Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le bleu maya

Je viens de recevoir des échantillons de deux tonalités différentes du bleu maya, à propos duquel j’avais écrit un article dans le livre Bleu, intensément. Vous trouverez à la fin de l’article quelques remarques sur l’utilisation pratique de ces pigments.

Et voilà, ci-dessous, les informations dont je disposais jusqu’alors.

Une fois de plus, la science et l’anthropologie viennent de s’associer pour résoudre des questions relatives à un fascinant pigment vivement coloré, connu sous le nom de bleu maya, couleur du ciel.

Ce pigment utilisé pendant plus d’un millénaire en poterie, en sculpture et dans les peintures murales d’Amérique centrale apparaît autour du VIe siècle. Il joue un rôle essentiel dans la pratique religieuse maya : cette peinture bleue, inhabituelle, est employée pour enduire les victimes de sacrifices humains ainsi que les autels de sacrifice. Le bleu maya fait également partie du rituel pour s’attirer la bienveillance de Chaak, dieu de la pluie. Quand le ciel est clair et que les pluies tardent à abreuver la terre, les Mayas organisent des cérémonies au cours desquelles des objets et des sacrifices humains peints en bleu – la couleur de Chaak – sont jetés dans des trous naturels remplis d’eau.

Pendant la période coloniale, on emploie cette couleur pour peindre les fresques des églises et des couvents ; longtemps oubliée, elle est redécouverte en 1931. Les scientifiques sont déconcertés par la stabilité et la luminosité d’un pigment qui semble insensible aux effets de l’altération chimique ou physique. Ils savent maintenant que le bleu maya est constitué de la combinaison chimique de l’indigo et de la palygorskite, une argile minérale bien connue des potiers du Yucatán et également prescrite à des fins médicinales.

En combinant les prélèvements et les analyses minéralogiques, les témoignages de potiers d’aujourd’hui, la recherche ethnographique et géologique, les chercheurs ont établi une relation entre les savoirs et les pratiques des habitants de la région, l’histoire et les traditions liées à ce pigment. Ainsi, ils viennent d’identifier son lieu d’origine de façon certaine, dans les mines de deux sites du Yucatán.

Ce pigment, le bleu maya, a traversé le temps et se révèle un des précurseurs des matériaux hybrides actuels, un sujet d’étude et d’étonnement. J’imagine un chercheur penché sur sa table de travail, examinant le pigment, scrutant son ordinateur et ses notes : il décourbe le dos, émerveillé devant tant de bleu, pour tourner son regard vers le ciel.

Cet article a été l’objet d’une émission sur RCF Isère le 17 septembre 2012 ; il constitue le chapitre 45 du livre, Bleu intensément .

Article du 12 janvier 2021 complété le lendemain après un essai.

J’ai essayé mes deux échantillons de pigment bleus Maya (il existe une troisième nuance qui n’était pas disponible au moment de ma commande, ce qui ne devrait pas changer grand-chose à mes observations car elle semble encore plus grise).

J’avoue avoir été un peu déçue par la tonalité très grise de ces « bleus » : la couleur est jolie et profonde, mais ne m’évoque pas du tout cette couleur de ciel qui présente le pigment dans divers articles. La plus foncée fait un peu penser au bleu de Prusse avec une tonalité qualifiée de « glacée ». Le catalogue qui la présente assure de sa stabilité. Elle n’est pas très onctueuse et peu couvrante (plutôt transparente). Cela dit, si elle ne correspond pas à mon attente, elle me plaît néanmoins par sa profondeur et j’aurai plaisir à l’utiliser !

PS : j’ai mélangé les pigments à ma préparation à l’œuf. On ne peut pas les diluer dans l’eau seulement.


