Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le nouveau pigment bleu YInMn

Pigments bleus…

Ces dernier temps, j’ai reçu de nombreux messages d’amis qui savent que je me suis particulièrement intéressée aux pigments bleus : un nouveau pigment bleu a récemment vu le jour, ce qui n’était pas arrivé depuis plus d’un siècle. Il s’agit d’un bleu très vif qu’on pourrait situer entre le bleu outremer et le bleu de cobalt. Il porte actuellement un nom peu poétique : le YInMn Blue, ce qui est simplement l’abréviation de ses principaux composants chimiques : yttrium (une terre très coûteuse), indium et manganèse. Après avoir subi les contrôles nécessaires, ce pigment est commercialisé depuis peu par exemple chez un de mes fournisseurs préférés : Kremer. Mais il est produit actuellement en petite quantité (en raison de la rareté des composants si j’ai bien compris), et son prix reste très élevé, environ 4 000 €/kg

La première découverte remonte à 2009 et, comme c’est arrivé si souvent dans l’histoire des couleurs (voir l’article sur le bleu de Prusse), elle est accidentelle, fruit d’un « splendide hasard » : Andrew Smith, étudiant de l’Oregon, travaillait au sein d’une équipe dirigée par Mas Subramanian. Il tentait de créer un matériau électronique à haut rendement en chauffant l’oxyde de manganèse à 1 200° lorsqu’il a remarqué qu’un composé bleu d’une étonnante tonalité avait émergé dans le four, assez proche par sa luminosité du fameux « bleu Klein ».

Les qualités de ce bleu ne résident pas seulement dans sa merveilleuse tonalité : il est aussi très stable à la lumière comme à la température et ne semble ni toxique pour l’humain, ni dangereux pour l’environnement (bien que nécessitant des matériaux rares, ce qui n’est quand même pas anodin !). Il semble que l’équipe à l’origine de ce pigment continue les recherches pour obtenir d’autres couleurs selon le même genre de procédé. Par ailleurs, le YInMn reflète particulièrement bien les rayons infrarouges, et pourrait dès lors être utilisé de manière autant pragmatique qu’esthétique pour protéger des bâtiments de la chaleur.

Il semble bien adapté à la peinture à la tempera et j’espère l’essayer bientôt ou avoir quelques retours de la part de ceux qui le feront.

C’est un peu consternant quand on voit la beauté, la brillance et la profondeur de cette couleur, de n’avoir pas trouvé mieux pour le nommer que quelques initiales abréviatives que je n’arrive même pas à prononcer ! La firme Crayola l’a utilisé pour un nouveau crayon de couleur baptisé, suite à un concours, «bluetiful». C’est déjà mieux ! J’espère qu’on lui trouvera un plus joli nom à l’avenir, pourquoi pas celui d’un peintre qui excellera avec cette couleur (on connaît le vert Veronèse, le bleu Klein, le brun Van Dick…).


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Saint Igor

Saint Igor, prince de Kiev, icône sur bouleau travaillée en relief, 12 x 16 cm, 2021

L’icône de saint Igor m’a été commandée par une amie d’enfance qui accorde beaucoup d’importance à la date du 5 juin. Et c’est précisément le jour de la fête de Saint Igor !

Ce prénom est la transcription slave d’un prénom germanique, Ingvar. Dans la mythologie nordique, Ing est le dieu de la paix et de la fertilité. Le prénom est d’abord porté presque exclusivement en Russie. Au XXe siècle, il devient aussi populaire en Occident avec la notoriété de plusieurs personnages nommés Igor, en particulier Stravinsky, et grâce à l’opéra de Borodine, Le Prince Igor (qui raconte une tout autre histoire).

Igor Olgovitch (Игорь II Ольгович), dit Igor II de Kiev, est un « prince de Kiev et Tchernigov » au destin tragique.

