Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Une visite de mon atelier (5)

OLYMPUS DIGITAL CAMERA« Ma palette fraîchement arrangée et brillante du contraste des couleurs suffit pour allumer mon enthousiasme » écrivait Delacroix (on peut relire l’article sur Les palettes de Delacroix). Pour moi, je crois que c’est pareil. La vue des couleurs, celles des pigments comme celles des fleurs du jardin, suffit à me remplir le cœur de joie. Je connais chacun de mes pigments, leur origine, leur texture, leur façon de bien se mélanger ou non avec d’autres

Mais que sont exactement ces pigments ? Un pigment est tout simplement une substance colorée et colorante, naturelle ou artificielle. Depuis l’Antiquité, les pigments broyés sont utilisés en peinture, mélangés avec un liant à l’œuf, de la gomme arabique ou de la cire. Le  procédé le plus utilisé pour la peinture de l’icône est la tempera (détails ici ou là)

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ocres

Les pigments d’origine naturelle me rappellent des voyages réels ou imaginaires. Ils sont de différentes natures. Dans la peinture de l’icône, on utilise principalement des terres argileuses comme l’ocre rouge et l’ocre jaune. Ce sont les deux stars de nos palettes, les deux couleurs qu’on utilise le plus, les « basiques » pourrait-on dire. Mais cela ne suffit pas d’en citer deux, car en réalité il existe une infinité de nuances d’ocre rouge ou d’ocre jaune, selon leur lieu d’origine. On peut aussi citer toutes les terres vertes, terres d’ombre, terres d’ici et de partout, terres des bords d’un volcan, des bords chantants d’un ruisseau ou d’une plage exotique…

J’aime aussi utiliser les pigments minéraux qu’il faut rebroyer finement, comme le lapis lazuli, le turquoise ou la malachite (mon préféré). Ils sont généralement très coûteux car issus de pierres précieuses ou semi-précieuses et parfois toxiques comme le cinabre. Ils laissent souvent de petits grains, captant et reflétant la lumière : ils donnent une sorte de vibration, une musicalité à l’icône.

Nous avons aussi recours à des pigments d’origine animale (noir d’os, pourpre ou cochenille… ) ou végétale (indigo, pastel, noir de vigne… ). Mais à l’exception du noir, ils sont mal adaptés à la peinture de l’icône car manquant de stabilité (ils sont mieux adaptés à l’enluminure).

Bien sûr, on ne trouve pas forcément tout et, pour certaines couleurs, on recourt à des pigments de synthèse (vermillon, outremer… ). Certains procédés de fabrication sont connus depuis l’Antiquité (bleu égyptien… ). Quelques-uns sont toxiques, ou produisent des réactions chimiques : il convient de les utiliser avec parcimonie et prudence (les cadmiums par exemple).

J’ai travaillé particulièrement sur les pigments bleus et cela a donné lieu à trois années d’émissions puis à la publication de l’ouvrage Bleu, intensément. Vous pouvez retrouver sur ce site de nombreux articles à ce sujet. Encore une fois, c’est ma passion et je suis intarissable sur le sujet ! (1)

Terminons avec ces mots écrits en 2005 dans Un moineau dans la poche (p. 101)OLYMPUS DIGITAL CAMERA