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Le grand nuancier bleu

Préparation du grand nuancier bleu ou la fin de cet été là dans le jardin

La boîte de pigments bleus est arrivée il y a dix années, déjà, par la poste en provenance d’Allemagne. Quarante-cinq fioles bien rangées dans une boîte en bois et étiquetées de noms mystérieux, comme autant d’invitations au voyage. Un véritable trésor sorti d’un conte des Mille et une nuits. J’ai traduit le texte inscrit sur chaque étiquette avant de le réécrire soigneusement, en français. Puis j’ai préparé un nuancier sur une feuille épaisse de papier à aquarelle. Quarante-cinq ronds de 7 centimètres de diamètre, sur lesquels j’ai déposé, du bout de mon pinceau, un peu de pigment mélangé à un liant à l’œuf.

Je répète et savoure les noms de ces pigments qui me font rêver : smalt extra finbleu égyptien. Voyage en Antiquité. Han pourpre et me voilà en Chine. Cendresbleu Plossazurite, sodalith et lapis- lazuli. On dirait une formule magique ! J’ai l’impression que la lampe d’Aladin va enfin dévoiler ses mystères.

Le grand nuancier bleu

Et puis voilà l’indigo qui me transporte comme par enchantement chez les teinturiers du Moyen Âge. C’est ensuite le tour de l’outremer, décliné dans toutes ses nuances de vert, verdâtre intense, verdâtre clair, rougeâtre ou violet. Bleu Milori et bleu de cuivrebleu de coelin-zirkonbleu de cobalt foncé, un peu foncé, Sapporo, mat ou clair, bleu verdâtrebleu turquoise clair, foncé ou brillant.

Ces noms et ces couleurs m’entraînent loin, très loin, dans un voyage à travers le monde : les fresques couleur cobalt des Assyriens, les colliers de Toutankhamon, la mosquée d’Ispahan, les tuniques sacrées des Cheyennes du Colorado, les foulards indigo des Touaregs, la porte en bois d’une maison dans un village de Grèce avec au second plan, la mer, le vent et encore la mer.

Cet article a été l’objet d’une émission sur RCF Isère le 26 décembre 2011 ; il constitue le chapitre 5 du livre, Bleu intensément .


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Le bleu dans l’enluminure

Le bleu est une couleur longtemps absente de l’enluminure. À partir du XIIe siècle, la couleur bleue se fraye une place dans la sensibilité et dans l’art. Symbole de loyauté, de courage et de fidélité, le bleu s’exprime pleinement dans les manuscrits du XIIIe siècle. Comme si cette couleur avait eu besoin de temps pour mûrir et s’épanouir… 

pigments bleus

Au départ, pour fabriquer du bleu, les peintres élaborent des recettes simples à base de jus de végétaux, fleurs ou baies. Plus d’une vingtaine de familles de plantes sont sources de bleu. Les pétales de pois sauvages, d’iris et de bleuets, les baies de cassis et myrtilles… sont écrasés, séchés, retrempés et associés à des onguents, de la gomme ou de l’alun. 

Les coloris offrent une infinie variété : les sucs de violette développent un azur sourd, les fruits de l’héliotrope donnent le bleu de tournesol. Mais ces plantes produisent des couleurs instables aux nuances liées à l’acidité ou à l’alcalinité des solutions de préparation. 

Un certain Pierre de Saint-Omer (1), au XIVe siècle, explique comment procéder à la fabrication des matières colorantes bleutées : « Prendre des fleurs bleues, les broyer, les presser et les filtrer. On utilise la sauce sur fond blanc de céruse pour peindre sur parchemin, en appliquant plusieurs fois la couleur, jusqu’à ce que le bleu désiré soit. » Mais l’auteur reste évasif quant aux plantes à récolter. Bien souvent, les bleus végétaux déçoivent avec leurs teintes fugaces et instables. Pour l’enlumineur, il vaut mieux laisser la couleur bleue à sa place, dans la nature, s’en émerveiller en regardant le ciel, les champs de bleuets, la légèreté du myosotis et de la campanule, la délicatesse de la violette blottie dans le sous-bois. Puis goûter aux fruits bleus, aux myrtilles et aux mûres qui colorient la bouche d’une teinte étrange. Et préférer, pour la peinture, une couleur végétale stable comme le pastel ou l’indigo, ou mieux encore, choisir pour sa palette un bleu d’origine minérale ! 

