Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le voyage de Didron l’archéologue

Delphes

À Delphes…

Nous avons rencontré, les semaines précédentes, Adolphe-Napoléon Didron, un archéologue du XIXe siècle, qui publie Le Guide de la peinture en 1845. Le voilà en route vers l’Orient. Il découvre ces contrées lors d’un voyage effectué en août et septembre 1839. Il visite d’abord Athènes et ses attachantes petites églises, restées debout malgré les vicissitudes de l’histoire. Certes, de nombreuses fresques sont recouvertes de badigeon ou complètement détruites, mais certaines ont résisté et le touchent. Il parcourt alors la campagne des environs et découvre de charmants monastères, des églises entièrement fresquées, des mosaïques à fond d’or. À Delphes, il arrive dans un prieuré caché par l’ombre des oliviers. Là se niche une petite église couverte de fresques. Plus que jamais, il se réjouit d’arpenter ces régions qui l’enchantent.

Il étudie les fresques et les mosaïques de chacun des ces lieux, du plus intime au plus imposant, avec le plus grand soin, prenant des notes minutieuses, destinées à compléter les dessins relevés par ses compagnons de voyage.

Il s’étonne de découvrir une absolue cohérence dans la manière de représenter les personnages, qu’il s’agisse de leur expression, de la couleur des vêtements, de la posture, de l’ordonnancement de chacun dans l’église, quel que soit l’artiste à l’origine de l’œuvre, et même lorsque plusieurs siècles séparent leur réalisation.

Et voilà le genre de réflexion qu’il se fait sans cesse : « En France, dans des monuments de même époque et de même style, mais de province différente, on surprend de curieuses variétés dans la représentation d’un sujet semblable. Ainsi, à la chute d’Adam, le fruit qui séduit Eve est souvent un raisin en Bourgogne et en Champagne ; c’est ordinairement une figue ou une orange en Provence, et quelquefois une pomme en Normandie. Mais, en Grèce, dans la ville d’Athènes comme dans celle de Mistra, dans la Béotie comme dans le Péloponnèse, toutes les images sont des copies prises l’une sur l’autre, et comme des contre-épreuves. »

Un peu plus loin il ajoute : « On dirait qu’une pensée unique, animant cent pinceaux à la fois, a fait éclore d’un seul coup presque toutes les peintures de la Grèce. » Il n’en faut pas plus pour aiguiser la curiosité de notre archéologue… et la nôtre ! Finalement, il cherche à répondre à la question que beaucoup se posent devant une icône : quel est ce « langage » universel ? Pourquoi la Renaissance occidentale a-t-elle conduit à t-elle ouvert sur tant de « liberté » en art ? Et quelle est la différence, le message et le sens de « la manière de peindre » byzantine (et dans une large part médiévale) ? En bref : où se situe la « différence » ?

À suivre avec l’article Le peintre de Salamine

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Carnets de peinture et diffusée de septembre 2017 à juin 2019 sur RCF Isère. Dans l’esprit du carnet de voyage, l’émission nous faisait entrer dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel » (peinture de l’icône, fresque, enluminure, calligraphie, mosaïque, taille de pierre, orfèvrerie, vitrail…).  On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 25 septembre 2017 mis à jour le 15 février 2021