Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le Baptême du Christ (la Théophanie)

Baptême du Christ

Icône sur tilleul, 20 x 20 cm, 2020

Tous les évangélistes accordent une grande importance au Baptême du Christ et décrivent la scène en détail.

Jésus a trente ans au moment de son Baptême, et jusqu’à ce jour, rien dans sa vie ne transparaissait de sa nature divine. Au bord du Jourdain, Dieu se révèle. Comme toujours, le texte de Marc a ma préférence : « Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. À l’instant où il remontait de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit, comme une colombe, descendre sur lui. Et des cieux vint une voix :  » Tu es mon Fils bien-aimé, il m’a plu de te choisir « » (Mc, 1, 9-11)

Le terme de Théophanie signifie « manifestation », ou « apparition de Dieu » et donne le sens de l’évènement. J’aime beaucoup ce texte en raison, encore une fois, du double mouvement de descente et de remontée sur l’axe vertical. L’eau, associée à l’Esprit, est l’élément indispensable à la vie. Mais le baptême est le moment où l’immersion dans les eaux fait vivre jusque dans son corps une sorte de « petite mort », dont on resurgit renouvelé. C’est le même mouvement que celui qui régit la composition de l’icône de l’Anastasis, et aussi le même thème : descendre (vers la mort) pour renaître. C’est ce qu’on vit à une minuscule échelle à chaque respiration : « expirer » conduit à un instant de nuit, de « petite mort » (on peut l’appeler « la pause poumons vides ») qui appelle à « l’inspiration », le retour à la vie. 

C’est le rythme et la danse de toute vie, à toute échelle : la nuit et le jour, l’hiver et l’été, l’expir et l’inspir, la tristesse et la joie… 

L’icône du Baptême représente pour moi l’archétype de ce rythme naturel et éternel, la respiration du monde et des marées, sa palpitation. À notre échelle , c’est la confiance dans la remontée, l’appel à la vie qui peut nous aider à sortir des toutes les « crises » , de toutes les petites morts qui parsèment nos vies.

Jean-Baptiste lève le regard vers le ciel dans une tension de tout son être, sa main droite posée sur la tête de Jésus. Un arbuste se trouve à ses pieds, flanqué d’une hache, en référence au texte de Matthieu (3, 10) : « Déjà, la hache est prête à attaquer la racine ». 

Les anges, debout sur l’autre rive, colorés de joie, ont le corps courbé et les mains couvertes en signe de respect.

En PS, je rajoute cet extrait du Guide de la peinture de Denys de Fourna, p 163 (Deuxième partie)

« Le Christ debout, nu, au milieu du Jourdain. Le Précurseur sur le bord du fleuve, à la droite du Christ et regardant en haut; sa main droite est sur la tête du Christ, et il étend la gauche vers le ciel. Au- dessus, le ciel, d’où sort l’Esprit saint sur un rayon qui descend vers la tête du Christ. Au milieu du rayon, on lit ces mots : «Celui-ci est mon fils bien aimé, dans lequel j’ai mis toutes mes complaisances.» Sur la gauche, des anges debout avec respect et les mains étendues. Au bas, sont des vêtements. Au-dessous du Précurseur, dans le Jourdain, un homme nu, couché en travers et regardant derrière lui le Christ avec crainte; il tient un vase d’où il verse de l’eau. Autour du Christ, des poissons. »

Cette fête est célébrée le 6 janvier.

Article du 14 mars 2020, temps de « crise » !


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Saint Jean Baptiste dans le désert

Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

4. Regarder ailleurs, huile sur toile, 1,31 x 0,98 m, Philippe de Champaigne (Bruxelles 1602-Paris 1674), émission diffusée le 24 septembre 2008
Saint Jean Baptiste, Philippe de Champaigne

Saint Jean Baptiste, Philippe de Champaigne

J’arpenterai ainsi les salles du musée de Grenoble, semaine après semaine, de l’automne à l’été suivant, le plus tranquillement possible. Mes choix seront guidés par la clarté d’un matin, une nuit de cauchemars, l’impatience d’une journée trop courte, une intuition, une humeur, un appétit de l’âme. J’aurai peut-être tout simplement un rendez-vous tout près du musée, derrière, de l’autre côté du pont. Je ne déciderai rien à l’avance. Je laisserai les œuvres venir à moi, une saison après l’autre. Je les regarderai comme on observe un mûrissement, comme on passe de la fleur au fruit. Mes pas ralentis résonneront au rythme des craquements des lames du parquet et seront arrêtés par un détail, une couleur, une impression ou un regard comme celui du saint Jean Baptiste de Philippe de Champaigne.

Je me tournerai parfois vers l’arrière, là derrière mon épaule, vers un souvenir, un ailleurs, une espérance de paix. Je reviendrai souvent vers le geste de saint Jean Baptiste. Ses yeux plongent dans les nôtres avec ferveur. Il nous hèle. Il insiste. Il répète. Il a tout son temps. Ses lèvres sont entrouvertes, mais il n’a pas besoin de mots. Son attitude est à la fois ferme et paisible. De sa main, de son index pointé, dans l’ampleur et l’espace de son bras tendu, il désigne un autre plan du paysage, plus loin, beaucoup plus loin. On devine tout au fond, bien après les rochers massifs aux couleurs sombres, une éclaircie, une promesse de joie, une embellie, une lueur ou la lumière, toute la lumière. L’orage se calme puis s’espace et dévoile les couleurs. Un rayon de lumière s’immisce sur la berge du lac : on entrevoit le sillage argenté d’un poisson. L’eau devient claire, transparente. Elle clapote. On entend la mélodie des vagues roulant les galets fins, le reflux sourd, le souffle d’un vent léger dans les branches des sapins qui frottent.

Finlande, juillet 2012

Finlande, juillet 2012

Tout au long de cette promenade au musée, je chercherai derrière, en dessous de la lourdeur des nuages, au fond de mes émotions et de mes souvenirs, un détail léger ou surprenant, un émerveillement, une chiquenaude dans la mémoire. Ce sera comme une « poétique de l’arrière-plan » (1), la capture des effluves, une infime marée de lac. Je laisserai entrer ce qui vient, comme un souffle bleuté ou une mélodie à la poupe du navire. Je m’abandonnerai sans résistance à la force douce du regard de saint Jean Baptiste et au déploiement gracieux de son bras. Je m’en tiendrai à cette formule : regarder ailleurs, derrière mon épaule, du côté du calme et du lac, bien au-delà de l’inquiétude et de l’orage qui gronde.

Chapitre 4 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

(1) LACAS Martine, Au fond de la peinture : une poétique de l’arrière plan, Seuil, Paris, 2008.

Article du 4 juillet 2015