Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le bol d’Arménie ou rouge ampoli (émission du 15 octobre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

OLYMPUS DIGITAL CAMERANous avons présenté les diverses techniques de pose de l’or dans l’émission précédente et expliqué comment se fabriquent ces feuilles d’or si fines que le moindre souffle les emporte.

Développons aujourd’hui les étapes de la pose de l’or libre, autrement dit la dorure à l’eau, appelée dorure à l’assiette ou bolus.

Cette opération commence par la pose d’une terre rouge que nous appelons « bol d’Arménie ». Je suppose que c’est la matière que Denys de Fourna appelle « rouge ampoli ». Il s’agit d’un type d’argile très fin, kaolinique, qui permet l’adhérence des feuilles d’or. Ce procédé est connu depuis l’Antiquité et donne à l’or des reflets intenses.

Dans Le Guide de la peinture (p. 30), Denys de Fourna décrit plusieurs techniques et voici la plus développée : « Prenez du bol. Ayez soin de choisir le meilleur : c’est celui qui n’est pas très rouge et qui présente à l’intérieur des veines blanches. Il faut, pour qu’il soit de bonne qualité, que ces veines ne soient pas dures comme de la pierre ou de la terre, car alors il est mauvais. Mêlez dix-huit drachmes de ce bol, deux drachmes d’ocre de Constantinople, une demi-drachme de lampezi, c’est-à-dire de plomb rouge, et une demi-drachme de suif. Brûlez ensuite une feuille de papier, et ajoutez-la avec une demi drachme de mercure. Apprenez comment il faut diviser le mercure : vous le mettez peu à peu dans une de vos mains avec de la salive, et, avec les doigts de l’autre main, vous l’écrasez et vous parvenez à le diviser. Ensuite, vous placerez toutes ces substances ensemble sur un marbre, et vous les broierez avec force. Puis passez de l’ampoli sur ce que vous voudrez ».

On comprend dans cette recette que l’argile est mélangée avec d’autres substances qu’on n’imaginerait plus utiliser aujourd’hui sans d’infinies précautions. Les artistes ont essayé par la suite d’autres associations, par exemple un mélange de sanguine et de mine de plomb, de l’huile d’olive ou de la graisse de mouton. Je ne sais pas ce qui compose mon « bol d’Arménie », mais j’adore l’odeur qui s’en dégage ! Pourvu que le mélange ne soit pas celui que préconise Denys de Fourna !

Le bolus s’applique en plusieurs couches fines. Il existe différentes couleurs et différents mélanges d’assiette à dorer : la rouge est la plus utilisée et donne un aspect chaleureux à l’or. On dit que la jaune a la faveur des peintres italiens et la noire, celle des anglais.

Article du 15 octobre 2018