Il naît en 1096, fils du prince Oleg et frère de Vsevolod. Celui-ci désigne Igor comme son successeur à la place de l’un de ses fils et fait jurer fidélité aux habitants de Kiev. Igor succède ainsi à son frère à sa mort en 1146. Mais la famille des Olovitch est impopulaire et Igor est une personne faible et plutôt indécise, sûrement inadaptée au pouvoir. Les habitants de Kiev l’accusent alors facilement de toutes sortes de malhonnêtetés et d’intrigues. 

Le cousin d’Igor, Iziaslav II, malgré sa promesse d’allégeance, profite de la situation pour prendre le pouvoir. Igor aura à peine régné entre deux et six semaines selon les récits. Il tente de fuir avec un de ses frères, mais, victime d’une blessure à la jambe, il s’enlise dans les marais : il est finalement capturé puis jeté dans une fosse. Il est libéré après quelque temps, gravement malade et demande à devenir moine.

Abandonné de tous, Igor est tonsuré et enfermé dans le monastère Saint-Théodore de Kiev. Les habitants de la ville n’ont cependant pas assouvi leur haine contre lui et la famille des Olgovitch. Le 19 septembre 1147, ils envahissent le monastère, persuadés que Igor cherche à récupérer le pouvoir. Pourtant, celui-ci était tranquillement en train de prier devant l’icône de la mère de Dieu. Il est assassiné sauvagement et son corps exposé à la population. 

Plusieurs miracles ont lieu près du corps d’Igor, ensuite reconnu comme saint « strastoterptsi ». Cette notion est très intéressante et particulièrement répandue dans l’hagiographie russe (on pense à saint Boris et saint Gleb). Les princes « strastoterptsi » (littéralement, « souffre-passion ») sont canonisés pour avoir accepté une mort violente et sans résistance pour le salut et la paix de leur peuple. Elles sont des victimes innocentes qui identifient la plupart du temps leur souffrance à celles du Christ. Dans tous les cas, il s’agit de personnages qui préfèrent donner leur vie plutôt que de voir leurs peuples se déchirer.

Fête le 5 juin

Article du 8 octobre 2021


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Le prieuré de Souvigny

J’avais dans la tête, pendant l’été, une commande en attente : une nouvelle icône de saint Mayeul. Je parle toujours de l’icône comme d’une rencontre : aller sur les traces des personnages fait partie de l’aventure. Aussi, longeant les rives de l’Allier pour redécouvrir la beauté de ses paysages, une halte à Souvigny s’est imposée.

Là, se trouvent côte à côte les tombeaux de saint Mayeul et de saint Odilon, abbés de Cluny, nés au Ciel successivement en 994 et 1049. Il semble que leurs dépouilles aient été bien malmenées au cours de l’histoire et surtout au sortir de la Révolution, mais ils sont là et emplissent l’atmosphère de leur présence !

Le prieuré s’est tantôt appelé prieuré Saint-Pierre-de-Souvigny et prieuré Saint-Mayeul. Vers l’an 915 ou 920, le sire de Bourbon Aimard, donne à l’abbaye de Cluny des biens qu’il possédait à Souvigny, ainsi qu’une église dédiée à Saint-Pierre. Un modeste monastère s’établit vers 960 et connaît rapidement un grand essor, Souvigny devenant l’une des cinq « filles aînées » de l’abbaye de Cluny. Saint Mayeul et saint Odilon y vécurent.

Aux Xe et XIe siècles l’esprit de Cluny gagne l’Occident chrétien et Souvigny devient un centre de pèlerinage très fréquenté : le roi Hugues Capet lui même s’y rend après la mort de Mayeul. Les pèlerinages se développent avec le culte de Saint-Jacques. Les rois et les évêques font construire ponts et hôpitaux qu’ils confient d’abord aux moines de Cluny puis aux divers hospitaliers. C’est pourquoi une statue de saint Jacques, en bois polychrome datant du XVIIe siècle et récemment restaurée, occupe une bonne place dans l’église et semble veiller sur les pèlerins qui empruntent le GR300 balisé par l’Association des Amis de Saint-Jacques-en-Bourbonnais !