« Les pigments, venus des quatre coins du monde, sont broyés finement. Les étiquettes sur les bocaux, l’infinie nuance des couleurs de terre sont autant de voyages et chaque couleur joue sa partition : terre de sienne naturelle, vert brentonico, rouge de Venise et rouge ercolano, cinabre de Chine, lapis-lazuli, limonite de Chypre, ocre jaune ou ocre rouge du Roussillon, oxyde rouge de Madras… Parfois, le voyage est long et imprévu : j’ai reçu en cadeau de petites bouteilles de pigment dénichées dans une arrière-boutique tenue par un vieux pope, à Athènes. J’ai été émue par les cheminements qui avaient conduit à cette improbable trouvaille, au fil des recommandations, d’une boutique à l’autre, à travers les ruelles d’un quartier populaire. Très fière, j’ai montré un jour ma trouvaille à un ami grec, qui a déchiffré une petite mention sur l’étiquette : les pigments étaient fabriqués par une grosse entreprise allemande ! J’achète maintenant la plupart de mes pigments dans le Roussillon où nous avons la chance d’avoir de magnifiques carrières. Nous nous y sommes promenés aussi, longtemps, dans une lumière accrue par les dénivelés et l’ocre de la terre. Les enfants ont joué à escalader en riant les versants abrupts et à dévaler dans la poussière. Ils se croyaient au Colorado (c’est d’ailleurs le surnom du lieu !). Leurs vêtements ont gardé longtemps la trace de ces couleurs. Les pigments mélangés au creux de ma main, ou dans le petit godet de céramique résonnent parfois de leurs rires. » p. 101

(1) Si cet article vous a intéressé, la déclinaison des couleurs est largement développée dans la rubrique La joie des couleurs

Article du 13 avril 2020


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Du bleu au vert

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Après tout le temps passé avec le bleu (trois années d’émission, un livre, quatre expositions…), j’ai longuement hésité avant de me pencher sur cette nouvelle couleur : le vert.

Après avoir tellement travaillé sur la couleur bleue, il m’est apparu que le bleu pouvait être « la couleur de mon âme », mais pas forcément ma couleur préférée. J’aime le rouge qui me met en joie et me procure une belle énergie, tout comme j’aime la couleur rose, tendre et optimiste compagne. Pour le vert, c’est plus compliqué : j’aime certaines nuances, celles qui tendent vers le gris ou vers le bleu : le vert malachite, le vert amande et la couleur des lichens. J’aime le vert de la nature, celui des forêts dans le vent et de l’eau des marais. Mais je ne l’utilise presque jamais dans ma peinture ni pour mes vêtements. Alors, le vert est-il pour moi une couleur encore plus ambiguë que les autres ? Saurais-je vous faire partager cette dualité ?

Le nœud de cette histoire se situe une fois encore au Moyen Âge. Au début de cette période, on aurait pu croire, en Occident, que le vert allait gagner la faveur des plus nombreux. Il l’a laissé croire un temps, dans la place qu’il occupait peu à peu dans les vitraux, les enluminures ou l’imaginaire. Et puis, à la fin de la période, le bleu l’a emporté pour longtemps, devenant la couleur du manteau de la Vierge, celle des vitraux de Chartres, de tellement de peintres, jusqu’à devenir la couleur préférée des Occidentaux aujourd’hui. Nous essaierons de comprendre quelques-unes des raisons qui ont conduit à cette relative disgrâce et parfois de nous plonger aussi dans d’autres cultures, pour lesquelles la couleur verte livre des significations différentes.

Symboliquement, on peut comprendre facilement les deux faces opposées du vert : le vert est la couleur de la vie, de la plante, des pousses au printemps, de l’espérance, mais elle est aussi celle de la décomposition, la couleur de la mort et du diable. Il est possible que la nature même de la couleur verte, instable, difficile à fixer d’un point de vue technique – dans la peinture comme dans la teinture – ait accentué la versatilité de cette couleur : aimée ou rejetée, de vie ou de mort, d’espoir ou d’angoisse.

Pourtant, la particularité du vert tient peut-être dans le mot « reverdir ». Y avez-vous déjà pensé ? Aucune autre couleur ne détient ce privilège : un verbe formé à partir du nom de la couleur, qui peut indiquer tout à la fois une façon de peindre et un acte de vie toujours recommencé, une couleur qui contient à elle seule toute la force d’un printemps.

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 5 septembre 2016


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Porte-bonheur en bleu (émission du 2 septembre)

Pour la 3e année, je vous propose l’émission TOUT EN NUANCES  tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère

Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi mes rêves de lumières bleues, de tableaux et de vagues.