1. J’ai trouvé diverses citations qui lui sont attribuées, mais pas de bibliographie explicite. Si quelqu’un connaît cet auteur, j’apprécierai d’en savoir plus !

Cet article a été l’objet d’une émission sur RCF Isère le 30 janvier 2012 ; il constitue le chapitre 23 du livre, Bleu intensément et a été mis à jour le 7 août 2020.


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Le bleu de vivianite

pigment bleu vivianite

Je connais beaucoup d’iconographes (et de peintres) qui sont, comme moi, atteints d’une sorte d’addiction : le besoin irrépressible de collectionner les pigments ! Dès que je découvre l’existence d’une couleur dont je ne dispose pas, je cherche à me la procurer. Pourtant, je collectionne plus de 200 fioles de pigments et il me faudrait plusieurs vies pour les épuiser ! Cette fois, je cherchais à remplacer un pigment déniché lors de je ne sais plus quel voyage et dont j’avais épuisé la réserve, quand j’ai entendu parler de la vivianite.

La vivianite est un minéral décrit pour la première fois au début du XIXe siècle par un certain John Henry Vivian, propriétaire de mines de cuivre dans les Cornouailles : il a donné son nom, en toute modestie, à ces jolis cristaux bleus !

Ce minéral, classé dans la catégorie des « phosphates de fer d’origine secondaire », présente des nuances qui oscillent entre le gris, le bleu foncé et le bleu-vert. Il se forme par la modification de dépôts de minerai de fer proches de la surface, ou à partir de phosphates. Des cristaux de vivianite peuvent être observés dans des coquillages fossiles, comme les bivalves ou les gastropodes. Ses lames cristallines très fines sont presque transparentes. 

La vivianite n’est pas utilisée en joaillerie, car elle est trop fragile. Sous terre, elle est transparente et s’oxyde à l’air en prenant ses belles nuances.

Elle est utilisée en lithothérapie comme pierre de guérison : on dit que sa transparence favorise la force vitale et soutient le chakra du coeur.

On trouve ce minerai en Ukraine, Namibie, Cameron, Angleterre, Colorado ou Japon. Mon échantillon provient de Russie.  Je le trouve plus gris que bleu. Je l’ai ajouté à mon nuancier, mais ne peux encore rien dire sur ses qualités, à l’usage. Ce sera plus tard l’objet d’une suite à cet article. Pour l’instant, je le dédie à mon amie Viviane…

Article du 30 juin 2020


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« Bleu, intensément »

Et voilà la reprise des émissions Tout en nuances sur RCF Isère (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10). Pour l’année 2016/2017, et après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir une nouvelle couleur : ce sera le vert. L’ensemble des émissions est présenté sur ce site à la rubrique « autour de l’icône/émissions de radio ».

Couv-3aout - copieLa traversée sur l’océan des couleurs a commencé en août 2011 avec la première émission de Tout en nuances. Trois années se sont écoulées à effeuiller les subtilités de la couleur bleue, son histoire mouvante et sa symbolique. J’ai interrogé la qualité des pigments, leur histoire, leur utilisation dans les rituels et dans la peinture, puis partagé avec mes élèves et les auditeurs. Dans le murmure des vagues, j’ai entendu l’amour des peintres pour cette couleur, et quelquefois leur peur…

C’était comme l’invention d’une palette aux nuances infinies, déclinaison inachevée. Il y eut aussi ces photos des îles de bleu et de vent, des Açores aux îles de la Madeleine et celles de terres glacées d’un silence juste habité d’un air de blues. Le cycle d’émissions s’est terminé par une petite enquête. La question posée était : « quelle est la couleur de votre âme ? » Les réponses furent poétiques, profondes, sensibles… et comme je m’y attendais… largement teintées de bleu !

