Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


Poster un commentaire

Dmitri Stelletski 

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Eglise de la résurrection à Grenoble avec une vue de l’iconostase de DS Stelletski

Dmitri Semionovitch Stelletski naît à Brest-Litovsk (Belarus) en 1875 dans une famille de militaires, de prêtres et de grands lettrés, issue des Cosaques d’Ukraine.

Rien ne semblait le prédisposer à l’art. Pourtant, en 1896, il entre à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg où il reste jusqu’en 1903. Il acquiert, au début de sa carrière, une certaine notoriété en tant que sculpteur et réalise également des portraits dont certains se trouvent au Musée russe de Saint-Pétersbourg et à la Galerie Tretiakov de Moscou.

Fortement intéressé par les racines byzantines de l’art russe, il illustre le Dit du prince Igor avec des miniatures dans le style des manuscrits anciens.

Comme de nombreux artistes de son époque, Stelletski est attiré par les arts décoratifs. Il réalise des costumes et des décors de théâtre et d’opéra (par exemple pour Snegourotchka de Rimski-Korsakov ). On peut admirer ses esquisses au Musée russe et à la Galerie Tretiakov.

En 1910, il devient membre du « Monde de l’art ».

Stelletski peint à l’huile et à tempera (1) des tableaux stylisés dans l’esprit de l’icône et de la miniature russe. Il décore entièrement l’intérieur d’une église de Borodino à l’occasion du centenaire de la célèbre bataille (1812). 

En 1914, Stelletski se retrouve à Paris où il étudie l’art roman. Il s’installe définitivement en France, partageant son temps entre Paris et le Midi. Il continue à travailler comme peintre, sculpteur et scénographe pour le théâtre et les ballets russes de Diaguilev ; il participe aux expositions d’art russe à l’étranger.

En 1925, il devient l’un des fondateurs de la société  L’icône, dont le but est de préserver les traditions de l’art religieux orthodoxe. Elle regroupe presque tous les grands peintres d’icônes de l’émigration russe : le père Grégoire Krug, Georges Mozorov, Léonid Ouspensky et bien d’autres.

Son œuvre majeure est la décoration de l’église Saint-Serge à Paris qu’il réalise entre 1925 et 1927 en s’inspirant du style religieux russe du XVIe siècle. Il prépare les levkas (2) en dix jours, puis dessine au fusain noir. Des aides découpent et reproduisent les silhouettes. La comtesse Elena Lvova, sa collaboratrice, termine les visages. Dès le début de son travail, il démontre son talent de bâtisseur, travaillant vite  et conservant en permanence une vue d’ensemble de l’œuvre.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

détail de l’iconostase de l’église de la Résurrection à Grenoble

Il peint également des icônes et iconostases pour des églises de France, de Bulgarie et de Yougoslavie et réalise quelques iconostases mobiles destinées aux camps de la jeunesse russes. Nous nous arrêterons particulièrement sur l’iconostase de l’église russe de Grenoble lors de la conférence du 19 décembre (l’église est présentée ici, et la conférence ici ).

En 1929, il acquiert à La Napoule un petit terrain sur lequel il construit une maisonnette-atelier, qu’il nomme Le Toit, entièrement décorée de fresques inspirées par les bylines (3) russes. Tout a malheureusement été détruit au moment de la guerre (peut-être peu de temps après). Seules des photographies et des cartes postales témoignent de cette œuvre.

Devenu pratiquement aveugle, il s’installe à partir de la fin 1943 dans la maison de retraite russe de Sainte-Geneviève-des-Bois. Il refuse de revenir à Saint-Serge, tellement malheureux de n’y plus rien voir. Il meurt le 12 février 1947.

(1) Technique à l’eau qui utilise une émulsion, le plus souvent à l’œuf à découvrir ici
(2) L’enduit traditionnel à découvrir ici et articles suivants
(3) Forme traditionnelle de la poésie narrative héroïque de la Russie ancienne, transmise oralement à l’origine, les bylines content les hauts faits de chevaliers et de personnages légendaires. Elles étaient à l’origine en vers libres rythmés et chantés.