Cette réflexion se situe dans une histoire mouvante, comme la couleur bleue. Chimie, sociologie, histoire de l’art : les disciplines se côtoient et se mélangent : pas de relation de cause à effet, mais un jeu très subtil, complexe et riche, tout en nuances, entre l’évolution des techniques,  l’« air du temps », les découvertes de hasard, les recherches, les intérêts économiques, la sensibilité, l’imaginaire et les rêves.

Vous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en cliquant ici. On peut écouter les dernières en podcast sur le site de RCF Isère.

Porte-bonheurJe reprendrai l’année avec un sujet léger (même si la légèreté n’est pas de circonstance), puisque le 2 septembre, il sera question d’une amulette aux couleurs bleues qui rappellera à certains des ambiances de vacances. Je veux parler du nazar boncuk. (…)

Je n’ai pas résisté à cette tradition qui me rappelle tant de beaux voyages. Dans le couloir d’entrée de notre maison, j’ai suspendu un de ces « œil bleu ». Il est là depuis une quinzaine d’années et me chuchote des souvenirs heureux, des ambiances et la rumeur affairée du bazar, la mer Égée, le bonheur et les couleurs des fleurs à Mirina ou dans les rues d’Istanbul, la meilleure part d’une adolescence…

 

Article du 2 septembre 2013


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Harmonies en bleu et jaune

pigments bleus et jaunes

Pigments bleus et jaunes

Chaque couleur a une signification propre, une résonance, mais son sens évolue dans la confrontation avec telle ou telle autre couleur.

Ainsi en est-il du bleu et du jaune.

Le bleu a d’abord été utilisé en substitution à l’or afin d’évoquer les cieux, l’infini, le divin. Puis est venu le temps de la complémentarité entre le jaune – doré – et le bleu. Cette alliance représente la lumière, celle du soleil, des étoiles ou encore la lumière divine, qui brille dans le ciel ou dans la nuit. L’alliance du bleu et du jaune est l’apanage du manteau royal avec ses fleurs de lys en or sur fond bleu, comme les étoiles des voûtes de Ravenne et de Byzance.

Goethe insiste sur la résonance entre les couleurs. Il établit que seuls le jaune et le bleu sont perçus comme des couleurs entièrement pures. Le jaune est la porte d’entrée vers la lumière – « tout proche de la lumière » – et le bleu s’apparente à l’obscurité – « tout proche de l’ombre ». Ils constituent les pôles opposés entre lesquels les autres couleurs se laissent ordonner. « Le jaune apporte toujours une lumière, et l’on peut dire que de même, le bleu apporte toujours une ombre » écrit-il dans son Traité des couleurs.

Pour Goethe, le jaune est une couleur positive prestigieuse et noble évoquant une atmosphère d’activité, de vie, d’effort, de savoir et de clarté. Il est lumière, force, proximité et élan, une impression chaude et agréable. Le jaune est parfaitement complété par le bleu, couleur de dépouillement, d’ombre, d’obscurité, de faiblesse, d’éloignement, d’inquiétude, de nostalgie et de froid.

Ainsi, l’alliance entre ces deux couleurs est bien celle de la rencontre entre la lumière et les ténèbres, une sorte de complémentarité, une attirance indispensable. Les impressionnistes utilisent largement cette association qui trouve un paisible accomplissement contemporain dans les motifs provençaux et les décors de cuisines ou d’intérieurs.

Mais si nous avons parlé de la complémentarité du bleu et du jaune, nous n’avons pas encore évoqué leur rencontre…

Goethe n’en croirait pas ses yeux s’il découvrait aujourd’hui Petit-Bleu et Petit-Jaune (1), un livre qui a marqué des générations d’enfants, la rencontre entre deux couleurs traitée de façon inattendue et contemporaine.

Écrit et illustré par Leo Lionni, l’édition originale publiée aux États-Unis en 1959 sous le titre Little blue and little yellow, est le premier album pour enfants de Leo Lionni.