Jusqu’au milieu du XIIe siècle, alors que sa puissance temporelle s’affirme, le prieuré est source d’un grand rayonnement spirituel. Cependant, il est probable qu’au début du XIIIe siècle, des frictions se manifestent entre les bourbons fondateurs et protecteurs du monastère, et les moines.

L’église est peu à peu agrandie pour accueillir des fidèles de plus en plus nombreux. Elle comprend alors deux transepts, un chœur et un déambulatoire, trois tours. Les ducs de Bourbon y installent un temps leur nécropole ducale. L’édifice s’enrichit de chapelles puis des parties hautes sont reconstruites : la voûte sur croisées d’ogives et le chœur. L’ensemble est donc composite avec une structure romane mais une voûte gothique. La façade est aussi modifiée à l’époque gothique tout en conservant les deux clochers romans qui la surmontent.

Les vitraux du chœur datent de 1438. Une partie a été détruite par une explosion en 1918. La sacristie est fresquée au XVIIIe siècle.

Ces dernières années, Souvigny est proclamé grand sanctuaire roman d’Auvergne et le diocèse investit pour accueillir pèlerins et touristes. Le pèlerinage dédié aux saints abbés Mayeul et Odilon renaît en 2016 puis l’évêque y fonde un Centre diocésain d’Art Culture et Foi.

Le village offre aujourd’hui une belle harmonie avec des maisons anciennes, des enseignes aux façades, l’église, un musée et un jardin. Dans le musée se trouve notamment un pilier sculpté auquel fut donné le nom de Zodiaque de Souvigny ; ce pilier roman, retrouvé dans l’église, présente un calendrier avec les travaux du mois dans les champs. Le jardin rappelle les jardins médiévaux avec ses plantes médicinales et aromatiques variées. On y trouve aussi 220 espèces de rosiers et des pieds de vigne évoquant l’histoire viticole de la région (celle du Saint-Pourçain !).

D’ici peu, je vous présenterai ma dernière icône de saint Mayeul. Il faudrait aussi parler de ce beau personnage que fut saint Odilon et qui a justifié l’appellation de Sanctuaire de la paix en 2017. En effet, Odilon fut à la fois grand voyageur, homme de charité, artisan de paix dans les violences féodales de l’an mille, et promoteur de la Trêve de Dieu. Peut-être un jour, j’en peindrai l’icône !


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L’église Saint-Pourçain de Marigny

Église Saint-Pourçain de Marigny

Comme c’est souvent le cas, la rencontre avec l’église de Marigny a été le fruit du hasard. Nous passions par là après avoir longé les rives de l’Allier depuis Nevers, en route pour Souvigny ; nous avons fait halte, attirés par la beauté de l’édifice ; une personne du voisinage est venue activer l’éclairage pour dévoiler la beauté du chœur… et voilà, nous sommes restés sous le charme !

Un église primitive existait là très précocement et a été remplacée entre le Xe et le XIIIe siècle par celle-ci, placée sous la protection de saint-Pourçain. Vous connaissez le nom du célèbre vin, mais saint Pourçain est d’abord un ermite du VIe siècle. À l’origine esclave d’un maître coléreux et brutal, qui a cherché l’appui du Père abbé d’un monastère voisin situé sur les bords de l’Allier. 

L’église du XIe siècle dépendait du proche prieuré bénédictin de Souvigny. Elle a ensuite été remaniée au XVe puis au XIXe siècle.

L’aspect extérieur dégage une belle impression de sobriété, avec cependant de discrets et joyeux détails. Ainsi, les pierres aux nuances variées, mélange de grès gris de Bourbon, de grès rouge et de calcaire clair, donnent à la façade sa jolie couleur bigarrée. L’église s’ouvre par un portail original à tympan trilobé, avec des chapiteaux ornés de feuilles recourbées et de têtes et de griffons ainsi qu’un embrasement constitué de quatre colonnes en retrait.

