Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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De l’icône de la Pentecôte à El Greco

IMG_2228 - copie 2Jeudi 22 juin, nous sommes allés au musée de Grenoble avec une partie de notre Atelier d’icônes, afin de contempler le tableau de El Greco, prêté par le musée du Prado de Madrid, jusqu’à la fin du mois de juillet. Nous avons continué la journée en nous penchant sur l’icône de la Pentecôte, pour analyser ensemble ressemblances et différences. Nous avons aussi comparé les représentations de l’Esprit Saint dans les icônes et dans la peinture.

Nous avons beaucoup aimé le tableau de El Greco, à la frange entre les deux types de représentations : on sent chez l’artiste la formation de peintre d’icônes, même s’il traite le sujet dans une grande liberté (trois femmes sont présentes, certains personnages sont de dos, le cosmos est absent…). Nous avons aimé le dynamisme et l’expressivité des gestes des personnages.

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Ce personnage qui nous regarde serait un autoportrait du peintre.

 

Commençons par la représentation traditionnelle de l’icône de la Pentecôte : elle appartient au registre des grandes fêtes et prend place dans les iconostases des églises orthodoxes. Les apôtres sont assis en arc de cercle : six d’un côté, six de l’autre On reconnaît tout en haut Pierre, qui fait face à Paul (celui-ci « remplaçant » le plus souvent Judas). Chacun porte sa tenue et coiffure type, qui permet de le « reconnaître » et une langue de feu volète au-dessus de leur tête. Entre eux deux, un espace reste libre symbolisant l’attente du retour du Christ.

En bas de l’icône, semblant « jaillir des ténèbres », se tient un personnage qui représente le Cosmos. Il tient un linge en forme de barque, sur lequel sont posés douze rouleaux, correspondant aux douze tribus d’Israël. Remarquons que les apôtres portent chacun le même rouleau, parfois remplacé par un livre pour les évangélistes.

L’icône est inondée de lumière, un rayonnement, une incandescente le plus souvent traitée à l’assiste. En haut de l’icône, une mandorle, la présence divine, irradie de haut en bas.

Les bâtiments, à l’arrière de l’icône, indiquent que la scène se déroule à l’intérieur, et le voile rouge très souvent présent, tendu entre les deux bâtiment, signifie l’accomplissement des Écritures.

Parfois, Marie est présente dans l’icône entre Pierre et Paul. C’est un sujet de controverse que nous ne traiterons pas ici. Bien sûr, la présence de Marie peut avoir une signification riche (communément admise dans l’Église catholique), mais le trône vide (« Hétimasie ») de l’attente, la place laissée libre (thème proche de celui de la « vacuité », le vide qui peut laisser la place au véritable « plein ») est plus proche de la signification première de l’icône.

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L’Esprit tel que El Greco le représente dans son tableau

Nous avons ensuite continué notre promenade dans le musée de Grenoble pour voir comment l’Esprit Saint est représenté dans la peinture. Nous avons retenu cinq tableaux : La descente du Saint Esprit sur les apôtres (école italienne du XVIe siècle), Saint Grégoire (Rubens), Louis XIV au lendemain de son sacre (Philippe de Champaigne), L’Annonciation (Zurbaran) et La Trinité (Theodoor Von Thulden). Nous avons insisté sur la formule patristique « l’Esprit n’est pas un volatile », mais l’Esprit est descendu, lors du baptême, « sous forme de colombe ». C’est pourquoi, dans les icônes, la colombe est seulement présente lors du baptême du Christ (et parfois pour l’Annonciation).