Article du 9 décembre 2019


Poster un commentaire

Le séraphin et le feu divin

séraphin

Icône sur tilleul, 2019, 12 x 15 cm

Les séraphins (ou séraphim) sont des êtres immatériels communs aux traditions juives, chrétiennes et islamiques. De façon plus lointaine, la représentation d’êtres célestes ailés s’inspire de la mythologie et de l’iconographie proche-orientale. On y trouve ces êtres hybrides, mélanges d’oiseaux (parfois d’autres animaux) et d’humains. Ils sont peut-être inspirés des uraei égyptiens, ces cobras ailés symbolisant la protection. Les premières traductions de la Bible hébraïque en grec parlaient de serpents. Progressivement, cette référence est occultée, en raison de ses connotations négatives.

Les séraphins portent six ailes et quelquefois un bouclier. Leur tonalité est rouge de feu. D’ailleurs, leur nom, selon certaines étymologies, signifie brûler. Le terme hébreux peut se traduire par les brûlants.

Selon la Hiérarchie céleste (rédigée vers 490) de Denys l’Aréopagite, on distingue neuf catégories d’anges. Les plus proches du feu céleste sont les séraphins (tandis que les archanges et les anges sont les plus proches des humains). Quand on parle de feu céleste, il s’agit bien sûr d’un feu d’amour et de lumière. On représente parfois les séraphins entourés de flammes, avec le mot sanctus inscrit par trois fois autour d’eux.

« En effet, leur mouvement éternel et incessant autour des réalités divines, la chaleur, la pénétration, le bouillonnement de cet éternel mouvement continu, ferme et stable, le pouvoir qu’ils ont d’élever énergiquement leurs subordonnés à leur propre ressemblance en les faisant bouillonner et en les enflammant de façon qu’ils atteignent à la même chaleur qu’eux-mêmes, leur vertu purificatrice semblable à celle de la foudre et de l’holocauste, leur propriété luminescente et éclairante qui ne se voile ni ne s’éteint et reste constamment identique à elle-même car elle fait disparaître tout ce qui est producteur d’obscures ténèbres, voilà ce que révèle le nom donné aux Séraphins. » (Hiérarchie céleste, chapitre 7)

On dit aussi qu’ils sont les gardiens ou les porteurs du trône divin et remplissent des fonctions liturgiques. Ils protègent de leurs ailes l’Arche d’Alliance.

Voilà comme le prophète Isaïe les décrit (Isaïe, 6, 2) :

« (…) je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé. (…) Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient chacun six ailes : deux pour se couvrir le visage, deux pour se couvrir les pieds et deux pour voler. Ils se criaient l’un à l’autre : Saint, saint, saint, le Seigneur le tout puissant (…) ».

C’est la naissance de ce qu’on appelle dans l’orthodoxie, le Trisagion. Dans la suite du récit, un séraphin vole vers le prophète, « tenant dans sa main une braise qu’il avait prise avec des pinces sur l’autel. Il m’en toucha la bouche (…) ». Et c’est pourquoi on représente souvent Isaïe tenant une pince et un charbon ardent (voir ici)


1 commentaire

L’église orthodoxe russe de la Résurrection à Grenoble

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJ’aimerais vous présenter la petite église russe de Grenoble, blottie au sous-sol d’un vieil immeuble tout près du marché de l’Estacade. Pour y pénétrer, on descend en baissant la tête quelques marches en mauvais état. Là, un minuscule jardin ouvre sur l’église, qu’en ce temps de l’Avent, on pourrait comparer à une humble crèche. Participer à une liturgie (elles ont lieu maintenant une fois par mois) donne l’impression de vivre un voyage dans le temps, de se retrouver littéralement « dans un autre monde », dépaysé. Aucun faste, aucun bulbe ne signalent sa présence, mais de touchantes merveilles racontent toute une histoire d’exil et de foi.

En 1920, trois ans après le début de la Révolution, de nombreux Russes sont contraints au départ. La longue route passe par Constantinople ou la Bulgarie. La plupart partent en catastrophe, laissant leur famille, leur maison et emportant pour tout bagage un livre ou une simple icône. En ce lendemain de la Première Guerre mondiale, alors que l’industrialisation bat son plein, notre région a besoin de main-d’œuvre et accueille une grosse communauté. Un des premiers soucis de ces Russes, loin de tous leurs repères, est de fonder une paroisse : plusieurs églises voient ainsi le jour à Ugine, Rives, Rioupéroux ou Grenoble.