Elle rappelle les églises rurales du Berry avec sa forme allongée et étroite, un chœur encore plus étroit se terminant par une abside arrondie. La nef, à l’origine, ne comportait pas de transepts (ils ont été rajoutés beaucoup plus tard).

J’ai bien aimé la fresque ou la mosaïque (ou un mélange des deux ? Difficile à voir) qui orne le chœur et qui représente les quatre évangélistes (tétramorphe) autour de l’Agneau mais n’ai trouvé aucun commentaire ni explication à son propos. Alors si vous en savez plus… cela m’intéresse !


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Le monastère de Cantauque

Cet été, un peu au hasard des routes, nous sommes arrivés, à une trentaine de kilomètres de Carcassonne, dans les Hautes-Corbières de l’Aude, au monastère orthodoxe de Cantauque. Fondé en 2002 par une petite communauté de moines français venus de Jérusalem en Terre Sainte, il est situé au milieu de nulle part, à l’écart du village, dans la grandeur et l’immensité de la nature, sur un vaste domaine agricole et forestier.

Au bout du chemin après quelques virages bien tortueux, il est temps de garer la voiture et de se diriger à pieds vers le bâtiment. Quelques chevaux paissent tranquillement dans les champs, les collines ondulent, la forêt n’est pas loin : tout est calme et tellement silencieux. Le monastère, d’une grande sobriété, est soigné et coloré à la fois. Chaque détail semble refléter la beauté divine : l’agencement des parterres de fleurs de toutes les couleurs, la clochette pour alerter de la présence du visiteur…

L’accueil est à la hauteur du lieu, à la fois sobre et chaleureux. Je crois que nous avons été accueillis par le père Jacob avant de continuer la visite avec le père Samuel. Nous sommes alors entrés alors dans le cloître, un ancien hangar totalement transformé après dix ans de travaux. Dans ce havre de paix, des fresques de la Création couvrent les murs et au centre, la fontaine de vie symbolise la Vie jaillissante de la Parole de Dieu. Les fresques, peintures murales et icônes ont été réalisées au fil du temps par la main de divers moines et artistes. J’ai pensé à mes élèves et à leur travail sur la Création et en particulier à Solange.

Le monastère dépend de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, actuellement présidée par le Métropolite Joseph.

La communauté des moines vit selon la règle traditionnelle du monachisme orthodoxe. Elle célèbre ses offices en français qu’elle chante selon la tradition byzantine. Dans ce but, elle a entrepris un travail d’adaptation de cette musique orthodoxe à la langue française. La musique liturgique associe les huit tons latins avec les mélodies d’origine slave.

Elle a aussi traduit et édité les Divines Liturgies de Saint Jean Chrysostome et de Saint Basile ainsi que les psaumes d’après la Septante. Elle édite depuis 2010 tous les trois ou quatre ans, l’Annuaire de l’église orthodoxe en France.

Nous avons été invités à suivre l’office et avons pu nous imprégner de toute cette beauté. Nous avons vénéré les icônes, pris notre place dans l’église comme on prend sa place dans le monde. Un enfant a commencé à psalmodier d’une voix légère : c’était un moment de paix hors du temps et « des soucis de ce monde ». (1)

(1) Extrait de l’Hymne des chérubins (Cherubikon χερουβικὸς ὕμνος)

Ci-dessous, la galerie présente une partie du cycle de la Création dans le cloitre, mais je reviendrai plus tard en détail sur ce thème :


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L’église romane de Larrau

La descente vers Larrau

Nous revenions d’Ochagavia dans la vallée de Salazar en Haute-Navarre et, toujours à la recherche de beaux paysages, nous avons entrepris de rentrer en France par le col de Larrau. Les paysages étaient en effet époustouflants, mais nous n’avions pas compris que le col était fermé : la route, côté français, était en effet extrêmement endommagée par les intempéries et nous avons eu un peu peur ! À la descente, nous avons fait une halte au village de Larrau suivie d’une belle promenade pour nous remettre de nos émotions. C’est là que nous sommes tombés sur une merveilleuse petite église romane et sa jolie Vierge polychrome datant du XVIe siècle.

