Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le rouge falun

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Kerimaki (région du lac Saïmaa, Finlande, 2012)

Garages à bateaux à Kerimaki (région du lac Saïmaa, Finlande, 2012)

Après avoir parlé des peintres russes, partons vers la Finlande, un pays tout de vert et de bleu : celui des forêts, des lacs, de la taïga, des reflets de l’un dans l’autre et dans la lumière du ciel. Ces tonalités douces sont comme révélées par les pointes de rouge qui égrènent le paysage, le rouge des baies dans les bois à la bonne saison, et aussi le rouge des maisons, un rouge profond, intense appelé le rouge de Falun.

Le Rouge de Falun est un oxyde de fer naturel. Le pigment est issu des scories de mines de cuivre. La plus célèbre est celle de Falun, en Suède, exploitée depuis le IXe siècle et fermée depuis une vingtaine d’années, sauf en ce qui concerne le pigment. Cet oxyde de fer contient du zinc, du cuivre et du plomb, ce qui lui donne des propriétés bactéricides, fongicides et siccatives. Le pigment est très utilisé en Suède : les maisons traditionnelles en bois, les granges, les chalets au bord des lacs sont très souvent revêtus de cette couleur. Son usage a essaimé dans les autres pays scandinaves, particulièrement en Finlande et jusqu’en Amérique du Nord.

En Finlande, cette peinture est connue sous les noms de punamultamaali (peinture à la terre rouge) ou de keittomaali (peinture cuisinée) en raison de son mode de fabrication particulier. En France on utilise souvent le nom de «badigeon rouge suédois » ou de « porridge ».

Alors pourquoi ces dénominations évoquant la cuisine ? Eh bien c’est très simple, la préparation est en fait une émulsion à base de farine, réalisée avec le pigment rouge de Falun. La farine, à la fois liant et émulsifiant, stabilise le mélange d’huile de lin et d’eau, par nature non miscibles. On obtient ainsi une préparation qui associe le fort pouvoir collant de la farine aux vertus protectrices de l’huile, tout en restant diluable à l’eau. Pour ceux qui aiment les expériences, vous pouvez essayer : 130 gr de farine de seigle, 500 grammes de pigment rouge de Falun, 1,5 litre d’eau, 20 centilitres d’huile de lin, quelques gouttes de savon… et le tour est joué !

C’est une peinture rustique, réversible, bon marché, très facile à fabriquer et à entretenir. Elle a une bonne tenue sur les bois rugueux et sent très bon quand on l’applique. On peut bien sûr remplacer le rouge de Falun par un autre ocre rouge et tenter le même mélange, mais il faut alors ajouter du sulfate de fer pour obtenir des propriétés fongicides équivalentes.

Combien j’aime ce rouge chaud, gai et profond à la fois, pas du tout agressif, et qui semble la touche d’un peintre, quand il émerge au détour d’un bois et se reflète dans l’eau calme d’un lac !

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 16 novembre 2015. J’ajoute les photos ci-dessous prises en Suède aux mines de Falun en Dalécarlie en juillet 2018.

 

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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