Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Une visite de mon atelier (4)

Continuons la visite avec ma collection de crayons et de pinceaux. J’ai déjà rédigé plusieurs articles sur le sujet : un article sur la fabrication des crayons autrefois à retrouver ici et un autre sur la fabrication des pinceaux  ici.

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Pour faire son dessin à partir du modèle choisi, nous travaillons tout simplement au crayon, en faisant très peu d’ombres. Tout l’enjeu du dessin réside dans la recherche de lignes les plus pures possibles qui délimitent des zones. Celle-ci seront plus tard recouvertes de couleurs sombres, avant de les éclairer progressivement, dans la quête de la lumière qui caractérise le cheminement de l’icône. Le choix des crayons est tout à fait classique : le « HB », moyen, nous accompagne pour l’essentiel du travail ; les différentes catégories de « H » permettent les traits bien secs ; les « B », plus gras, interviennent dans un second temps, rendant la ligne vivante par le jeu des pleins et déliés : c’est un autre sujet !

Un des défis de notre travail consiste à utiliser le moins possible la gomme : imaginons ne pas effacer une erreur, mais s’y appuyer pour évoluer et progresser… Cela impose de proposer, avant d’affirmer (ou de réfléchir avant de parler ?) : un trait léger au début, juste des contours effleurés, et peu à peu, advient la ligne, sobre et précise.

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Le petit matériel est disposé sur un présentoir offert par ma fille Élodie et réalisé par Morgane, jeune femme aux mains d’or. Quant à la tasse à droite, elle me vient d’Isa. J’aime bien réunir aussi sur ma table des objets beaux et signifiants.

Arrive la délicate question des pinceaux. Oui, nous évoluons, tout comme notre travail ! Au tout début de ma découverte de l’icône, je ne m’étais même pas demandé ce qu’il pouvait en être de la souffrance d’un joli petit écureuil dont les poils de queue sont utilisés pour réaliser mes plus beaux pinceaux. J’avoue qu’aujourd’hui, cela me perturbe. Pour l’instant, je n’ai pas trouvé d’autre solution que de les soigner avec beaucoup d’attention pour prolonger leur vie le plus longtemps possible et ne pas avoir à les changer trop souvent. Et pourtant, ils s’usent si vite !

Nous utilisons trois sortes de pinceaux. Le pinceau en martre, très nerveux, nous sert à dessiner les lignes et permet de magnifiques « pleins et déliés ».  Le petit gris, plus doux, permet de couvrir les surfaces. Quant aux pinceaux synthétiques, ils viennent à notre secours pour poser les vernis, les laques, enlever les surplus ou corriger les erreurs.

Article du 7 avril 2020


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Les pinceaux en petit-gris (émission du 23 avril)

OLYMPUS DIGITAL CAMERAChaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici.

Je l’ai précisé la semaine dernière, les âmes sensibles peuvent s’abstenir d’écouter l’émission d’aujourd’hui. Les artistes du Moyen Âge s’embarrassent peu d’états d’âme quand ils nous livrent leurs secrets de fabrication. Cennino Cennini au chapitre 64 du Livre de l’art, nous explique comment fabriquer les pinceaux en petit-gris et en soies de porc. Écoutons cette semaine la méthode qui concerne le petit-gris :

« Prends des petites queues d’écureuil car ce sont les seules qui conviennent ; elles doivent être cuites et non crues. Les fourreurs te le diront. Prends l’une de ces queues ; retires-en d’abord les poils de la pointe car ils sont longs ; réunis les pointes de plusieurs queues, car avec six ou huit pointes tu feras un pinceau souple, bon pour dorer sur panneau (…) Reviens donc à cette queue et prends-la dans ta main ; enlève les poils du milieu, les plus droits et les plus fermes et peu à peu, fais-en de petits paquets ; trempe-les dans un verre d’eau claire ; presse-les et serre-les avec tes doigts, paquet par paquet ; puis coupe-les avec des petits ciseaux ; quand tu en as fait un bon nombre (…), réunis-en assez pour obtenir la grosseur que tu veux pour tes pinceaux : que les uns entrent dans le tuyau d’une plume de vautour ; d’autres dans une plume d’oie ; d’autres encore dans une plume de poule ou de pigeon. Quand tu as fait les différentes sortes de paquets, en réunissant les poils de même longueur, les pointes bien alignées, prends du fil ou de la soie cirée et avec une double boucle ou nœud, attache-les bien ensemble, chaque sorte à part, selon la grosseur que tu veux pour tes pinceaux. Prends ensuite le tuyau de plume, correspondant à la quantité de poils attachés ensemble ; ouvre ce tuyau, coupe-le, à l’extrémité ; introduis ces poils attachés, dans ce tube ou tuyau de plume. Fais sortir un certain nombre de ces pointes aussi loin que tu peux les pousser vers l’extérieur, afin que le pinceau soit plutôt ferme ; car plus il est ferme et court, plus il est bon et délicat. Prépare ensuite une baguette d’érable ou de châtaignier ou d’un autre bois de bonne qualité ; qu’elle soit lisse, propre, taillée en forme de fuseau, d’une grosseur lui permettant de rentrer tout juste dans le tuyau de la plume et de la longueur d’un empan. Tu sais à présent comment on doit faire les pinceaux de petit-gris. »

Et voilà comment on travaillait à la fin du XIVe siècle. Renouvelons notre appel à l’inventivité pour pouvoir œuvrer avec du matériel de qualité sans avoir recours à ces méthodes d’un autre âge ! Nous continuerons la semaine prochaine avec la fabrication des pinceaux en soies de porc.

Article du 23 avril 2018