Enfin, parler d’une église romane s’avère souvent un peu approximatif. Si la construction de l’église a commencé en 1193, les remaniements et transformations ont été nombreux. Mais finalement, lire sur un bâtiment les traces du temps, des souffrances et des joies peut être une richesse quand l’harmonie est préservée. Cela tient à peu de choses, mais vraiment, dans l’église de Larrau, nous nous sommes sentis bien ! 

Le nom « Larrau » rappelle que le site était à l’origine couvert de landes, un plateau en pente douce entouré de forêts et d’immenses pâturages, facilement habitable d’où l’on pouvait accéder à la Navarre et l’Aragon en franchissant les Pyrénées.

L’église était à l’origine la chapelle d’un hôpital dépendant de l’abbaye de Sauvelade, affiliée au XIIIe siècle à l’ordre cistercien.

L’église de Larrau

L’église connaît d’importantes transformations à la fin du XVe siècle ou au début du XVIe siècle. Le chœur est couvert par deux voûtes à liernes et tiercerons (1) dont les arcs se croisent, formant un beau motif décoratif. Ces voûtes sont caractéristiques du gothique tardif, probablement le travail d’artisans locaux puisqu’à Ochagavia justement, l’église possède le même style de voûtes. 

À la jonction des arcs, des éléments saillants sont ornés de décors (des clés) sculptés. La clé centrale porte un aigle qui pourrait évoquer saint Jean l’évangéliste. La clé centrale de l’autre voûte figure un personnage tenant un agneau : c’est Jean-Baptiste comme l’indique l’inscription située au-dessus de sa tête et c’est aussi le nom de l’église.

Elle subit des dégâts pendant les guerres de religions qui entraîneront des réparations importantes comme l’atteste une plaque sculptée d’une inscription en latin. Pendant la Révolution, elle sert de hangar à fourrage puis devient église paroissiale.

L’intérieur de l’église est encore remanié au milieu du XIXe siècle avec l’ajout d’une tribune destinée à augmenter sa capacité d’accueil. Le village a compté  jusqu’à 1 300 habitants (six fois plus qu’aujourd’hui) et l’église devait souvent s’avérer bien petite !

Elle est classée monument historique en 2003.

On dit de la plupart des églises de la région qu’elles sont placées sur le chemin du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle et des vitraux récents l’illustrent. Pour nous, la halte a juste été l’occasion d’un moment de paix comme seules certaines petites églises peuvent offrir.

(1) Une lierne est la nervure qui part de la clé de voute. Les liernes peuvent s’arrêter avant de toucher aux arcs ; dans ce cas, des tiercerons (souvent de la dimension d’un 1/3 de la lierne, d’où le nom) établissent la liaison. Ces éléments architecturaux sont caractéristiques de la période gothique.

Article du 7 août 2021


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L’église romane de Luzenac

Église romane de Luzenac

De toutes les églises croisées lors de notre périple pyrénéen, l’église romane Notre-Dame-de-Luzenac est une de celles qui nous a le plus marqués. Allez-savoir pourquoi ! D’un style composite datant en partie du premier âge roman, son charme nous a emportés. Pourtant, sa localisation n’est pas des plus séduisantes puisqu’elle est située juste au bord de la route, avec cependant un très ample parvis engazonné. De plus, lors de notre bref passage, elle était fermée, en restauration, et nous avons pu voir seulement l’extérieur, ou plutôt, nous nous sommes laissé porter un long moment par son atmosphère si particulière.

Située en Ariège, au bord du Lez, elle date du XIIe siècle. Il semble y avoir dans le secteur plusieurs églises de cette époque, marquées par le dépouillement de leur architecture romane, leur construction solide, digne d’une fortification : n’oublions pas que ces lieux de culte servaient autrefois d’abri à la population en cas d’attaque, surtout quand elles étaient rendues vulnérables par leur localisation en plaine.

