Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Brigitte de Kildare ou Brigitte d’Irlande

Brigitte HQ copie

Icône sur tilleul travaillée en relief, 21 x 26 cm, 2011

Brigitte de Kildare est une des saintes patronnes les plus importantes d’Irlande, avec Patrick et Columcille, auprès desquels elle est enterrée. Pourtant, les données historiques sont assez minces. Les récits de sa vie sont parfois tardifs et mélangés avec les légendes et la tradition païenne irlandaise. Son nom est d’ailleurs une variante de la déesse Brigantia (grande, forte ou puissante) et associé au principe divin féminin chez les Celtes. 

Brigitte naît vers 451 dans l’Irlande nouvellement convertie. J’ai trouvé des versions qui la font naître dans une familles pauvres ,et d’autres qui prétendent le contraire !

Convertie et baptisée par saint Patrick, Brigitte refuse les prétendants attirés par sa beauté. Toute jeune encore, elle se retire à quelques kilomètres de Dublin et se construit sous un gros chêne une cellule autour de laquelle des femmes se rassemblent. Elle fonde ainsi avec ses compagnes un couvent, autour duquel se forme la ville de Kildare (Kill : église et Dara : chêne). Ce monastère regroupe peu à peu moines et moniales pour la première fois en Europe.

Elle adopte pour ce couvent la règle de saint Césaire reprise par plusieurs monastères d’Irlande.

Brigitte est une femme d’une grande générosité et d’une énergie exceptionnelle. Au début de sa vie au monastère, Brigitte s’occupe des vaches, c’est pourquoi on la représente souvent une vache à ses pieds. Certains épisodes de sa vie évoquent des miracles en faveur des plus pauvres : la multiplication de nourriture, une distribution de beurre, l’éloignement de l’orage… et surtout, la transformation d’eau en bière !

Les icônes, la représentante un phylactère (parchemin) à la main, avec le plus souvent ce genre de texte :

« pour réconforter les pauvres, pour dissiper toutes les souffrances,
pour soulager
tout homme malheureux »

« … pour secourir les pauvres
pour surmonter les épreuves
pour ménager chaque homme dans la douleur »

De nombreuses chapelles lui sont dédiées, en Irlande comme en Bretagne.

Elle s’endort en paix vers l’an 525 à Kildare et est fêtée le 1er février.

Brigitte de Kildare est consacrée comme Abbesse par l’évêque Saint Mel à Armagh. Le Livre de Lismore contient ce récit : 

« Brigitte et certaines vierges allèrent avec elle recevoir le voile de l’évêque Mel à Telcha Mide. Il était heureux de les voir. Par humilité, Brigitte resta en arrière afin d’être la dernière à recevoir le voile. Une rose rouge tomba sur sa tête, du faîte du toit de l’église. L’évêque Mel dit alors : « Avance-toi, O sainte Brigitte, que je puisse orner ta tête du voile avant les autres vierges. » Elle s’est alors avancée. Et par une grâce du Saint-Esprit, c’est le rituel d’ordination épiscopale qui a été lu sur elle ! 

Macaille dit que l’ordination épiscopale ne devrait pas être donnée à une femme. L’évêque Mel répondit : « Je n’ai aucun pouvoir en la matière. C’est Dieu qui a conféré cette dignité à Brigitte, au devant de toute (autre) femme. » 

C’est pourquoi depuis lors les hommes d’Irlande rendent les honneurs épiscopaux au successeur de Brigitte. »

Elle est aussi la patronne des amoureux de la bière. N’oublions pas qu’à l’époque, brasser la bière permettait de consommer une eau de bonne qualité, gage de santé ! Terminons donc par cette prière étonnante attribuée à sainte Brigitte :

« Je souhaiterais un grand lac de bière pour le Roi des Rois ;
Je souhaiterais que la famille des Cieux en boive toute la vie et à jamais.
Je souhaiterais avoir les gens des Cieux dans ma propre maison;
Je souhaiterais que leur soit remis des coupes de paix.
Je souhaiterais qu’ils aient la joie en la buvant ;
Je souhaiterais que Jésus soit parmi eux.
Je souhaiterais les trois Marie au grand nom ;
Je souhaiterais les gens des Cieux partout à l’entour.
Je souhaiterais être locataire du Prince ; de sorte que si j’étais en problème, Il me donne une bonne bénédiction. »

On peut lire TREMAYE Peter, les aventures de soeur Fildema : une trentaine de romans policiers qui tracent une fresque passionnante du christianisme irlandais des V et VIème siècles : on y croise à plusieurs reprises sainte Brigitte.

Article du 26 août 2019


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Le bleu de smalt

bleu de smaltJe n’avais pas encore parlé du bleu de smalt, un pigment qui se présente comme un bleu de transition entre les bleus précieux tels l’azurite et le lapis-lazuli, et les bleus synthétiques qui apparaissent au XVIIIe siècle. Le bleu de smalt, issu d’une pierre noire travaillée et mélangée, produit le bleu de la verrerie syrienne, des céramiques iraniennes, des mosaïques et porcelaines, avant de devenir la couleur préférée de Léonard de Vinci. Il s’agit d’un silicate double de potasse et de cobalt, fabriqué à partir de verre coloré au cobalt puis broyé et utilisé comme matière colorante. On l’appelle aussi bleu de Saxe, bleu d’azur ou encore bleu Schneeberg. 

Le smalt apparaît en Occident au XVe siècle. Les qualités du smalt sont autrefois définies par le vocable feux. Les meilleures qualités sont appelées premiers feux et ainsi de suite jusqu’au quatrième feu. On trouve aussi la dénomination azur des quatre feux. 

Cette couleur remplace alors les bleus précieux, en particulier pour les ébauches ou les fonds. On lui doit la réalisation de nombreux ciels dans la peinture occidentale. Il est très prisé des peintres flamands et utilisé jusqu’au début du XIXe siècle. Sa tonalité transparente tend un peu vers le violet ; il n’est pas très facile à manier et sa stabilité laisse à désirer, surtout avec la peinture à l’huile, car il provoque des oxydations. Ainsi, des études conduites à propos des œuvres du peintre espagnol du XVIIe siècle, Murillo, dévoilent des ciels devenus gris avec le temps. Il utilisait le smalt, qui s’est irrémédiablement décoloré. 

Le bleu de smalt deviendra véritablement bleu de cobalt quand un chimiste réussira à fabriquer le pigment à partir du minerai de cobalt, en 1802. Et nous voilà prêts à entrer dans l’univers des pigments synthétiques ! 

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 11 juin 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 40.

Article du 14 août 2019