Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


Poster un commentaire

Le jade

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Pigment de jade

Nous avons évoqué la semaine dernière le céladon, qui rappelle la couleur du jade. Voyons aujourd’hui pourquoi cette pierre fascine au point de vouloir en imiter la couleur.

Le jade est une pierre semi-précieuse très dure, employée dès le néolithique en ornementation, en joaillerie et pour confectionner des petits outils. Sa couleur peut aller du vert au blanc, ou tendre vers le bleu et même, plus rarement, vers le rose ou le noir.

L’étymologie relie le mot jade avec celui qui désigne le « flanc » : la pierre était connue par les peuples indiens pour soulager les maladies des reins et cette tradition perdure. D’une façon générale, il s’agit d’une pierre de bon augure capable d’écarter le mal.

On trouve le jade un peu partout dans monde, en Russie, au Canada ou en Amérique du Sud, dans des gisements qui remontent parfois à l’époque précolombienne et aussi, plus rarement, dans les Alpes italiennes et les Vosges.

Depuis toujours, la Chine est le premier lieu de production, de fabrication et d’utilisation du jade. Patiemment polies, ces pierres sont chargées de propriétés magiques et deviennent des objets d’art ou des ornements portés à même le corps. Dans la mythologie chinoise, la légende de la création du monde par Nuwa est intimement liée à l’existence du jade dispersé sur la planète. À la mort du premier humain, Pangu, son souffle est devenu vents et nuages, sa chair s’est transformée en terre, et ses os en perles et jade. Dans la Chine ancienne, le jade était la pierre de l’empereur, symbole d’un pouvoir absolu. Celui-ci se devait d’arborer un sceptre de jade lors des grandes cérémonies. Les princes recevaient chacun une tablette de jade ornementée de diverses façons. La présentation annuelle de leur tablette au palais et la vérification de sa conformité attestaient ou non de leur qualité de dignitaire.

Parfois, on plaçait dans la bouche des défunts une cigale en jade, symbole de vie éternelle et de résurrection. Les corps ou le tombeau des plus riches étaient parfois entourés ou recouverts d’or et de jade, censés protéger de la putréfaction : c’est dire la force des espoirs mis par les anciens dans cette pierre à l’immense valeur symbolique.

Je sais qu’on utilise aussi la poudre de jade en cosmétique et qu’il existe un pigment vert jade en provenance de Russie qui peut être employé en peinture : je ne l’ai encore jamais essayé, mais cette recherche sur le jade m’en donne l’envie (1). Et surtout, je dédie ce chapitre à deux ou trois jeunes filles auxquelles je pense, et qui portent ce si joli prénom !

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

(1) Quelques jours après la publication de l’article, j’ai utilisé le pigment jade dans cette icône.

Article du 24 octobre 2016