Église romane de Luzenac, détail

Des agrandissements sont effectués au fur et à mesure que se développent et s’enrichissent les nombreuses confréries religieuses, établies dans la région dès la fin du Moyen Âge. Un premier agrandissement est réalisé au XVe siècle avec le déplacement du portail roman. Ensuite, au XVIIe, une nouvelle façade est créée avant un réaménagement intérieur et la construction de deux sacristies… Le style devient donc extrêmement composite avec une nouvelle façade de style baroque espagnol (boules en faîtage, fronton couronné de volutes…).

C’est peut-être l’originalité du clocher à douze facettes (dodécagonal) de style byzantin, avec des baies à double arcade géminées recouvert de lauzes, qui donne sa grande originalité et son caractère particulier à l’ensemble. Le portail aussi a une allure très naïve.

Sur la façade du XVIIe large, peu élevée, s’élèvent deux contreforts massifs et trois vitraux. Celui qui occupe la position centrale est placé dans un grand oculus sous lequel se trouve une niche, ayant dû contenir une statue de la Vierge.

Il paraît que l’intérieur est opulent et caractéristique de l’ornementation baroque avec abondance de stucs, de dorures, de plafonds peints… nous ne l’avons pas vu, mais cette église nous a touchés au cœur et il ne nous reste plus qu’à y retourner !

Église romane de Luzenac


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L’aventure minuscule

Les jours d’été filent. J’aime bien ce temps de pause et de maturation : prendre le temps de ne rien faire, redécouvrir le monde et passer du temps avec les uns et les autres. Comme toujours, je tente d’en garder le meilleur en souvenirs, photos et notes griffonées qui prennent le temps de se transformer en une réserve de force et de joie.

Pour moi, l’été a commencé par une journée très particulière de retrouvailles entre « âmes-soeurs ». Je vous parle aujourd’hui de Marilyne Thevenin, potière, avec qui j’avais réalisé une de mes premières expositions. Nos liens sont anciens et profonds, et j’en ai de nouveau compris quelques racines en lisant son merveilleux petit livre « Un bol. L’aventure Minuscule » (1). Je trouve dans sa façon de décrire son travail et sa recherche tant d’analogies avec mes réflexions sur mon travail d’iconographe que je ne résiste pas au plaisir de vous citer quelques extraits.

« Créer, c’est faire l’expérience dans sa chair, encore et encore, de l’incarnation » p. 27

Marilyne décrit son atelier : « Espace dédié aux livres et aux revues céramiques, essentiels pour nourrir l’œil et faire connaître les artistes-artisans de cet art appliqué, de ce savoir ancestral et renouvelé… comment les nommer ? Ces livres m’aident aussi à me rappeler que si je suis seule dans mon atelier, j’appartiens néanmoins à la grande famille des potiers de ce monde, d’hier et d’aujourd’hui. » p. 32

© Marilyne Thevenin

Mes élèves se reconnaîtront probablement dans ce passage : « Le doute, c’est un peu comme le vent, il y en a plusieurs sortes et d’intensité variable.
Le vent de l’est, du petit matin. Un peu timide et débutant, le doute de soi : « Vais-je y arriver ? »

Le vent du sud qui camoufle son orgueil :
« Non ce n’est pas assez bien ! ».

Le vent de l’ouest qui commence vraiment à douter :
« Attends ! J’ai passé tout ce temps pour faire ça ? »

Le vent du nord, la déferlante :
« Crois-tu vraiment qu’il n’y a pas plus utile, plus urgent à faire pour œuvrer dans ce monde ? » (…) Plus sournois « N’est-ce pas un refuge, cet atelier, pour ne pas affronter le réel, le vrai ? » coup fatal « Et que prétends-tu ajouter à la beauté inégalable de la nature ? »

