Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La Mère de Dieu « Igorevskaïa »

Icône de la Mère de Dieu « du Prince Igor », 14 x 16 cm sur planche de bouleau, 2021

L’histoire de cette icône est liée à la mémoire du prince Igor. On peut relire ici l’histoire de ce personnage vénéré comme strastoterptsi, victime innocente de la haine des habitants de Kiev envers son frère aîné.

On se souvient qu’à la fin de sa vie, après sa captivité, le prince Igor devint moine sous le nom de frère Gabriel au monastère Fedorovski à Kiev.

En 1147, une foule de rebelles, pensant qu’Igor cherchait à reprendre le pouvoir, alla le chercher à l’église pendant la Divine liturgie pour l’assassiner sauvagement. Igor était tout simplement en train de prier devant une icône qui, par la suite, fut appelée Igorevskaïa. En réalité, il s’agit tout simplement d’une partie du modèle de la Vierge de Vladimir, « cadrée » au-dessus des bustes, et donc centrée sur les deux visages.

Peu de temps après, cette icône fut vénérée comme miraculeuse et placée près des portes royale de l’iconostase dans la chapelle latérale dédiée à saint-Jean le théologien, dans la cathédrale de la Dormition de la Laure des grottes de Kiev. 

En 1941, pendant l’occupation de Kiev, l’icône disparut sans laisser de traces. 

L’icône est fêtée le 5 juin (tout comme saint Igor), date du transfert des reliques du prince Igor de Kiev à Tchernigov en 1150.

Article du 4 novembre 2021


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Saint Igor

Saint Igor, prince de Kiev, icône sur bouleau travaillée en relief, 12 x 16 cm, 2021

L’icône de saint Igor m’a été commandée par une amie d’enfance née un 5 juin. Et c’est précisément le jour de la fête de Saint Igor !

Ce prénom est la transcription slave d’un prénom germanique, Ingvar. Dans la mythologie nordique, Ing est le dieu de la paix et de la fertilité. Le prénom est d’abord porté presque exclusivement en Russie. Au XXe siècle, il devient aussi populaire en Occident avec la notoriété de plusieurs personnages nommés Igor, en particulier Stravinsky, et grâce à l’opéra de Borodine, Le Prince Igor (qui raconte une tout autre histoire).

Igor Olgovitch (Игорь II Ольгович), dit Igor II de Kiev, est un « prince de Kiev et Tchernigov » au destin tragique.

Il naît en 1096, fils du prince Oleg et frère de Vsevolod. Celui-ci désigne Igor comme son successeur à la place de l’un de ses fils et fait jurer fidélité aux habitants de Kiev. Igor succède ainsi à son frère à sa mort en 1146. Mais la famille des Olovitch est impopulaire et Igor est une personne faible et plutôt indécise, sûrement inadaptée au pouvoir. Les habitants de Kiev l’accusent alors facilement de toutes sortes de malhonnêtetés et d’intrigues. 

Le cousin d’Igor, Iziaslav II, malgré sa promesse d’allégeance, profite de la situation pour prendre le pouvoir. Igor aura à peine régné entre deux et six semaines selon les récits. Il tente de fuir avec un de ses frères, mais, victime d’une blessure à la jambe, il se réfugie puis s’enlise dans les marais : il est finalement capturé puis jeté dans une fosse. Il est libéré après quelque temps, gravement malade et demande à devenir moine.

Abandonné de tous, Igor est tonsuré et enfermé dans le monastère Saint-Théodore de Kiev. Les habitants de la ville n’ont cependant pas assouvi leur haine contre lui et la famille des Olgovitch. Le 19 septembre 1147, ils envahissent le monastère, persuadés que Igor cherche à récupérer le pouvoir. Pourtant, celui-ci était tranquillement en train de prier devant l’icône de la Mère de Dieu (l’icône en question est présentée ici). Il est assassiné sauvagement et son corps exposé à la population. 

Plusieurs miracles ont lieu près du corps d’Igor, ensuite reconnu comme saint « strastoterptsi ». Cette notion est très intéressante et particulièrement répandue dans l’hagiographie russe (on pense à saint Boris et saint Gleb). Les princes « strastoterptsi » (littéralement, « souffre-passion ») sont canonisés pour avoir accepté une mort violente et sans résistance pour le salut et la paix de leur peuple. Elles sont des victimes innocentes qui identifient la plupart du temps leur souffrance à celles du Christ. Dans tous les cas, il s’agit de personnages qui préfèrent donner leur vie plutôt que de voir leurs peuples se déchirer.

Fête le 5 juin

Article du 8 octobre 2021


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Saint Boris et saint Gleb, frères de paix

Fête principale le 24 juillet (catholiques et orthodoxes) mais aussi , 5 septembre et 2 mai (translation de leurs reliques).

Boris et Gleb, frères de paix

Boris et Gleb, frères de paix

On les appelle quelquefois Romanus et David, en Occident.

Ils sont canonisés en 1051, une quarantaine d’années après leur décès.

Boris est patron de Moscou. Ils font figure de pacifistes.Ils illustrent le verset 5, 39 de l’évangile de Matthieu : Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant.

Ils sont les fils cadets de saint Vladimir de Kiev, qui introduisit le christianisme en 989 chez les peuples slaves.

Ils sont assassinés par leur frère aîné Sviatopolk, jaloux : il voyait en eux des rivaux et n’acceptait pas de partager l’héritage paternel. Ils acceptent la mort en 1010 pour éviter un bain de sang, une guerre civile à l’état russe naissant.

Quand Boris apprit que son frère aîné venait à sa rencontre pour le tuer, on dit qu’il renvoya sa garde et passa la nuit à pleurer parce qu’il « allait perdre sa femme et la lumière du soleil ». Mortellement blessé au matin, il supplia qu’on lui laisse le temps de se préparer à la mort ; ses dernières paroles furent des mots de pardon envers son frère meurtrier.

Gleb fut tué peu de temps après. Lui aussi refusa de combattre pour épargner des vies et mourut en pardonnant.

On les représente  debout ou à cheval, épée ou bannière à la main, vêtus de vêtements princiers. Boris porte la barbe ; Gleb, plus jeune, est imberbe : la différence d’âge est accentuée par la barbe et les arcades sourcilières chez Boris, et leur absence chez Gleb.

Article du 31 mars 2014

Mise à jour du 8 octobre 2021 : on peut lire l’article sur saint Igor ici  pour découvrir la notion de strastoterptsi, ces personnages qui préfèrent donner leur vie plutôt que de voir leurs peuples se déchirer.