L’histoire et le graphisme sont particulièrement simples : Petit-Bleu vit à la maison avec Papa-Bleu et Maman-Bleu. Il est entouré de plein d’amis. Son meilleur ami, Petit-Jaune, habite juste en face avec Papa-Jaune et Maman-Jaune. Un jour, seul à la maison, Petit-Bleu, malgré les interdictions, sort pour jouer avec Petit-Jaune. Lorsqu’ils se retrouvent après une longue recherche, Petit-Bleu et Petit-Jaune sont tellement contents qu’ils s’embrassent et deviennent… tout verts ! Mais leurs parents vont-ils les reconnaître ?

Dans le graphisme épuré à l’extrême, chacun des personnages n’est en réalité qu’une sorte de bulle de couleur qui rencontre l’autre : les deux couleurs primaires se mélangent en en créant ainsi une troisième, le vert.

Ce livre est très vite devenu un classique de la littérature jeunesse. Combien d’entre nous ne l’ont-ils pas lu et relu, puis retrouvé pour leurs enfants ou leurs petits-enfants ?Combien de crèches et d’écoles n’en ont pas décliné les larges possibilités d’exploitation pédagogique ?

Difficile de savoir à quoi est dû le succès de cet ouvrage : est-ce le traitement graphique original, l’extrême simplicité, le dépouillement, ou encore la profondeur des sujets qu’il aborde mine de rien, notamment l’amitié et la différence, la transformation qui naît de la rencontre et le miracle des couleurs ?

1. LIONNI Leo, Petit-Bleu et Petit-Jaune, éd. l’École des loisirs, 1970.

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 15 et le 22 avril 2013 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 10 novembre 2020 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitres 71 et 72.

Article du 15 et 22 avril 2013

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Le bleu dans la cuisine (émission du 8 avril)

TOUT EN NUANCES

Retrouvez l’émission chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère

chez JoceDurant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi des rêves de lumières bleues et des émotions de voyages. L’émission du 8 avril sera légère ;  je parlerai du bleu dans la cuisine, une couleur qui n’est  pas réputée pour être « appétissante » ni « portée » par les aliments comestibles. Et pourtant…

Pour retrouver les fréquences de RCF Isère.

 

 

Article du 8 avril 2013


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L’Ermite de Rick Bass (émission du 4 mars)

Terre Neuve, fév 2013

Terre Neuve, février 2013

Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi des souvenirs et rêves de lumières bleues, de tableaux, de vagues et de mélodies. Pour l’émission du 4 mars, j’ai choisi de présenter un extrait d’une nouvelle de Rick Bass, L’Ermite (2002), dans laquelle  il décrit des espace glacés du Grand Nord : la couleur bleue y prend toute sa place.

« Une tempête de pluie verglaçante, qui suit sept jours de neige ; les congères et les immenses étendues blanches se durcissent peu à peu en nappes de glace étincelante, qui brillent d’une lueur bleue sous le clair de lune, comme si cette couleur n’était créée ni par une déviation ni par une absorption de la lumière, mais par une sorte de réaction chimique se produisant sous la surface glacée ; comme si la source de tout bleu se trouvait quelque part dans le nord ; comme si l’essence en était concentrée sous l’un de ces champs gelés ; comme si le bleu était en fait quelques chose qui jaillit, dans certaines parties du monde, du sol lui-même, une fois que le soleil s’est couché.

(…) Du bleu comme un effluve piégé dans la glace, qui attend une libération en douceur, une sorte de redoux, pour pouvoir d’étendre. » 

Rick Bass, écrivain et écologiste américain, né en 1958, s’installe vers l’âge de 30 ans à l’extrême nord-ouest du Montana, pour l’amour de la solitude et de l’écriture.

Pour retrouver les fréquences de RCF Isère, cliquez ici. 