Avec le temps, on finit par devenir fin météorologue. On sent venir le vent, sa direction, sa force. Parfois, on se croit obligé de riposter, de trouver des arguments. Aguerrie, j’en ai construit plusieurs. « Je suis moi aussi une part de la nature et la nature n’a d’autre moyen pour exister que de créer ». Je participe modestement à la beauté du monde. » « Le monde a surtout besoin de personnes en harmonie avec elles-mêmes et ce métier, me permet cela ».(…) 

Mieux vaut poursuivre la route et attendre que ça passe. Ou aller prendre l’air, le vrai.(…) Comme toute traversée d’une aventure, on en ressort grandi, un peu transformé. (…) J’ai physiquement la sensation d’une structuration intérieure qui s’opère (…) : quelque chose qui devient plus solide, qui aide à tenir debout. Et puis au fil du temps, on finit par comprendre que le chemin est plus essentiel que la destination, qui, de toute façon, s’éloigne toujours à mesure qu’on s’en approche. On finit par savoir apprécier les fleurs sur le bord de la route (…) » p. 42 et 43

« Marcher devient un but en soi, trouver le bon rythme, la bonne respiration. Se mettre au diapason avec soi-même dans la gestuelle du quotidien comme dans celle de l’atelier. Voilà le véritable enjeu. » p.45

Autel domestique, ©Marilyne Thevenin

Terminons avec ce passage qui ressemble à ce que j’écris si souvent en remplaçant simplement le mot « bol » par « icône » et le mot « chien » par « chat » !

« Minuscule participation au monde que de passer une grande partie de son temps à créer des bols (…) Et pourtant, je ne peux me résoudre à faire quelque chose de plus important, hormis peut-être m’occuper du potager (…), passer du temps avec mes proches, transmettre et partager cette rencontre de la matière et de sa propre créativité, prendre du temps pour contempler, explorer le monde de la nature et mon monde intérieur, prendre soin du quotidien, caresser mon chien, faire un bouquet de saison, allumer une bougie… » p. 49

(1) Vous pouvez mieux découvrir le travail de Marilyne sur le site www.terre-a-terre.org Le mieux est bien sûr de prendre RdVpour découvrir son lieu, la rencontrer ainsi que Vincent, son compagnon. Également sur Instagram @marilyne.thevenin. On peut aussi commander le livre d’où sont tirés ces extraits en s’adressant à marilynethevenin@gmail.com 

Article du 29 juillet 2021


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Kandinsky et la couleur jaune

Pigments jaunes

Nous avons souvent évoqué ce délicieux petit livre : Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier de Kandinsky (Folio 1954). Avant de publier quelques articles sur la couleur jaune, je commence par vous partager quelques passionnantes réflexions tirées du chapitre VI intitulé Le langage des formes et des couleurs.

Kandinsky affirme que « la chaleur ou la froideur d’une couleur est une tendance au jaune ou au bleu » (p. 142). Il parle de la résonance de la couleur, chaude avec le jaune, froide avec le bleu. Il insiste en expliquant que, lorsque ces deux couleurs sont placées côte à côte, le bleu développe un mouvement concentrique (« comme un escargot qui se recroqueville dans sa coquille » p. 143) alors que le jaune irradie et semble se rapprocher du spectateur. « Cet effet s’ accentue par la différence entre clair et foncé : l’effet du jaune augmente lorsqu’on l’éclaircit (pour parler simplement : par adjonction du blanc) et celui du bleu lorsque la couleur s’assombrit (adjonction du noir). Ce phénomène prend une importance encore plus grande si l’on considère que le jaune a une telle tendance au clair (blanc) qu’il ne peut guère exister de jaune très foncé. Il y a donc une parenté intime entre le jaune et le blanc ». On retrouve cette considération dans la peinture de l’icône puisque le blanc, comme le jaune, symbolise la lumière, la transfiguration, la résurrection. Les fonds de l’icône sont le plus souvent traités en jaune, (ou en or), et on parle alors de lumière incrée. Dans « la montée en lumière » sur les visages, l’utilisation de la couleur jaune souligne la présence de la lumière divine dans chaque visage.

