son sens négatif : on peut être « vert de rage » et surtout « vert de peur », en entendre « des vertes et des pas mûres » ou encore « recevoir une volée de bois vert ». Parfois, le mot vert est plus ambigu et renvoie à une situation incongrue : c’est le cas de la « souris verte » » ou « des petits hommes verts » que l’on imagine sur la planète Mars !

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 19 septembre 2016