Couv-versot- copie - copieJ’ai continué mes recherches, présenté mes pigments, essayé chaque nouvelle nuance sur mes icônes puis exposé plusieurs fois dans la région1 le résultat de mon travail et de ma passion : tout cela m’a semblé tellement riche ! J’ai croisé des personnes, des auditeurs ou des élèves qui m’ont parlé de la couleur bleue comme d’une fidèle compagne. De ce voyage parfois inattendu est né un livre, réalisé tout le printemps dernier et achevé cet été, avec l’aide de la talentueuse graphiste Ewa Maruszewka. Il « sort » pour cette rentrée, alors que nous embarquons pour un nouveau voyage à travers les nuances et la singularité de la couleur verte. J’espère que vous vous régalerez à le lire comme je me suis régalée à l’écrire, que vous vous plongerez vous aussi dans les nuances de bleu, leur histoire, leur étonnante diversité et que vous rêverez, en laissant votre imagination naviguer sur l’océan réconfortant des couleurs !

Pour trouver les points de vente, cliquer ici.
Émission en podcast ici.

Le livre a été présenté de façon détaillée fin août dans l’Édition locale sur RCF Isère. Podcast ici.

  1. Église de Montaud (septembre 2014), Notre-Dame-des-Neiges à Susville (octobre 2014), Casamaures (avril à juin 2016).

Article du 29 août 2016


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« Bleu, intensément »

Bon commandeUne traversée sur l’océan du bleu a commencé le 20 août 2011 avec la première émission de Tout en nuances sur RCF Isère. Trois années se sont écoulées à effeuiller les subtilités de la couleur bleue, son histoire mouvante et sa symbolique.

J’ai interrogé la qualité des pigments, leur histoire, leur utilisation dans les rituels et dans la peinture. Dans le murmure des vagues, j’ai entendu l’amour des peintres pour cette couleur, et quelquefois leur peur…

C’était comme l’invention d’une palette aux nuances infinies, déclinaison inachevée. Il y eut aussi ces photos des îles de bleu et de vent, des Açores aux îles de la Madeleine et celles de terres glacées d’un silence juste habité par un air de blues, au loin…

Le cycle d’émissions s’est terminé par une petite enquête. La question posée était « quelle est la couleur de votre âme ? » Les réponses furent poétiques, profondes, sensibles… et comme je m’y attendais… largement teintées de bleu !

J’ai complété ma collection de pigments bleus à la recherche de la nuance, cette si légère différence, ce pas de côté, cette délicatesse qui enchante et console. Je les ai essayés un à un, sur les icônes et les nuanciers, taraudée par l’idée de les présenter dans leur transparence. Avec l’aide de deux amies, Anne1 et Isabelle2, j’ai conçu L’Arbre aux pigments bleus3.

Et voilà, l’enthousiasme ne m’a pas quittée et Bleu, intensément, sera la trace de ce « voyage en douce » dans le bleu…

Le livre sortira en septembre, réalisé en collaboration avec la talentueuse graphiste Ewa Maruszewska, 128 pages couleur, 20 €.

Vous pouvez le réserver dès maintenant (et jusqu’à fin août) au prix de 18 € (envoi sans frais de port). Il suffit de reproduire le bon de commande (imprimer ou recopier les informations) et d’envoyer un chèque libellé à mon nom, 3, impasse Chante-Briquet, le village, 38560 Champ-sur-Drac.

1. Anne Brugirard, Atelier Montfollet www.atelier-montfollet.com
2. Isabelle Jacquet www.isabelle-jacquet.com
3. L’Arbre aux pigments bleus  à été présenté lors d’expositions avec des icônes, des vitraux et d’autres œuvres : à l’église de Montaud, à l’église Notre-Dame-des-Neiges à Susville et dans cet endroit bleu et magique qu’est la Casamaures de Grenoble.

N.B. : il est toujours possible de commander les autres ouvrages à retrouver en cliquant ici.

 

L'arbre aux pigments bleus

L’Arbre aux pigments bleus

Article du 7 avril 2016