Pour aller plus loin :

Décalage horaire (plusieurs des tableaux cités ci-dessus y sont décrits) voir ici la présentation.
– un intéressant article de l’Institut Périchorèse ici

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Une partie de notre groupe


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La couleur de mon âme 5 (l’émission du 27 juin)

OLYMPUS DIGITAL CAMERACette fois encore, nous allons terminer ce cycle de l’émission Tout en Nuances (RCF Isère 103.7) sur la couleur rose par les réponses au fameux questionnaire : « quelle est la couleur de votre âme ? » Peu de personnes ont cité le rose, peut-être parce que le rose n’est pas toujours considéré comme une « vraie » couleur, comme nous l’expliquions la semaine dernière. En revanche, les connotations du rose sont bien celles que nous avons évoquées tout au long de ce parcours printanier : le rose, cité comme une couleur rassurante, tendre, généreuse, rappelle l’enfance. Voici quelques témoignages :

Christine (39 ans) dit avoir vu du rose apparaître autour de sa tête lorsqu’elle a lu la question. Elle ajoute que cette couleur la rassure. Florence (36 ans) voit son âme rose, car généreuse et attentionnée avec les personnes qui l’entourent. Pour Julie (38 ans), son âme est rose indien foncé.

Monique (67 ans) voit son âme d’un rose tendre et pâle légèrement orangé. Ella ajoute : « c’est ce qui me vient à l’esprit car aujourd’hui j’ai évoqué ce ton pour un plafond d’escalier à repeindre. Rose c’est Belledonne en face de mon balcon au coucher du soleil qui, à chaque fois, m’émerveille…  c’est la couleur de la chair humaine sur les dessins d’enfants… c’est la couleur préférée de ma fille… »

Quant à Vanessa (30 ans), elle n’hésite pas et répond : « rose fuchsia ! C’est pour moi la couleur de l’enfance, du souvenir de ma mère, la seule couleur qui ne me lasse pas… et vers laquelle je vais inexorablement ».

Terminons ce cycle sur la couleur rose avec ces quelques mots d’Audrey Hepburn :

« Je crois au rose. Je crois que le rire est le meilleur brûleur de calories. Je crois aux baisers. Je crois qu’il faut être forte quand tout semble aller de travers. Je crois que les filles heureuses sont les filles les plus jolies. Je crois que demain est un autre jour et je crois aux miracles. »

Et voilà encore un cycle de couleurs qui se termine : après le bleu, le rouge et le rose, nous aborderons le mois de septembre avec la couleur verte. D’ici là, j’espère à chacun un été rose, ou tout au moins, éclairé de reflets roses au détour des orages ou dans la douceur des petits matins…

Vous trouverez l’histoire de ce questionnaire en tapant tout simplement la question « quelle est la couleur de votre âme ? » dans la case

« recherche » en page d’accueil du site.

 


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Le rose est-il vraiment une couleur ? (l’émission du 20 juin)

OLYMPUS DIGITAL CAMERAAu fil des émissions de Tout en Nuances sur RCF Isère (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10), nous avons découvert combien le monde des couleurs et des nuances est subtil, complexe, mouvant, inattendu : un univers difficile à nommer, classer, inventorier. La couleur rose est celle des fleurs, celle des peintre et des poètes, mais la vraie question est : « la couleur rose existe-t-elle vraiment ? ». Étrange interrogation, mais la controverse est là, puisque la couleur rose n’est pas présente dans l’arc-en-ciel ! On y trouve du rouge, du violet, des bandes de lumières que les scientifiques peuvent mesurer. Mais le rouge se situe d’un côté de l’arc-en-ciel alors que le violet est de l’autre, ce qui signifie qu’on ne peut pas les voir côte à côte dans une subtile dégradation et créer visuellement du rose. Aussi, pour certains, le rose serait une couleur inventée, une sorte de vœu pieux. Les couleurs sont des ondes de lumière et nous les « voyons » avec notre cerveau, mais il n’y a pas d’onde qui mélange le rouge et le violet, et le rose n’est donc pas une onde de lumière. Alors, ce rose qui nous réconforte, nous conduit vers l’enfance et enchante nos printemps de légèreté, ne serait-il pas une couleur ?