Article du 4 mars 2013


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L’étagère de pigments bleus (émission du 4 février)

TOUT EN NUANCES

Retrouvez-moi tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère

Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi des souvenirs et rêves de lumières bleues, de tableaux, de vagues et de mélodies.

pigments bleus

Pigments bleus

Je reviens, ce 4 février, à ma collection de pigments bleus. J’ai compté ce matin les tubes et fioles emplies de pigments bleus rangés sur l’étagère : plus d’une cinquantaine ! Je comprends la jubilation de Delacroix devant la préparation de ses palettes, car je crois éprouver un peu la même, à contempler, tout simplement, cette déclinaison jamais achevée (…)

À chaque nouvelle découverte, j’essaye le pigment, le compare aux autres et mets à jour un petit carnet couvert d’annotations : celui-ci a une belle couleur, mais nécessite de le broyer avec soin. Celui-là se mélange à regret aux autres. Il laisse au fond des godets des particules qui se déposent à tort et à travers sur les icônes. Celui-là encore semble bien beau, rangé sur l’étagère, dans sa fiole de verre, mais sa luminosité déçoit, avec le temps.

L’outremer me séduit par sa profondeur et sa pureté. L’impression de s’enfoncer dans un mystère sans fin, d’être aspirée dans les profondeurs de la nuit, de rejoindre les étoiles. J’aime bien aussi quand il tend un peu vers le vert ou le violet, tout en gardant sa dominante.

Le lapis-lazuli attire par son côté précieux, puis ensuite, il déçoit, car il est très granuleux et difficile à utiliser. Toutefois, si on le réserve bien à l’usage du glacis, c’est-à-dire la superposition d’une couche transparente sur un fond, il révèle et magnifie les couleurs qu’il recouvre ; alors, on mesure sa qualité inimitable.

J’aime bien aussi les timides, légers comme un voile, qui tendent vers une transparence verte, comme le bleu de cuivre.

Chacun est unique, comme les livres d’une bibliothèque, qui portent non seulement un titre mais une dédicace, une annotation ou un marque-page oublié.

Pour retrouver les fréquences de RCF Isère, cliquez ici. 

Article du 4 février 2013


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Impressions et souvenirs de George Sand

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Reflets, Lac de Laffrey

George Sand , dans un recueil d’articles datant de 1841 et intitulé Impressions et souvenirs, évoque à sa façon la note bleue. Chopin et Delacroix y apparaissent ; ils discutent de peinture et d’harmonie…

« Maurice […] veut que Delacroix lui explique le mystère des reflets et Chopin écoute, les yeux arrondis de surprise. Le maître établit une comparaison entre les tons de la peinture et les sons de la musique.

– L’harmonie en musique, dit-il, ne consiste pas seulement dans la constitution des accords, mais encore dans leurs relations, dans leur succession logique, dans leur enchaînement, dans ce que j’appellerais, au besoin, leurs reflets auditifs. Et bien la peinture ne peut procéder autrement ! […] Tu peux fourrer dans ton tableau les tons les plus violents ; donne-leur le reflet qui les relie, tu ne seras jamais criard. […] Le reflet de telle couleur sur telle autre donne invariablement telle autre couleur que je t’ai vingt fois expliquée et prouvée.

–  Fort bien, dit l’élève ; mais le reflet du reflet ?

–  Diable ! Comme tu y vas, toi ! Tu en demandes trop pour un jour ! Le reflet du reflet nous lance dans l’infini, et Delacroix le sait bien ; […] Il y a dans la couleur des mystères insondables, des tons produits par relation, qui n’ont pas de nom et qui n’existent sur aucune palette. […]

Chopin n’écoute plus. Il est au piano et il ne s’aperçoit pas qu’on l’écoute. Il improvise comme au hasard. Il s’arrête.

– Eh bien, eh bien, s’écrie Delacroix, ce n’est pas fini !

– Ce n’est pas commencé. Rien ne me vient… rien que des reflets, des ombres, des reliefs qui ne veulent pas se fixer. Je cherche la couleur, je ne trouve même pas le dessin.

– Vous ne trouverez pas l’un sans l’autre, reprend Delacroix, et vous allez les trouver tous les deux.

– Mais si je ne trouve que le clair de lune ?

– Vous aurez trouvé le reflet d’un reflet.