Le jaune, comme le souligne Kandinsky, est la seule couleur qu’on ne peut pas foncer. Ajoutons une pointe de bleu ou de noir dans du jaune, et voilà que la lumière s’éteint : le jaune devient terne ou verdâtre, Kandinsky écrit même « maladif » !

Dans la suite de son texte, Kandinsky compare la couleur jaune avec les notes les plus aiguës en musique : « il est intéressant de noter que le citron est jaune (acidité aiguë) et que le canari est jaune (chant aigu) » (note 1, bas de page 148). L’ambivalence de la couleur jaune (comme de toutes les couleurs d’ailleurs) est ensuite soulignée. Dans son côté négatif (aigu ?) « Il pourrait servir à la représentation colorée de la folie (…), accès de rage délire aveugle folie furieuse » (p. 148). En revanche, son côté doux, clair « dégage une chaleur spirituelle » (p. 151)

Et voilà comment Kandinsky nous introduit à une lecture des couleurs que nous connaissons parfois intuitivement : le jaune est la couleur de lumière, mais véhicule aussi des connotations négatives dont nous reparlerons.


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Saint Constantin le Grand

Saint Constantin de Grand, icône sur tilleul 13 x 17 cm, 2021

La mère de Constantin, Hélène (devenue sainte Hélène) était une ancienne servante d’auberge ou une prostituée. Elle épouse Constance, et Constantin naît vers 272 à Nish (actuelle Serbie). Mais les circonstances propulsent le simple centurion au statut d’empereur sous le nom de Constance II.

Hélène, jugée trop peu présentable par le nouvel empereur, est alors répudiée. Humblement, elle se retire, mais son fils lui reste fidèle. Quand il est proclamé empereur en 306 sous le nom de Constantin, il rappelle sa mère et la comble d’honneurs. 

On ne sait pas lequel des deux devint chrétien le premier et convertit l’autre.

En 312, Constantin combat son principal rival pour le trône d’Occident : Maxence. Avant la bataille du pont Milvius près de Rome, Constantin est saisi par une vision : il voit la croix ou le labarum (1) du Christ avec ces mots : « Par ce signe tu vaincras ». Il fait alors mettre le symbole chrétien sur les vêtements, les armes et les étendards de ses soldats qui remportent la victoire (on ne sait pas trop la part de légende de cette histoire).

Le règne de Constantin marque un virage décisif dans l’histoire des chrétiens. Il fait cesser les persécutions et promulgue l’Édit de Milan en 313 qui donne à chacun la liberté religieuse. Il montre cependant sa préférence pour le christianisme, accordant à l’Église d’importants privilèges.

Il convoque le concile de Nicée en 325 et fait édifier de fastueuses basiliques à Rome comme en Terre sainte.

Son œuvre législative est aussi considérable : il impose le repos dominical et autorise l’affranchissement des esclaves et d’une façon générale, améliore leur sort ; il limite le recours aux supplices et autres traitements cruels. Peut-être en soutien à sa mère dont l’honneur avait été bafoué, il limite les cas de répudiation par opportunisme, renforce le poids du mariage et promulgue des lois contre la prostitution.

À la fin de sa vie, il fait bâtir à sa gloire, sur l’ancien site de Byzance, une nouvelle capitale impériale nommée Constantinople.

Il attend le dernier moment pour se faire baptiser sur son lit de mort en 337 et serait monté droit vers le Ciel.

Les Églises d’Orient fêtent généralement ensemble Constantin et sa mère, alors que l‘Église d’Occident les fête séparément. En Orient il a le titre d’« Égal aux apôtres ».

Il est fêté le 21 mai (ainsi que d’autres dates dans le calendrier oriental)

(1) Le labarum (en grec λάβαρον) est l’étendard militaire portant le chrisme adopté à partir de Constantin par les empereurs romains. Le chrisme est le symbole du christianisme primitif : il est composé par les initiales du Christ.

Article du 15 mai 2021