D’autres scientifiques voient les choses autrement en affirmant que le rose n’existe pas, parce qu’aucune couleur n’existe vraiment. Pour eux, la couleur n’est pas une propriété de la lumière ou d’objets qui reflètent la lumière, mais une sensation qui émerge dans le cerveau d’une façon mystérieuse. On a d’ailleurs découvert récemment qu’il était possible de faire voir des couleurs théoriquement impossibles à percevoir par le cerveau, des mélanges qui semblent ne pas pouvoir exister, comme du vert teinté de rouge ou du bleu teinté de jaune…

Malgré toutes ces considérations, le rose n’existe peut-être pas en tant qu’onde de lumière, mais il est largement présent dans la nature, dans nos rêves et dans la peinture. Si l’on ne peut pas créer du rose avec les couleurs de l’arc-en-ciel, on peut mélanger du rouge et du blanc, attendre la floraison des rosiers, contempler les arbres en fleurs ou certains ciels de fin de journée en été, chantonner avec Édith Piaf et Alain Souchon et chercher à… voir la vie en rose !

 


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La période rose de Picasso (l’émission du 13 juin)

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Famille d’acrobates au singe, tableau de 1905 conservé à Göteborg (détail)

Nous terminons bientôt cette série de Tout en nuances sur RCF Isère (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10) consacrée au rose (après le bleu et le rouge). Nous avions parlé lors de la série d’émissions sur le bleu, de la « période bleue » de Picasso (cliquer ici pour relire l’article), une période assez triste, marquée par une sorte de vague à l’âme qui semble se traduire par une prédilection pour des couleurs froides et sombres. Cette période est suivie par une autre, plus courte puisqu’elle s’étend de 1904 à 1906 : « la période rose » ! Le peintre sélectionne alors des tons gais, orangés et roses. Les arlequins, les enfants qui jouent avec un animal, les personnages de cirque, les clowns et les mères à l’enfant dans des tonalités de rose, apparaissent dans ses œuvres et vont populariser la peinture de Picasso jusqu’à la fin de sa longue carrière.

On a l’habitude d’opposer ces deux périodes. La « période bleue » serait déprimée et teintée par la culture espagnole ; la « période rose » serait joyeuse et d’avantage marquée par l’influence française. Bien sûr, ces explications sont très simplistes mais il est vrai que les nouvelles tonalités de Picasso correspondent à une période redevenue plus heureuse et insouciante : une histoire d’amour commence avec son modèle, Fernande Olivier ; il se lie d’amitié avec l’élite intellectuelle de l’époque comme Max Jacob ou Guillaume Apollinaire… et par ailleurs, il commence à réaliser de belles ventes de ses œuvres, sortant ainsi de la misère. Bref, c’est un peu la vie en rose !

Plus tard vinrent des peintres qui allèrent encore plus loin. Picasso avait donné une tendance rose à ses tableaux. D’autres iront vers les monochromes et les fonds unis comme Andy Warhol qui s’en donne a cœur joie avec ses fonds rose fluo. Quant à Yves Klein, on connaît ses monochromes bleus, mais on connaît moins les roses qui tiennent pourtant une bonne place dans son œuvre.

Pour terminer avec Picasso, je dois dire que j’aime beaucoup un tableau qui se situe à la frange entre les deux périodes : Le Garçon à la pipe. On y voit un jeune homme vêtu tout de bleu, couronné de roses, assis de face, une pipe à la main ; à l’arrière, le fond ressemble à une tapisserie ancienne couverte de fleurs roses. On dit que c’est un des tableaux qui atteint un des prix les plus élevés du marché de l’art. Alors, un peu de bleu, couleur de la mélancolie, au voisinage d’un peu de rose délicat… et voilà peut-être l’un des ingrédients de la réussite !


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La Visitation, par Rainer Maria Rilke

Visitation, 17x27cm, 2016

Icône de la Visitation, 17×27 cm, 2016

Peignant une fois encore l’icône de la Visitation, j’ai retrouvé un poème de Rainer Maria Rilke, écrit en janvier 1912, période de sa plus grande effervescence littéraire. Il prend place dans un recueil intitulé La Vie de Marie publié en français par les éditions Arfuyen (réédité en 2013).