Dès 1922, des offices sont célébrés à Grenoble dans les locaux de l’église grecque et au temple protestant. L’entraide s’organise et une amicale de bienfaisance est créée pour aider les nouveaux arrivants. Un local est trouvé au 5, avenue de Vizille : c’est un entrepôt de maraîcher, une modeste remise dans une cave.

En 1928, l’entrepôt devient une église, placée sous la tutelle du patriarcat œcuménique. Pendant presque dix années, le père Choumkine est recteur de la paroisse. Avec sa matouchka, ils sont très actifs, s’occupent de la catéchèse et se démènent pour maintenir la pratique de la langue et de la littérature russes auprès des jeunes. La vie culturelle et la solidarité pansent, comme elles le peuvent, la nostalgie et la douleur de l’exil.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

On peut lire un titre écrit en caractères russes anciens et une note : « cette icône a été offerte par le président du cercle de la jeunesse russe de Rioupéroux à l’église de Grenoble, GG Fomenko, 21 juillet 1928 »

En 1938, une iconostase est réalisée par le peintre et iconographe de renom, Dmitri Stelletski, un ami proche du père Choumkine. Les paroissiens offrent des icônes et, peu à peu, l’église s’habille d’émouvants témoignages de leur passé. Certaines sont de simples collages ou des peintures sur tissu, souvenir d’un autre monde, d’un autre temps. Parfois, on peut lire au verso des inscriptions à la main, témoignages de leur périple.

Les années de la Seconde Guerre mondiale sont particulièrement difficiles pour la paroisse en raison des oppositions politiques qui s’exacerbent. Après le guerre, une deuxième vague d’émigrés russes arrive, tandis que d’autres choisissent de repartir.

En 1957, grâce à la ténacité du marguillier (1) de l’époque et au soutien de l’Archevêché (2), les locaux du local de l’avenue de Vizille sont achetés.

En 1970, Galina Makhroff, qui a étudié l’iconographie auprès de Leonid Ouspensky, réalise une série de seize fresques pour l’église. Elles ont été restaurées récemment.

Aujourd’hui, le quartier est en pleine reconstruction et l’église, déjà vétuste et humide, est menacée par des projets immobiliers. Afin de la protéger et de garder la mémoire de cette histoire, l’association SMOREG a été créée en 2018 (Sauvegarde de l’église orthodoxe russe de la Résurrection à Grenoble et Mémoire vivant de la communauté russe). C’est dans ce contexte que je propose, le 17 décembre 2019, une conférence intitulée : Le visage de Marie dans les icônes et les fresques, en particulier celles de l’église de la Résurrection à GrenobleTous les détails pratiques sont ici.

Je publierai prochainement d’autres articles concernant le travail de Dmitri Stelletski et de Galina Makhroff.

Je vous conseille quelques lectures :
Mémoire des Russes en Oisans, Oleg Ivachkevitch, éd. de Belledonne, 1997
Les Russes d’Ugine, Elisa Jaffrennou et Bruno Giraudy, 2017 (je n’ai pas trouvé de nom d’éditeur)
– et un roman situé historiquement plus tard (dans les années soixante) mais qui brosse, entre les lignes un tableau touchant de l’émigration russe en France Le club des incorrigibles optimistes, second roman de Jean-Michel Guenassia, publié en 2009 (prix Goncourt des lycéens)

(1) Le laïc chargé de la garde et de l’entretien d’une église.
(2) L’Archevêché a longtemps été la structure qui regroupait les églises orthodoxes russes rattachées au patriarcat de Constantinople.


Poster un commentaire

La Vierge Ognievidnaïa

706 Ognievidnaïa copie

La Vierge Ognievidnaïa, 7 x 10 cm, 2019

Son nom signifie « celle qui ressemble à du feu » et elle est toujours représentée avec un manteau d’un rouge flamboyant.

On ne sait pas grand-chose sur cette icône, ni l’époque, ni le lieu d’apparition. Une hypothèse – citée par Egon Sendler (1) – serait qu’il s’agit d’une réplique de la Vierge de Philermou, mais tournée de l’autre côté (voir l’article qui la présente ici).