L’idée plaît au divin artiste. Il reprend, sans avoir l’air de recommencer, tant son dessin est vague et comme incertain. Nos yeux se remplissent de teintes douces qui correspondent aux suaves modulations saisies par le sens auditif. Et puis la note bleue résonne et nous voilà dans l’azur de la nuit transparente… »

1. SAND George, Impressions et souvenirs, Paris, éd. des femmes-Antoinette Fouque, 2005, p. 99-103.

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 14 janvier 2013 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 15 novembre 2020 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 61.

Article du 14 janvier 2013


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La Casamaures, un rêve d’Orient bleu outremer (émission du 7 janvier)

TOUT EN NUANCES Retrouvez-moi tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère

Casamaures

Casamaures

Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Après tout un cycle sur le bleu outremer, puis l’évocation de chansons bleues, il est temps de nous attarder vers un des symboles du bleu outremer à Grenoble, cette étrange villa aux décors bleus qu’on appelle la Casamaures.

Cet étrange petit palais aux décors bleus, se dresse sur la colline à la sortie de Grenoble en direction de l’ouest et attire le regard par son originalité, sa beauté, son étrangeté. Elle est plantée au cœur d’un vaste jardin décoré de statues, de fontaines et parfumé de senteurs de plantes choisies pour leur exotisme : iris d’Algérie, orangers du Mexique, magnolias, palmiers et bananiers.
Son histoire est celle des passions et des rêves de quelques Grenoblois.
Le 27 janvier 1855, Joseph Julien dit Cochard achète une parcelle de terrain le long de l’Isère pour y construire un palais de style néo-mauresque en ciment moulé. Inspiré par les maisons ottomanes du Bosphore, Cochard passe commande aux meilleurs artisans de la région pour réaliser les trois façades en béton, les moulures et les arabesques rehaussées du bleu de l’époque à peine mis au point : le fameux outremer Guimet. La construction se termine en 1876, enrichie de cheminées turques en plâtre ciselé, de vitraux, de papiers peints à la main, de décors en trompe-l’œil, de calligraphies qui parlent d’amour.
Ce palais idéal est un rêve, une utopie, un voyage en bleu…
Cochard rapidement ruiné, la demeure connaît la décadence, le morcellement, l’abandon et les dégradations. En 1981, une passionnée rachète la bâtisse et prend le relais ! En 1986, celle-ci est classée monument historique. Depuis, à petits pas, les chantiers de restauration, l’enthousiasme de bénévoles et le savoir-faire d’artistes et d’artisans redonnent vie à ce palais d’Orient. Le toit de zinc d’origine est réhabilité et une centaine de moulures en relief sur le fronton – l’acrotère – sont reconstituées à l’identique, de même que les vitraux en verre soufflé à la bouche. Un badigeon bleu est posé, le plus fidèle possible aux tonalités d’origine.
Des expositions ou des concerts, un jardin ponctué d’œuvres et de curiosités prolongent ce « rêve d’Orient et d’amour » dressé aux portes de Grenoble. Vitraux, moucharabiehs, moulures bleu outremer témoignent à la fois de la poursuite d’un rêve, des innovations techniques du milieu du XIXe siècle avec l’engouement pour le bleu outremer.

Article tiré de Bleu, intensément à découvrir ici.

Article du 7 janvier 2013


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Pays bleu (émission du 31 décembre)

TOUT EN NUANCES Retrouvez-moi tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère

Abitibi, Québec, août 2011

Abitibi, Québec, août 2011

 

 

Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi mes rêves de lumières bleues, de tableaux, de vagues et de mélodies. Nous terminons l’année en chanson bleue, en chanson gaie. L’émission du 31 décembre est un clin d’œil très spécial à un coin de terre sur lequel s’est installée aujourd’hui une partie de mon cœur : le Québec. Lynda Lemay rend hommage à son pays dans une chanson intitulée tout simplement Bleu.

Pour retrouver les fréquences de RCF Isèrecliquez ici. 

Article du 31 décembre 2012