« Tout alla bien pour elle au commencement,
mais déjà en montant elle sentit maintes fois
le miracle opérer dans son corps –
alors elle s’arrêtait et respirait sur les hautes

collines de Judée. Cependant s’étendait autour d’elle
non le paysage mais sa propre plénitude.
Elle savait ceci  à chaque pas : on ne surpasserait jamais
la grandeur  qu’elle éprouvait maintenant.

Et il lui tardait de poser la main
sur le sein de l’autre au fruit plus mûr.
Et les femmes, l’une vers l’autre chancelant,
caressèrent leurs robes et leurs chevelures.

Chacune, pleine de son dépôt sacré,
prenait refuge en sa parente.Ah ! le Sauveur en Marie n’était encore qu’en fleur,
pourtant déjà dans le sein de l’aînée
le joie fit bondir le Baptiste. »

J’ai travaillé à propos d’une photo de fresque qui m’a été offerte il y a très longtemps, je ne sais plus par qui. Au verso, on trouve une seule mention « Iaroslav ». J’aimais beaucoup la posture et m’en suis inspirée. Si quelqu’un connaît la fresque d’origine, je remercie d’avance pour toute information.


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Le rose de Claude Monet (l’émission du 6 juin)

Nous terminons bientôt cette série de Tout en nuances sur RCF Isère (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10) consacrée au rose (après le bleu et le rouge). Les peintres du XIXe siècle, et spécialement les impressionnistes ont beaucoup utilisé le rose que ce soit dans les paysages, la peinture des fleurs ou pour les sujets féminins. Je citerai seulement, sans trop y réfléchir, les peintres qui ont laissé une empreinte rose dans ma mémoire. Il y a Édouard Manet avec ses Fleurs dans un vase de cristal ou Paul Gauguin avec Paroles du diable. Dans un autre style, Degas affectionne le rose avec ses tableaux représentant les danseuses en tutu. Je pense à Toulouse-Lautrec avec Marcelle Lender dansant le boléro ou encore à Auguste Renoir avec Jeanne Savary. Pour les paysages, je pense à Turner : la liste est longue…

Soleil d'hiver à Lavacourt

Soleil d’hiver à Lavacourt, 1879

Je vais m’attarder sur un peintre que nous avions évoqué lors des émissions sur le bleu, et dont l’œuvre est très marquée par la couleur rose : il s’agit de Claude Monet. On pourrait citer pêle-mêle : Bassin aux nymphes, harmonie rose, Trois arbres roses, Meules, la Maison parmi les roses, Couchers de soleil sur la Tamise et quelques-unes des variations autour de La cathédrale de Rouen.

J’aime beaucoup une toile assez précoce de son œuvre intitulée Soleil d’hiver à Lavacourt. Le peintre a 37 ans et s’est installé l’année précédente avec sa famille sur les berges de la Seine. En hiver, le soleil se cache derrière le hameau de Lavacourt, juste en face de son atelier. En cette année 1879, à la suite d’une chute très importante de la température, la Seine gèle en profondeur. Monet se passionne pour ce phénomène inhabituel et pour le dégel spectaculaire qui va suivre. Le tableau Soleil d’hiver à Lavacourt est baigné d’une calme lumière rosée teintée d’orangé qui semble vibrer paisiblement dans les déchirures bleues du ciel. Tout est doux, palpitant, et joue sur les reflets de glace et d’eau.

On se souvient aussi de la passion de Claude Monet, à la fin de sa vie, pour les nymphéas. Il les peint en bleu, mais aussi en rose. Même la façade de sa maison de Giverny est peinte en rose, ce qui est très inhabituel à l’époque : rose avec des volets verts ! Un des derniers tableaux de sa vie s’intitule tout simplement Les roses. On y retrouve ce fond bleu mêlé de rose, vibrant, et au premier plan, une branche de rosier qui semble jaillir avec une incroyable vivacité, comme une très libre ode à la vie, à la vie en rose.