La Mère de Dieu est représentée seule, le visage incliné et légèrement tourné vers sa droite.

Elle est fêtée le 10 février.

(1) SENDLER Egon, Les Icônes byzantines de la Mère de Dieu, DDB, 1992

Article du 29 octobre 2019


Poster un commentaire

Rencontres l’Art et le Sacré, par Mosaïciel

Mes amis Marie-Noëlle et Zarco organisent ces rencontres auxquelles je vous convie également ! Une occasion rare de rencontres autour de l’iconographie et de conférenciers de talent dans notre région. Pour les renseignements et l’inscription, voir le site de Mosaïciel (en lien sur ma page d’accueil et aussi dans la suite de cet article). Au plaisir de vous y retrouver.
Élisabeth

flyer-rencontre-art-et-sacre-novembre-2019-709x1024Les 16 et 17 novembre prochains auront lieu les premières Rencontres sur « L’ART et le SACRÉ » organisées par l’atelier Mosaïciel. Pour cette occasion, nous avons la joie d’accueillir les professeurs, théologiens et historiens François Bœspflug et Emanuela Fogliadini qui vont nous partager :

  • Samedi 16 Novembre à 14 h 30

« L’ART CHRÉTIEN ENTRE ORIENT ET OCCIDENT »
Approche historique, théologique et iconographique

  • Dimanche 17 Novembre à 14 h 30

« LA NATIVITÉ DU CHRIST DANS L’ART »
Le mystère de l’Incarnation en image

Merci de réserver votre place à l’avance sur : https://mosaiciel.com/rencontres/

Nos invités :

François Bœspflug
Professeur émérite de l’Université de Strasbourg, il est théologien et historien de l’art et des religions. Il a publié depuis plusieurs décennies de nombreux livres autour de la représentation de Dieu, du Christ et de la Trinité dans l’art, entre autres Dieu et ses images.
Une histoire de l’Éternel dans l’art (Bayard, 2008, 3e éd. 2017)
Le Dieu des peintres et des sculpteurs : l’Invisible incarné (Hazan, 2010)
La Pensée des images : entretiens sur Dieu dans l’art (Bayard, 2011, avec Bérénice Levet)
Le Prophète de l’Islam et ses images : un sujet tabou ? (Bayard, 2013)
Les Monothéismes en images : judaïsme, christianisme, islam (Bayard, 2014, avec Françoise Bayle)
Le Regard du Christ dans l’art : temps et lieux d’un échange (Mame-Desclée, 2014)
Jésus a-t-il eu une vraie enfance ? : le procès de l’art chrétien (Éd. du Cerf, 2015)
Religions et caricatures : les défis de la représentation (Bayard, 2016) et Dieu au compas (Éd. du Cerf, 2017)
Arcabas, un peintre en société (Ars & Litterae, 2018, avec Régis Ladous)
La Crucifixion dans l’art : un sujet planétaire (Bayard, 2019, avec le concours d’Emanuela Fogliadini).

Emanuela Fogliadini
Professeure et docteur en théologie, elle enseigne l’histoire de Byzance, de la tradition orthodoxe et de la théologie des icônes à la faculté de théologie de Milan. Spécialiste de l’art et de l’essor des icônes, elle a publié plusieurs essais sur la pensée des iconoclastes et l’art byzantin. Elle est l’auteure de L’Image contestée (Paris, Cerf, 2017) et avec François Bœspflug, de plusieurs essais dont Ressuscité : la résurrection du Christ dans l’art, Orient-Occident (Mame, 2016), Dieu entre Orient et Occident : le conflit des images, mythes et réalités (Bayard, 2017), La Fuite en Égypte : dans l’art d’Orient et d’Occident (Fleurus-Mame, 2018).

Boepsflug

Deux formidables « rencontres » !

 

 


2 Commentaires

Avant de commencer à peindre…

Il y a parfois des entrechoquements bizarres, des situations différentes en apparence, qui ouvrent à des réflexions nouvelles. Jeudi dernier, je donnais un cours d’iconographie, comme chaque semaine dans mon atelier, et le soir, je participais à une conférence sur l’alimentation : voilà de quelles pensées la nuit qui s’en suivit fut emplie.

