Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le vert, une couleur à double sens

Le vert est une couleur utilisée tardivement : on n’en trouve presque aucune trace dans la Préhistoire.

L’Antiquité grecque n’a pas de terme très précis pour désigner le vert, ni d’ailleurs pour désigner le bleu. Les qualificatifs utilisés évoquent plutôt la transparence, la fluidité ou la luminosité. Cette réalité conduit, au cours de l’histoire, à des tas de spéculations : on est allé jusqu’à se demander si certains peuples avaient la capacité physique de distinguer des couleurs comme le vert et le bleu. C’est bien étonnant, mais cette controverse s’est prolongée jusqu’au XXe siècle, période à laquelle des linguistes et des anthropologues ont encore tenté de démontrer que la capacité à différencier et à nommer les couleurs était liée au niveau de développement culturel, ce qui est bien sûr complètement absurde !

À partir du IIIe siècle avant notre ère intervient le terme prasinos qui signifie « de la couleur du poireau » et désigne des verts intenses. Alors que le vocabulaire du vert n’est pas encore précis, la couleur est cependant utilisée : le vert malachite, le vert de gris, la terre verte et également des verts de cuivre artificiels.

La tonalité verte semble davantage présente dans le monde romain. Le vocabulaire l’atteste puisqu’en latin, le terme existe : il s’agit du mot viridis qui signifie à la fois verdoyant, jeune, frais, vigoureux, et a donné notre terme « vert ». On peut noter le lien avec d’autres mots de la même famille comme la virilité. Le lien étymologique est très étroit entre la couleur verte et la notion de force, de croissance, de vigueur, de « montée de la sève ». Cette notion est restée dans le langage courant : lorsque l’on dit d’une homme plus très jeune « qu’il est encore vert », on ne parle pas de sa couleur bien évidemment !

OLYMPUS DIGITAL CAMERAQuant au verger, il cristallise, au Moyen Âge, les sens infini du mot vert. Le mot verger, vergier à l’origine, est issu du latin viridarium qui signifie la verdure comme force de vie. Il est le jardin clos empli de fruits, de chants d’oiseaux et de fleurs, le lieu qui allégorise la rencontre amoureuse, le désir, le lieu qui chante la beauté, où monte la sève, puis grandit la vie, un lieu symbolique très présent dans la littérature et l’imaginaire du Moyen Âge, un mot dans lequel se rejoignent étymologie et symbolique, un mot qui réunit à lui seul la large palette de l’univers… du vert !

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 12 septembre 2016


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Du bleu au vert

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Après tout le temps passé avec le bleu (trois années d’émission, un livre, quatre expositions…), j’ai longuement hésité avant de me pencher sur cette nouvelle couleur : le vert.

Après avoir tellement travaillé sur la couleur bleue, il m’est apparu que le bleu pouvait être « la couleur de mon âme », mais pas forcément ma couleur préférée. J’aime le rouge qui me met en joie et me procure une belle énergie, tout comme j’aime la couleur rose, tendre et optimiste compagne. Pour le vert, c’est plus compliqué : j’aime certaines nuances, celles qui tendent vers le gris ou vers le bleu : le vert malachite, le vert amande et la couleur des lichens. J’aime le vert de la nature, celui des forêts dans le vent et de l’eau des marais. Mais je ne l’utilise presque jamais dans ma peinture ni pour mes vêtements. Alors, le vert est-il pour moi une couleur encore plus ambiguë que les autres ? Saurais-je vous faire partager cette dualité ?

Le nœud de cette histoire se situe une fois encore au Moyen Âge. Au début de cette période, on aurait pu croire, en Occident, que le vert allait gagner la faveur des plus nombreux. Il l’a laissé croire un temps, dans la place qu’il occupait peu à peu dans les vitraux, les enluminures ou l’imaginaire. Et puis, à la fin de la période, le bleu l’a emporté pour longtemps, devenant la couleur du manteau de la Vierge, celle des vitraux de Chartres, de tellement de peintres, jusqu’à devenir la couleur préférée des Occidentaux aujourd’hui. Nous essaierons de comprendre quelques-unes des raisons qui ont conduit à cette relative disgrâce et parfois de nous plonger aussi dans d’autres cultures, pour lesquelles la couleur verte livre des significations différentes.

Symboliquement, on peut comprendre facilement les deux faces opposées du vert : le vert est la couleur de la vie, de la plante, des pousses au printemps, de l’espérance, mais elle est aussi celle de la décomposition, la couleur de la mort et du diable. Il est possible que la nature même de la couleur verte, instable, difficile à fixer d’un point de vue technique – dans la peinture comme dans la teinture – ait accentué la versatilité de cette couleur : aimée ou rejetée, de vie ou de mort, d’espoir ou d’angoisse.

Pourtant, la particularité du vert tient peut-être dans le mot « reverdir ». Y avez-vous déjà pensé ? Aucune autre couleur ne détient ce privilège : un verbe formé à partir du nom de la couleur, qui peut indiquer tout à la fois une façon de peindre et un acte de vie toujours recommencé, une couleur qui contient à elle seule toute la force d’un printemps.

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 5 septembre 2016