Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


Poster un commentaire

Minium, sanguine et sang dragon (émission du 21 janvier)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

Continuons avec Cennini Cennini et Le Livre de l’art, sa description de pigments rouges les plus utilisés au Moyen Âge.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

La fiole de minium

Après s’être attardé sur la sinopia et le cinabre, Cennini évoque le rouge minium. Il n’en dit pas grand-chose (1), si ce n’est qu’il est fabriqué par alchimie et a tendance à noircir au contact de l’air. Souvenons-nous aussi de sa grande toxicité !

Cennini mentionne ensuite « un rouge appelé sanguine » (2). Il s’agit une variété terreuse d’hématite rouge, riche en oxydes de fer qui se décline dans des nuances allant du brun au pourpre, de l’orangé, à l’ocre. Voilà ce qu’il en dit : « (…) Cette couleur est naturelle et c’est une pierre solide et dure. Elle est si dure et parfaite que l’on en fait des pierres et des dents à brunir l’or (…) ; elles prennent une couleur noire et parfaite, aussi foncée que le diamant. La pierre pure est d’un violet intense et a une veine comme celle du cinabre. Écrase d’abord cette pierre dans un mortier de bronze, car si tu la cassais sur ta pierre de porphyre, celle-ci pourrait se briser. Quand tu l’a écrasée, mets-en la quantité que tu veux broyer sur la pierre et broie avec de l’eau claire ; plus tu broies, plus la couleur s’améliore et devient parfaite. Cette couleur est bonne sur mur, à fresque ; et elle donne un ton cardinal ou violet ou de laque. Il n’est pas bon de l’utiliser sur d’autres choses ou avec des détrempes. »

sang dragon

Gravure du XVe siècle illustrant l’extraction du sang dragon

Au chapitre suivant, Cennini évoque encore un autre rouge « appelé sang de dragon». Utilisé sur parchemin ou pour les miniatures, il n’en dit pas grand-chose et conseille à son lecteur de s’en détourner, au risque d’être déçu ! Il s’agit en effet d’une résine de couleur rouge, dont l’inconvénient principal est d’être très altérable, surtout quand elle est mélangée avec le blanc. On peut la classer parmi les couleurs végétales, peu adaptée à la peinture sur panneau. Le conseil de Cennini s’avère donc pertinent ! En revanche, on se doute que cette dénomination associe à cette couleur qui imite celle du sang, toute une mythologie médiévale : on pensait alors, et depuis bien longtemps, que lors d’un combat entre un dragon et un éléphant, l’éléphant avait écrasé le dragon, faisant sortir une sécrétion qui, mêlée au sang des deux combattants, aurait créé le « sang dragon ».

Nous terminerons la semaine prochaine le tour d’horizon des rouges médiévaux avec les laques rouges.

  1. Se reporter à l’émission du 15 décembre 2014 ici
  2. Se reporter à l’émission du 23 mars 2015 ici

Article du 21 janvier 2019

Publicités


1 commentaire

La sanguine (émission du 23 mars)

sanguineAprès trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF Isère – 103.7 – à 8 h 35 et juste après 11 h) une couleur très différente : le rouge. Chaque semaine, nous effeuillerons une nuance, un caractéristique, une émotion liée à la couleur rouge. L’émission du 23 mars sera consacrée à la sanguine, une variété terreuse d’hématite rouge, riche en oxydes de fer. Elle se décline dans des nuances allant du brun au pourpre, de l’orangé, à l’ocre.

On trouve des craies, des crayons, des pastels de couleur sanguine. Par extension, une œuvre exécutée à la sanguine porte le nom de… sanguine. Les traces de son utilisation remontent à la Renaissance et son apogée se situe au XVIIIe siècle, puis la technique connaît un net déclin.

Notre désormais familier Cennino Cennini, peintre du XIVsiècle, décrit ainsi la sanguine dans son Livre de l’art (p. 99: « Cette couleur est naturelle et c’est une pierre très solide et dure. (…) La pierre pure est d’un violet intense et a une veine comme celle du cinabre. (…) plus tu la broies, plus la couleur s’améliore et devient parfaite. Cette couleur est bonne sur mur, à fresque ; et elle donne un ton cardinal ou violet ou de laque. »

Parmi les peintres adeptes de la sanguine, citons Poussin, Watteau, Fragonard, David ou Ingres.

La sanguine trouve son utilisation naturelle dans la production de croquis, de modèles vivants et de scènes rustiques. Je pense à un tableau représentant une charrette que mon père avait acheté à la fin sa vie. Il aimait particulièrement l’ambiance rendue par cette scène monochrome, très simple, à la fois précise et entourée d’une légère brume, une sorte de poussière rouge…

Léonard de Vinci utilise la sanguine dans son auto-portrait et ses études anatomiques. Elle est idéale pour le rendu des modelés et des volumes.

La sanguine, sous forme de craie, s’étale facilement et a une utilisation similaire à celle du fusain ou du pastel : elle nécessite d’être fixée à la fin de l’exécution de l’œuvre.

Comme pour le pastel, le ton du papier est primordial pour l’exécution d’une sanguine. Ainsi, une technique picturale  de la Renaissance, la technique des trois crayons, consiste à représenter un modèle vivant à l’aide d’une craie sanguine, d’une pierre noire et d’une craie blanche sur un papier teinté. On retrouve l’association des trois couleurs, dans des tonalités très harmoniques. Leur combinaison permet de rendre toutes les nuances carnées du modèle vivant avec chaleur et réalisme.

Mais au fait, quand on dit sanguine, on ne pense pas forcément à un crayon d’artiste, on pense aussi à ces oranges à si belle tonalité rouge, à la saveur acidulée…

Article du 23 mars 2015