Pendant mes cours, je sais bien que certains élèves n’ont pas l’impression d’avancer dans leur travail comme ils le voudraient, ou comme ils l’avaient imaginé ; parfois, ils se découragent et soupirent ! J’espère que cet article les réconfortera et les encouragera à remettre à sa place la joie de l’icône, en exprimant que le « résultat » n’est pas le seul objectif à poursuivre.

Bénir le repas avant de se mettre à table est un geste de remerciement et de gratitude. Mais il permet bien plus : on attend chacun pour commencer « tous ensemble » (au lieu de se « jeter » le plus vite possible sur son assiette) pour donner toute sa dimension à ce rituel : la fête renouvelée du repas. Le temps de la bénédiction (ou au moins celui où on s’attend et se souhaite bon appétit) peut aussi être le temps de se rendre compte qu’on a faim, celui de se laisser chatouiller les narines par la bonne odeur, de découvrir la couleur, la texture des plats sur la table, de se demander d’où viennent les mets.  Quelles mains les a plantés en terre ? Quel soleil les a nourris ? Bref, on devient ainsi plus présent et, sans le savoir, on prépare son corps à mieux assimiler !

L’icône aussi est une nourriture, un nourriture spirituelle bien sûr.

La plupart d’entre nous, arrivons au cours la tête pleine de préoccupations et l’œil sur la montre. Le temps du « sas » est nécessaire et on l’oublie souvent en se « jetant » sur ses pinceaux et ses couleurs, comme sur un repas trop longtemps attendu.

Que signifie le mot « sas » ? Il vient du latin médiéval (saetatium ou setacium) et pourrait se traduire par tamis, petit vestibule, ce qui est destiné à trier. Toutes ces traductions me conviennent. Ce sas qui nous est nécessaire est bien ce « petit vestibule », cet espace vide, ce temps où l’on ne fait rien, ce tamis à travers lequel on « dépose tous les soucis de ce monde »(1) avant de prendre son pinceau.

Le temps intermédiaire peut être prière, ce temps du premier paragraphe de la Règle de l’iconographe (on peut la retrouver intégralement ici) : « Avant de commencer ton travail, fais un signe de croix, prie en silence et pardonne à tes ennemis ». Il est aussi l’espace pour regarder son travail et se poser quelques questions. Par exemple : que m’apporte le chemin avec cette icône ? Que m’a appris ce travail à travers les obstacles rencontrés comme à travers les facilités ? Que me chuchote à l’oreille le personnage que je « représente » (ou que je cherche à « rendre présent » par la peinture) ? M’accompagne-t-il en ce moment ? Qu’a-t-il à m’enseigner ? Pourquoi l’ai-je choisi à ce moment précis de ma vie ? Quel détail me touche : serait-ce la subtile inclinaison de la tête qui laisse entrevoir la bonté, ou bien cette petite main qui s’accroche au vêtement, cette impression de sérénité, ce cerne de l’œil ou bien encore ce regard tourné vers moi ? Quel vide en moi peut-il combler, de quelle absence me parle-t-il ou quelle réponse puis-je entendre ? Et quel chemin fera cette icône ? Comment relier le destinataire et le sujet ?

Qu’elle est belle cette chaîne d’humanité qui se crée ainsi par la pensée à travers notre pinceau mais peut prendre sa place, seulement si on lui en laisse le temps, le temps de regarder, le temps de questionner, ce temps intermédiaire, ce « petit vestibule » qui m’est si cher.

1. Extrait du Cherubikon (Hymne des Chérubins) qui marque le début de la Liturgie des Fidèles dans le rite orthodoxe.

Article du 22 octobre 2019


Poster un commentaire

Brigitte de Kildare ou Brigitte d’Irlande

Brigitte HQ copie

Icône sur tilleul travaillée en relief, 21 x 26 cm, 2011

Brigitte de Kildare est une des saintes patronnes les plus importantes d’Irlande, avec Patrick et Columcille, auprès desquels elle est enterrée. Pourtant, les données historiques sont assez minces. Les récits de sa vie sont parfois tardifs et mélangés avec les légendes et la tradition païenne irlandaise. Son nom est d’ailleurs une variante de la déesse Brigantia (grande, forte ou puissante) et associé au principe divin féminin chez les Celtes. 

Brigitte naît vers 451 dans l’Irlande nouvellement convertie. J’ai trouvé des versions qui la font naître dans une familles pauvres ,et d’autres qui prétendent le contraire !

Convertie et baptisée par saint Patrick, Brigitte refuse les prétendants attirés par sa beauté. Toute jeune encore, elle se retire à quelques kilomètres de Dublin et se construit sous un gros chêne une cellule autour de laquelle des femmes se rassemblent. Elle fonde ainsi avec ses compagnes un couvent, autour duquel se forme la ville de Kildare (Kill : église et Dara : chêne). Ce monastère regroupe peu à peu moines et moniales pour la première fois en Europe.

Elle adopte pour ce couvent la règle de saint Césaire reprise par plusieurs monastères d’Irlande.

Brigitte est une femme d’une grande générosité et d’une énergie exceptionnelle. Au début de sa vie au monastère, Brigitte s’occupe des vaches, c’est pourquoi on la représente souvent une vache à ses pieds. Certains épisodes de sa vie évoquent des miracles en faveur des plus pauvres : la multiplication de nourriture, une distribution de beurre, l’éloignement de l’orage… et surtout, la transformation d’eau en bière !

Les icônes, la représentante un phylactère (parchemin) à la main, avec le plus souvent ce genre de texte :

« pour réconforter les pauvres, pour dissiper toutes les souffrances,
pour soulager
tout homme malheureux »

« … pour secourir les pauvres
pour surmonter les épreuves
pour ménager chaque homme dans la douleur »

De nombreuses chapelles lui sont dédiées, en Irlande comme en Bretagne.

Elle s’endort en paix vers l’an 525 à Kildare et est fêtée le 1er février.

Brigitte de Kildare est consacrée comme Abbesse par l’évêque Saint Mel à Armagh. Le Livre de Lismore contient ce récit : 

« Brigitte et certaines vierges allèrent avec elle recevoir le voile de l’évêque Mel à Telcha Mide. Il était heureux de les voir. Par humilité, Brigitte resta en arrière afin d’être la dernière à recevoir le voile. Une rose rouge tomba sur sa tête, du faîte du toit de l’église. L’évêque Mel dit alors : « Avance-toi, O sainte Brigitte, que je puisse orner ta tête du voile avant les autres vierges. » Elle s’est alors avancée. Et par une grâce du Saint-Esprit, c’est le rituel d’ordination épiscopale qui a été lu sur elle ! 

Macaille dit que l’ordination épiscopale ne devrait pas être donnée à une femme. L’évêque Mel répondit : « Je n’ai aucun pouvoir en la matière. C’est Dieu qui a conféré cette dignité à Brigitte, au devant de toute (autre) femme. » 

C’est pourquoi depuis lors les hommes d’Irlande rendent les honneurs épiscopaux au successeur de Brigitte. »

Elle est aussi la patronne des amoureux de la bière. N’oublions pas qu’à l’époque, brasser la bière permettait de consommer une eau de bonne qualité, gage de santé ! Terminons donc par cette prière étonnante attribuée à sainte Brigitte :

« Je souhaiterais un grand lac de bière pour le Roi des Rois ;
Je souhaiterais que la famille des Cieux en boive toute la vie et à jamais.
Je souhaiterais avoir les gens des Cieux dans ma propre maison;
Je souhaiterais que leur soit remis des coupes de paix.
Je souhaiterais qu’ils aient la joie en la buvant ;
Je souhaiterais que Jésus soit parmi eux.
Je souhaiterais les trois Marie au grand nom ;
Je souhaiterais les gens des Cieux partout à l’entour.
Je souhaiterais être locataire du Prince ; de sorte que si j’étais en problème, Il me donne une bonne bénédiction. »

On peut lire TREMAYE Peter, les aventures de soeur Fildema : une trentaine de romans policiers qui tracent une fresque passionnante du christianisme irlandais des V et VIème siècles : on y croise à plusieurs reprises sainte Brigitte.

Article du 26 août 2019